
Maltrunition
Par Dominic Desmarais
Fatanya ne verra plus jamais la lumière du jour. À 6 ans, sa malnutrition sévère a engendré une maladie qui l’a rendu aveugle. Avec ses maigres 20 livres, il se perd dans sa chemise conçue pour un enfant de son âge. Son regard inanimé n’a rien de celui d’un gamin. Il attend on ne sait quoi, sans aucune émotion.
Fatanya est arrivé au Centre nutritionnel thérapeutique (CNT) de Walungu, dans l’est de la République démocratique du Congo, il y a 22 jours, au moment où je l’ai rencontré. Il y restera jusqu’à ce qu’il atteigne son poids idéal, soit 25 livres. Comme les 24 autres pensionnaires de la salle de pédiatrie - un large dortoir -, il est nourri au lait et à la bouillie de maïs.
Jeanne Nzigi, nutritionniste du CNT, s’arrête devant chaque enfant. Elle raconte leur histoire. Depuis combien de jours ils sont arrivés, le poids qu’ils doivent atteindre avant de quitter le centre, les autres maladies qui les accablent. Son sourire optimiste détonne. Dans cette salle, remplie de gamins de 1 à 17 ans, règne un silence déroutant. Pas de cris d’amusement, pas de pleurs. Une sorte de résignation que seuls Jeanne et ses collègues de travail ne voient pas.
Dans un coin, une mère caresse son dernier né. Byamungu, un an, a le ventre gonflé. Une obstruction intestinale lui donne des ballonnements. Il y a 38 jours, s’apercevant qu’il vomissait ses excréments, sa mère est venue demander secours. Le petit sur son dos, elle a marché pendant 7 heures pour arriver au Centre. Depuis, elle veille sur lui. Il s’agit de son troisième enfant (sur 7) à passer par le Centre pour malnutrition.
Suivi alimentaire
Une fois le congé obtenu du centre, l’enfant est suivi pendant 3 mois. À raison d’une visite par semaine dans un autre Centre, il reçoit des vivres pour sa famille et lui. De quoi préparer de la bouillie jusqu’au prochain rendez-vous.
Il recevra des vitamines et des antipaludéens pour soigner les autres maladies dont sont affligés les enfants souffrant de malnutrition: malaria, infections respiratoires, gastro-entérites.
Alors que l’enfant poursuit sa guérison, des agronomes congolais enseignent à sa famille la culture des légumes. Choux, tomates, oignons, aubergines, épinards, carottes, ciboulettes. «On a choisi ces cultures parce qu’elles produisent davantage, donc les familles sont capables de se prendre en charge», explique Zacharie Nguindu, agronome au ministère de l’Agriculture du Congo.
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