Gestion de l’eau
Alimenter le flot entre scientifiques et politiciens
Marie-Hélène Croisetière, Agence Science-Presse
On était sensé y parler d’eau. Mais le discours a rapidement glissé sur la communication entre scientifiques et politiciens. “ Le problème, ce n’est pas que les décideurs ignorent les scientifiques; c’est qu’ils ne comprennent pas bien ce que disent les scientifiques ”, faisaient valoir deux conférenciers à l’ouverture du colloque du Réseau canadien de l’eau, tenu en novembre à Montréal.
“ Pour avoir un impact sur les décisions politiques, les scientifiques doivent communiquer davantage mais aussi mieux expliquer leurs résultats au public et aux décideurs “, martelait le premier, David Schindler, chercheur à l’Université de l’Alberta. “ Et ils ne doivent pas se contenter de présenter des données mais plutôt des idées… et des solutions ! ”, renchérissait Lorne Taylor, qui en sait quelque chose : il a déjà été ministre de l’Environnement de l’Alberta.
Selon David Schindler, la question des pluies acides devrait servir de leçon. “ En 1984, les politiciens ont vu des données scientifiques très claires concernant l’acidification des lacs. Ils ont aussitôt pris des décisions conséquentes. ” Mais quelques années plus tard, les experts ont compris qu’ils s’étaient trompés : les objectifs de diminution d’émissions acidifiantes n’étaient pas suffisants. “ Cette fois-là, ils n’ont pas réussi à faire bouger la classe politique ”. Résultat, aujourd’hui, il faudrait réduire de 10 fois les émissions acidifiantes pour sauver les lacs du Québec et de l’Ontario… et c’est encore aux scientifiques d’expliquer aux politiciens pourquoi il faut le faire.
“ On ne veut pas que les scientifiques prennent les décisions, mais que les décideurs prennent en compte la science ”, insiste David Shindler. Pour en arriver là, les experts devraient investir plus d’énergie dans la transmission de leurs connaissances. Et s’ils ne sont pas doués pour vulgariser, le mieux est d’engager un médiateur, défend M. Lorne Taylor.
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