Changements climatiques: le facteur de vulnérabilité

Changements climatiques:  le facteur de vulnérabilité

Agence Science-Presse

Qu’ont en commun les nomades du Sahel, les personnes âgées de Chicago et les habitants d’Inukjuak, village de la Baie d’Hudson ? “ Ce sont toutes des populations vulnérables aux changements climatiques “, relève Laurent Lepage, directeur intérimaire de l’Institut des sciences de l’environnement (ISE) de l’UQAM. Les populations du Sahel, une région africaine constituée de neuf états et habitée de près de 50 millions de personnes, sont particulièrement vulnérables. Les états africains ne possèdent pas les moyens institutionnels pour faire face aux imprévus. Lorsqu’en 2005, l’invasion de crickets pèlerins a ravagé l’essentiel des récoltes des paysans du Niger, leur survie s’est retrouvée entre les mains des ONG internationales. Ces populations s’avèrent souvent incapables de prendre en charge les victimes des vagues de sécheresse ou de catastrophes naturelles.

L’équipe du professeur Lepage vient de livrer son premier rapport sur l’adaptation et la vulnérabilité des populations du Sahel. Cette recherche, remise à Environnement Canada, devrait prochainement faire l’objet d’un livre destiné à un plus large public.

Adaptation et solutions locales

Depuis 2003, différents étudiants de l’ISE se déplacent au Niger, au Burkina Fasso et au Mali pour observer sur le terrain l’adaptation des populations locales et leur grande vulnérabilité face aux changements de climat: sécheresse, baisse de productivité du sol, etc.

Les chercheurs bénéficient de l’expertise d’une précédente recherche sur l’adaptation des populations le long des berges québécoises du fleuve Saint-Laurent. Mais plutôt que d’élaborer un guide d’entretien ou une évaluation des moyens de subsistances ou encore de ressources hydriques, l’équipe du professeur Lepage a décidé de retourner le problème.

“ Nous avons décidé de nous intéresser aux pistes de solution élaborées par la population elle-même, à leur propre adaptation à la situation ”, explique Laurent Lepage. Ainsi, les populations nomades réaménagent leur mode de vie en fonction des variabilités du climat, devenant moins mobiles et diversifiant leurs activités entre l’élevage et l’agriculture. “ Ce sont des solutions, plus proches de leur mode de vie et mieux adaptées à leurs us et coutumes ”, note le chercheur.

En arpentant la brousse à la rencontre des habitants, les chercheurs ont collecté de l’information sur l’adaptation des populations et les savoirs locaux en matière de prévisions saisonnières traditionnelles en collaboration avec AGRHYMET, centre d’expertise sur la météorologie, l’agriculture et l’hydrologie (voir à ce sujet : Climat de survivance : http://www.sciencepresse.qc.ca/congres/climatique/022.html).

Cela semble bien loin de la vie urbaine et pourtant, avec la même perspective, un étudiant démarrera bientôt une étude sur l’adaptation au réchauffement climatique de la population vulnérable du quartier Ville-Marie, dans le secteur de l’UQAM à Montréal.

“ Les impacts, les risques et les solutions ne seront pas de même nature. Une ville est semblable à immense tampon, capable d’absorber une partie du choc” relève toutefois le titulaire de la Chaire d’étude sur les écosystèmes urbains.

Jardins communautaires, parcs et toits verts, la nature domestique se plie plus facilement aux besoins d’une population urbaine plus riche et soucieuse de son confort. Ici, le désert ne gagne pas du terrain mais les plus vulnérables, enfants et personnes âgées en tête, devront de plus en plus souvent composer avec les fréquentes canicules.

À lire

Laurent Lepage, Annie Rochette, Paula Berestovoy et Marie-Joëlle Fluet (2007). “ Vulnérabilité des populations, adaptation aux variabilités climatiques du Sahel : acteurs, institutions et dynamiques locales ”, document destiné à Environnement Canada.

À visiter Institut des sciences de l’environnement http://www.ise.uqam.ca/Chaire d’études sur les écosystèmes urbains http://www.eco-urb.uqam.ca/

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