La biodiversité du futur d’après la taille des plantes
Marie-Hélène Croisetière, Agence Science-Presse
Une règle et une balance, voilà tout ce qu’il a fallu à un chercheur d’ici pour prédire quelles plantes proliféreront ou disparaîtront pendant 40 ans. Avec son nouvel “ outil ”, Bill Shipley pourrait révolutionner l’écologie.
“ Jusqu’à présent, la plupart des écologistes ont tenté de décrire les communautés végétales en décortiquant chacune des interactions possibles des plantes entre elles ”, explique le chercheur de l’Université de Sherbrooke. Bien que cette approche donne de bons résultats avec de petites communautés d’organismes simples comme des bactéries, elle devient inadéquate avec des écosystèmes complexes, qui engendrent des interactions multiples.
Le mérite de Bill Shipley, c’est d’abord d’avoir emprunté aux physiciens un de leurs outils : le modèle statistique mécaniste, qu’ils utilisent pour prédire le moment où un gaz change d’état pour devenir un liquide, ou vice-versa. “ L’intérêt de ce modèle en écologie, c’est qu’il ne tente pas de décrire chacune des interactions mais le résultat des forces de la sélection naturelle ”, explique Bill Shipley.
Dans son étude qui vient d’être publiée dans la prestigieuse revue Science, le chercheur a mesuré une série de traits végétaux qui contribuent à la sélection naturelle des plantes. Bill Shipley en a choisi huit, “ dont le nombre de graines, leur grosseur et la hauteur des plants ”. L’écologiste a ensuite calculé la moyenne de ces traits pour chaque espèce et chacun des 12 vignobles abandonnés qui lui ont servi pour son étude. Les équations du modèle ont fait le reste, déterminant quelles espèces domineraient chacun des sites, quelles autres deviendraient rares, disparaîtraient ou apparaîtraient au fil du temps.
En comparant les résultats de son modèle avec les données recueillies dans les sites plus âgés de l’étude Bill Shipley et ses collègues du CNRS de Montpellier, en France, ont eu la satisfaction d’avoir atteint un taux de précision de 94 %. “ Le résultat était si bon que je n’y croyais pas ”, se rappelle le chercheur.
“ Reste maintenant à vérifier si le modèle peut décrire d’autres types de communautés végétales ”, prévient-il. Selon la théorie dite de l’écologie fonctionnelle, les plantes devraient subir les mêmes forces de sélection, même si elles sont dans des types d’environnement différents. Bill Shipley se dit confiant d’obtenir des résultats qui vont en ce sens.
S’il passe le test avec succès, son outil de prédiction fera aussi la joie des aménagistes : “ il permettra de vérifier si une espèce risque de devenir invasive dans un environnement donné, ou de prédire quels seraient les impacts d’un changement environnemental sur l’assemblage des végétaux. ” Malgré son enthousiasme, le scientifique reste prudent : même si son outil est prometteur, il n’est qu’à l’aube de son développement !
Textes sur l’environnement et commentaires du rédacteur sur l’environnement
Archivé sous: Agence Science-Presse, Environnement, INTERNATIONAL, science | Taggé: science, Agence Science-Presse, Bactéries, Marie-Hélène Croisetière, Bill Shipley, écologie, Université de Sherbrooke, plantes, CNRS, Montpelier




