Pas toujours facile de couvrir la science dans les pays en développement !

Pas toujours facile de couvrir la science dans les pays en développement !
Agence Science-Presse – Raphaëlle Derome

MELBOURNE – S’intéresse-t-on à la science dans les pays en développement ? Oui, répondent les journalistes scientifiques des pays émergents. Mais le travail n’est pas toujours facile, comme ils l’ont expliqué à leurs collègues lors de la Cinquième Conférence mondiale des journalistes scientifiques.

Premier constat : les journalistes des pays émergents ne disposent pas des mêmes outils perfectionnés que leurs collègues des pays riches. Ébahie devant la minuscule enregistreuse d’un collègue américain, Christina Scott, d’Afrique du Sud, a fait rigoler la salle en lançant un « Voici ce que j’utilise, moi ! » tout en brandissant un magnétophone à cassette de la taille d’un dictionnaire.

Des salles de rédaction qui n’ont pas assez d’ordinateurs pour tous les journalistes et les pannes de courant qui surviennent à cinq minutes de l’heure de tombée sont aussi monnaie courante.

Pas assez de relationnistes !

Les journalistes des pays développés reçoivent chaque jour des dizaines de communiqués et sont régulièrement sollicités par les relationnistes de tout acabit. Ce n’est pas le cas dans les pays émergents, où il est difficile de se tenir au courant des découvertes des chercheurs locaux.

Les services de presse en ligne proposant des actualités scientifiques (comme le portail Eurekalert) n’existent pas. Et les services de relations publiques des universités sont peu efficaces (… quand il y en a !).

« Je me souviens d’une relationniste à qui j’avais demandé de me suggérer des idées de sujets. Elle m’a répondu Nous ne faisons rien d’intéressant ici ! », raconte la journaliste scientifique brésilienne Luisa Massarani.

Un truc du Chinois Hepeng Jia ? Consulter les revues scientifiques locales. « Une recherche jugée sans intérêt par une revue internationale peut néanmoins être très pertinente pour nos lecteurs. »

Des démocraties immatures

La liberté de presse est également un problème dans plusieurs pays. Talent Ng’andwe, journaliste zambien pour le réseau SciDev.Net, a expliqué que deux des trois quotidiens zambiens sont propriété du gouvernement. « Le gouvernement nomme les patrons du journal, alors un article qui critique le gouvernement a peu de chances d’être publié… »

Au Sri Lanka, raconte quant à lui Nalaka Gunawardene, de TVE Asia Pacific, « il est difficile de trouver des scientifiques qui voudront se prononcer quant aux impacts possibles des lois ou des politiques proposées par nos gouvernements. »

C’est encore plus ardu quand il s’agit de grands projets de haute technologie : l’exploration spatiale, le nucléaire, le branchement Internet à grande échelle. « Ces projets coûteux éclipsent les recherches plus « élémentaires » en faveur du développement humain, dit M. Gunawardene. Mais si on les remet en question, on nous accuse d’être anti-progrès ou d’être un traître à la solde des pays occidentaux. »

La journaliste indienne Tata Padma, elle, a fait ressortir que malgré le développement technologique fulgurant de son pays, la science n’occupe qu’un maigre 3% dans les médias. « Les patrons pensent que les analphabètes ne veulent pas entendre parler de science », dit-elle.

Face à tout cela, les reporters des pays en développement sont particulièrement créatifs dans leur travail, pense Christina Scott. « Tous les journalistes scientifiques font face aux mêmes enjeux, mais nous, du monde en développement, sommes un peu comme les bactéries extrémophiles. Nous nous sommes adaptés aux conditions difficiles et c’est maintenant là que nous prospérons.


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