Vieillissement de la population; négocier le virage gris
Danièle Jodoin Lajoie opinion d’une lectrice. Volume 15 no 6, août 2007
L’être humain est résolument tourné vers des valeurs de jeunesse. Il cherche à ralentir les effets du vieillissement par l’usage d’élixirs ou par la chirurgie esthétique. Conséquence: la perception du vieillissement s’avère trop souvent négative. Il devient pressant de lever les préjugés et les tabous.
Les jeunes font souvent preuve d’âgisme envers leurs aînés. Des préjugés regrettables et bien enracinés font perdre de l’importance aux rôles sociaux valorisants que les aînés peuvent jouer dans notre société. Faire le pont entre les générations devient alors essentiel.
Une bonne nouvelle!
Pour le sociologue Jean Carette, le vieillissement de la population est une bonne nouvelle. Les baby-boomers qui deviendront les aînés de demain ont une chance incroyable: bénéficier d’un capital de santé et des revenus assurés. Ils auront pour eux le temps et l’expérience.
Ce sont leurs exploits et l’émergence d’une force mature qui ont gravé leurs rides. Ils possèdent un bagage d’expériences et la sagesse. Ils devraient être considérés comme un apport précieux plutôt qu’une calamité. Pourquoi donc une majorité de personnes croit que le vieillissement de la population amènera des lendemains difficiles, des coûts incommensurables pour la société et la maltraitance des personnes âgées?
Vieillissement et vieillesse sont 2 notions souvent confondues. Le vieillissement se reconnaît à des signes objectivement observables — notamment sur le corps —, mais il est plus difficile d’identifier la vieillesse. Si le vieillissement humain est un processus normal composé de déclins, il est aussi ponctué de nombreux développements.
La sagesse, pas la vieillesse
Il faut voir au-delà des signes physiques, car la vieillesse est avant tout est un état d’esprit: la sagesse. En transmettant les secrets qui ont permis aux aînés de contourner les pièges du découragement, de la solitude et de l’échec, on parvient à faire reculer la vieillesse.
Il semble difficile pour un jeune de regarder avec lucidité le vieillissement d’une personne âgée, puisque rien ne lui permet d’être complètement conscient de cette possible étape de sa vie. Pour comprendre ce phénomène, il faut acquérir des connaissances en créant un pont entre les générations.
Travailler ensemble pour faire une différence et avoir la volonté de négocier le virage gris, c’est faire en sorte de vivre pleinement chacune des phases de la vie, en comptant sur la santé, la sagesse et la sérénité. N’est-ce pas là une aspiration que nous devrions tous partager?
La société doit comprendre qu’il est primordial de bien négocier le virage gris. Progressivement, il s’impose et permet à la population vieillissante de constituer une force vitale. Vieillir n’est pas une maladie. Avec les progrès de la médecine, c’est non seulement la vieillesse qui change, mais aussi le regard porté sur elle qui doit changer.
Quelques chiffres
Quels seront la place et le rôle des baby-boomers dans la société de demain? Quelle perception du vieillissement l’ensemble de la population a-t-elle? Des questions importantes, puisque dans une vingtaine d’années, le nombre de personnes âgées dépassera celui des jeunes de moins de 15 ans. Selon Statistique Canada, il y aurait au pays près de 7 millions de personnes âgées en 2021, soit 19 % de l’ensemble de la population. D’ici 2041, le nombre de Canadiens de plus de 65 ans passerait à plus de 9 millions, soit environ 25 % de la population.
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