Deux nouvelles vedettes à Miguasha

Deux nouvelles vedettes à Miguasha
Isabelle Burgun – Agence Science-Presse

Le poisson fossile le plus célèbre de la planète, l’Eusthenopteron, a fait des petits. Le parc national fossilifère de Miguasha, en Gaspésie, compte aujourd’hui deux autres spécimens rares, un Bothriolepis canadensis et un Eusthenopteron foordi. Deux témoins de l’ère du Dévonien, l’âge des poissons.

«Ce sont des spécimens rares, exceptionnellement bien conservés. Tout est en place : crâne, nageoires…C’est la première fois en 27 ans que je rencontre un si bel état de fossilisation», rapporte Norman Parent. Il a fallu deux ans de travail minutieux au technicien en paléontologie pour libérer de leur ganse de sédiments les deux nouvelles vedettes de Miguasha.

Ce qui rend ces fossiles si précieux, ce n’est pas leur caractère unique — le musée en possède d’autres exemplaires, mais plutôt leur extraordinaire conservation en 3D. «Ils ne sont pas écrasés comme ceux que l’on rencontre habituellement. La forme du crâne est parfaite, tout comme l’ossature», s’exclame Paul Lemieux, directeur adjoint du parc.

La vie, la vie… il y a 380 millions d’années !
Trouvés dans un ancien chenal en 2006 par le patrouilleur Jason Willet, ces deux spécimens illustrent les rouages de l’évolution, il y a 380 millions d’années. Le plus célèbre, celui de l’Eusthenopteron foordi, connu aussi sous le nom du «Prince de Miguasha», témoigne de la transition entre poissons et tétrapodes.

Cette nouvelle trouvaille apporte même son lot de surprises surtout dans le cas du Bothriolepis canadensis. Ce poisson que les paléontologues pensaient plat depuis plus de cent ans de fouilles, possède une épaisseur de 6 ou 7 cm. Ce spécimen confirme donc pour la première fois l’hypothèse soutenue par certains chercheurs sur la morphologie différente de ce poisson à carapace.

Actuellement exposés dans le hall du musée fossilifère, les deux nouveaux spécimens rejoindront bientôt l’exposition permanente. Mais ces vedettes pourraient aussi engendrer de futurs travaux de recherche en raison de leur exceptionnelle fossilisation. «Si toute la structure interne des spécimens est intacte, ce que l’on ignore pour l’instant, cela pourrait amener de nouvelles données pour la recherche en paléontologie», relève Paul Lemieux.

Voilà de nouveaux trésors à ajouter à ceux déjà présents dans le livre paru en 2002 : Le parc de Miguasha. De l’eau à la terre, par Richard Cloutier, Édition MNH. (Voir cette recension : http://www.sciencepourtous.qc.ca/bulletin/2002/75/article2.html). Le centre d’interprétation géologique célébrera 30 ans en 2008, gageons que les deux nouveaux spécimens y trouveront une place de choix !

Encadré

Une renommée mondiale
Le parc national de Miguasha figure sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis novembre 1999 (http://whc.unesco.org/fr/list/686) et est considéré comme le site fossilifère le plus important au monde de l’ère du Dévonien — l’âge des poissons (- 400 à – 362 millions d’années).

Ses falaises grises renferment des spécimens de cinq des six groupes de poissons fossiles, dont de nombreux Sarcoptérygiens. Symboles du passage de la vie aquatique à la vie terrestre, il s’agit des ancêtres à nageoires des premiers vertébrés terrestres, les tétrapodes. Ces derniers seront ceux qui parviendront à se hisser hors des eaux lors de la période du Carbonifère.

Références

Site de Miguasha :
http://www.sepaq.com/pq/mig/fr/

«Les vies anciennes : chroniques de paléontologie canadienne» sur le site du ministère des Ressources naturelles du Canada :
http://gsc.nrcan.gc.ca/paleochron/22_f.php

«Du Silurien au Dévonien : les sorties des eaux» par Jean-Yves Dubuisson, chercheur du CNRS:
http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosevol/decouv/articles/chap2/dubuisson.html

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