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Le baroudeur range son sac-à-dos: sabbatique des voyages annoncées  

Ça fait cliché ou eau de rose. Ça sonne comme un mauvais roman: je me sens comme un étranger chez moi… C’est que, depuis 4 ans, j’ai trimballé mon pack-sac à quelques reprises. Oh, pas 4 ans durant, remarquez.

 Maintenant, je suis de retour pour un bon moment. Je prends une sabattique indéterminée des voyages. Je vois la vie d’une drôle de manière. Je suis tellement sur une autre planète que je regarde les gens, même mes proches, comme si je me trouvais parmi une autre culture que la mienne. Pas toujours mais bon, vous voyez le topo.

 J’ai envie de savourer ce moment. Réapprendre à vivre chez moi! M’enraciner. Mais voilà. J’ai cet article à terminer - sur l’Afghanistan - qui m’angoisse. À vrai dire, tous mes articles qui portent sur l’international ont été douloureux à pondre. Sans exception. Peur de ne pas avoir saisi un peu d’une culture étrangère, peur de ne pas bien l’avoir rendue à l’écrit, peur d’être passé à côté du sujet, peur d’avoir mal transmis mes connaissances. Bref, je me mets une tonne de pression quand vient le temps de composer. Évidemment, je ne suis jamais pleinement satisfait. Comment rendre avec justesse - et justice! -, en quelques milliers de mots, mes liens avec ces autres cultures, mon regard, mes rencontres. Comment concilier la culture d’un pays et le sujet choisi? Alors j’angoisse devant cette tâche que JE considère titanesque. Pour la petite histoire, j’ai décidé, afin de répondre à mon besoin en ce sens, d’écrire un livre sur mes expériences délurées de voyage. J’ai en tête, et au coeur, la République démocratique du Congo, la Sierra Leone, le Vietnam, le Cambodge, Haïti, l’Afghanistan, les Phlippines, le Nicaragua et un peu de l’Europe. Se mêlent à ces pays les enfants soldats, le trafic sexuel, la guerre, la criminalité, l’insécurité sous toutes ses formes (santé, éducation, environnement, économie,..), la reconstruction d’un État. À cela se rajoutent des rencontres hors de l’ordinaire, des aventures dignes de films d’action! C’est ça, mes 4 dernières années.

J’ai vu, assez pour ne plus les apercevoir, des femmes à genoux, la main tendue vers le haut, espérant recevoir l’aumône. Jour après jour, semaine après semaine. Elles y resteront toute leur vie, si ça se trouve. Des enfants utilisés comme du vulgaire bétail à transporter des charges qu’un adulte comme moi ne parviendrai pas à soulever. Des gens qui, à longueur de vie, traîneront dans le coeur cette angoisse ancrée à jamais: vais-je pouvoir manger aujourd’hui? Mes enfants auront-ils de quoi se nourrir?

C’est ce genre de vie que j’ai côtoyée, ces dernières années. Alors pour moi, les problèmes de circulation, de grèves, les accrocs au boulot, ça me passe 10 pieds par dessus la tête. Je ne reproche en rien les gens qui en discutent, qui vivent ces problèmes. C’est là leur réalité. C’est juste moi qui cloche. Je suis encore ailleurs, voilà tout. Un étranger parmi les siens.

Pour m’enraciner, je me suis trouvé quelques moyens. Mon blogue, par exemple. Je n’y écris plus depuis belle lurette. Je vais m’y remettre. En espérant être en mesure, avant longtemps, de susciter un intérêt parmi les miens!

D’ailleurs, pour ceux qui, comme moi, se sont déjà sentis déconnectés… N’hésitez pas à me donner vos trucs! sait-on jamais, ça pourrait m’aider!

Sur ce, à demain… j’espère!

Afghanistan, 11e journée

C’est plaisant d’avoir des nouvelles! Tu sais, je pensais moi aussi qu’il ferait chaud! En fait, de jour, avec le soleil - il fait toujours beau!. Ça tourne autour des 17 - 18 degrés, je dirais. Mais la nuit… Je viens d’ailleurs de passer ma premiere bonne nuit de sommeil!!!
 
Ce soir, il y a une réception donnée par l’ambassadeur du Canada au profit des canadiens. Je vais faire honneur au Journal de la Rue en étant vêtu comme un travailleur de rue!!! Ils veulent une tenue genre business suit!!! Penses-tu vraiment que j’en ai avec moi? Ahahah!!! À la place, ils vont avoir un gars aux runnings shoes sales de sables, avec la semelle décollée! C’est pas grave, ça me rappelle le Congo! À première vue, les ministres, sénateurs et généraux n’aimaient pas mon allure. Mais après 5 minutes, ils ne la voyaient plus! On aime ça, n’est-ce pas, briser les préjugés des gens!!! D’ailleurs, je me sens comme au Congo: comme si toutes les opportunités sont possibles! 
 
Bon, je ne crois pas avoir autre chose à dire…  Une bien bonne journée et merci encore de ton soutien!!!
 
Bonjour à tout le monde,
 
Dominic.

Afghanistan, 10e journée

Salut Raymond!
 
Je dois changer d’hôtel. Le guesthouse ou je suis me rend malade et pas mal fatigué en raison du froid! Je viens de perdre 2 jours en raison de la fatigue…
 
Ici, il y a deux categories d’hôtels, les cheaps et les dispendieux!!! J’ai trouvé une chambre dans un bon hôtel. Normalement, c’est 100$ la nuit mais ils ont un tarif pour les gens d’affaires à 75$ la nuit. Je compte y passer quelques nuits avant d’aller en province. Malheureusement, l’hôtel n’accepte pas les cartes de crédit… Ils ont cependant un guichet, “out of order” en ce moment. Je ne sais s’il va fonctionner avec ma carte bancaire. Mais bon, 75$ par jour, pour encore 4 ou 5 jours, plus les jours entre mes passages au nord et vers le sud, je comprends que ça va couter plus cher que prévu! Pour le moment, je prends la chambre. S’il le faut, je changerai rapidement. 
 
Kaboul est très sécuritaire, si ce n’est le trafic qui est hyper chaotique. Je me suis d’ailleurs fait rentrer dedans hier par un 4X4!!! Inquiète-toi surtout pas, ce fut juste drôle. Et cet incident, sans conséquence, me rend encore plus prudent. 
 
Je vais bientôt quitter pour le nord, là ou c’est très tranquille. Je veux démontrer les conditions de vie des gens, le temps que ça prend à changer la mentalité de gens qui ont vécu de la guerre depuis 30 ans… Ensuite, je compte me rendre au sud, ou c’est la guerre contre les talibans. Je suis en contact avec un général afghan - je ne l’ai pas encore rencontré, mais il m’a invité chez lui à passer une soirée pour le rencontrer. Je veux me rendre à Kandahar avec les troupes afghanes, plutôt que de suivre nos Canadiens.
 
Sérieusement, de la façon dont je vois mon sujet, personne au Québec, si ce n’est au Canada, n’aura donné une telle compréhension des défis gigantesques qui attendent l’Afghanistan. Je vois beaucoup de parallèles entre changer les mentalités ici afin de reconstruire le pays et changer les mentalités chez nous.

Aujourd’hui, c’est comme si tous mes sujets, tant à l’international qu’au Québec, forment un tout et m’apportent une compréhension qui fait que je comprends déjà pas mal tous les enjeux ici. C’est fou comme tout m’est facile, subitement. 
 
Jj’ai un feehling incroyable sur mon séjour ici. Et ce feehling, c’est plus par rapport à mon retour, aux suite à développer au Québec.
 
Jje compte également trouver un contact qui pourrait m’ouvrir les portes des talibans. L’idée, c’est de comprendre tout le contexte du pays. The big picture! T’inquiète surtout pas, j’ai pas d’intention suicidaire! Si je ne trouve pas de contact sérieux qui puisse m’y intégrer, je vais laisser tomber. Mais je sais que je vais en trouver un. Je cherche un journaliste d’Al-Jazeera, qui serait plus proche d’eux!  
 
J’espère que tout va bien de votre côté,
 
Dominic

Kaboul, 48 heures 

Voilà deux jours que je suis arrivé à Kaboul. 48 heures pour connaître une ville, c’est bien peu. Aussi faut-il lire ce qui suit avec à l’esprit, qu’il ne s’agit que d’impressions.

D’abord, sitôt sorti de l’aéroport, je me suis trouvé un taxi afin de me rendre à l’ambassade du Canada pour m’y enregistrer. C’est l’une des rares conditions imposées par l’Agence Canadienne de Développement International (ACDI) qui finance la moitié de mon voyage.

Sur le chemin, des images déjà vues: omniprésence des policiers et des militaires, Kalashnikovs à la main. Sur la route, de vieilles voitures bataillent pour se frayer un chemin. Ici, c’est chacun pour soi. Il n’y a aucun feux de circulation. Probablement qu’un policier à une intersection coûte moins cher qu’un feu de circulation. Faut aussi dire que l’électricité, dans plusieurs endroits, n’est pas fournie. Du moins, pas à longueur de journée. Il y a peu de véhicules mais on avance au ralenti. À kaboul, on tourne à trois voitures de large sur une rue qui n’en comprend qu’une seule!

À l’ambassade, j’ai rencontré un réalisateur de Radio-Canada, un certain Morissette. Je ne le connaîs pas et c’est réciproque! Si je suis à ma première visite en Afghanistan, lui y est venu à plusieurs reprises. Je lui ai demandé conseil afin de dénicher un hôtel. Son équipe et lui logent dans un “guesthouse” à 60$ par jour. Un prix qui me conviendrait drôlement bien. Malheureusement, m’apprend-il, l’endroit est complet. Et je risque de ne rien trouver en bas de 100$ par nuit, selon lui.

Avec mon chauffeur de taxi, qui m’a attendu le temps de ma visite à l’ambassade, je me suis rendu dans le quartier ou sont concentrés la plupart des hôtels. Le premier que l’on voit est un “guesthouse” qui ressemble à tout bon motel qui sillonne nos petites municipalités. Le proprio, Amid, me sert le thé et m’invite à visiter. Sa famille habite Toronto, m’explique t-il avec joie quand je lui apprend d’ou je viens. Du coup, il me sert dans ses bras! Il demande 40$ par jour pour une chambre qui a l’électricité 3-4 heures par jour – le soir-. Puis, il me suggere d’aller visiter son deuxième “guesthouse”, beaucoup plus convenable selon ses dires car l’électricité fonctionne à longueur de journée, de même que l’eau chaude. Il m’offre la chambre au même prix.

La chambre est spacieuse, mais rudimentaire. Je dors sur un lit de camp de bois recouvert d’un matelas de sol. Mon dos raffole… J’ai un poêle au gaz pour la réchauffer le soir. De jour, avec le soleil, il fait plutôt bon. Je sors avec un chandail de laine et je suis bien. Mais quand le soleil se couche, le petit frisson en moi se lève! Au petit matin, j’ai beau avoir l’eau bouillante pour me doucher, je grelotte en raison du froid ambient. Je cours me rechauffer sous mes couvertures dont l’une ressemble à une peau d’ours! Je ne vais pas me plaindre. J’imagine que ces conditions sont bien meilleures que celles de la plupart des habitants de Kaboul.

Le lendemain de mon arrivée, Omit, le manager du “guesthouse”, devait me promener avec sa voiture pour faire le tour de la ville et m’aider à me procurer certains biens, notamment un cellulaire. Il s’est désisté à la dernière minute. J’y suis allé seul. Mon premier bain de foule en sol afghan. Je venais à peine de sortir de l’hôtel que je croise un 4X4 immobilisé, le long de la route. À l’intérieur, deux afghans dégustent un kebab – de l’agneau épicé sur un pain qui ressemble à une croute mince de pizza. Je les salue. En guise de réponse, ils m’invitent à partager leur repas.

Je continue ma marche. Je salue plusieurs personnes. Tous me gratifient d’un sourire et retournent mon salut. De tous les pays que j’ai fait, jamais je n’ai rencontré de gens aussi faciles d’approche. Moi, si peu porté vers le contact physique avec les gens, on me sert une fameuse thérapie. En plus des poignées de mains, il y a les bras sur l’épaule, les serrements dans les bras. Si la ville est terne, avec ses édifices grisâtres et vieillots, le léger brouillard formé par le sable que soulève le vent, les gens sont à l’opposé. Le charme de Kaboul, c’est eux!

À l’approche du centre-ville, les boutiques se multiplient. Petits restaurants, épiceries (des dépanneurs pour nous), tapis, antiquités, marchands de fleurs. Il y a de l’activité. Mais pas de clients. On me salue sans faire aucune pression pour que j’achête. Au coin d’une rue, un homme fait cuire de la viande sur de la braise. Je m’y arrête pour en acheter. Peu après, deux jeunes femmes suivent. Vêtues de noir et d’or, maquillées, à ma grande surprise, leurs cheveux sont en liberté. Elles ne portent pas de foulard. Jusqu’à ce qu’elles m’apercoivent. Gênées, elles me tournent le dos pour en mettre un. Je sais qu’en Afghanistan, le contact entre hommes et femmes peut être problématique. C’est bien la première fois que je me trouve si près d’une femme depuis mon arrivée. À part quelques gamines qui quêtent sur la rue, quelques écolières se rendant à l’école, je réalise à ce moment que les femmes sont invisibles de la vie urbaine.

Je n’ai pas tenté d’engager la conversation avec elles. Je me suis même forcé à ne pas les regarder! J’en ai discuté au retour avec Fawad, un jeune homme de 20 ans qui travaille au “guesthouse”. Fawad a quatre soeurs. Deux sont mariées – des mariages arrangés – et deux autres vont à l’école. Ses soeurs portent toutes le voile. Il était surpris d’apprendre que j’avais rencontré des femmes au visages découverts.

J’ai un peu questionné Fawad sur le sort réservé aux femmes, dans son pays. Il m’a avoué qu’il n’aimerait pas en être une. Quoique sa condition de jeune homme en Afghanistan ne lui plaît pas plus d’ailleurs. Il va rester célibataire jusqu’à son marriage – arrangé pour lui aussi. Ce n’est pas nécessairement le cas pour tous, mais c’est ainsi dans sa famille. Fawad a peu de moments de réjouissance, bien qu’il ait le sourire facile. Il travaille au “guesthouse” sept jours sur sept. Il y dort deux nuits sur trois. Il n’a donc que deux à trois soirées pour voir sa famille ou ses amis par semaine. Je lui ai demandé ou il prenait son plaisir, dans la vie. C’est en échangeant avec les membres de sa famille, dans un parc pour un pique-nique, qu’il est heureux. “Mais ça n’arrive jamais car je travaille toujours”, m’explique-t-il.

Omit, qui travaille dans le premier “guesthouse” de M. Amid, a un peu plus de chance. Fils d’un militaire qui travaille au ministère de la Défense, il vient d’un milieu aisé. En prenant un café avec ses amis, dont son cousin Chawaid, j’ai pu comprendre que la jeune génération, du moins celle de Kaboul, ne partage pas les mêmes valeurs que leurs aînés, plus conservateurs. “On est prisonniers dans notre tête. On ne peut pas parler aux filles, on ne peut pas boire, s’amuser, avoir les cheveux longs. C’est pourquoi on a l’air plus vieux que toi!”, me dit Chawaid lorsqu’il apprend que j’ai 12 ans de plus qu’eux. Ces jeunes ne veulent rien savoir de la guerre, de la religion. Ils veulent un peu de liberté pour s’amuser.

Afghanistan, 6e journée 

Bonjour tout le monde! Je vous joints un long texte. Sans accents!!! J’ai le choix soit d’écrire en “farsi” ou sur un clavier “english”. Je suis incapable de mettre le clavier sur français canada.
 
Pour le blogue, je remercie à l’avance Gabriel qui devra rajouter les accents manquants! T’en fait pas, un jour quelqu’un le fera pour toi, mon cher!!!
 
Tout va bien pour le moment. J’ai un plaisir fou à parler à un tas de gens, dont un garde de sécurite du président Karzai lui-même! C’est d’ailleurs lui - le garde, pas Karzai! - qui a payé l’addition! Que voulez-vous, quand on est hot…!!!
 
Grosse victoire du Canadien hier! On dirait que je rate toujours les gros matchs contre Boston (comme la série en 2004, alors que j’étais au Congo…)! Dites-leurs juste de m’en garder quelques unes comme ça! Et prions pour qu’ils ne me fassent pas le même coup que l’an passé, c’est-à-dire être très bons pendant mon absence et minable à mon retour…
 
En passant, j’ai 9h30 d’avance sur vous!
 
Bonne fin d’après-midi donc (il est 15h55 ici).

Dominic.

NDLR: Nous avons reçu un message de Serge Savard. Il est très content d’avoir enfin trouvé la recette gagnante pour le Canadien. Puisqu’ils sont bons pendant ton absence, il veux te financer 4 ou 5 voyages d’ici la fin des éliminatoires.

Arrivée à Kaboul. 15 novembre 2007.

Juste un petit mot pour vous dire que je suis bien rendu à Kaboul. Ça été long mais c’est franchement cool, ici. Je sens que je vais m’y plaire. Je vais vous réécrire plus tard dans la journée. Je dois faire quelques commissions comme changer de l’argent à la banque, me procurer un cellulaire…
 
Question de vous rassurer, Kaboul est vraiment “safe”. Pas mal plus que Haiti et la République Dominicaine du Congo. Et vous savez que je n’ai pas vraiment eu de problème dans ces pays. Ici, les gens sont vraiment, mais alors là, vraiment sympathiques. Ça a commencé à Dubai, quand j’attendais l’avion… Tout le monde vient me parler!!!
 
Je vous en dit un peu plus soit dans quelques heures, soit demain.
 
Pour le temps que je suis à Kaboul, sérieux, faut pas s’en faire.
 
Dominic

Dominic Desmarais, départ pour l’Afghanistan

Notre reporter, Dominic Desmarais vient de partir aujourd’hui pour un reportage de 30 jours en Afghanistan. De retour le 12 décembre, il préparera ses textes pour vous les présenter dans le numéro de février prochain.

Lors de la publication de ses aventures en Afghanistan, Dominic sera déjà reparti pour son reportage en Colombie.

Lors de ses deux voyages, nous tenterons de vous donner des nouvelles de Dominic à travers le blogue du rédacteur en chef. Évidemment, lors de tels reportages, il est difficile de pouvoir vous garantir que les commununications nous permettront d’atteindre cet objectifs.

Bonne lecture à tous. Reflet de Société est disponible par la poste en téléphonant au (514) 256-9000

Haïti, Colombie et Afghanistan : Destinations soleil

Dominic Desmarais, volume 15 no 6, août 2007

Cette année, Reflet de Société voyage au cœur de l’insécurité. Qu’elle soit alimentaire, sanitaire, causée par la violence, la guerre, la corruption ou l’absence de droits. Notre parution cherche à comprendre les impacts qui en découlent sur la vie des gens. À travers le regard de ceux qui subissent l’insécurité, de ceux qui travaillent à améliorer leurs conditions de vie, qu’ils soient originaires de pays en voie de développement, coopérants internationaux ou représentants de la communauté internationale, le magazine offrira une vision globale de ce problème. Reflet de Société s’envole donc vers des destinations soleil: Haïti, Afghanistan et Colombie. Regard sur les premières impressions laissées par ces pays et sur l’engagement du Canada en développement international.

“Haïti n’est pas Port-au-Prince ni Cité Soleil.” Le commentaire vient d’Estimé Wenser, jeune médecin haïtien venu étudier la santé communautaire à l’Université de Montréal. Le jeune trentenaire aurait pu exercer sa profession au Québec. À l’opposé de la grande majorité de ses congénères éduqués, il a choisi de travailler chez lui, en Haïti. Il remet en question les idées préconçues sur son pays et ses habitants.

“Les problèmes, c’est dans les grosses villes. Principalement Port-au-Prince et les Gonaïves”, explique-t-il pour démontrer que son pays ne se limite pas aux catastrophes naturelles, à l’état d’insurrection et à la criminalité.

“L’insécurité, les kidnappings, c’est nouveau pour nous. On en entendait parler ailleurs, mais pas ici. On n’était pas habitué à ça. Les gens, en province, quand ils entendent parler de Port-au-Prince, ils ont l’impression qu’il s’agit d’un autre pays.”

L’Afghanistan n’échappe pas à cette déformation de la réalité. Chaque jour amène un nouveau décompte. Militaires canadiens, talibans ou seigneurs de la guerre, civils afghans: on suit les morts au quotidien. À croire que la guerre est omniprésente à la grandeur du pays.

“L’Afghanistan n’est pas bombardé. C’est la réalité. Dans un débat avec des pacifistes à la télévision, on a dit que l’OTAN bombarde les Afghans. Le public qui écoute a en tête des vagues successives d’avions, de troupes au sol qui sillonnent le pays à la grandeur. Mais la majorité des 26 millions d’Afghans vivent une paix relative. La guerre se limite à quelques endroits”, raconte Jocelyn Coulon, directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, affilié à l’Université de Montréal.

Pour ce chercheur, qui a été directeur de l’information internationale au journal Le Devoir pendant 12 ans, la couverture générale de l’Afghanistan est biaisée. “Les médias ne racontent pas de bonnes nouvelles parce que personne ne les lirait. On vit dans une société qui n’a pas vraiment de problèmes, poursuit-il, alors qu’en Afghanistan et en Haïti ce n’est pas ce qui manque. Les journalistes n’y passent que de 2 à 4 semaines, car nos médias n’ont pas les moyens de les envoyer longtemps.”

“Le premier choc du journaliste, en arrivant, c’est de constater que ça ne va pas si mal que ça, compte tenu de la situation. Ce qu’on lit ici n’est qu’une partie de ce qui se vit là-bas. Le lecteur moyen ne peut pas tout savoir. Celui qui veut s’informer davantage doit faire une démarche personnelle. Mais tous n’ont pas le temps de lire les rapports écrits sur ces pays”, note M. Coulon.

La Colombie hérite également d’une mauvaise presse. Guerre civile, trafic de drogue et paramilitaires sont les impressions que laisse ce pays d’Amérique du Sud. “On ne peut nier le fait qu’il y a une guerre civile et qu’elle croît. Que la drogue a beaucoup à voir avec la présence des paramilitaires. Mais oui, il y a du tourisme en Colombie. Il y a de belles plages. Mais les gens n’iront pas même si leurs peurs sont exagérées”, explique Philip Oxhorn, directeur du Centre d’études sur les régions en développement de l’Université McGill.

Développement Canada

Le Canada participe au développement de l’Afghanistan et d’Haïti à hauteur d’environ 100 M $ par année. La Colombie, elle, reçoit un support de près de 15 M $, principalement pour des projets de gouvernance et de résolution des conflits. Ces contributions et leurs impacts, de même que le travail des ONG canadiennes à l’étranger, sont moins médiatisés.

Les gens sont informés sur les conséquences des problèmes, pas sur les causes et les moyens de les résoudre. “Il manque une analyse plus poussée, croit Dominique Caouette, professeur en sciences politiques à l’Université de Montréal et ancien coopérant international. De par sa nature, l’information doit être médiatique. Donc, on couvre plus les catastrophes humanitaires. Le tsunami, on est en direct. Ça ne résulte pas que de la nature. Ça vient de l’homme. Mais ce qui va faire la une, c’est la catastrophe. Il manque une analyse de ce qu’est le développement.”

Si les médias sont pointés du doigt, les dirigeants sont aussi fautifs. Jocelyn Coulon, du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, pense que les politiciens ont une part de responsabilité. Utilisant l’exemple de l’Afghanistan, l’ancien journaliste estime que les libéraux de Paul Martin et les conservateurs de Stephen Harper n’ont pas suffisamment mis l’accent sur le développement.

“La mort d’un soldat canadien a plus d’impact que l’ouverture d’une école, dit-il en référence à l’implication plus militaire du Canada. Mais il ne serait pas possible de faire de développement sans un appui militaire. Dans la plupart des interventions, on a besoin d’une force militaire après le conflit pour dissuader, protéger et aider à la reconstruction. Dans le cas de l’Afghanistan, je ne vois pas comment on pourrait s’en passer. Au Kosovo, il y a encore des militaires et la guerre est terminée depuis 1993.”

Union entre l’humanitaire et le militaire?

Dominique Caouette craint que la méthode utilisée en Afghanistan, soit de réunir diplomatie, défense et développement, devienne une tendance lourde et s’exporte. “Le fait de vouloir mettre tout ça ensemble paraît logique pour qui ne connaît pas le terrain. Mais c’est impossible de les lier. L’aide au développement des ONG et de l’ACDI va être liée aux stratégies géopolitiques. Le Canada est plus neutre, mais le danger c’est qu’on soit maintenant tributaire des politiques étrangères américaines.”

Une année chaude s’annonce à Reflet de Société. Reste à voir quels préjugés tomberont à la fin de cette série de reportages

Des promesses non tenues

En 2000, les leaders mondiaux de l’époque s’entendent sur l’aide à apporter aux pays pauvres. Les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) voient le jour. Les États se donnent jusqu’en 2015 pour améliorer les conditions de vie des gens les plus pauvres de la planète. Pour y parvenir, les pays acceptent de hausser leurs contributions au développement à 0,7 % de leur PIB. Seuls 5 pays respectent cet engagement: le Danemark, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas et la Suède. Le Canada demeure en deçà de la moitié de son engagement en déboursant 0,3 % de son PIB pour l’aide internationale.

Les 8 objectifs du Millénaire pour le développement:

- réduire de moitié le nombre de gens vivant avec moins d’un dollar par jour

- assurer l’éducation primaire pour tous les enfants

- promouvoir l’égalité des femmes

- réduire du 2/3 la mortalité infantile

- réduire du 3/4 la mortalité des femmes enceintes

- combattre le VIH/SIDA, le paludisme et autres maladies graves

- réduire de moitié le nombre de gens n’ayant pas accès à l’eau potable

- augmenter l’aide internationale et améliorer la gouvernance des pays en développement

Coups de coeur et mal de tête

L’Afghanistan, la Colombie et Haïti. L’impact de l’insécurité sur la vie des gens: une suite logique dans mon cheminement de voyage et d’intérêt journalistique. En moins de deux ans, je me serai rempli la tête de sujets aussi importants que troublants. Les enfants soldats, le trafic d’êtres humains, la reconstruction d’États, l’impact de la guerre et de la guérilla. En même temps, je me serai rempli le cœur de moments uniques et magiques. Des rencontres inoubliables, des communions de cultures différentes, des aventures surréelles et des frustrations à n’en plus finir. J’apprends à partager à la fois ce que ma tête comprend et ce que mon cœur ressent. Un art que je ne maîtrise pas encore.

Autres textes sur l’environnement.

Produit grâce à la contribution de l’Agence canadienne de développement international (ACDI)

Les voyages de Dominic, reporter de Reflet de Société

Dominic Desmarais, a un blogue sur ses voyages internationaux qu’il fait dans le cadre de ses reportages pour Reflet de Société. Il manque de temps pour compléter son blogue. Trois voyages par année, un mois chacun, avec la préparation, les lectures, les contacts et tout ce que cela représente, le blogue a pris un peu beaucoup de retard.

Dominic vient de publier un article qui présente ses trois prochains voyages. Celui qu’il vient de compléter en Haiti, celui qu’il fera en Afghanistan à l’automne et celui en Colombie au début de 2008. Une série de reportage essouflant mais qui attire beaucoup d’attention.

Dans le numéro d’octobre, son reportage portera sur le voyage qu’il vient de terminer à Haiti. Dominic a quelques problèmes de synthèse. Un voyage d’un mois dans des lieux qui ont tant de choses à dire est très difficiles à synthétiser. Nous regardons la possibilité de publier des carnets de voyage. Une façon de pouvoir partager avec nos lecteurs toutes les anecdotes de ces aventures.

Nous vous tiendrons au courant des développements.

J’ai peu apporté de linge pour mon séjour. La chaleur et la poussière ont nuit à ma garde-robe. Un petit saut à l’épicerie pour y acheter des barres de savon à linge et hop, je suis propre pour une les jours qui vont suivre.

Alors que je me mets à l’ouvrage, les gardiens de sécurité du guesthouse où je suis hébergé me regardent incrédules. C’est le travil de la femme, qu’ils me disent avec dédain. Le sourire aux lèvres, je poursuis la besogne. Ils m’entourent pour mieux me regarder faire. T’as pas de copine pour laver ton linge? qu’on me demande.

Au moment de rinser mes vêtements dans le sceau, Raymond Pierre, l’un des gardiens, prend ma place. Attends, je vais te montrer comment on fait! En deux temps trois mouvements, le voilà à enlever le savon de mes pantalons, les tords. Technique parfaite! Il vient même m’aider à les suspendre sur la corde à linge.

M’est avis que sa copine l’a bien dressé!

Un petit mot pour rassurer tout le monde. Je vais bien. Tres bien meme (hormis les accents que je ne trouve pas sur le clavier…)!

J’ai pris le bus, a la haitienne, de Saint-Marc a Port-au-Prince en fin d’avant-midi.

Fourbu, presque pret au dodo - il n’est que 19h mais j’ai peu dormi en raison de la chaleur chez les soeurs! -, je suis venu voir mes courriels. Merde, voila que mon boss me dit qu’on est a ma recherche! M. Seminario, qui s’occupe du projet dans la communaute de Marmelade, n’a pris aucune chance en lisant mon message lui signifiant que je n’allais pas le voir vendredi. Comme je lui ai dit que j’avais ete victime d’intimidation sur le chemin de Petite-Riviere, et que je devais repasser par cet endroit 24 heures plus tard si je voulais me rendre le voir, j’ai prefere laisser tomber. Inquiet, il a telephone a l’ambassade du canada en haiti et au responsable del’ACDI egalement! Ils ont lu mon blogue (voir Intimidation en haiti) et se sont inquietes pour moi!

Comme c’est de l’histoire ancienne pour moi, que j’etais bien a l’aise lorsque je l’ai ecrit sur mon blogue, je n’ai pas pense a la reaction des gens… Dire que j’etais surpris il y a 15 minutes en lisant le message de Raymond est assez juste!

J’en ai pris bonne note, remarquez. Demain, j’ai rendez-vous a Petion-Ville en matinee. Je me promets une petite visite a l’ambassade en apres-midi et si M. L’Heureux, directeur du developpemt local pour l’ACDI en Haiti est disponible, j’irai lui rendre une petite visite!

Voilà déjà que je change mon plan de match. J’ai décidé de ne pas aller à Marmelade vendredi (voir texte Intimidation en haïti). Je rentre à Port-au-Prince. J’irai, à la place, voir le directeur de Développement International Desjardins à Pétion-Ville, pas très loin de la capitale.

J’ai pris cette décision à Petite Rivière. Je reviens en motocross avec Asner, le fondateur d’une ONG en prévention contre la domesticité, mieux connu sous le terme de Restavec. Petite parenthèse sur cette problématique… En Haïti, des familles pauvres donnent leur enfants - principalement les filles - à des familles plus fortunées pour qu’elles servent de domestiques. Ce faisant, ces enfants ne sont plus un fardeau pour la famille. Ils auront à manger et pourront même aller à l’école. On retrouve des problèmes d’exploitation, d’abus physiques et sexuels chez ces enfants qui, selon Asner, ont une vie encore plus misérable dans leur foyer d’adoption…

Fin de la parenthèse. Asner, donc, me reconduit à Saint-Marc pour que j’y prenne ensuite un bus en direction de la capitale. Sur le chemin du retour, je ne peux apprécier la balade. Je suis pourtant dans un pays magnifique, que je contemple pour la première fois. Rien à faire. Comme j’ai changé mes plans, je suis à me démener avec mon stress pour savoir comment diable je vais virer mon capot. Je remplace Marmelade par quoi?

Je ne sais trop si j’aurai la chance de revenir en Haïti et je m’interroge quant à mon travail… Pourtant, je sais que j’ai pris la bonne décision. J’aime mieux ne pas prendre la chance qu’il arrive quelqu’ennui avec les jeunes de carrefour Paye.

Calé contre mon sac à dos attaché serré à l’arrière de la moto, les pieds qui glissent constamment de mes supports, tentant de garder mon équilibre, je savoure enfin le moment. On verra bien de quoi demain sera fait.

Je me rendais de Saint-Marc à Petite Rivière, dans l’Artibonite. J’ai pas les moyens de m’offrir les services d’un chauffeur, comme la plupart des occidentaux présents en Haïti. Alors j’ai fait comme les gens de la place: j’ai pris le tap-tap, une camionnette où l’on s’entasse à 20 dans la boîte arrière.

Le départ est à Carrefour Paye. Il y a 3 personnes dans le véhicule. Tant qu’il n’est pas rempli, on attend. Ça pris 45 minutes avant qu’on décolle. Les plus longs 3/4 d’heures de ma vie. Il y avait plusieurs jeunes ados et adultes. l’air de petits durs ou de vrais costauds. Pas de menaces. Pas d’armes. Juste un regard chargé de haine, de violence. J’essayais de regarder ailleurs. Difficile à faire quand ils se relaient à tour de rôle pour venir me humer. Ils sa vent bien que je ne peux faire abstraction de leur présence. Alors je les regardais, même quand ils étaient plus loin, sans trop soutenir leur regard, toutefois.

J’étais seul, évidemment. Personne ne parlait vraiment le français. Je n’arrivais pas à leur répondre. Et je ne pouvais pas comprendre ce qu’ils me disaient ou ce qu’ils disaient de moi. Une totale impuissance. J’avais envie de m’enfouir quelque part. Je désespérais d’entendre le moteur ronronner, signe du départ.

Il n’est rien arrivé. On est parti juste au moment où l’un d’entre-eux vociférait je ne sais trop quoi contre les Français, en frappant son poing contre la paume de son autre main. Aucune idée de ce que ça signifiait. Personne, dans le tap-tap, n’a pris ma défense., Quelques-uns semblaient tout aussi mal à l’aise que moi. Au moins, aucun n’en rajoutait, n’encourageait mes petits durs à cuire. Je suis encore un peu secoué. Peut-être que je vieillis, que je ramollis. Je sais pas. J’ai vécu des situations objectivement plus dangereuses que celle-là. Mais c’est bien la première fois que j’ai peur de la sorte.

Ça m’a fait penser à Daniel Bossé, un Canadien né en Haïti. Mon voisin dans l’avion. Il vit à Montréal depuis près de 40 ans. Le premier noir à travailler à l’usine Wolverine, dans l’est de l’île. Il y est resté pendant 20 ans. Jusqu’à ce que l’usine ferme ses portes, il n’y a pas si longtemps. Il m’a raconté qu’il ne faisait pas l’unanimité, auprès de ses collègues de travail. Mais que la plupart étaient bien gentils avec lui, qu’il s’y est fait nombre d’amis. Moi, ça duré 45 minutes. Je devais reprendre un tap-tap le lendemain au même endroit pour me rendre à Marmelade. Je n’irai pas. 45 minutes m’ont suffit pour que je préfère ne pas prendre de chance. ne pas leur donner une deuxième chance de passer à l’acte. Daniel, lui, est retourné à l’usine tous les matins. Si ça se trouve, c’était pire encore pour lui.

En 45 minutes, j’ai pu comprendre ne serait-ce qu’une infime partie ce qu’ont pu ressentir les victimes de ségrégation. Chapeau bas, monsieur Bossé. Aujourd’hui, je réalise mieux que jamais à quel point vous avez bien du courage.

J’étais à potasser dans mes documents, dans la cour intérieure de mon hôtel, mercredi soir, quand débarquent deux Haïtiens. Le plus vieux, le révérend Jean Olbert, est missionnaire. Il vient de temps à autre à Montréal, où il descend dans le quartier Saint-Michel. Le plus jeune, son fils en l’occurence, s’appelle Vineh. À 28 ans, il est maire de la petite bourgade Saint-Louis du Sud.

Vineh est venu à Port-au-Prince rencontrer le ministre de l’intérieur de même qu’il va participer à une rencontre des maires avec le président rené Préval. Vineh aimerait attirer les touristes dans sa municipalité. Il me vante ses plages, la tranquilité de sa municipalité. Mais saint-Louis du Sud est pauvre. Il n’y a pas d’hôtels pour recevoir les touristes. Pas même d’électricité. Considérant les problèmes du pays, il sait qu’il ne fait pas partie des priorités de son gouvernement. La sécurité, bien qu’elle s’améliore grandement, est au centre des préoccupations. L’économie du pays est très mal en point. Il y beaucoup à faire avant de ramener les touristes dans ce pays le plus pauvre des Amériques.

En arrivant à Port-au-Prince, je me suis débrouillé seul en débarquant de l’avion. Je n’ai jamais mis les pieds en Haïti. Ce n’est pas une destination touristique, pour le moment. Alors je ne connais pas trop les hôtels de 2ème ordre qui vont avec mon budget.

J’ai laissé le chauffeur de taxi qui m’a pris à l’aéroport me dénicher un endroit où dormir, en lui dictant mon budget. Je me suis retrouvé au Palace Hotel qui n’a de majestueux que le nom! Il n’est pas si pire, mais que la chambre était déprimante! Grande, délabrée, aucun meuble, pas d’électricité dans la chambre de bain. Bref, absolument aucun charme. Déjà qu’en arrivant dans un autre pays qu’on ne connaît pas, on se sent assez seul merci, ma chambre me faisait craindre le pire!

Après y avoir déposé mon sac à dos, je suis vite fait sorti faire un tour. Très rapidement, je suis tombé sur Mauricette, qui attendait non loin de mon hôtel. Il va de petits boulots en petits boulots. Quand il y a des journalistes, il leur sert de guide. Mais des journalistes, il ne semble pas y en avoir beaucoup en haïti ces temps-ci. En discutant, on a négocié un prix pour ses services de guide. On a marché dans la ville, question que je prenne rapidement le poul de l’endroit. Je voulais tout sauf demeurer à mon hôtel!

En marchant, je n’ai croisé que des Haïtiens. J’étais un peu surpris, car j’étais au centre-ville et avec la présence de l’ONU dans le pays, je me serais attendu à voir pas mal plus de minorités visibles. Eh non. Que moi…

J’ai parlé à Mauricette de ma déception, par rapport à ma chambre. Il m’a emmené visiter d’autres hôtels, moins dispendieux. Dans le sud de la ville. Du moins ce qui me semble être le sud!!! Je suis tombé sur l’Acropolis. Plus près de mes moyens! Simple, ma chambre est au 2ème étage. Elle donne sur une jolie cour intérieure. Je suis l’un des rares occupants. Je devine, vu la vétusté de l’endroit, que l’Acropolis devait être joli il y a un vingtaine d’année. Aujourd’hui, le tourisme est plutôt moribond… J’ai décidé de passer ma première nuit dans ma déprimante chambre au Palace et revenir à l’Acropolis pour le mercredi.

Le mercredi, Mauricette et moi avons beaucoup marché. Encore une fois, pas de traces de coopérants étrangers. pas même l’ombre d’un seul organisme international ou ONG. Me serais-je trompé de pays, me demandais-je pendant mon escapade. Évidemment, je n’avais aucune idée des quartiers par lesquels on passait. L’idée, c’était de me familiariser un peu avec l’endroit. De me trouver des repères, dans géographiques que culturels et économiques (où sont les cybercafés, les épiceries, etc…).

Semblerait qu’on soit allé dans des quartiers peu reccommandables. Pas les bidonvilles comme Cité Soleil ou Martissant, mais dans Bel Air, notamment. Me suis aperçu de rien. C’est le jeudi que je l’ai appris. Lors de ma première rencontre journalistique en sol haïtien. Le chef de mission de la Fondation Paul Gérin-Lajoie. Le premier non-Haïtien que je rencontre! JKean-Claude, c’est son nom, m’a proposé de le suivre en province pendant l’entrevue. Il quittait immédiatement.
Lucien, son chauffeur, est venu avec moi à l’Acropolis pour que j’y récupère mon sac à dos. En voyant mon hôtel, et le quartier où je vivais, il m’a dit de ne pas y retourner. Pas sécuritaire, qu’il m’a dit. Moi, j’ai pas été foutu de le remarquer… Je pouvais bien être en immersion haïtienne totale!

Quand je travaille à l’étranger comme journaliste, je me sens comme si j’avais un nouvel emploi à tous les jours. C’est drôlement vrai en Haïti!

Apprendre un nouveau travail et s’y sentir à l’aise prend un temps d’adaptation. On ne maîtrise pas tout dès les premières journées. Des fois, ça peut être assez long. À l’étranger, comme ici en Haïti, ça prend un certain temps pour s’adapter à la culture, pouvoir s’orienter à travers le pays et sa capitale immense. Moi, j’ai à me déplacer constamment. Je n’ai pas le temps de m’acclimater aux dédales de la ville, je ne suis pas en mesure de connaître les routes pour me rendre en provinces. Je ne sais même pas où aller pour prendre les moyens de transport!!!

Je dois donc me trouver, comme pour un nouvel emploi, des personnes ressources. Des gens qui ont vécu la même situation ou des gens de l’endroit. Pas toujours évident. Car on ne se sent jamais en plein contrôle. C’est le plus difficile à accepter. Mais c’est aussi la clé d’un séjour réussi!

Voilà une semaine que je suis en République d’Haïti. J’aurais bien aimé remplir mon blogue depuis mon arrivée, mais internet m’a donné beaucoup de misère… Et j’ai tellement de sujets, des petits comme des grands!

Comme j’anticipe le pire, c’est-à-dire ne pas être en mesure de publier tous mes messages à l’instant en raison d’un autre problème de connection, j’ai envie de dresser le portrait des 3 semaines à venir. Exercice intéressant car il permettra, à mon retour, de voir si mon séjour s’est déroulé tel qu’anticipé sur le terrain!

Alors voilà! Je suis présentement à Saint-Marc, à quelque 100 km de la capitale Port-au-Prince. Je quitte demain en matinée pour Petite Rivière de l’Artibonite. Je vais y découvrir un orphelinat tenu par les Peites soeurs de Sainte-Thérèse dont certains enfants sont parrainés par des Québécois pour qu’ils puissent aller à l’école. Je compte y demeurer deux jours. Les Soeurs vont me loger au pensionnat.

Jeudi matin, je quitterai pour Marmelade, toujours en Artibonite, où je vais voir un projet d’agriculture qui allie respect de l’environnement et prise en charge par la communauté. Je me laisse un petit lousse, question de m’assurer de rencontrer le grand manitou du projet de même que les gens de l’endroit. Je compte quitter mardi de la semaine prochaine pour regagner Port-au-Prince. Le mercredi (23 mai), j’aimerais rencontrer des organisations de la société civile qui défendent les droits des femmes et qui cherchent à réformer le système de justice. Haïti est plutôt désorganisé, de sorte que les citoyens ne savent trop de quelle façon faire entendre leur voix. C,est l’aspect qui m’intéresse.

Le 24, je suis censé avoir rendez-vous avec une responsable des communications à la MINUSTAH, la mission des nations unies de stabilisation en Haïti. On va regarder comment organiser les rencontres des différents secteurs qui m’intéressent, soit la section de désarmement et de démobilisation pour les groupes armés qui sévissent dans les bidonvilles et sèment l’insécurité, la section qui s’occupe de la réforme de la justice, la police de l’ONU qui voit à la sécurité et la formation des policiers haïtiens, des gens qui veulent assurer le développement tant du pays que des bidonvilles, d’autres qui s’occupent d’environnement. On m’a même offert de rencontrer les personnes responsables de ces dossiers au sein du gouvernement haïtien. De plus, il faudra regarder quand j’irai avec l’ONU sur le terrain à plusieurs endroits du pays. Grosse commande!

Le 25 mai, j’ai une rencontre avec la responsable d’un hôpital de Médecins sans frontières Canada, dans l’un des quartiers les plus chaudes de la capitale. Je dois établir le contact avec ses homologues qui font de même à Cité Soleil et Martissant, les bidonvilles les plus dangereux du pays…

À travers toutes ces rencontres, je dois aussi penser trouver du temps afin de rencontrer à Pétion Ville le directeur de Développement International Desjardins pour me renseigner sur des projets de développement économique en Haïti.

Là, je me demande bien comment diable j’arriverai à boucler ces rencontres et visites terrain en trois semaines. Je me croise les doigts pour que certains acceptent de me donner de leur temps lors des weekends, sinon je risque de manquer de temps…

J’ai bien hâte de voir, à la fin de mon séjour, comment j’aurai réussi à agencer mon horaire, et à quel point les imprévus vont changer mon séjour… pour le meilleur ou le pire!

CAP SUR HAITI

Me voilà à nouveau reparti. Cette fois, destination Haiti pour 4 petites semaines. Vu le nombre de personnes et organismes que je vais rencontrer, mon séjour risque de passer vite.

Mon sujet est assez large. Parler de l’impact des conflits sur la société, ça signifie s’intéresser à l’économie, l’éducation, la justice et les droits de l’homme, la santé, l’environnement et j’en passe! Je vais également traiter de l’impact que ça cause sur l’aide internationale. Sur le travail des coopérants dans des conditions de sécurité déficientes. Juste démêler ces différents domaines, et garder un fil conducteur entre eux sera un beau défi journalistique!

J’ai également l’intention de me promener passablement à travers le pays. Port-au-Prince et son bidonville Cité Soleil, l’Artibonite, les Gonaĩves, Pétion-Ville, peut-être l’extrémité nord (Cap-Haitien), Jaqmel au sud…

Non, ce ne sera pas 4 semaines de vacances! Trop à découvrir pour prendre le temps de me faire dorer au soleil sur la plage. Ce sera pour une autre fois.

En même temps, je vais apprendre de ma démarche. Car début juillet, je me dirige en Colombie et à la mi-septembre, c’est en Afghanistan que je traînerai mon baluchon. Trois pays donc qui ont chacun leur propre contexte. Trois pays dont les problèmes causés par l’insécurité causent bien des maux de tête à la société civile et l’aide aux populations.

J’espère apporter un peu de compréhension sur les difficultés de pays chaotiques et sur les solutions mises de l’avant pour les aider à rétablir un minimum de sécurité.

Un gros et beau défi qui s’offre à moi après avoir tâté de la problématique des enfants soldats et des gangs de rue ainsi que celle du trafic des êtres humains.

Dominic

Les voyages 2007 de Dominic Desmarais: Haiti, Colombie et l’Afghanistan

En 2004, le Congo. En 2006, Sierra Leone pour un reportage sur les enfants soldats ainsi que le Viet-Nam et le Cambodge pour un reportage sur la traite des femmes, des enfants et la prostitution.

Notre journaliste, Dominic Desmarais, prépare ses valises encore une fois. Mardi le 8 mai, il quitte pour un reportage de 4 semaines à Haiti. Début juillet il quittera pour la Colombie et finalement, à l’automne il se retrouvera en Afghanistan.

Dès le numéro de juin du magazine Reflet de Société, Dominic nous présentera l’orientation des textes qu’il veut nous présenter dans l’ensemble de l’année.

Les lecteurs pourront suivre les anecdotes de voyage de Dominic sur ce blogue dans la section “Carnet de voyage de Dominic Desmarais”.

Textes sur l’international.

Frustrations culturelles

Je suis alle a Siem Reap, un endroit fort prise des touristes en raison de la présence de nombreux temples. Il  s’y trouve un grave probleme de trafic, prostitution et viol justement en raison de cette masse touristique. J’y allais avec Sophea, ma jeune interprèete. Je suis passe par mon hotel pour nous procurer nos billets d’autobus.

Comme j’ai connu plusieurs rates avec les hotels depuis le debut de mon sejour, j’ai tout fait pour etre clair dans ma demande de billets, repetant 4 fois plutot qu’une mes besoins. “2 billets pour Siem Reap dimanche, 2 billets pour Phnom Penh lundi. J’y vais avec mon interprete!” J’aurais du insister une 5eme fois… J’ai pris le bus une heure plus tot que Sophea, puisque l’hotel n’avait achete qu’un billet aller-retour…

Il nous fallait revenir le lendemain car, tot le mardi, Sophea et moi nous rendions avec une organisation loin en province, pres de la frontiere thailandaise. L’organisation y ouvrait un centre pour femmes trafiquees et violentees, en plus de celebrer son 10eme anniversaire d’existence! C’est Phay, coordonateur de l’organisme, qui m’avait offert de me joindre a eux. Il m’avait propose le transport - ils etaient une bonne vingtaine de Phnom Penh a s’y rendre - et l’opportunite de m’entretenir avec les victimes, le staff, des gens des ministeres Social, Education, des femmes, la police Anti-Trafic de meme que les autorites locales (provinciales). Apres plusieurs echanges de courriels et appels pour clarifier cette activite, c’est l’offre que j’ai recu. Du coup, j’ai mis de cote mon plan A, privilegiant cette opportunite hors du commun! Tout ce monde au meme endroit avec qui je peux discuter!

Il n’en fut helas rien… Une fois arrive, l’offre changeait! Impossible de parler aux victimes et au staff, seulement avec la responsable provinciale de l’organisation. On y demeurait deux jours, soit pour la ceremonie et l’autre pour les entrevues, puis on repartait le lendemain. J’ai passe la journee des ceremonies (plus de 10 heures de discours!) a ne rien comprendre de ce qui se disait! Finalement, le staff ne restait plus la journee des entrevues! Je l’ai appris le soir, a la fin des festivites. Phay a bien omis de m’en glisser un mot. Peut-etre la peur de me dire, encore une fois, que sa proposition n’etait pas reelle! De plus, ils devaient eux-meme se debrouiller pour leur retour. Alors qu’on devait prendre le bus ensemble… 

Autres textes sur la prostitution.

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/19/vouloir-le-bien-causer-le-mal/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/19/sophea-et-la-mentalite-cambodgienne/

Vouloir le bien, causer le mal

Lors des festivités entourant l’ouverture du centre pour femmes de l’organisme Cambodian Women crisis center (CWCC), j’ai passe l’heure du diner en compagnie d’un jeune directeur d’organisme cambodgien. À son bureau, il m’explique son travail. Son organisme fait de la prévention auprès des jeunes sur la drogue et auprès particulierement des femmes sur la reproduction (methodes contraceptives, maladies sexuelles, connaissance de leurs droits). Son organisme recoit des fonds de donneurs occidentaux.

Je ne doute pas de la bonne volonte de ce jeune homme, pas plus que de ses employes. Mais je m’interroge a l’utilite de ces programmes… C’est qu’ils discutent avec les consommateurs de drogue. Fort bien. Ceux-ci, apparemment, consomment en raison de problemes familiaux (la violence domestique est assez grave dans cette province, parait-il), du manque de travail, pour essayer. S’il y a une chose que j’ai apprise depuis mon arrivee au Journal de la Rue, c’est que la consommation en soit n’est pas le probleme. C’est la raison pour laquelle on consomme. Et l’organisme n’est ni outille pour regler les problemes familiaux, ni de chomage, pas plus qu’elle ne fait de travail social. Au moins, sa prevention dans les ecoles peut-elle faire reflechir les jeunes sur les ravages causes par la drogue.

Quant au programme axe sur les femmes, il est a se demander s’il ne cree pas les problemes plutot qu’il ne les regle. L’organisme explique aux femmes qu’elles ont le droit de refuser d’avoir des relations sexuelles avec leur epoux. Tout a fait vrai. Mais il faut regarder la mentalite des gens de la region, voire du pays. L’homme pense avoir tous les droits sur sa femme. Lorsque son epouse lui refuse ses avances, elle cree une frustation. Elle n’est pas censee opposer de resistance. J’ai vu de nombreuses photos de femmes battues - a mort - dans la region. Une s’est fait ouvrir l’entrejambe par un rasoir pour avoir refuse, a deux reprises, d’avoir des relations sexuelles avec son mari. L’histoire, dans son cas, ne dit pas si elle a refuse parce qu’elle avait appris qu’elle avait le droit de dire non. Mais un programme qui ouvre la porte a ce genre d’actes, si rien n’est fait pour changer la mentalite de l’homme, me semble dangereux. Meme si, pour le principe, il a sa raison d’etre.

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/19/sophea-et-la-mentalite-cambodgienne/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/19/frustrations-culturelles/

Autres textes sur la prostitution et sur la sexualité.

Sophea et la mentalite cambodgienne  

Sophea m’a accompagne pendant une semaine pour me servir d’interprete. Elle a 25 ans, etudie l’art, et attend janvier pour poursuivre ses etudes en Thailande grace a l’obtention d’une bourse. Elle a beaucoup de caractere. Quand on la voit avec moi, on pense qu’elle n’est qu’une autre petite amie du blanc de passage. Elle le sait tres bien, elle le sent - par le regard des Cambodgiens ou leurs remarques - mais jamais elle ne semble desemparée.

Ce qu’il faut savoir, c’est que Sophea, comme la plupart des femmes de son pays qui cherche epoux, est vierge de tout contact. Elle n’a jamais serre un homme dans ses bras, elle n’en a jamais embrasse un. Au Cambodge, une femme doit se garder pour le mariage. Si elle n’est pas pure, elle n’est tout simplement pas bonne à marier. C’est beau, ca signifie que la femme cambodgienne n’ira jamais voir ailleurs.Qui est contre?

Je ne suis pas sexologue. Mais je pense que la sexualite est un besoin fondamental. Si ce besoin est refoule, s’ensuit des frustrations ou des effets qui ne sont pas que positifs. Si la femme, pour se marier, n’aura pas de relation sexuelle, ca signifie que les garcons non plus ne devraient pas avoir de relations sexuelles avant le mariage. C’est logique, une relation, ca se fait a deux. Donc sans partenaire - consentant -, l’homme refoule ses besoins pour une bonne partie de sa vie?

Pas si sur… Ce besoin, refoule chez la femme, peut facilement être assouvi par l’homme: grâce à la prostitution. Donc, une mentalite vertueuse comme celle de se garder pour le mariage peut provoquer - bien qu’elle ne soit certainement pas la seule raison - un effet assez pervers qui augmente le besoin en prostituées. Et qui change alors aussi les rapports sous plusieurs plans entre hommes et femmes. Si l’homme a eu plusieurs relations sexuelles avec des prostitutées, sa sexualité n’est pas du tout la même que celle qu’il aura eu avec une petite amie qu’il aime. Mais son éducation, ses expériences, ce qu’il connait, c’est la prostitution. Ce rapport inégal ou la femme est vue plutôt comme du bétail. 

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/19/frustrations-culturelles/

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Autres textes sur la prostitution et sur la sexualité.

Hockey au Cambodge 

Eh oui, vos yeux ne se trompent pas! Vous avez bien lu hockey! C’est que j’ai rencontre un Canadien d’Hamilton, qui travaille avec l’Organisation Internationale des Migrations, et qui organise des soirees de hockey-balle! Au Cambodge! Chaque lundi et jeudi soirs, nous sommes une bonne dizaine a nous presenter sur un court de tennis, a plus 30 degres. Le calibre est ma foi assez releve. Il y a surtout des Canadiens, mais quelques Americains se joignent a nous. Et un Cambodgien garde les buts! Ah oui, les gardiens sont equipes. Et on joue avec des hockey en graphite. Je crois qu’ils ont achete les equipements et les buts de la Thailande…

Le premier soir (jeudi passe), en raison de la chaleur et, je dois l’avouer, d’une pietre condition physique, j’avais de la difficulte a suivre! Je suais a grosses gouttes, j’avais des crampes. J’ai manque etre malade! Mais, comme on dit, on apprend de ses erreurs. Conscient de ma - mauvaise - forme, j’ai mis les chances de mon cote. Alors j’ai decide, cette fois, de ne pas jouer l’estomac vide. J’ai dine et soupe, cette journee la. Diable, je ne pensais pas a quel point ca pouvait faire toute la difference!!! La, je volais litteralement! Je sais pas si c’est ce qu’on appelle apprendre positivement, mais je sais que je vais bien manger jeudi prochain!

Cote boulot, j’en apprends beaucoup! J’ai rencontre, hier, la directrice d’un organisme de defense des droits de l’homme. Je lui posais des questions au sujet de la police anti-trafficking , et elle commence a me parler de la corruption qui y regne. Comme le petit castor, elle etait lancee. Elle appelle qqun qui connait bien le departement anti-trafficking (lire qui y travaille) et qui s’amene aussitot. Pour le moment, bien que je les crois, je ne peux pas vraiment ecrire a ce sujet. C’est leur parole, rien d’autre. Je les rencontre a nouveau cette semaine. Mais je n’ai guere d’attente. Je leur ai explique qu’il me fallait davantage que leurs seules paroles. J’ai demande a ce qu’un policier de ce departement vienne - et que je puisse l’identifier comme tel - pour qu’il me confirme certaines de leurs affirmations. J’essaie egalement d’entrer en contact avec un journaliste qui pourrait me confirmer certaines choses a ce sujet. Puis, je rencontre demain une personne qui est proche de la tete dirigeante de ce departement. J’espere, par son entremise, pouvoir obtenir une rencontre avec ma “corrompue”. Malheureusement, il ne me reste guere de temps! Je quitte samedi matin pour aller en province, question de rencontrer des femmes et enfants qui ont ete trafiques. La encore, on a beau me dire qu’il me sera possible de leur parler, je ne me fais pas d’idees. Je verrai rendu la! Des belles paroles, j’en ai entendues plus d’une!

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/22/la-circulation-a-ho-chi-minh-city/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/22/petite-histoire-de-train-au-viet-nam/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/23/les-jeunes-du-journal-de-la-rue-apres-la-france-et-le-bresil-le-vietnam/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/25/arrivee-au-cambodge/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/26/cambodge-le-musee-du-crime-genocidaire/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/22/anecdotes-de-dominic-a-hanoi/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/03/reportage-au-cambodge/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/01/musee-du-crime-genocidaire-2eme-partie/

Autres textes sur la prostitution.

Reportage au Cambodge

Mon découragement du Vietnam est drôlement du passé. Le Cambodge est trèes facile, ca n’arrête pas même. J’apprends de mes erreurs - en ce sens, ce voyage est une bénédiction pour moi et la suite des choses! Je suis un peu fatigué, remarque. J’ai énormement de lecture le soir, documentation qui m’est gracieusement offerte par les organismes que je rencontre.

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/03/sejourner-avec-le-trafic-sexuel-3/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/15/traite-des-femmes-et-prostitution-internationale-en-asie/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/13/racoleuses-ou-prostituees/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/15/traite-des-femmes-une-mentalite-difficile-a-changer/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/25/traite-des-humains-complexe-et-horrible/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/01/sarom-le-sourire-dune-exploitee/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/01/reponse-a-mme-dion-racoleuses-2eme-partie/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/19/sophea-et-la-mentalite-cambodgienne/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/19/vouloir-le-bien-causer-le-mal/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/25/racoleuses-ou-prostituees-2eme-partie/

Autres textes sur la prostitution.

Voici des informations qui pourront éclairer le commentaire de Mme Monique Dion, concernant mon texte Racoleuses ou prostituées, 2e partie.

Mme Dion demandait si l’économie au Viêt-nam faisait en sorte que les jeunes filles n’aient plus à se prostituer. L’économie vietnamienne, au même titre que la notre, ne suffit pas pour offrir des alternatives à toutes les femmes. Le nombre de Vietnamiens qui travaillent dans les échoppes au bord des rues, à gagner entre 1 et 2$ par jour, est en explosion. La moyenne, d’ailleurs, est de 40$ par mois. Quand on pense que celles qui fréquentent les bons endroits pour offrir leurs services gagnent 20$ US la nuit, on comprend que le phénomène ne risque pas de s’éteindre de sitôt.

Je ne sais si au Viêt-nam il existe un tourisme sexuel. Le gouvernement est très chatouilleux à ce sujet. Mais lorsque j’étais à Hô Chi Minh-Ville (Saigon), j’ai rencontré deux Australiens quittant mon hôtel après leur première nuit car ils ne pouvaient y ramener de filles. Des Vietnamiennes, bien entendu.

Au Cambodge, on me dit qu’il existe bel bien un tourisme sexuel. Là, j’ai des informations diverses quant aux efforts du gouvernement cambodgien. Certains disent qu’il existe une loi contre le trafic d’humains, d’autres affirment qu’il n’y a qu’un énoncé à cet effet, adopté tout récemment. Des guidelines, qu’ils disent. C’est l’une des informations que je cherche à valider. Ce qui est certain, c’est que le gouvernement s’est doté d’une police spécialisée dans ce domaine. Est-ce un voeu pieux? Je suis en train de découvrir que cette police, par manque de moyens et de formation, en plus des problèmes logistiques, peine à faire son travail. J’y reviendrai plus amplement dans un article. Disons que peu de gens ont été arrêtés concernant le trafic sexuel. On m’a même dit qu’il s’agissait, dans certains de ces cas, de procès arrangés. Le gouvernement peut ainsi démontrer qu’il s’attaque au problème du trafic sexuel. C’est très complexe, une fois qu’on commence à gratter un peu le fond de la question. Je m’apercois également que les idées que j’avais avant de venir au Cambodge étaient décalées de la réalité.

À savoir que si la mentalité de marier un Occidental provient de la mentalité americaine, je manque personnellement de connaissances culturelles pour y répondre adéquatement. Normand, qui travaille pour Oxfam Quebec au Cambodge, a travaillé dans de nombreux pays, que ce soit en Afrique ou en Asie. Il m’a dit être allé dans des pays qui n’avaient pas d’influence américaine. Il a vu, dans tous ces pays, des familles offrir leur petite en mariage à un riche homme local. Il a même vu une fille de 16 ans offerte à un homme de 70 ans. C’est une facon, pour des gens pauvres provenant de pays pauvres, d’améliorer leur sort et par le fait même celui de la famille. Il n’ont pas énormément de possibilités pour se sortir de la misère.

Pour le retour des Cambodgiens qui ont fui le régime des Khmers Rouges, je suis encore, hélas, sans reponse. On me dit que plusieurs sont revenus avec leurs enfants. Mais comme les statistiques ici sont peu nombreuses, je ne pense pas qu’il existe une réponse claire, chiffrable. D’autant que le contrôle des migrations, dans la region, est un problème criant.

Les femmes cambodgiennes choisissent-elles leur mari? Pas vraiment. Elles ont parfois leur mot à dire et peuvent refuser avec des raisons valables. Mais généralement, ce sont les familles qui arrangent les unions. La femme - ou l’homme - peut signifier à sa famille qu’elle est interressée à l’autre. Et les familles jouent les entremetteurs. Selon Normand, au Cambodge depuis deux ans et fiancé avec une fille du pays, c’est généralement la famille de l’homme qui fait la demande. Il faut, semble-t-il, que l’homme soit en mesure de faire vivre sa femme, ainsi qu’une partie de sa famille. Ce qui explique que, bien que je ne veuille pas généraliser, les couples sont composés d’un homme plus âgé (5 à 10 ans) et d’une jeune femme.  Comme les gens sont pauvres, les hommes ont besoin de temps pour amasser suffisamment d’argent afin de faire vivre leur femme.

J’espère avoir pu apporter un peu plus de clarté!

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/03/sejourner-avec-le-trafic-sexuel-3/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/15/traite-des-femmes-et-prostitution-internationale-en-asie/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/13/racoleuses-ou-prostituees/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/22/mariage-fast-food-au-viet-nam/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/25/traite-des-humains-complexe-et-horrible/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/25/racoleuses-ou-prostituees-2eme-partie/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/01/sarom-le-sourire-dune-exploitee/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/15/traite-des-femmes-une-mentalite-difficile-a-changer/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/19/sophea-et-la-mentalite-cambodgienne/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/19/vouloir-le-bien-causer-le-mal/

Autres textes sur la prostitution et sur la sexualité.

Sarom travaille au restaurant voisin de mon hôtel, à Phnom Penh. Chaque jour, je la vois, debout, toute souriante. Elle repond au moindre caprice des consommateurs. Déboucher les bières, remplir les verres de glace, apporter la nourriture.

Comme le service est lent - la préparation des plats prend plus d’une demi-heure -, j’ai du temps pour symphatiser avec elle, bien que la communication est ardue. Sarom parle peu anglais. Et mon cambodgien se limite aux salutations, excuses et remerciements.

Sarom a 18 ans. Elle est originaire d’une autre province, dont le nom m’est incompréhensible! Ses parents, son frère et sa soeur y habitent. Elle vit au-dessus du restaurant où elle travaille. Je ne sais pas si son emploi l’occupe tous les jours de la semaine, mais je la vois à son poste tous les jours. Elle dit fréquenter l’école small-small. Façon de dire qu’elle va à l’école, mais pas beaucoup! Je ne sais, en nombre d’heures ou de jours, ce que sa reponse signifie. Elle ne sort pas, ne danse pas.

Je ne sais si Sarom fait partie de ces jeunes trafiquées ou exploitées. Des scénarios de ce genre, il y en a bon nombre. Des enfants envoyés par leur parent pour travailler et ainsi faire vivre le reste de la famille, c’est chose courante au Cambodge. Des fois, on les envoie chez un parent car la famille ne peut supporter la charge de tant d’enfants. Contre nourriture et logis, l’enfant travaille pour le parent éloigné. S’il est chanceux, il tombe sur une bonne famille d’adoption. Le risque d’être exploité est là, car la famille remet entre les mains du parent l’autorité sur l’enfant. Dans d’autres cas, il peut s’agir de promesses de faire plus d’argent, soulevant l’espoir d’un avenir meilleur. Ces promesses ne sont pas toujours tenues, loin s’en faut. Parfois, le jeune consent de lui-même à ce travail. Parce que, même mal rémunéré, c’est déjà mieux que ce qu’il gagne.

Au Camnbodge, 62% de la population vit avec ou moins de 2$ par jour, 36% avec 1$. On comprend que la decision est assez facile à prendre…

Sarom ne semble pas malheureuse pourtant. Peut-être accepte-elle son sort, peut-être n’est-elle pas si mal, ou peut-être a-t-elle un caractère hors du commun. Elle sourit constamment.

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/03/sejourner-avec-le-trafic-sexuel-3/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/15/traite-des-femmes-et-prostitution-internationale-en-asie/

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Autres textes sur la prostitution et sur la sexualité.

De retour sur le fameux musée cambodgien qui m’a drôlement secoué. Comme je l’ai mentionné dans la première partie, il s’agit d’une ancienne école. On y incarcerait les intellectuels du pays, qui représentaient une menace à la revolution des Khmers rouges. Par intellectuel, il faut comprendre enseignants, diplomates, ingénieurs… ou toute personne sachant lire. Pour la révolution, elle devait passer par les paysans. Pol Pot voulait recommencer à zéro un système où l’économie ne passait que par la production de riz.

Dans la prison que j’ai visitée, 15 000 intellectuels y ont séjourné. Aucun ne s’est échappé. Seule la fuite du régime de Pol Pot provoquée par le Viêt-nam a permis de récupérer sept survivants. Je vous épargne les différentes méthodes de torture utilisées. Cruelles, abominables, bref l’être humain dans ce qu’il a de plus laid. Si on peut appeler ça être humain. Ces 15 000 personnes étaient torturées afin de leur soutirer le nom des gens qu’ils connaissaient, les membres de leurs familles. Quand les tortionnaires étaient satisfaits, ils envoyaient le prisonnier - et sa famille découverte grâce à ses aveux - dans un camp pour les assassiner. Pas avec des balles, jugées trop couteuses, mais à coups de bambou. On les enterrait ensuite dans de fosses communes, même ceux qui n’étaient pas morts. Assez horrible.

Dans les salles de classes, utilisées comme cellules, on peut encore voir, près de 30 ans plus tard, des flaques de sang séché. En quatre ans, le bilan du régime de Pol Pot s’établit, selon ce qu’on peut lire sur les affiches du musée, à 3,3 millions de morts ou disparus, près de 150 000 invalides, 200 000 orphelins. Sans compter les écoles et industries détruites. La guerre civile aura duré près de 30 ans, pour se terminer à la fin du siècle dernier (1998). Un pays ne se remet pas du jour au lendemain d’une telle catastrophe. Trois générations qui n’ont pas reçu d’éducation (qui doit éduquer les générations suivantes sans trop savoir comment s’y prendre) et une économie complète à reconstruire.

Dans ce musée, il y a des salles remplies de photos des 15 000 prisonniers. Je ne sais combien il y en avait, des milliers assurément. Je les ai regardées une a une. Des gens qui ne savaient pas ce qui les attendaient. Le regard fier, courageux. Je n’y ai pas vraiment vu de peur. Ces gens sont pourtant allés à l’abattoir. Les tortionnaires ont même installé des barbelés aux étages pour éviter toute tentative de suicide…

Les gens photographiés n’étaient pas très vieux. Il y avait même des enfants. Devant chaque visage, je frissonnais. J’ai dû sortir après quelques salles, question de prendre un peu d’air. Je ne sais comment exprimer ce que j’ai ressenti. De l’impuissance, de l’incompréhension. Comment peut-on être si sadique? Massacrer en masse des humains? Comment a-t-on pu laisser une telle chose se produire? Ces tortionnaires, qui passaient leurs journées à infliger les pires sévices à leurs prisonniers, comment faisaient-ils ensuite pour retrouver leur famille, leurs enfants, et oublier ce qu’ils avaient fait la journée durant?

Je n’ai pas visité de musées ou de charniers concernant l’Holocauste en Allemagne. Je peux m’imaginer, encore plus aujourd’hui, l’horreur de ce carnage organisé.

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/22/la-circulation-a-ho-chi-minh-city/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/22/petite-histoire-de-train-au-viet-nam/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/23/les-jeunes-du-journal-de-la-rue-apres-la-france-et-le-bresil-le-vietnam/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/25/arrivee-au-cambodge/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/26/cambodge-le-musee-du-crime-genocidaire/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/22/anecdotes-de-dominic-a-hanoi/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/03/reportage-au-cambodge/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/06/hockey-au-cambodge/

Autres textes sur la prostitution.

Cambodge: le musée du crime génocidaire

Je suis allé au musée du crime génocidaire. Je l’aurais appelé le «musée de l’horreur cambodgien». C’est barbare, inhumain… J’ai failli pleurer. Je suis tellement bouleversé que je ne réussit pas à mettre le doigt sur l’émotion - ou les émotions - qui m’envahissent. C’est complètement tordu… Deux millions de morts en moins de quatre ans. Le musée est une ancienne école qui a servie de prison de torture sous Pol Pot entre 1974 et 1979. D’ailleurs, elle a ouvert ses portes le lendemain de mon premier anniversaire.

J’y reviendrai prochainement, le temps de faire le ménage dans toutes les émotions qui veulent remonter en moi.

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