L’école, privée ou publique?

L’école, privée ou publique?
Jean-Guy Roy, directeur général de Radio Ville-Marie, vol.16 no.2 déc.-janvier 2008

(Agence Science-Presse) D’année en année, l’école privée gagne de plus en plus d’adeptes. Depuis 5 ans, sa population croît de 2,5% par année. Vous allez me dire, cela n’est pas beaucoup, mais au bout de 5 ans cela fait tout de même entre 10% et 12% d’élèves de plus dans l’ensemble du réseau privé, primaire et secondaire. Sur le territoire du Québec, 22% des parents choisissent le secteur privé pour leurs rejetons, tandis que dans la région de Montréal la proportion atteint près du tiers des parents. Là, ça fait mal! Au secteur public évidemment qui voit l’érosion d’une clientèle dont il aurait grandement besoin. Qu’est-ce qui attire tant de parents au privé?

Il est notoire que les parents veulent choisir ce qu’il y a de mieux pour leur enfant, car ils veulent leurs léguer le plus bel héritage: l’éducation. Le secteur privé semble offrir ce que plusieurs parents désirent: l’encadrement, la discipline, la qualité de l’enseignement, l’enseignement religieux. Le palmarès des écoles présenté annuellement par la revue L’actualité confirme les motifs des parents. Dans le palmarès 2007, les écoles privées mènent partout; 4 écoles publiques se classaient parmi les 25 meilleures écoles secondaires du Québec, 9 écoles publiques seulement parmi les 100 premières des 463 maisons d’enseignement secondaire.

Le privé a la cote et tout le succès qui s’ensuit. Il n’est toutefois pas facile de trouver une place et la file d’attente s’allonge d’année en année. Certains établissements privés ont des critères d’admission de plus en plus sévères, tandis que d’autres ne font pas d’exclusion. Disons que ces derniers sont plutôt l’exception. Il est normal, lorsque la demande est en hausse, que l’on puisse s’attendre à une sélection plus stricte des candidats compte tenu de la rareté des places disponibles. C’est un des griefs importants adressés au réseau de ne prendre que la crème des étudiants; le petit lait, c’est le réseau public qui doit s’en charger! Depuis quelques années, les écoles publiques usent de plus de créativité afin d’attirer la clientèle par des programmes intensifs en musique, en sport, etc. Mais un préjugé défavorable persiste.

Le réseau public ne finit plus de traîner une image peu reluisante. Les parents ont peur de la drogue, du taxage, de la violence et j’en passe. Pour ma part, je n’ai jamais fréquenté l’école privée au primaire et au secondaire, car si on remonte dans les années 1960, l’école publique avait des allures d’écoles privées. Dans la plupart des villes et des villages du Québec, des sœurs et des frères dirigeaient la quasi totalité des écoles publiques. Bien des gens d’un certain âge ne cessent de nous rappeler qu’avec des religieux, dans ce temps-là ça marchait! Cette affirmation mériterait d’être nuancée.

Aussi populaire soit-elle, l’école privée n’est pas parfaite pour autant, loin de là! Elle ne doit pas se replier uniquement sur sa tradition; son développement ne doit pas être fondé sur l’impopularité du secteur public ou sur la peur des parents. Ce qui fera la force et la pertinence du privé dans l’avenir par rapport au public, c’est sa complémentarité, sa créativité, son esprit novateur dans la grande tradition de son projet éducatif. C’est à l’école privée que l’on devrait expérimenter de nouvelles approches pédagogiques, de nouveaux programmes d’enseignement.

La liberté de choix des parents en éducation est un droit démocratique incontestable; pouvoir choisir l’école de son enfant est aussi fondamental. Même le système public offre aujourd’hui de nombreuses possibilités aux parents: écoles alternatives et internationales, programmes spécialisés sport/études ou art/études, écoles de douance et de raccrocheurs. Plus l’État offrira de possibilités, plus notre système d’éducation répondra aux attentes des parents, mais aussi aux besoins des jeunes.

Le financement du réseau privé coûte à l’État québécois quelque 400 millions annuellement. Les établissements privés reçoivent du gouvernement 3 700$ par élève au secondaire et 2 900$ au primaire, soit 60% du montant alloué aux écoles publiques l’année précédente. Une économie substantielle pour l’État qui ne sait plus où trouver l’argent pour la santé, les infrastructures routières, les services de garde et le reste.

Le financement réduit du système privé ne pourrait-il pas permettre au gouvernement d’améliorer le système public? Le Québec offre un système d’éducation mixte, il permet l’innovation et la diversité des approches. Il ne faut jamais oublier que les jeunes sont le devenir de notre société et qu’ils devront toujours demeurer au centre de notre système d’éducation. Les jeunes sont notre plus grande richesse, notre présent en devenir!

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