Sarom travaille au restaurant voisin de mon hôtel, à Phnom Penh. Chaque jour, je la vois, debout, toute souriante. Elle repond au moindre caprice des consommateurs. Déboucher les bières, remplir les verres de glace, apporter la nourriture.
Comme le service est lent – la préparation des plats prend plus d’une demi-heure -, j’ai du temps pour sympathiser avec elle, bien que la communication est ardue. Sarom parle peu anglais. Et mon cambodgien se limite aux salutations, excuses et remerciements.
Sarom a 18 ans. Elle est originaire d’une autre province, dont le nom m’est incompréhensible! Ses parents, son frère et sa soeur y habitent. Elle vit au-dessus du restaurant où elle travaille. Je ne sais pas si son emploi l’occupe tous les jours de la semaine, mais je la vois à son poste tous les jours. Elle dit fréquenter l’école small-small. Façon de dire qu’elle va à l’école, mais pas beaucoup! Je ne sais, en nombre d’heures ou de jours, ce que sa reponse signifie. Elle ne sort pas, ne danse pas.
Je ne sais si Sarom fait partie de ces jeunes trafiquées ou exploitées. Des scénarios de ce genre, il y en a bon nombre. Des enfants envoyés par leur parent pour travailler et ainsi faire vivre le reste de la famille, c’est chose courante au Cambodge. Des fois, on les envoie chez un parent car la famille ne peut supporter la charge de tant d’enfants. Contre nourriture et logis, l’enfant travaille pour le parent éloigné. S’il est chanceux, il tombe sur une bonne famille d’adoption. Le risque d’être exploité est là, car la famille remet entre les mains du parent l’autorité sur l’enfant. Dans d’autres cas, il peut s’agir de promesses de faire plus d’argent, soulevant l’espoir d’un avenir meilleur. Ces promesses ne sont pas toujours tenues, loin s’en faut. Parfois, le jeune consent de lui-même à ce travail. Parce que, même mal rémunéré, c’est déjà mieux que ce qu’il gagne.
Au Camnbodge, 62% de la population vit avec ou moins de 2$ par jour, 36% avec 1$. On comprend que la decision est assez facile à prendre…
Sarom ne semble pas malheureuse pourtant. Peut-être accepte-elle son sort, peut-être n’est-elle pas si mal, ou peut-être a-t-elle un caractère hors du commun. Elle sourit constamment.
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Archivé sous: Carnet de voyage de Dominic Desmarais, INTERNATIONAL, Prostitution | Tagué : éducation Cambodge, Cambodge, esclavage, exploitation des enfants, exploitation des jeunes cambodgiens, mentalité cambodgienne, Phnom Penh, trafic sexuel, traite des femmes, vente d'enfants









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