You are currently browsing the category archive for the 'Chronique de livres' category.
Chronique de livres
Les coups de coeur de Sébastien Lacombe
Marie-Claude Marsolais, Volume 16, no. 4, Avril-Mai 2008
L’auteur-compositeur-interprète Sébastien Lacombe nous dévoile ses coups de cœur littéraires. Qu’ont en commun ses bouquins fétiches? Des histoires qui l’ont amené à se questionner sur sa propre histoire.
Sa première rencontre marquante avec la littérature, il la doit à Émile Zola et à son roman Germinal. Alors élève au secondaire, Sébastien n’en avait que pour la bande dessinée. Zola a changé la donne. Germinal traite du monde minier à l’époque de la France industrielle du 19e siècle. Pauvreté, chômage, misère humaine, tout est dépeint durement. «Ce livre m’a fait sortir de ma coquille bourgeoise. Je viens d’une famille aisée de Ville Mont-Royal. Quand j’étais jeune, je ne manquais de rien. J’étais le type d’enfant qui passait ses vacances à jouer au tennis en bermuda blancs. Zola raconte que les gens ne pouvaient pas manger de viande, qu’ils trimaient dur pour survivre. Ça m’a vraiment marqué.»
Ce livre lui est toujours resté en tête. Si bien qu’il a, par la suite, fait du bénévolat pour Action contre la faim, en plus d’organiser un concert-bénéfice pour l’organisme en novembre dernier. «Bien que je n’ai jamais été aussi pauvre qu’en ce moment, je me considère riche et j’essaie de donner de mon temps et de mon énergie à des gens qui en ont vraiment besoin.»
L’Immortalité, de Milan Kundera, a aussi laissé sa marque chez le chanteur. Difficile de résumer cet ouvrage, puisque Kundera s’amuse plutôt à déconstruire le récit qu’à le construire. Qu’à cela ne tienne, Sébastien retient surtout ce que Kundera appelle la petite et la grande immortalité. La petite immortalité, c’est le souvenir que nos proches gardent de nous après notre mort. La grande immortalité, c’est passer à l’histoire grâce à son œuvre, qu’elle soit littéraire, scientifique ou autre. Du coup, ce sont des inconnus qui gardent un souvenir de nous. «L’immortalité est un sujet qui me fascine, j’ai même écrit une chanson là-dessus, Gaspard le homard.» Si Sébastien a ardemment souhaité laisser sa marque en tant qu’artiste, il avoue que depuis qu’il a des enfants, il privilégie plutôt la petite immortalité.
Son troisième livre coup de cœur l’a d’ailleurs fait réfléchir sur sa famille. L’an dernier, le papa de deux jeunes garçons est parti seul en Thaïlande. «J’avais besoin de faire le point, d’affronter ma solitude. Ma blonde est très compréhensive et m’a encouragé à partir.»
Dans les bagages de Sébastien: Comment devenir un monstre. Jean Barbe y raconte l’histoire d’un avocat qui part à l’étranger pour défendre un criminel de guerre. «Quand j’ai lu ce livre, j’étais en grande période de réflexion à propos de ma famille et de ma carrière. Je cherchais ce qui était important dans ma vie. L’avocat dont il est question dans le livre fuit sa famille en prenant des contrats loin de la maison. Finalement, il se rend compte à quel point il veut revoir ses proches. Ce livre m’a tellement touché qu’à la fin, j’ai pleuré comme un bébé! J’ai réalisé que j’avais laissé ma famille derrière. Ce voyage et cette lecture m’ont ouvert les yeux. Je n’ai pas toujours été un bon père, mais là, je peux dire que je le suis.»
Gageons qu’il est aussi bon père que chanteur!
Les coups de coeur de Lucien Francoeur
Chronique de livre
Dominic Desmarais, Volume 16, no. 3, Février-mars 2008
Lucien Francoeur débarque dans son café préféré d’Outremont. L’artiste rebelle et bohème de mon adolescence est méconnaissable. Sa longue tignasse est devenue blanche, son bagout est posé, calme. Mais Lucien Francoeur a conservé cette caractéristique d’être si captivant. Quand il discute livres, c’est tout un univers qui s’ouvre.
La vie de Lucien Francoeur n’est pas de tout repos. Professionnellement, il a tâté de tout: auteur, poète, chanteur, chroniqueur radio. Aujourd’hui, il a disparu des écrans radars alors qu’il transmet sa passion à des cégépiens. À travers les choix de lecture de ce récipiendaire du prix Émile-Nelligan, on découvre mieux l’être flamboyant.
Une BD réinventée
Lucien Francoeur est attiré par les œuvres qui réinventent les genres. Comme la série de bandes dessinées The Sandman, de l’auteur Neil Gaiman. «C’est comme une pièce de théâtre. Des dialogues avec des images», murmure le poète en fermant les yeux, levés au ciel. Lucien Francoeur semble dans un autre univers. «Je connaissais la BD The Sandman. Mais Gaiman l’a transformée. Il a radicalisé le héros, lui a enlevé ses barrières morales. The Sandman, c’est tout ce qui a trait au mystère, au rêve, au hasard, à la magie. Neil Gaiman a créé un héros qui n’est pas en colère, qui ne porte pas de cape. C’est ce que j’aime de cette BD: elle me fait entrer dans un univers où rien de ce que je connais n’a de prise. C’est l’inconnu. L’inattendu.»
Livre de rebelle
Son deuxième coup de cœur ne surprend guère. Sur la route, de Jack Kerouac, qu’il a lu une cinquantaine de fois. «Ce que j’aime, c’est comment Kerouac a réussi à nous faire vivre le mouvement de sa vie mouvementée. C’est un roman de mouvance, où il est parvenu à fixer l’impossible, sur papier, tout ce qui est du domaine de l’éphémère quand tu voyages.
Comment se souvenir de tous ces moments passagers? Les américains ont pu lire pour la première fois ce qui se passait ailleurs: sur la route, la marginalité, les vagabonds, l’itinérance. Kerouac leur a donné droit de parole. Kerouac, c’est comme l’Iliade d’Homère. Avec son roman, il a créé la nouvelle mythologie.»
Le chanteur enchaîne dans la même mouvance, soit la rupture avec le style de l’époque. Si Kerouac a révolutionné l’univers du livre dans les années 1950, Louis-Ferdinand Céline a eu le même effet dans les années 1930. «L’écriture française devient charnelle pour la première fois. On s’éloigne de l’écriture littéraire, intellectuelle. Céline, c’est une écriture virile, d’émotions. Ça entre par les pores de la peau. C’est une expérience physique. Tu as presque le goût de te lever et de marcher, en lisant. C’est du jamais vu. C’est ce que j’aime.»
Lucien Francoeur se dévoile. Il a choisi 3 auteurs qui n’ont pas suivi le même chemin que leurs collègues. «Tu as l’impression qu’ils se sont mis au monde eux-mêmes. Ils se sont créés eux-mêmes. Ils ont quand même des modèles. Mais on ne les voit pas. Moi, j’aime ça quand on peut sentir l’auteur, sentir son odeur. Pour moi, c’est irrésistible.»
Lucien Francoeur rouvre les yeux et quitte l’univers fabuleux de ses lectures. Dehors, il fait froid. Triste retour à la réalité. Mais on ressort le cœur et la tête au chaud.
Les coups de cœur de Guillaume Vigneault
Guillaume Brodeur, vol.16 no.2 déc.-janvier 2008
Écrivain lauréat de nombreux prix littéraires, Guillaume Vigneault a l’air d’un quidam avec ses vêtements bohèmes et son éternelle cigarette au bec. Humble de nature, l’auteur nous suggère des romans à son image: qui vont droit au but, sans flaflas ni fioritures.
Auteur-né, pourrait-on croire Guillaume Vigneault quand il raconte qu’il inventait des histoires dès l’âge de deux ans? D’autant plus qu’il est le fils de l’illustre Gilles, ce barde national qui lui a inculqué l’amour des mots. «Mais je suis d’abord un lecteur. Boulimique», précise-t-il.
Entouré d’une bibliothèque aux mille et un volumes, Vigneault s’éveille à la littérature à l’adolescence. De nouvelles ailes l’amènent au grand large avec Jonathan Livingston le goéland, de Richard Bach. «Une belle fable poétique. Au-delà de l’aspect mystique, il y a quelque chose de très sage dans cette histoire toute simple. Ça m’a donné confiance en l’invisible, ce qui nous relie tous.»
«À l’opposé, j’ai profondément détesté L’étranger d’Albert Camus à sa première lecture.» L’auteur a toutefois conquis Vigneault par la suite. «Camus est un écrivain très sensuel, il parvient à éveiller nos sens. L’écriture est la forme d’art ultime, dans la mesure où il n’y a aucun stimuli sensoriel. Seulement de l’encre noire sur du papier blanc, mais il n’y a aucune limite à la créativité.»
Comme ceux de sa génération, Guillaume Vigneault, 37 ans, préfère souvent la vivacité et la candeur des plumes d’Amérique aux écrits alambiqués de la vieille Europe. «Ici, on a encore la volonté de raconter des histoires sans vouloir montrer comment on est brillant.» À mi-chemin entre culture populaire et littérature, l’auteur cite à titre d’exemples les Philip Roth, Jonathan Frentzen, John Irving, et particulièrement le «fabuleux» titre La nuit de l’Oracle, de Paul Auster.
Côté québécois, il voue une grande admiration à Jacques Poulin et à ses romans Volkswagen blues et Le vieux chagrin. «Un gars qui écrit des histoires d’une simplicité déconcertante. Il a un regard, une tendresse… Le vieux chagrin, c’est le nom du chat! Un roman très lent et contemplatif qui se passe sur le bord du fleuve. Le bonhomme ne bouge pas de sa petite maison, alors que dans Volkswagen blues, il y a un côté aventure hommage à Jack Kerouac.
Jacques Poulin, c’est celui dont je me sens le plus proche, mais il y a aussi Louis Hamelin et Christian Mistral. Vautour, de Mistral, c’est une véritable leçon d’écriture. J’en suis jaloux!» Le genre de roman que Guillaume aurait voulu écrire lui-même. «C’est important d’être connecté avec ce qui s’écrit, se chante ou se filme ici.»
Une constante chez Vigneault: un roman n’a pas besoin d’être un pavé pour s’avérer une œuvre complète. «Il y a des auteurs dont l’essence est ramassée en un seul livre. Tous leurs thèmes, toute leur esthétique y sont concentrés.» Les carnets du sous-sol, de Fédor Dostoïevski, est l’un de ceux-là. «On touche à l’essence de Dostoïevski. C’est l’histoire très rock and roll d’un gars mal dans sa peau, masochiste. L’apogée de tous les pires sentiments humains, mais en même temps une leçon d’écriture magistrale. C’est “garroché” ce texte-là, mais il a une telle force brute!»
Sans avoir fait une croix sur la littérature –il a un roman en chantier–, Guillaume Vigneault a foncé tête baissée dans une foule de projets depuis la sortie de son dernier opus en 2001. «J’ai tâté un peu le journalisme, mais je me suis rendu compte que ce que tu écris doit être vrai! Un gros obstacle à la créativité. Par ailleurs, on apprend souvent plus dans les romans. Est-ce que la leçon est plus forte parce que c’est arrivé dans la vraie vie? Pour moi, c’est le contraire. Le roman est le laboratoire ultime d’expérience humaine.»
L’auteur se consacre actuellement à la scénarisation du film Tout est parfait, un long métrage qui abordera le thème du suicide chez les adolescents. «On s’est tellement fait accroire que ce que nous sommes, c’est ce que nous possédons. Le matériel quoi. On propose un style de vie qui n’a pas de bases solides, sans repères symboliques…» Guillaume Vigneault croit que nous sommes tous victimes d’une profonde perte de sens, d’une acculturation globale.
En espérant que les mots puissent remédier un jour aux maux de notre société.
Guillaume Vigneault dans Reflet de Société
Guillaume Vigneault, auteur et fils de notre célèbre Gilles Vigneault, sera l’invité de la chronique littéraire “Coup de coeur” du magazine Reflet de Société de décembre. Il nous présentera les livres qui l’ont influencés. Des classiques tels que Jonathan Livingston de Richard Bach, L’étranger d’Albert Camus. Mais aussi des Philip Roth, Jonathan Frentzen, John Irving ainsi que le «fabuleux» titre La nuit de l’Oracle, de Paul Auster.
Les auteurs québécois ne seront pas laissés de côté avec les Jacques Poulin, Louis Hamelin et Christian Mistral. Une chronique qui nous fera mieux connaître Guillaume Vigneault à travers ses lectures ainsi que sa nouvelle implication dans un long métrage sur le suicide.
Textes de Guillaume Vigneault
Textes sur le suicide. Commentaires sur le suicide. Guide d’intervention
Les coups de cœur de Stanley Péan
Guillaume Brodeur, Volume 16 no 1. Octobre 2007
Entre deux réunions à titre de président de l’Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ) et la rédaction de multiples critiques littéraires, l’hyperactif Stanley Péan parvient quand même à «jaser livre» tout en s’amusant. Auteur prolifique, il partage sans retenue ses passions particulières. Au risque de froisser certains puristes…
En vrai Obélix de la lecture, Stanley Péan est tombé tout petit dans la bibliothèque de son père. Professeur de littérature installé à Jonquière, le paternel ne jure que par les grands classiques français. Le fils, lui, se passionne pour un genre snobé par l’élite: la science-fiction. «En tant qu’écrivain, mon style a surtout été influencé par l’école fantastique américaine. Les Bradbury, Matheson, Beaumont, Ellison…» Des auteurs qui n’ont pas toujours été reconnus à leur juste valeur.
Si l’on parle de littérature «dite sérieuse» - Péan déteste ségréguer les genres -, sa révélation a d’abord été L’Étranger d’Albert Camus. «C’est le livre fondamental pour moi, celui qui m’a fait dire “Je veux être écrivain”. L’Étranger, c’est pourtant un fait divers. L’histoire d’un banal fonctionnaire qui finit par commettre un meurtre et être condamné à la décapitation. Mais derrière, il y a toute une vision du monde exprimé par Camus, un de ces grands écrivains-philosophes des années 40.»
«Je venais de recevoir un choc, de découvrir des choses que je n’avais jamais perçues sur le monde qui nous entoure. La fonction même de la littérature selon moi.» D’ailleurs, Meursault, l’anti-héros du roman, continue toujours d’habiter Péan par son attitude frondeuse et rebelle face aux conventions sociales. «Nous avons forcément un rapport assez organique avec la littérature, car nous nous enfermons dans notre tête avec la parole de quelqu’un d’autre. J’ai encore un petit côté Meursault qui me joue des tours. Une certaine froideur, un détachement… Qui me permettent de prendre du recul.»
Le second livre-choc pour Stanley Péan a été La métamorphose de Kafka. Découragé par sa lecture, un collègue de classe lui résume l’histoire «plate» du roman : un gars qui se réveille un matin transformé en coquerelle, vit coquerelle et meurt coquerelle… Stanley s’emballe. «Quelle idée extraordinaire, quel humour! Lorsque le type réalise qu’il est devenu un insecte géant, son premier réflexe est de se dire “Merde! Qu’est-ce que mon patron va penser si j’arrive au travail comme ça?” Nous nageons dans l’absurdité la plus totale.»
Même la grande Anne Hébert a écrit deux romans fantastiques très noirs, voire d’horreur. «Chose que les critiques n’aiment pas admettre», souligne Péan, la jeune quarantaine. Il cite en exemple Les enfants du Sabbat, une histoire de possession où l’héroïne est une sorcière qui fait vraiment peur. «Anne Hébert demeure par ailleurs le plus grand écrivain québécois selon moi. Un sommet inégalé, tant pour sa poésie que pour ses romans. L’écriture de Kamouraska m’a littéralement charmé et envouté.»
Franc-tireur, Stanley déplore que la place de la littérature soit devenue marginale au pays. «Quand je vois le gouvernement Harper couper dans les programmes d’alphabétisation - ce qui n’est pas couper dans le gras -, je ne crois pas que ce soit une décision innocente pour un gouvernement qui investit autant dans son armée. Mais au-delà de la politique, on n’entend presque plus parler de littérature à la radio ou à la télé, sous prétexte que ça n’intéresse personne. On a une déresponsabilisation inacceptable face à la littérature et la lecture. S’il y avait un Jack Kérouac aujourd’hui, qui l’inviterait à son émission?»
De la suite dans les idées, Stanley appelle tous les citoyens à venir rencontrer les auteurs au prochain Salon du livre de Montréal. «Malgré son petit côté foire commerciale, on peut encore y entendre des tables rondes et de longues entrevues avec les écrivains. Un endroit d’échange exceptionnel.» Du 14 au 19 novembre au Palais des congrès.
Coups de coeur de Stanley Péan
L’auteur Stanley Péan nous présente dans le magazine Reflet de Société d’octobre ses livres qui l’ont influencé. La science-fiction avec les Bradbury, Matheson, Beaumont et Ellison ont influencé son écriture.
Dans les classiques, ce sont L’étranger d’Albert Camus, La métamorphose de Kafka, Kamouraska et Les enfants du Sabbat d’Anne Hébert qui l’ont charmé.
Les coups de cœur d’Anne Panasuk; chronique livres
Guillaume Brodeur, volume 15 no 6, août 2007
Passer ses journées à feuilleter magazines et découpures de journaux, rien de plus normal pour cette journaliste de Radio-Canada. Mais quand Anne Panasuk raconte qu’elle doit absolument lire quelques pages avant de s’endormir, et qu’elle dévore parfois même ses bouquins en marchant (!), la lecture relève davantage d’une véritable passion que du train-train quotidien.
Issue d’une famille aux mœurs plutôt conservatrices, c’est d’abord à travers l’œuvre de Simone de Beauvoir qu’Anne Panasuk s’est intéressée au nouveau monde qui s’ouvrait à elle. “Simone de Beauvoir m’a fait comprendre qu’on pouvait être une intellectuelle, à l’égal de l’homme, et foncer dans la vie. Ç’a l’air un peu vieillot aujourd’hui, mais elle a influencé toute une génération de femmes qui l’ont prise comme modèle.”
La journaliste s’est par la suite plongée dans les récits d’êtres humains qui résistent, qui survivent à des difficultés épouvantables; ce qu’on appelle la résilience. Dans Le mort qu’il faut, Jorge Semprun, un communiste espagnol qui a été emprisonné dans les camps de la mort, raconte comment il a été possible d’y survivre grâce à la fraternité et à l’entraide. “Semprun explore les deux facettes de l’âme, comment l’homme peut être terriblement méchant et solidaire à la fois. Une excellente lecture pour les adolescents.”
Et pas seulement en raison des bienfaits que la littérature apporte à l’apprentissage du français. Anne Panasuk croit qu’elle nous apprend d’abord à vivre. “On lit pour s’élever. Les bons romans permettent d’outrepasser ses petites douleurs et de découvrir de nouveaux aspects de l’humanité. Lire, c’est une ouverture extraordinaire sur le monde.”
De grandes qualités qu’elle retrouve chez Andreï Makine, son auteur fétiche. C’est sans hésitation que la journaliste identifie La Musique d’une vie comme son opus favori. “Je l’offre en cadeau à tous les gens qui me sont chers. Makine fait rêver par les mots. Quand il décrit une gare de l’Extrême-Orient russe par exemple, on peut presque en sentir l’odeur.”
Sa plus récente trouvaille: De Chair et d’Âme de Boris Cyrulnik. “Un essai magnifique sur le bonheur qui n’a rien à voir avec les recettes psycho-pop habituelles. Biochimiquement, il y aurait des petits et des gros porteurs de sérotonine (hormone du bonheur), des gens qui sont donc plus facilement heureux que d’autres. Mais l’essence du propos de Cyrulnik, c’est que ton environnement peut te permettre d’être heureux même si tu n’y es pas prédisposé. Je crois fermement qu’on dépend des autres à ce chapitre.” Enfant de la Deuxième Guerre mondiale, l’auteur a perdu ses deux parents dans un camp de concentration. “Lui-même est un exemple de résilience, il a réussi à être heureux malgré un mauvais départ… Mon père, qui était originaire de Russie, m’a tellement parlé de ses souffrances de jeunesse et d’immigrant, comment c’est difficile de renaître dans une autre vie, que cette idée m’a toujours suivie depuis.”
Outre le récit terrible des épisodes noirs de l’histoire, Anne Panasuk s’accorde parfois des bonbons un peu plus légers. “J’aime tout particulièrement l’anthropologue Serge Bouchard et son ouvrage L’homme descend de l’ourse. Toujours avec humour, Bouchard écrit des petites nouvelles, des réflexions sur des sujets aussi variés que le baseball, le corbeau ou le mélèze.”
De son passé d’anthropologue auprès du peuple Montagnais, Anne Panasuk a aussi conservé un faible pour les légendes amérindiennes. “Ces explications de vie sont plus que des légendes. Il s’agit des mythes fondateurs qui peuvent nous en apprendre beaucoup…” Si l’on se donne la peine de lire entre les lignes bien sûr!
La prochaine lecture de vacances d’Anne Panasuk? “Le dernier Makine, évidemment. Bien installée dans mon hamac, un verre de vin blanc à la main.” Outil de travail essentiel au travail d’une journaliste récipiendaire de nombreux prix d’excellence, la lecture demeure avant tout une partie de plaisir pour cette femme curieuse et sensible au sort de l’humanité.
Autres textes sur la culture, Chronique de livres.
Les coups de cœur de Yann PerreauYann Perreau, auteur-compositeur-interprète, “habite” avec les auteurs qui l’ont influencé. Tels des fantômes, ils rôdent continuellement autour de lui. “Tous les écrivains que j’ai lus font partie de mon monde, de mes influences. Ils sont ce que j’ai glané comme perspective, ils m’ont aidé à forger mes rêves et mes ambitions.”
Une entrevue de Marie-Claude Marsolais, Volume 15 no 3, février 2007
Certains livres l’ont particulièrement influencé sur le plan spirituel. Dès l’âge de 10 ans, il recevait de sa mère Illusion. Le messie récalcitrant, de Richard Bach. “C’est une forme d’initiation à la spiritualité. C’est une introduction au principe d’écoute de soi, de sa puissance et de sa richesse intérieure.”
Au fil de ses lectures, l’artiste a découvert ce qu’il qualifie de “véritable bible personnelle”. Le prophète, de Khalil Gibran, a été pour lui une révélation. “C’est comme un guide spirituel. Je l’apprécie, car il ne dit pas quoi faire, mais suggère plutôt des pistes. C’est au lecteur de les appliquer et d’interpréter les enseignements à sa façon. En plus, c’est une très belle histoire, simple et sans lourdeur.” La première lecture du Prophète par Yann Perreau remonte au début de sa vingtaine. De son propre aveu, le jeune homme de 30 ans l’a revisité récemment. “J’ai découvert d’autres enseignements que je n’avais pas compris la première fois. C’est un livre qui vieillit bien et qui se renouvelle toujours. Gibran puise dans des préceptes universels et intemporels.”
Si tous les auteurs qu’il a lus inspirent l’artiste qu’est Yann Perreau, certains teintent également le mode de vie du chanteur. Jack Kerouac et son roman Sur la route en est un exemple. “Il a un coté très sauvage, enfant terrible. Il est très rock ’n’ roll. J’aime la nuit et la musique. Lui était amoureux du jazz et de la poésie. Mais, plus que tout, Sur la route a été la bougie d’allumage de mon premier roadtrip.” À l’instar de Kerouac et du héros de son livre, Yann Perreau a traversé les États-Unis. Si Kerouac est parti de New York, Perreau, lui, est parti de Montréal. Les deux ont débarqué à San Francisco. À 22 ans, avec moins de 400$ en poche, son sac sur le dos, il a vagabondé pendant 2 mois. “Tout au long de mon voyage, j’ai tenu un journal de bord. Un jour, j’aimerais écrire un roman comme l’a fait Kerouac.”
Yann Perreau accorde également beaucoup d’importance à Jacques Prévert, un autre auteur qui fait partie de ses fantômes littéraires. Il a particulièrement craqué pour le recueil de poésie Paroles, qu’il a découvert lors de ses ateliers de théâtre dans la troupe de Pol Pelletier. Une professeure donnait des exercices de diction à même les poèmes de Prévert. “Cet auteur prolétarien était très engagé et écrivait pour le peuple. Il était aussi considéré comme un intello. Il a su marier ses deux forces avec finesse, simplicité et humour.” Yann Perreau, qui écrit lui-même ses chansons, avoue avoir énormément appris des œuvres du célèbre poète français. “C’est un homme qui créait des images très fortes avec ses mots. Quand tu le lis, tu sens l’odeur du café, tu entends les enfants jouer dans le parc. Il m’a beaucoup aidé. Je me suis aperçu qu’on n’avait pas besoin d’écrire 25 pages pour imbiber quelqu’un d’un sentiment. Il a su écrire à la fois avec son esprit et avec son cœur.”
Coup de coeur d’Anne Panasuk
Dans le numéro d’août de Reflet de Société, pour la chronique de livres, nous avons comme invité Mme Anne Panasuk, journaliste de renom de la Société Radio-Canada. Elle nous partage avec beaucoup de simplicité sa passion pour la lecture.
Simone de Beauvoir, Jorge Semprun, Andrei Makine, Boris Cyrunlik ou encore Serge Bouchard, ces auteurs ont réussi à toucher l’âme humaniste et d’anthropologue de Mme Anne Panasuk.
Chronique de livres.
Les coups de cœur de Ricardo Larrivée
Dominic Desmarais
Juin 2007
Lorsqu’il ne jongle pas avec ses casseroles pour son émission culinaire, Ricardo Larrivée s’évade dans la lecture. Bibliophile, il entretient un rapport intense avec ses livres. «Les mots font plus qu’entrer dans ma tête. Les bouquins me ramènent au moment où je les ai lus. Pour moi, ce sont de purs instants de bonheur. Je suis un grand nostalgique.
Ricardo ne suit pas nécessairement le goût du jour, il choisit ses livres comme il l’entend. «Il n’y a pas de snobisme, en lecture. T’as pas lu tel auteur? Ce n’est pas important. C’est toi qui lis. Et quand tu lis, tu es seul.» S’il se contente du rôle passif de lecteur pour l’instant, il caresse le rêve d’écrire un grand livre. Une œuvre qui toucherait les gens.
Romantique dans l’âme
L’attrait de Ricardo pour la nostalgie est à la base de son lien si fort avec le premier roman d’Alexandre Jardin, Bille en tête. «Je l’ai pris par hasard, à la pharmacie du coin, parce qu’il était en format poche. Je quittais le Québec pour travailler en Saskatchewan. J’étais super déprimé de quitter ma famille et mes amis. Je m’en allais en pleurant.» Ricardo est tombé sur un auteur fait sur mesure pour lui.
Alexandre Jardin, un grand romantique, met en scène des personnages plus grands que nature. «Les gens qui sortent de l’ordinaire, j’aime ça. Je fais partie de ceux-là. J’ai besoin d’aller dans la démesure», déclare le célèbre cuistot qui, en discutant, se remet dans l’émotion du moment. Sur ses livres, il inscrit son nom, celui de sa femme, l’endroit et l’année où il l’a acheté. Pas question d’emprunter les bouquins des autres. Ricardo veut avoir ses objets de bonheur à portée de la main.
L’homme qui devint Dieu
S’il aime se divertir, Ricardo apprécie aussi les auteurs qui le font réfléchir. Comme Gérald Messadié avec L’Homme qui devint Dieu. L’ouvrage en 4 volumes se penche sur la vie de Jésus, en y portant un regard historique et non religieux. «Nous sommes élevés dans les valeurs catholiques. L’histoire de Jésus, d’un point de vue plus neutre, nous y sommes moins habitués. Il faut avoir une foi solide, car le livre ne se termine pas comme on l’apprend avec la religion catholique, dit-il, se gardant de dévoiler le punch. Ce livre porte à réflexion. Tu prends les bouts qui te rejoignent. J’aime les auteurs qui décrivent tout en laissant place à l’imagination. J’aime me faire ma propre image!»
La crainte du dernier
Ricardo s’ouvre à la diversité. Il s’intéresse aux livres comme à la cuisine, c’est-à-dire qu’il aime de tout. Le sort de l’humain et de son environnement est un sujet qui le touche. Et tout particulièrement la vision qu’offre Margaret Atwood, l’une des plus grandes auteures canadiennes, selon lui, dans son roman Le dernier homme. «Elle raconte l’histoire du dernier homme sur terre. Elle extrapole à partir des problèmes d’aujourd’hui pour imaginer ce que ce sera dans 20 ou 30 ans. C’est une prise de conscience de ce que nous sommes en ce moment, de ce que l’on vit, comme l’exclusion par exemple. Au-delà de l’histoire, qui est très bonne, le livre m’a fait peur. Parce qu’il est trop proche de ce qu’on pourrait devenir.»
Ricardo a tellement aimé le bouquin qu’il en a parlé à toute son équipe. «On tourne chez moi. Les gens vont dans ma bibliothèque et m’empruntent des livres!», dit-il en se demandant qui est parti avec son ouvrage de Margaret Atwood.
Alexandre Jardin, Bille en tête (1986)
Gérald Messadié, L’homme qui devint Dieu (1988)
Margaret Atwood, Le dernier homme (2003)
Les coups de coeur de Ricardo Larrivée
Le très populaire chef cuisinier Ricardo Larrivée est l’invité du magazine Reflet de Société dans sa chronique de livres du mois de juin.
Vous y découvrirez que Ricardo Larrivée aime bien la cuisine sociale. Vous pourrez y découvrir pourquoi ses lectures l’ont touché et rejoint.
http://journaldelarue.wordpress.com/tag/chronique-de-livres/
Alexandre Jardin, Bille en tête
Gérald Messadié, L’homme qui devînt Dieu
Margaret Atwood, Le dernier homme
Les coups de coeur d’Alain Lefèvre
Alain Lefèvre, grand virtuose du piano, sera l’invité du magazine Reflet de Société dans sa chronique de livres du mois d’avril. Dans cet entretien intimiste et chaleureux avec Alain Lefèvre, vous pourrez y découvrir l’attachement que porte M. Lefèvre aux jeunes du Centre jeunesse Cité des Prairies.
http://journaldelarue.wordpress.com/tag/chronique-de-livres/
Victor Hugo, L’Homme qui rit
Maxime Chattam, Les arcanes du chaos
Théophile Gauthier, Le Capitaine Fracasse
Éric-Emmanuel Schmitt à Tout le monde en parle
Je ne connaissais ni l’auteur, ni ces livres. Après cette merveilleuse rencontre avec Guy A. Lepage, je me promets bien d’acheter quelques uns de ces bouquins.
Éric-Emmanuel Schmitt parle des enfants et des jeunes comme de grands philosophes capable de comprendre et de réfléchir sur notre société.
Éric-Emmanuel Schmitt a cette grande capacité de nous parler de lui, de ses expériences de vie avec toute simplicité. Il nous fait découvrir autant les erreurs qu’il a faites, ces jugements qui ont changés et les événements qui lui ont permis de faire ces changements.
Une belle rencontre rafraîchissante.
Textes sur Tout le monde en parle.
Les coups de coeur de Yann Perreau
Dans son numéro de février, le magazine Reflet de Société présente les livres qui ont influencés Yann Perreau.
http://journaldelarue.wordpress.com/tag/chronique-de-livres/
Richard Bach, Illusion. Le messie récalcitrant.
Jacques Prévert, Paroles.
Khalil Gibran, Le prophète.
Les coups de cœur de Michel Auger
Vol 15-2, décembre 2006

Au début des années 1970, Michel Auger, jeune journaliste du milieu criminel, découvre sans le savoir un livre qui va influencer son cheminement professionnel. «S’il y a un livre qui m’a particulièrement marqué, c’est Le Parrain de Mario Puzo. Cette histoire bien connue, qui tourne autour de la mafia italienne new-yorkaise, était presque un reportage d’actualité à l’époque. Dans le milieu du journalisme criminel, il est régulièrement question d’événements qui se sont produits il y a plusieurs années. Au moment où le livre est sorti, la mafia des années 1940-1950 était un sujet encore chaud, mais plus loin pour moi».
La lecture de ce livre a fait naître des questionnements auxquels il a trouvé des réponses dans son quotidien. «Quand on commence dans le journalisme, on se rend compte que nos enquêtes impliquent des gens et que c’est en fait un grand puzzle qu’on a devant nous. On part d’un événement particulier et on agrandit vers le général.»
Pour Michel, Le Parrain représentait déjà le grand portrait qui l’a forcé à aller chercher la réalité de cette fiction dans son travail et à raffiner son travail journalistique en l’incitant à toujours faire un travail de meilleure qualité. Par-dessus tout, ce livre est pour Michel un suspens captivant très proche de sa réalité, duquel il a tiré plusieurs leçons.
«Avant tout, je lis pour me divertir», et c’est précisément ce que l’auteur Pierre Magnan a permis à Michel avec son polar La Maison assassinée. De New-York, il a mis le cap sur un village français, théâtre d’un meurtre. «Pierre Magnan est un artiste du suspens qui met à jour dans son roman le drame d’individus impliqués dans des meurtres ainsi que les difficultés et questionnements que ces gens vivent.»
Savoir où exactement a lieu l’intrigue ou si l’histoire est véridique n’est pas important pour Michel. Il préfère ne pas chercher à savoir et se laisser porter par l’imaginaire et les interprétations du romancier, ce qui ne l’empêche pas de tirer des leçons de ses lectures. «La Maison assassinée, malgré son caractère fictif, a surtout changé ma façon d’aborder les gens qui vivent des expériences telles que décrites dans le roman.» L’histoire lui a fait voir les choses à travers leurs yeux, vivre les émotions à travers leur cœur.
«Mon œil de spécialiste influence souvent mes choix de lecture.» C’est cet œil qui l’a guidé vers les romans de l’auteure Kathy Reichs. «Difficile d’en nommer seulement un, ils sont tous aussi rafraîchissants!» et il se fait un grand plaisir d’en faire la lecture. «Le monde de laboratoires, d’autopsies et d’enquêtes est décrit de façon très réelle par cette auteure et j’y trouve la satisfaction personnelle de reconnaître mon milieu.» Ces romans sont en fait des semi-fictions, avec des références à Montréal et des personnages basés sur les traits de vrais acteurs du domaine criminel qu’il reconnaît parfois. «Le dénouement des enquêtes, qui passe principalement par l’aspect scientifique, et la description, collée à la réalité que l’auteure en fait, m’impressionne beaucoup et me ravi. Avec grand intérêt, je retrouve mon monde, mes collègues et mes expériences de vie dans les romans de Reichs.»
Le travail qu’il exerce est une passion pour Michel Auger, passion qui se reflète jusqu’à dans ses goûts littéraires. Pas étonnant qu’il ait choisi une carrière lui permettant lui-même de vivre un roman policier.
Les coups de coeur de Michel Auger
Le célèbre journaliste spécialisé dans les gangs de rue et le monde criminel est l’invité du magazine Reflet de Société dans sa chonique de livre pour son numéro de décembre.
http://journaldelarue.wordpress.com/tag/chronique-de-livres/
Mario Puzo, Le Parrain.
Pierre Magnan, La Maison assassinée.
Kathy Reichs, Déjà dead.
Coup de coeur du rédacteur; nouvelle chronique de livres
Après avoir publié une chronique de livres conventionnelles dans le magazine Reflet de Société, j’avais le goût de faire du changement dans cette chronique. En octobre, j’ose prendre un risque et j’écris moi-même la chronique de livres. J’y présente les livres qui m’ont touché, qui m’ont influencé, qui ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui.
La chronique a été apprécié pour son côté intimiste. Des gens ont appris à me connaître à travers mes lectures. J’ai décidé que notre magazine allait continuer dans cette lancée. Mais en ce qui me concernait, je ne pouvais refaire une autre chronique similaire. Les 3 livres qui m’ont le plus influencés étaient déjà décrit, je devais donc trouver une façon de renouveller l’expérience.
C’est là que j’ai décidé d’offrir cette chronique à différentes personnalités qui influencent notre société.
À partir du numéro de décembre, les lecteurs de Reflet de Société auront la chance de découvrir une personnalité sous un jour différent.
Bonne lecture.
Richard Bach, Illusions. Les aventures d’un messie récalcitrant.
Antoine de St-Exupéry, Vol de nuit et Courrier Sud.
Dan Millman, Le guerrier pacifique.
Anne et Daniel Meurois-Givaudan, Wésak. L’heure de la réconciliation.
Vous pouvez lire les différentes Chronique de livres, ceux qui ont touché, Michel Auger, Anne Panasuk, Guillaume Vigneault, Ricardo Larrivée, Yann Perreau, Stanley Péan, Lucien Francoeur et plusieurs autres.





Commentaires récents