Franco Nuovo, Jacques Duchesneau et le profilage racial

Franco Nuovo, Jacques Duchesneau et le profilage racial

La semaine dernière, Franco Nuovo dans sa chronique du Journal de Montréal dénonce et questionne l’ancien chef de police de Montréal, Jacques Duchesneau, maintenant en charge de la sécurité dans les aéroports du Canada. M. Duchesneau trouvait normal et encourageait qu’on fouille plus souvent des citoyens de certaines nationalités. Sommes-nous à faire du profilage racial au nom de la sécurité nationale?

Quand j’ai lu son billet, ma première réaction a été d’envoyer une note à M. Nuovo pour le féliciter pour cette chronique et sa position. Je voulais même aller un peu plus loin dans sa réflexion et questionner le fait que, si M. Duchesneau est en faveur aujourd’hui d’un profilage racial pour assurer la sécurité des aéroports, en était-il ainsi lorsqu’il était le chef de police à la Ville de Montréal? Cela donnait-il raison à Dan Philip de la ligue des droits des Noirs de se plaindre constamment du racisme de la police de Montréal?

Finalement, par manque de temps, j’ai dû prioriser autres choses et je n’ai pas envoyé ma missive à Franco Nuovo. Le 30 août, M. Nuovo nous présente les commentaires qu’il a reçu sur son mail. Des messages donnant raison à Jacques Duchesneau. Des commentaires racistes nous parlant des pures laines du Québec. Personne pour soutenir la position de Franco Nuovo.

Pourtant, je suis convaincu que la majorité des citoyens, tout comme moi, étions d’accord avec Franco Nuovo. Ce ne sont que quelques extrémistes racistes qui lui ont envoyé des commentaires.

Je vais ici me flageller publiquement. Je suis un critique social. Lorsque je suis en désaccord avec ce que je lis ou entend, je m’empresse de faire mon devoir de citoyen et d’apporter un commentaire, une critique, en espérant qu’elle permettra de faire un bout de chemin et influencer positivement notre société. En tant que critique social, je ne peux que blâmer ou pointer du doigt ce qui ne fonctionne pas. Il faut aussi que j’ai la capacité de montrer ce qui va bien. Et ce devoir que je me fais pour trouver un équilibre entre mes critiques vitrioliques et des critiques positives, habituellement je le réussis assez bien.

Mais ici j’ai échoué. M. Nuovo s’est retrouvé seul à devoir faire face aux foudres d’une minorité enragée. Je n’ai pas pris le temps de le soutenir dans sa position et je m’en excuse.

Si je veux éviter que des journalistes et des personnes qui sont influentes pour notre société ne deviennent amer, je dois les soutenir. Si je veux éviter que l’information ne se véhicule que par le témoignage de quelques extrémistes, je dois montrer ma position.

Sommes-nous des spectateurs d’un débat de société qui se déroule devant nous ou en sommes-nous des acteurs impliqués? L’avenir de notre société dépend de notre implication et de notre motivation à soutenir ceux qui ont le courage d’en faire le débat.

4 Responses to “Franco Nuovo, Jacques Duchesneau et le profilage racial”

  1. Pourrait-on dire qu’au Québec, on profile déjà les amérindiens et depuis longtemps ? Avez-vous une opinion sur le sujet ?

    cordialement

    TL

    Commentaire par troisb 02.09.06 @ 9:58

  2. Je crois que même si la majorité des Québécois sont ouverts envers les différentes cultures et aux différentes nations autochtones, il n’en demeure pas moins qu’il y a eu et qu’il y a encore des événements et des incidents qui peuvent nous faire honte.

    J’ai travaillé pendant 5 ans avec les Inuits dans le Grand Nord Québécois. Certains blancs avaient beaucoup de difficultés à faire confiance aux Inuits et leurs imposaient la façon de faire des blancs. J’ai vu trop souvent des postes de travail qui devaient être occupés par des Inuits et on l’obligeait à répondre de tout à un blanc qui l’encadrait. L’Inuit semblait être là par parure, pour répondre à une volonté politique. Il n’y a pas si longtemps que cela (jusque dans les années 60), nous refusions de voir les Inuits comme un peuple avec sa culture. Nous avons tenté de les assimiler pendant longtemps. Ils devaient aller à l’école fédérale, apprendre l’anglais et ne pouvais plus avoir de contact avec ni leur langue, ni leur culture. Une façon «pacifique» de faire un génécide.

    Je n’ai pas connu d’amérindiens pour répondre plus précisément à votre question. Mais je soupçonne qu’ils ont dû vivre la même chose que les Inuits.

    Commentaire par raymondviger 03.09.06 @ 7:42

  3. Nous sommes actuellement dans une société qui a tendance à nous uniformiser et nous classifier selon des centaines de critères et de plus en plus souvent avec des critères raciologiques, ce qui n’est pas très compatible avec une société qui devrait faire beaucoup plus dans le multiracialisme. Mais à l’heure actuelle nous vivons dans une société qui épure les journalistes qui dérangent, qui uniformisent les médias et les transforment en rubrique de chiens écrasés, pour désinformer les gens, on les manipules, on les formate pour avoir une catégorie de gens qui consomment de la nouvelle fraîche, excitante, avec un zeste de sordide,un soupçon de mélodrame, une cuillérée de scandale. Personne ne se demande s’il faut une loi pour restreindre les propriétaires de média à un pourcentage raisonnable de parcs médiatique. 1 seul propriétaire de média à un pouvoir tel, que l’on est même plus capable d’imaginer ce qu’on leur à laisser prendre comme outils de persuasion et de manipulation. Plus jamais nous n’aurons des émissions intellectuelles avec des débats menés par des gens qualifiés, avec de l’expérience et du savoir qui permettraient de remettre sur la table des débats cruciaux et dérangeant et qui se sont évanouis de par la puissance de certains acteurs.
    Il est bien plus intéressant pour ces dirigeants-là de mettre des émissions abêtissantes, tel que des spectacles d’humoristes en solde qui eux se partagent les rares gâteaux qui restes en piaillant un humour grincheux qui amuse les troupes de vata la messe.
    Le journalisme est en train de fondre dans une espèce d’épuration avec des acteurs qui sont coincés par l’étroitesse de leurs choix, bien peut, restent intéressants avec une éthique digne.
    les autres sont morts les autres sur le pilori.
    Rodolphe

    Commentaire par Rodolphe Chêne 24.09.06 @ 3:59

  4. Il est vrai que nous pouvons nous questionner sur l’avenir du journalisme au Québec. Malgré que les conditions de travail ne sont pas toujours les plus adaptés pour faire un journalisme profond et complet, il n’en demeure que nous avons eu et avons encore d’excellents journalistes qui font leur travail avec brio. Quelques exemples faciles à souligner, Anne Panasuk à Radio-Canada. Ces enquêtes sont dérangeantes et nous questionnent. André Noël et Jean-Claude Leclerc font aussi un excellent travail au Devoir. C’est sur que je suis peiné quand on voit partir à la retraite des gars tel que Michel Auger.

    Il ne faut pas oublier qu’il y a encore quelques médias indépendants qui font un bon travail tel que Protégez-vous touchant l’éducation et la sensibilisation du consommateur.

    En ce qui nous concerne, Reflet de Société, nous travaillons fort pour augmenter notre équipe journalistique et parler de sujets qui dérangent. En 2004, lorsque l’ensemble des médias avaient dénoncé les Centres Jeunesses de Lanaudière, nous avions soulevé la problématique dès 1996, au moment même des faits. Nous étions trop d’avance et pas encore assez crédible.

    Nous n’avons pas encore les équipes d’enquête auxquelles nous rêvons, mais nous avançons dans la bonne direction et notre pertinence augmente rapidement.

    Vis-à-vis la convergence et le pouvoir remis dans les mains de quelques propriétaires de médias, il devient de plus en plus important de soutenir les médias indépendants et les journalistes qui font de leur travail, un véritable missionnariat.

    Merci pour vos commentaires.

    Commentaire par raymondviger 24.09.06 @ 5:33

Leave a Reply