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Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville, journaliste
Dimanche le 11 mai, finalement, Danielle et moi avons réussi, avec plus d’un mois de retard, à pouvoir rencontrer Jean-Pierre Bellemare à la prison de Cowansville.
Cet événement mérite une entrée en matière. Pendant près de 2 années, Danielle et moi avons été bénévole à l’institut Leclerc, une prison fédérale à sécurité médium. Nous y avons fait plusieurs rencontres, dont celle de Jean-Pierre.
Jean-Pierre a régulièrement envoyé des lettres à des médias. Si elles ont été publié, ça n’a été que dans de rares occasions. En apprenant que nous étions aussi impliqué dans le magazine Reflet de Société, Jean-Pierre nous présente quelques textes déjà écrit. J’ai dû refuser les textes présentés.
J’ai encouragé Jean-Pierre a continué d’écrire. J’ai aussi refusé ceux qu’il a écrit pendant les premiers mois qui ont suivi. Jean-Pierre écoutait les nouvelles télévisées, lisaient plusieurs quotidiens… Il était saturé d’informations de toutes sortes. Son opinion sur la guerre en Afghanistan n’était pas crédible et n’apportait rien de nouveau dans le débat.
Au printemps 2006, j’assiste à une journée de remerciement pour les bénévoles. J’ai l’occasion de manger à la cafétéria avec les autres prisonniers et de passer une journée complète avec eux. J’ai pu ainsi rencontrer les prisonniers responsables des différentes activités. Pour l’occasion, plusieurs d’entre-eux avaient écrit des textes de remerciement pour les bénévoles. Les textes de Pascal, Éric, Pat, Benoît, Jean-Pierre et d’un 2e Éric étaient affichés sur un grand carton.
J’avais été touché par cette reconnaissance que les prisonniers ont témoigné envers les bénévoles qui viennent les visiter. Dans nos vies tumultueuses, la visite d’un ami peut facilement être prise pour acquise. Dans une prison fédérale, quand quelqu’un vient te visiter, même un étranger que tu ne connais pas encore, tu apprécies son geste, le temps qu’il t’offre. Un instant de relation, une parole d’encouragement prennent un sens magique.
Lors de ma rencontre suivantee, Jean-Pierre me remet le grand carton avec tous ces textes de remerciement. Celui-ci est encore installé dans mon bureau. En août 2006, avec l’autorisation de Jean-Pierre et de ses collègues, je publie dans Reflet de Société les textes qu’ils ont écrit. En remettant des exemplaires de ce numéro aux différents prisonniers, une flamme illumine leur regard. Quelqu’un leur a fait confiance pour les publier. Ils voient leurs noms au bas de leur texte. Ils vont être lu par près de 500 000 lecteurs à travers tout le Québec!
Suite à cette expérience, nous avons réussi à publier plusieurs textes de détenus. Danielle et moi leur proposons d’écrire sur ce qu’ils connaîssent: la prison et leur criminalité. En parlant, non pas comme des spécialistes ou des techniciens, mais au JE, avec leur coeur, leur raison et leur passion.
Quelques chroniques se publient avec plusieurs auteurs différents. Un seul continue avec persévérance. Après sa première publication, Jean-Pierre m’a regardé droit dans les yeux pour me dire: “j’ai compris ce que tu veux. Attends de voir mon prochain texte. À partir d’octobre 2006, Jean-Pierre a débuté sa chronique en solo et n’a pas arrêté depuis.
En 2007, Jean-Pierre se fait transférer à la prison de Cowansville. Notre relation va continuer dans l’écrit. Jean-Pierre continue de m’envoyer ses textes et des lettres personnelles. Je lui retourne des exemplaires avec des mots de Danielle et moi.
En janvier 2008, l’équipe journalistique de Reflet de Société se réunit pour choisir les textes qui seront présentés à l’Association des médias écrits communautaires du Québec (AMECQ) et pour l’Association québécoise des éditeurs de magazines (AQEM). Dans la catégorie “Meilleure chronique”, à l’unanimité nous présentons la chronique de Jean-Pierre.
Début avril, j’envoie une lettre à Jean-Pierre lui annonçant qu’il est finaliste pour les Grands Prix de journalisme de l’AQEM. Je lui fait parvenir des copies couleurs de tous les documents qui font mention des résultats. Je commence les démarches pour le rencontrer à la prison de Cowansville. Le 25 avril, ouverture du congrès de l’AMECQ. Nous apprenons que Jean-Pierre y est aussi finaliste. Le lendemain nous apprenons qu’il remporte le premier prix de l’AMECQ pour sa chronique. Le 30 avril, lors de la journée des magazines, j’apprends que Jean-Pierre n’a pas remporté le prix de l’AQEM.
L’enthousiasme est à son comble parmi l’équipe de Reflet de Société et de ses collaborateurs. Nous avons reçu plusieurs mots d’encouragements des autres éditeurs, tout aussi content que nous que Jean-Pierre se soit aussi bien classé.
Les démarches pour visiter Jean-Pierre auront été longues et ardues. Je reçois des formulaires que je remplis. Après quelques semaines d’attente, j’apprends qu’on ne m’a pas fait parvenir les bons formulaires, je dois recommencer les procédures. Prises de photos, enquête… Danielle et moi sommes finalement accepté pour la prison de Cowansville. C’est la 6e prison qui m’accepte. Mais ils n’ont aucun système centralisé, il faut recommencer les enquêtes et les procédures à chaque fois. Pendant tout ce temps, aucune lettre de Jean-Pierre sur ses impressions. Cela m’inquiète un peu.
Nous mettons près d’une heure trente minute pour parcourir les 116 kilomètres qui nous séparent de la prison de Cowansville. Presque le même temps nous sera nécessaire pour franchir les 116 pieds séparant le stationnement de la salle pour rencontrer Jean-Pierre. C’était la fête des mères. Il n’y avait presque personne. À l’heure où nous sommes arrivés, nous étions les seuls à vouloir passer les contrôles de la sécurité.
Jean-Pierre se présente finalement. Il se confond en excuse. Une barbe de plusieurs jours le gêne. Quand je le rencontrais à l’institut Leclerc, il connaissait mes soirées de présence. Il arrivait toujours bien rasé, bien parfumé et bien habillé. Aujourd’hui, malgré son habillement, la joie de nous revoir, la fierté de nous parler de ce qu’il ressent nous font oublier tout le reste.
Jean-Pierre m’avait envoyé une lettre qui ne s’est jamais rendu. Il m’en avait envoyé une 2e le vendredi. Je viens tout juste de la recevoir. À vrai dire, j’attendais cette lettre avant d’écrire mon billet. Nous nous permettons de partager avec vous ces quelques lignes:
Un magnifique bonjour.
Est-il nécessaire de vous décrire à quel point vous m’avez surpris avec votre dernier envoi. Mon égo et surtout ma fierté m’ont fait franchir un nouveau stade dans mon développement personnel. J’étais un homme relativement content. Maintenant, je deviens un être accompli. La reconnaissance par ses pairs est la sensation la plus agréable… après le sexe.
Un gros merci encore une fois de votre confiance et de vos encouragements. J’ai su qu’un journaliste voulait me rencontrer. J’ai accepté de le rencontrer.
Je vous envoie mes salutations. Passez un bel été fleuri. J’ai quelques textes en préparation.
Jean-Pierre Bellemare.
Jean-Pierre a été surpris du nombre de personnes qui sont venu le féliciter pour le travail qu’il a fait. D’autres détenus, des gardiens, des bénévoles, des gens de la chapelle… J’ai voulu lui remettre le trophée que Jean-Pierre avait gagné. La sécurité n’avait pas autorisé que je lui amène. Même pas pour lui montrer. J’ai mis le trophée sur le “scanner” et lui ai amené des photocopies couleurs grandeurs natures. Elles vont orner sa cellule.
Ces retrouvailles à la prison de Cowansville me motive à parcourir de nouveau les 116 kilomètres qui nous séparent. Je vais bousculer mon agenda pour trouver les 5 heures nécessaires pour cette visite d’une heure. Mais je ne dois pas aviser. Parce que Jean-Pierre m’a avisé. Trop de visites rend difficile le retour à la cellule. Cela revigore les souvenirs qu’il y a une vie après la prison et, qu’un jour, ce sera son tour à reprendre une vie de citoyen.
Au plaisir de la prochaine rencontre Jean-Pierre.
Amitiés,
Danielle et Raymond.
Pas banale la vie carcérale
Jean-Pierre Bellemare vient de quitter l’Institut Leclerc. Il a été transféré à la prison de Cowansville.
Parce que nous, les prisonniers, vivons dans un milieu fermé, nous apprenons à nous connaître en détails très rapidement. Les gens qui m’entourent possèdent tous un bagage personnel très intéressant. Il est pratiquement impossible de s’ennuyer lorsqu’un compagnon d’infortune raconte son vécu.
Tous ceux qui ont fait la première page des journaux se retrouvent ici. On est en mesure de vérifier les allégations des journalistes avec les personnes directement concernées. On réalise que, trop souvent, les médias déforment la réalité pour la rendre plus attrayante aux lecteurs. On découvre l’envers de la médaille expliquant ces comportements qui semblent, à prime abord, incompréhensibles. Surtout si l’on ne se fie qu’aux journaux qui sombrent trop facilement dans le sensationnalisme.
“Il a reçu 25 coups de couteau.” Pourquoi autant d’acharnement? Cette façon de communiquer la nouvelle est vendeuse. Pour moi, qui me trouve en prison et qui rencontre l’auteur de ces actes, je comprends mieux les raisons qui l’ont mené à réagir de la sorte. Je prends le temps de l’écouter me raconter le calvaire des 18 ans où il a été abusé sexuellement par la “supposée victime”, sa faillite psychologique qui explique la perte de contrôle, l’expression d’une douleur si grande, si forte, si puissante que la raison a fait place à la folie, une sorte de black-out.
À l’intérieur des murs, j’ai l’impression qu’on a l’occasion de connaître ceux qui font l’actualité québécoise de façon beaucoup plus objective. C’est généralement une suite consécutive de malheurs, d’échecs, d’abandons, de solitudes qui font glisser inexorablement un tel individu vers la surdose, le suicide, l’agression, voire le meurtre.
Cette façon d’exprimer sa douleur est un exutoire aux conséquences catas-trophiques pour tous. Cette souffrance s’exprime par des actes abominables pour la simple raison qu’elle est insupportable. Une personne en feu peut se jeter en bas d’un édifice seulement pour éviter de ressentir la douleur intense l’envahir. Imaginez-vous en train de subir cette douleur qui brûle à l’intérieur de soi…
Je reviens à l’intensité de la vie carcérale, celle de fréquenter ces gars avec qui on ne s’ennuie jamais. D’être continuellement surveillés par des gardes armés nous questionne sérieusement sur notre criminalité. Une sécurité de plusieurs millions de dollars autour de nous finit par créer un effet certain dans notre esprit. Être entouré de gars qui vivent des dépressions les unes après les autres, des psychoses, des complexes aigus ou de sérieux troubles de personnalité égaye une journée comme vous ne pouvez pas l’imaginer. Dans le même après-midi, on rencontre toute la gamme de criminels inimaginables avec leur propre façon de se comporter. Lorsqu’on a un conflit avec l’un d’eux, toutes les surprises sont possibles, et elles ne s’avèrent pas toujours agréables!
Vivre aussi intensément pendant plusieurs années augmente la difficulté à se réhabiliter et à retrouver sa place en société. Le premier obstacle est une sorte de morosité qui s’installe. La quiétude, qui est recherchée par la majorité des gens, est effrayante pour un gars de prison. Elle représente pour lui le moment avant un meurtre, le moment avant la fouille générale, le moment avant l’émeute.
Le silence en prison est très rare. Lorsqu’il se présente, cela ne présage jamais rien de bon. Voilà peut-être, en partie, pourquoi nous avons de la difficulté à nous réinsérer. Vous seriez étonné des effets secondaires que peut créer une longue période d’incarcération.
Vivre intensément peut paraître grisant lorsqu’on pratique un sport ou quand on triche sa femme pour la première fois. Mais, une longue période d’incarcération cause des dommages dans la façon de percevoir le quotidien et son silence.
*Tous mes textes sont soumis à des codétenus pour être jugés avant publication.
Autres chronique de Jean-Pierre Bellemare.
<strong>Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville, gagnant du prix du chroniqueur de l’année de l’AMECQ</strong>
Ste-Adèle, 26 avril 2008. Lors de la remise des prix pour le 27e Congrès de l’Association des médias écrits communautaire du Québec (AMECQ), dans la catégorie meilleure chronique, le gagnant est le chroniqueur du magazine Reflet de Société M. Jean-Pierre Bellemare.
M. Jean-Pierre Bellemare est un prisonnier purgeant une sentence à vie à la prison de Cowansville. Son texte, ”Pas banale la vie carcérale” lui a valu les honneurs dans la catégorie chronique.
M. Bellemare est aussi finaliste, toujours dans la catégorie chronique, pour les Grands Prix de journalisme de l’Association québécoise des éditeurs de magazine (AQEM). Les gagnants des prix de l’AQEM seront dévoilés mercredi le 30 avril prochain.
Pour lire la chronique complète de Jean-Pierre Bellemare.
Chronique du prisonnier
Condamné à garder ses distances
Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville, Volume 16, no. 4, Avril-Mai 2008
En prison, nos façons de faire et notre comportement répondent à un code propre au milieu carcéral. Traiter un codétenu de «cochon» ou de «rat» est considéré comme une provocation pouvant entraîner la mort. S’adresser à un gardien comme un ami est une erreur grave. Il existe plein de petites choses qui, sous des apparences anodines, cachent des problèmes potentiels.
Une catégorie de détenus s’adapte plutôt mal à la culture en place: les auteurs de drames passionnels. Par exemple, des pères de famille qui ont sauté les plombs à cause d’un événement dramatique ou d’une accumulation de frustrations. Dans un délire momentané, ils commettent l’irréparable. Ces condamnés sont dénom-més citoyens en prison. Ils ne connaissent pas la barrière qui existe entre les gardiens et les autres détenus. Ces citoyens croient à tort que les gardiens sont là pour les aider. Ceux-ci profitent de leur naïveté pour soutirer des informations. Ce faisant, ils ne réalisent pas les risques auxquels ils s’exposent.
Le mandat des gardiens est d’empêcher les détenus de s’é-chapper pour protéger le public. Le bien-être du détenu n’est pas inclus dans ce mandat. Quand un gardien adoucit la détention d’un prisonnier, c’est pour améliorer sa propre qualité de vie au travail. Un détenu satisfait est moins provoquant ou injurieux envers les gardiens.
Les histoires reliées à la dangerosité de leur travail sont surfaites. C’est un préjugé que les syndicats utilisent pour revendiquer des salaires plus élevés. Les armes artisanales qu’ils affichent devant les caméras ne sont que de la poudre aux yeux. Au pénitencier, lorsqu’un incident violent survient, c’est généralement entre les détenus. Il y a tellement de caméras de surveillance au pénitencier que ceux qui passent à l’acte sont pratiquement toujours pris.
Le pénitencier Leclerc est connu pour ses récidivistes et ses motards criminalisés. Pourtant, de jeunes secrétaires traversent souvent la cour intérieure alors que des centaines de détenus s’y trouvent.
Trop souvent, les gardiens qui désirent des augmentations de salaire poussent les détenus à bout, en utilisant différents stratagèmes. Retarder les repas, faire attendre les familles qui visitent leurs proches, déclencher des fouilles en brisant des choses personnelles, etc. Puis, lorsqu’un détenu crache sur un gardien, ce qui est extrêmement rare, on le transfère dans une prison à sécurité «super maximum». L’évé-nement est considéré comme un assaut. Cela donne du poids à leurs revendications. Les gardiens ont beau jeu: qui nous accorderait de la crédibilité? Ils se permettent des libertés et utilisent les détenus comme boucs émissaires.
Si on comparait leur travail aux dangers qu’affrontent les chauffeurs d’autobus, de taxis ou même les facteurs, on constaterait rapidement que le travail d’un gardien est une vraie sinécure. Beaucoup d’universitaires traînent leurs travaux et complètent leurs devoirs pendant leur quart de travail. J’ai personnellement émis des plaintes pour que les membres du personnel ne lisent pas de magazines, de journaux ou écoutent la télévision pendant leur quart de travail.
Le jour où les détenus seront récompensés pour l’amélioration de leurs comportements plutôt que pour les informations qu’ils donnent, le travail de gardien pourra retrouver un peu plus de dignité. La victime de ce marchandage restera toujours la sécurité du public.
Si la majorité des détenus provient de milieux dysfonctionnels et pauvres où leur voix n’a jamais été entendue, cela ne change pas lorsqu’ils arrivent au pénitencier.
La sexualité au pénitencier
Jean-Pierre Bellemare – Prison de Cowansville, vol.16 no.2 déc.-janvier 2008
Il existe beaucoup de préjugés sur les mœurs sexuelles en prison. Entres autres, les viols que subiraient les jeunes ainsi que la dominance homosexuelle, la prostitution et les relations entre membres du personnel et détenus.
La sexualité dans le milieu carcéral est plutôt discrète pour ne pas dire carrément secrète. Lorsqu’il y a des rumeurs, elles deviennent rapidement une tumeur maligne pour celui qui la subit. Ceux qui sont le moindrement fragiles psychologiquement deviennent des boucs émissaires.
Prostitution
La prostitution existe aussi. Certains jeunes détenus âgés de 18 à 25 ans recherchent la protection d’un détenu plus gros qu’eux ou ayant une grosse réputation en échange de sexe avec lui. Les pires prostitués sont ceux qui vendraient père et mère pour leur dose de drogue. D’autres, coincés par un gros endettement, accepteront de vendre leurs corps au lieu de recevoir une raclée pour couvrir leurs dettes. Cela ressemble beaucoup à ce qui se passe dans notre société, à la différence près qu’aucun détenu ne fait ça pour payer ses études.
Plusieurs détenus utiliseront le service des jeunes prostitués de façon si discrète que vous ne pourrez jamais deviner leur penchant. La honte, la peur qui les grugent de l’intérieur les empêchent de sortir du placard.
Le milieu carcéral étant très macho, les homosexuels effeminés travestis, ceux qui s’affichent ouvertement sont victimes de commentaires disgracieux, et ce, sur une base quotidienne. Voilà une bonne raison pour laquelle les homos ne s’affichent pas ouvertement ou ne le font que rarement. De plus, les maladies transmises sexuellement ont parfois des conséquences mortelles qui ralentissent les ardeurs sexuelles de plusieurs.
Homosexualité
Pour certains gais, la prison devient, à maints égards, le paradis. Ils ont accès à une clientèle vulnérable et souvent désemparée, facile à conquérir par la drogue, le chantage et autres. De plus, contrairement aux apparences, ceux qui paraissent coriaces et sans cœur et qui prêchent l’anti-homosexualité, pratiquent parfois eux-mêmes cet échange de services sexuels.
Il y naît de véritables histoires d’amour entre hommes; jalousie, tricherie, mensonge, réconciliation. Il est surprenant de voir à quel point ils ressemblent à de vrais couples hétérosexuels. Le pénitencier n’autorise pas ce genre d’activités à l’intérieur des murs, car un détenu surpris en train d’avoir un rapport sexuel est puni sévèrement.
N’oublions pas ceux qui ont de sérieux problèmes de déviances sexuelles, ils chassent tels de véritables prédateurs les plus faibles. Les viols en prison sont extrêmement rares pour la simple raison qu’il y a trop d’hommes consentants. Lorsqu’un viol se produit, il est souvent dû à une surconsommation de boisson avec pilules. Résultat? le gars devient gaga, fou. Dans ma longue période de détention, ces cas sont des exceptions à la règle.
Détenus et membres du personnel
L’amour transcende toutes les frontières, toutes les barrières, les menottes et efface les uniformes. C’est connu que les plus belles histoires proviennent d’amoureux que tout sépare: la richesse, le clan, la religion, le lieu. Roméo et Juliette, Tristan et Iseult pour citer quelques exemples. L’interdit est un sacré aphrodisiaque pour ceux ou celles qui s’y risquent.
Ici, au pénitencier, le sexe avec un membre du personnel est un sujet plus que tabou, il est sanctionné sévèrement par les autorités. J’imagine qu’être directeur de la prison, je ferais la même chose, mais étant un détenu et ayant déjà vécu ce genre d’expérience, je vois les choses d’un tout autre œil.
Nous apprenons à apprécier la femme comme aucun homme à l’extérieur ne peut le faire. Notre manque affectif et amoureux, qui ne cesse de croître, fait en sorte que notre désir fait de nous de véritables Casanova. Pour les femmes qui succombent, elles découvrent un chapitre sur l’amour digne d’un roman Harlequin. Les autorités en place font leur possible pour que cela n’arrive pas, voilà pourquoi il est plutôt rare de voir un détenu en compagnie d’une femme seule et à l’abri des regards. Ce qui est cocasse, pendant qu’ils surveillent les femmes, certains membres masculins du personnel et d’orientation gaie ont les coudées franches. L’amour au pénitencier est exception, mais lorsqu’il se produit, cela ressemble à une fleur perçant l’asphalte en plein centre-ville, magnifique triomphe de l’amour sur les éléments ou les conventions.
La recherche de la beauté suprême avec un corps de déesse devient totalement secondaire. Notre besoin d’être aimé reste présent même si nous sommes incarcérés. Je sais que plusieurs d’entre nous attendent leur sortie pour exprimer leurs besoins légitimes d’être reconnus et aimés. Personnellement, je sais par mon expérience que le déni de nos envies sexuelles et affectives cause des dommages à notre famille, à nous-mêmes et à notre future conjointe.
Il s’est produit de belles histoires d’amour entre les membres du personnel (professeur, secrétaire, agent de libération, bibliothécaire, gardienne) et certains détenus. Naturellement l’administration étouffe le tout de son mieux. Étrangement, la beauté d’aimer devient un acte criminel, abject et ridiculisé par les autorités. À tel point que lors de la formation des membres du personnel, un volet important y est accordé: comment ne pas succomber aux détenus! Des lavages de cerveaux, on convainc les femmes que les détenus veulent uniquement les utiliser pour rentrer de la drogue ou leurs soutirer des informations sécuritaires.
Cela n’est pas la norme. Est-ce que toutes les secrétaires qui couchent avec leurs patrons le font uniquement pour de l’avancement? Non, il arrive qu’ils s’aiment vraiment et deviennent conjoints. Il se passe la même chose au pénitencier.
Qu’un détenu craque pour une femme est considéré comme un geste inadmissible. Trahison, voilà l’idée que veut faire naître l’administration à ceux ou celles qui auraient envie d’écouter leur cœur plutôt que leur tête.
La rigueur de l’environnement carcéral complique le flirt au maximum. Plusieurs détenus ne tolèrent pas qu’un de leurs semblables joue dans le camp ennemi. Il va de soi que les autres membres du personnel qui voient le manège d’un détenu réagissent négativement à la chose. Donc, une opération de séduction doit être soigneusement étudiée pour qu’elle aboutisse un jour. La prison est remplie de caméras, mais aussi d’informateurs qui se font un devoir de vendre leurs confrères ou consœurs de travail.
L’approche est si progressive que la douceur que nous développons en est enivrante. L’amour qui fait craquer nous ramène comme des ados à leurs premiers véritables amours. Pour le détenu plus rien ne semble compter, il est prêt à tout. Je vous le dis, un véritable fleuve de passion et de désir.
Ce sont des histoires qui font rêver et lorsqu’elles se réalisent, c’est le bonheur total, au grand dam des autorités en place. Mon expérience personnelle m’a coûté très cher vis-à-vis de l’autorité, mais je ne regrette rien. Le plaisir retiré, les souvenirs créés valaient amplement les années incarcérées. Pour l’amour, des explorateurs ont traversé l’océan, des rois ont fait la guerre, moi je me suis rempli de souvenirs indélébiles qui valent leur pesant d’or.
Je pourrais vous écrire une histoire d’amour si touchante, si bouleversante que des larmes vous viendraient. Malheureusement l’amour carcéral ne peut se vivre que dans la clandestinité.
Encadré
Premier mariage gai en prison
Les relations sexuelles sont peut-être interdites dans les pénitenciers du Québec, mais les instances ne peuvent rien contre l’amour. À preuve, le 29 octobre dernier, dans la prison de Cowansville, où notre collaborateur Jean-Pierre Bellemare est incarcéré, les détenus Sony-Jean Martin et David Bédard se sont unis pour le meilleur et pour le pire, dans l’établissement où ils purgent leur peine respective. Une juge de la paix les a mariés lors d’une courte cérémonie.
C’était la première fois qu’un tel événement prenait place dans un pénitencier du Québec. Mais il pourrait bien en inspirer plusieurs autres, puisque la pratique est conforme à la Charte canadienne des droits et libertés.
Les nouveaux tourtereaux sont emprisonnés dans des départements différents, et il n’est pas question pour la prison de leur permettre de se rapprocher. Mariés, mais déjà séparés!
Encadré
Capoté!
Bien que proscrites, les relations sexuelles dans les pénitenciers sont protégées… par les autorités, qui distribuent des condoms aux détenus! «De cette façon, on réduit le risque d’infections transmises sexuellement» explique Jean-Yves Roy, gestionnaire aux communications pour le service correctionnel du Canada section Québec.
P.S. Jean-Pierre Bellemare est finaliste aux Grands Prix de journalisme magazine.
Voir les autres textes de Jean-Pierre Bellemare.
Textes sur la sexualité.
Commentaires du rédacteur en chef sur le thème de la sexualité.
Sexualité, prostitution, homosexualité et viols dans les prisons
Jean-Pierre Bellemare est un prisonnier à Cowansville. Il rédige depuis plus d’un an une chronique dans le magazine Reflet de Société. Pour le numéro de décembre, Jean-Pierre nous entretiendra d’un sujet non seulement tabou, mais qui saura faire parler: la sexualité, la prostitution et les viols dans les prisons.
Jean-Pierre abordera aussi un autre sujet tabou: les relations amoureuses entre le personnel carcéral et les prisonniers. L’homosexualité fera partie du reportage. Un tour d’horizon complet sur la vie sexuelle des prisonniers.
L’ampleur du sujet nous a forcé d’offrir exceptionnellement deux pages pour la chronique de Jean-Pierre. Reflet de Société est disponible par la poste en appelant au (514) 256-9000.
P.S. Jean-Pierre Bellemare est finaliste aux Grands Prix de journalisme magazine.
Traitement de faveur pour délateurs
Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville, Volume 16 no 1. Octobre 2007
Dans l’enceinte du pénitencier, les gardiens ferment souvent les yeux sur le trafic de drogue. Certains détenus peuvent en vendre et en acheter. Ils peuvent aussi battre leurs voisins de cellule et provoquer les gardiens. Quelles que soient leurs actions, ils s’en tirent toujours sans problème… Il arrive même que ceux-là soient libérés plus rapidement et avec moins de conditions. Qui sont-ils? Les délateurs.
Le pénitencier est un terrain de jeu pour eux, et le monde au-delà des barreaux l’est d’autant plus. Une fois libérés, ils récidivent. Leurs crimes sont à nouveau punis. Alors, ils retournent au pénitencier pour le quitter aussi rapidement.
Cette situation existe, parce que les détenus connaissent bien les rouages de la prison et la façon de penser des fonctionnaires qui leur permettent d’être libérés. Ils savent par conséquent les utiliser à leur avantage, tout en leur laissant l’impression que ce sont eux qui ont le pouvoir.
Ces fonctionnaires prennent vraiment les prisonniers pour des idiots. Il m’arrive souvent de voir un autre détenu vendre de la drogue sous les yeux des gardiens ou se battre sans se soucier d’être pris. J’estime que les agents de libération en charge de ces détenus informateurs font preuve d’irresponsabilité et de naïveté.
Il y a plusieurs années, une grosse pointure (un criminel notoire) m’offrait de faire entrer de l’héroïne pour lui. Méfiant, j’ai refusé. Il a alors adressé sa proposition à un autre prisonnier qui, lui, a accepté. Il s’est fait prendre. La grosse pointure n’a jamais été suspectée de manipulation par les détenus, parce que c’est elle qui «perd son stock». Celui qui s’est fait prendre ne pensait pas au fait qu’il était seulement une simple marionnette, et qu’il avait permis d’accélérer le processus de libération du criminel notoire. J’ai tiré une leçon de ce coup monté et changé ma perception du milieu criminel.
Malheureux contribuables
Un des recours de ces détenus futés pour avoir droit à certains privilèges est de coopérer avec les autorités pénitentiaires. Cependant, en réalité, ce sont souvent eux les véritables criminels. L’administration devient alors complice de leurs crimes en les relâchant de façon précoce. Comment les autorités peuvent-elles croire que ces détenus opportunistes deviendront des citoyens respectables?
Cette méthode de travail, l’encouragement à la délation, est une technique développée par les régimes totalitaires. Être informateur devient une tendance chez les prisonniers, puisque ce statut leur garantit une libération prématurée.
Le détenu qui est libéré pour avoir dénoncé ses pairs aura la certitude d’être intouchable et de pouvoir s’en sortir à nouveau, à sa prochaine incarcération. Pour l’administration, aussi longtemps que le délateur fournira de l’information, peu importe la façon dont il se la procure, il sera libéré. Le contribuable est la victime de ce marchandage honteux.
P.S. Jean-Pierre Bellemare est finaliste aux Grands Prix de journalisme magazine.
Les revers d’un transfert
Jean-Pierre Bellemare, Prison de Cowansville. Volume 15 no 6, août 2007.
Dernier texte d’une série de 2
Les transferts de prison ne s’effectuent pas que dans une seule direction. Vous pouvez être transféré dans un établissement à sécurité moindre si vous devenez plus “gentil”. Vous pouvez aussi être déplacé vers une prison à haute sécurité lorsque vous êtes pris en train de tuer, de battre ou d’avoir un comportement dangereux. Cela a pour conséquence de prolonger votre période de détention. Lorsque vous présenterez une demande de libération, les décideurs seront aussi beaucoup plus frileux à l’idée de vous libérer.
D’un côté, il y a ceux qui demandent un transfert de leur plein gré en raison de leur bon comportement pour se rapprocher de leur famille, pour participer à un programme de réinsertion ou pour poursuivre des études. De l’autre, on retrouve ceux qui sont récompensés à titre de collaborateurs (les délateurs) ou encore d’autres qui, craignant les représailles de leurs codétenus, demandent à être protégés (pédophiles, voleurs de cellule et ceux qui sont incapables de payer leurs achats de drogue…).
Stress et angoisse
Tout prisonnier transféré subit un stress considérable, ce qui peut conduire à la dépression, à la surdose, voire jusqu’au suicide. Surtout lorsque le transfert se fait contre son gré. Situation qui peut être perçue comme un enlèvement avec séquestration suivi d’une longue période d’isolement.
Le dépaysement est total. Vous n’avez pas vos propres vêtements ni accès à vos ressources, aussi restreintes soient-elles. Vous êtes menottés aux mains et aux pieds. On vous trimbale dans des conditions semblables aux animaux destinés à l’abattoir dans une cage métallique.
Le transfert est une grande source d’anxiété et d’angoisse. Généralement, vous ne choisissez ni l’endroit ni vos nouveaux voisins. Votre arrivée est menaçante, dérangeante. Vous serez probablement mis dans une cellule double avec un pur inconnu. La cellule, de la taille d’un placard muni d’une toilette et d’un lavabo, est beaucoup trop petite pour deux prisonniers.
Votre “stature” physique ou criminelle peut alors aider. Un homme de 6 pieds et 4 pouces sera très bien accueilli. Le fils d’un chef de gang aussi. Mais ce sont des exceptions à la règle. Pour le père de famille condamné pour crime passionnel ou le jeune drogué condamné pour vol de dépanneur, l’histoire est loin d’être drôle.
Un pénitencier n’est pas un camp de vacances. Lorsque vous êtes transféré, on ne tient pas compte de votre besoin d’être rassuré. Les gars ne peuvent jamais exposer leur vulnérabilité ni leurs besoins affectifs, ce qui est essentiel à tout individu. Nous apprenons à les ignorer, à les refouler, à les dénigrer. Pour pallier la souffrance subie en prison, la drogue devient une forme d’auto-médication, l’équivalent du Valium, du vin ou de la bière pour celui qui est “dehors”.
P.S. Jean-Pierre Bellemare est finaliste aux Grands Prix de journalisme magazine.
Autres textes sur l’environnement.
Écho de l’intérieur
Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville. Volume 15 no 3, février 2007
Les victimes de mon passé
J’ai une longue sentence à purger. Très longue. J’ai commencé à analyser ce qui s’est passé dans ma vie. Voici le début de mes réflexions. Je suis conscient qu’elles ne sont pas encore terminées et qu’il me reste encore un bout de chemin à faire.
Mes condamnations
Histoire de vous aider à mieux comprendre, évaluer, juger ou condamner mes propos, voici mes condamnations: Enlèvement, séquestration, extorsion, possession d’armes, utilisation d’armes, vol de banques, vol de véhicule, évasion, tentative d’évasion, outils de cambriolage, complot, délit de fuite, résistance à mon arrestation, usurpation d’identité…
Jamais, au plus profond de moi-même, je n’ai eu envie de faire du mal à qui que ce soit. Je ne vous demande pas d’accepter mais d’essayer de comprendre tous ces gestes inacceptables aux conséquences douloureuses et surtout non méritées pour mes victimes. Des gestes qui sont l’aboutissement d’une accumulation de souffrances et de douleurs.
Après l’arrestation
Ma principale préoccupation: comment ai-je pu me rendre là? Comment ai-je pu devenir cet être sans âme, sans amour? Froid et distant, dangereux et violent, mes yeux à la dérive reflétaient mon vide intérieur. Comment aurais-je pu considérer la vie d’un autre si la mienne n’existait plus vraiment?
La détention
Des années d’incarcération m’ont donné le temps de trouver des explications pour découvrir un sens ou des raisons d’être à ces crimes. Au début, les raisons semblent louables: aider ma famille, gâter ceux que j’aime.
Puis, un jour, une pénible réalité fait surface. Un drame caché, qui, de l’intérieur, est venu gruger ma raison, mon amour et mon empathie pour les autres, jusqu’au moment où tout s’effondre. La période de crise qui s’ensuit est étouffée avec la drogue, le jeu, la boisson.
Puis, un découragement si profond qu’on se déconnecte de la réalité, rendant notre comportement irréfléchi et dangereux pour tous ceux que nous rencontrons et pour soi-même. Résultat final ou échappatoire temporaire, le meurtre, le suicide, l’overdose, le vol…
L’homme est un loup pour l’homme
Un animal blessé, apeuré, affamé, et qui est seul, est un danger pour tous ceux qui pourraient le croiser son chemin. Il se balade au gré du vent, cherchant une proie faible et sans défense. Il n’a même plus la force d’attendre ou de réfléchir à une stratégie quelconque. Son seul but est d’oublier le mal qu’il vit.
L’homme devient cet animal. Lorsqu’on lui retire sa dignité, sa pitance, il revient à sa nature profonde d’animal. La plupart du temps, on ne choisit pas de devenir criminel. Une suite d’événements nous entraîne vicieusement là où personne ne voudrait aller de son plein gré.
Un criminel est généralement quelqu’un de désemparé qui, pour se tenir à flot, s’accrochera à tous ceux qu’il croisera sur son chemin, exactement comme quelqu’un qui se noie. Sa peur de mourir, de souffrir, est si forte qu’elle l’empêche de réfléchir. Il panique, rendant son comportement incompréhensible.
La souffrance ne s’apprend pas à l’école!
Contrairement au criminologue, je n’ai pas étudié l’histoire du crime. J’en suis un des auteurs. Mes explications ne proviennent pas d’une interprétation analytique, mais de mon vécu. Étudier la souffrance ou la douleur à travers des livres ne vous donne pas la mesure exacte des effets qu’elle procure.
Certaines personnes choisiront la mort, d’autres prendront les armes. La désorganisation chez certains les rendra agressifs, tandis que d’autres réagiront en se soumettant au premier venu.
Je ne crois pas qu’étudier le cancer vous aide à mieux comprendre les douleurs physiques et mentales du malade. Je crois qu’il en est de même avec la criminalité. Dans la majorité des fraternités, groupes de soutien entre individus qui partagent une même dépendance, tous reconnaissent qu’il n’y a pas mieux qu’un dépendant pour en comprendre un autre. Mes longues années à fréquenter les alcooliques anonymes, narcotiques anonymes, gamblers anonymes et autres, confirment que je ne suis pas unique. Il existe des ressources pour faire une sérieuse remise en question, de façon constructive et efficace. Seul le désir sincère de changer fera la différence.
P.S. Jean-Pierre Bellemare est finaliste aux Grands Prix de journalisme magazine.
Le 1er juillet d’un prisonnier
Jean-Pierre Bellemare
Juin 2007
Premier texte d’une série de 2
La majorité des prisonniers devront déménager de prison au moins une fois durant leur période d’incarcération. Les pénitenciers fédéraux sont classés en trois catégories: maximum, médium, minimum (voir encadré).
Plusieurs raisons peuvent expliquer un déménagement d’une prison à une autre. La durée de détention, le genre de crime, la violence utilisée, etc. Les fonctionnaires responsables d’évaluer les risques potentiels que représente un nouveau condamné établissent une cote de sécurité qui détermine le pénitencier qui lui convienne le mieux. Cette évaluation sécuritaire est ajustée selon les changements de comportements bons ou mauvais.
La peine du prisonnier en état de crise débute dans une prison à sécurité maximum. Les risques d’évasion ou de dépression nécessitent un encadrement très serré. Le prisonnier doit absorber le choc. Il sera mis en observation intensive à titre préventif. Évaluer adéquatement le degré de dangerosité qu’un détenu peut représenter est la priorité des établissements de détention.
Un nouveau condamné qui procède à une remise en question, coincé entre quatre murs, sans issu, est amené à avoir des pensées moroses et parfois destructrices. Il se détache de sa réalité avec les moyens du bord: drogue, alcool et il fuit dans un monde imaginaire. Avec les années, vient la maturité, la sagesse et la résilience.
Tant qu’il ne lâchera pas prise, le détenu n’arrivera pas à passer à travers. Il se rebellera et sera ainsi son pire ennemi. Le ou les gestes qui l’ont conduit en prison doivent être justifiés, assumés, ou, du moins, être compris par ce dernier pour qu’on puisse anticiper un début de réhabilitation.
Réinsertion graduelle
Le système correctionnel doit faire en sorte que l’individu qui sera éventuellement libéré soit bien préparé pour faire face à la difficulté de vivre en société. La déclassification sécuritaire a pour but de mener progressivement le détenu à augmenter son endurance aux irritants, c’est-à-dire être capable d’être confronté à la société. Le détenu va rendre des comptes sans utiliser le crime, la violence ou toutes autres formes d’intimidation.
L’adaptation nécessaire pour une réinsertion sociale nécessite d’énormes efforts. La prison développe des façons de faire inacceptables pour la société en général. Plus longtemps vous trempez dans cette jungle, plus dure sera la décontamination.
Pour le second texte, je traiterai des difficultés vécues lors d’un transfert. Merci à ceux qui envoient leurs commentaires à Reflet de Société. J’en retire une grande fierté.
Types de pénitenciers
Sécurité minimale
Les détenus qui représentent un faible risque pour la sécurité de la collectivité y sont réunis. Des restrictions minimales sur la liberté et les privilèges leurs sont imposées.
Sécurité moyenne
Les détenus y représentent un risque pour la communauté. Ils se retrouvent dans un environnement qui permet de développer des comportements responsables.
Sécurité maximale
Les détenus qui représentent une grave menace pour le personnel, les prisonniers et la collectivité s’y trouvent. On limite leurs déplacements et privilèges. Des activités et des programmes sont conçus pour modifier leur comportement.
P.S. Jean-Pierre Bellemare est finaliste aux Grands Prix de journalisme magazine.
Les prisonniers de l’institut Leclerc remercient leurs bénévoles
Vol 14-6, août 2006.
Des centaines et des centaines de bénévoles s’impliquent dans les multiples institutions carcérales; une présence et une implication fortement appréciée. Des bénévoles qui viennent, semaine après semaine, joueur au Volley-ball, présenter des spectacles, participer à des rencontres. Les fraternités sont aussi présentes pour aider le prisonnier qui veut cheminer par rapport à des difficultés avec l’alcool, la drogue, le jeu, le suicide… Les prisons sont riches d’implications diverses.
Le rédacteur en chef, Raymond Viger, ainsi que la codirectrice de l’organisme, Danielle Simard, font partie de ces bénévoles assidus qui s’impliquent dans les prisons. Voici quelques commentaires de prisonniers qui tenaient à remercier les bénévoles qui viennent les visiter.
Pascal Bondeau
Cette petite composition est pour vous remercier et vous montrer l’importance que vous avez pour nous… Nous trouvons très important de souligner cet événement. Vous utilisez beaucoup de votre temps libre pour venir nous visiter en établissement carcéral.
Nous vous remercions d’être constants dans vos visites autant que dans les activités sportives, religieuses ou autres. Elles sont toutes aussi importantes à nos yeux.
Nous trouvons important d’avoir des contacts avec le monde extérieur, sans se faire juger et critiquer. Nous savons que cela ne doit pas être toujours évident de venir ici. C’est quand même une prison. Malgré tout, vous avez toujours un très beau sourire.
Nous apprécions votre écoute. Quand on vous parle de choses que l’on vit, parfois très dures pour nous, nous aimons les conseils que vous nous apportez. Nous vous remercions du fond du cœur.
Merci, Eric.
On est dans un petit monde. On voit les mêmes personnes affichant leurs caractères et leurs images. Mais vient le moment où une fraîcheur nous arrive de l’extérieur, nous rappelant les belles valeurs que la vie devrait nous accorder.
Vous, qui faites preuve de simplicité sans préjugés, nous offrez la chance de partager mille et une questions sur la vie, tout en restant nos meilleurs appuis. Que ce soit dans les activités ou les rencontres, nous savons que, ce qui compte, c’est votre présence. Nul doute que votre constance continuera. C’est ce qui fait de vous des personnes de grande importance.
Pat Martel
Nous avons tendance à dire et à croire que c’est nous qui accueillons les bénévoles à l’intérieur des murs. À y regarder de plus près, ce sont plutôt eux qui nous accueillent. En effet, alors que plusieurs d’entre nous sont rejetés, délaissés ou encore oubliés par les leurs, les bénévoles, eux, nous ouvrent leurs cœurs, nous écoutent et nous soutiennent sans poser de questions, et surtout, sans nous juger.
Les bénévoles ne sont pas des gens de mots, ce sont des gens d’action; un bel exemple de personnes qui mettent en pratique ce qu’elles prêchent. Considérons-nous chanceux d’avoir accès à ces personnes dévouées et soyons conscients de l’importance des bénévoles parmi nous.
Au nom de toute la population carcérale, merci à tous les bénévoles.
Jean-Pierre Bellemare
Tel un phare, vous venez illuminer notre sombre quotidien. Comme une pluie, vous rafraîchissez la sécheresse de notre cœur. Vous êtes le lien avec cet extérieur qui nous manque douloureusement. La gratuité de vos gestes à notre endroit nous gonfle d’estime personnelle. Vous savez écouter, comprendre et accepter sans nous juger, nous qui sommes déjà condamnés.
L’incrédulité que nous avons parfois à votre endroit nous vient de votre gentillesse, que nous n’arrivons pas à expliquer. Votre acceptation sans condition nous crée un certain malaise. La bonté humaine n’étant pas quelque chose de populaire entre nous. Le temps que vous nous consacrez porte ses fruits. Vous nous prouvez qu’il existe des gens qui se soucient encore de nous et, surtout, qui persistent à croire au don de soi. Ainsi, le meilleur enseignement est l’exemple que vous êtes pour nous maintenant et pour l’avenir.
Je profite de l’occasion qui m’est donnée pour vous remercier, tous autant que vous êtes. Pour ceux qui n’ont pas toujours les mots pour vous le dire, vous verrez au plus profond de leurs yeux de la gratitude.
Le travail que vous accomplissez ici n’est versé dans aucun dossier. Il s’imprime dans notre cœur avec des résultats beaucoup plus significatifs et durables que vous ne pouvez l’imaginer.
Ce sens humain d’aider son prochain lorsqu’il tombe, même s’il courait dans un magasin de porcelaine, est le plus beau geste d’amour auquel nous avons accès. Nous vous souhaitons un bonheur si bon à sentir, à toucher, à partager, qu’il semblera inépuisable pour vous.
Benoit Collin
Nous tenons à vous remercier pour votre implication gratuite et chaleureuse. Comment ne pourrions-nous pas apprécier ce qui, dans ce lieu aride, ressemble à une bouffée de fraîcheur, voire de bonté.
Personnellement, et c’est vrai pour un grand nombre de détenus, votre présence ici et votre générosité ont tendance à nous réconcilier avec un monde parfois trop souvent froid et égocentrique. D’autant plus qu’il est vrai que plusieurs détenus ne reçoivent pas de visite, ni de leur mère, ni de leurs frères, ni de leurs amis. Comment ne pas penser que vous êtes en fait les mères, les pères, les frères et les amis manquants de plusieurs ici.
Il importe que vous le sachiez, vous êtes la crème et le carré de sucre dans un café qui, sans cela serait âcre et amer. Vous n’êtes pas bardés de diplômes en intervention sociale et, pourtant, grâce à vos cœurs, l’effet que vous produisez chez nous a bonne odeur, et ça, c’est tout à votre honneur.
Merci pour le don gratuit de votre temps et surtout de vos personnes!
Éric
Là où les murs résonnent, il n’y a pas vraiment personne. Tiens! Voilà quelqu’un qui sonne, apporte le soleil et te le donne. Nous ne pensions pas que votre grande estime remplirait certains de nos cœurs marqués d’épines.
Le sentiment du bon et du respect nous rappelle ceux qu’on aimait. Une porte s’ouvre dans nos marais, pour se mêler à nous comme jamais. La confiance que vous nous apportez nous donne envie de vous célébrer. L’importance de vos valeurs dont vous venez nous faire profiter.
Merci chers bénévoles!
http://raymondviger.wordpress.com/2007/01/06/dvd-pour-la-promotion-du-benevolat/
http://raymondviger.wordpress.com/2006/08/25/linstitut-leclerc-sexprime/
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/02/donner-aux-autres-apprendre-sur-soi/
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/02/les-differentes-facettes-du-benevolat/
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/09/le-benevolat-un-tremplin-pour-le-travail/
Stockwell Day refuse un programme d’échange de seringues dans les prisons
Un programme de tatou pour diminuer le nombre de détenus qui héritent du VIH-Sida a échoué dernièrement. Maintenant les autorités carcérales refusent un programme d’échange pour les détenus.
Je sais que dans nos fantasmes de citoyens, nous supposons qu’il n’y a pas de drogues qui circulent dans les prisons. La réalité en est tout autre. Il ne faut tout de même pas jouer à l’autruche. Il y en a. Et il y a des détenus qui attrapent toutes sortes de virus, entre autres, avec des seringues. Le risque d’être contaminé en prison et de 10 à 30 fois plus élevé qu’à travers la population!
Un programme d’échange de seringue est une façon de diminuer les risques de contacter une maladie. Dans les différents milieux de consommation, des travailleurs de rue ont accès à de tels programmes pour diminuer les risques de contamination. Pourquoi les autorités carcérales seraient-elles plus prudes et plus conservatrices que la Régie régionale quand il s’agit de la santé des citoyens?
Un programme d’échange de seringue va plus loin que simplement de remettre une seringue neuve à quelqu’un qui veut s’injecter. C’est aussi une occasion pour établir une relation avec la personne et l’aider dans son cheminement. Un programme d’échange de seringues n’augmente pas la consommation des personnes toxicomanes. Le programme permet de le faire dans des conditions plus sécuritaires.
Et un tel programme ne permet pas d’augmenter la sécurité seulement des personnes toxicomanes, mais de toutes la population. Pour mettre un peu plus de pression sur l’importance d’un tel programme dans les prisons je vais expliquer un peu plus ce point. Et je parle d’exemples concrets et réels.
Un détenu s’injecte avec des seringues souillées. Il contracte le VIH. Il a une relation amoureuse avec un autre détenu qui ne s’injecte pas. Ce dernier contracte le virus. Celui-ci a une relation amoureuse avec une employée de la prison. Celle-ci a finalement une relation amoureuse avec le directeur de prison. Ce dernier en arrive à avoir le Sida, le transmet à sa femme, honnête citoyenne d’un quartier cossu de banlieux…
Histoire possible et plausible. Un programme d’échange de seringues protège les prisonniers qui s’injectent. Mais aussi toute la population en général. Parce qu’une personne infectée peut répandre le virus a travers différentes activités. Ce prisonnier qui s’infecte va éventuellement devenir un citoyen en liberté.
Je me souviens que lorsque l’épidémie VIH-Sida avait débuté et qu’elle ne touchait que les Africains et les populations homosexuelles, personne en faisait de cas. Mais dès que la population dite plus “conventionnelle” a été touché, on a commencé à se presser de faire des programmes de prévention. Devons-nous attendre que la femme du directeur de prison tombe malade pour qu’on accepte des programmes d’échange de seringues dans les prisons?
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/12/les-prisons-les-tatous-et-les-tests-mts-sida/
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/29/les-prisons-les-tatous-et-le-journal-de-montreal/
Les prisons, les tatous et le Journal de Montréal
Le 15 septembre dernier, je vous ai entretenu de la disparition d’un programme de tatouage dans les prisons. Deux mois plus tard, soit le 11 novembre, dans le Journal de Montréal, Louis Mathieu Gagné nous confirmait le tout.
Nous pouvions y lire les raisons administratives qui auraient poussé à la fermeture de ce programme. Je suis cependant déçu de ne pas y voir la position des prisonniers. Ceux-ci ont une vision différente de la fermeture du programme.
Louis Mathieu Gagné s’est servi de la Loi sur l’accès à l’information pour nous rapporter la version supposément officielle des autorités carcérales. D’une part, ce que nous retrouvons dans les rapports officiels n’est souvent qu’un faible reflet des motivations réelles. D’autre part, il aurait été intéressant qu’il nous donne aussi l’envers de la médaille et la position des utilisateurs, c’est-à-dire des prisonniers. Et dire que le Journal de Montréal aime bien se péter les bretelles en montrant qu’ils sont capables d’entrer sur le terrain de l’aéroport, dans les métros… Avoir accès à des prisonniers ne devrait pas être si difficile que cela.
http://raymondviger.wordpress.com/2006/09/15/les-prisons-les-tatous-et-les-tests-mts-sida/
Remords à partager
Vol 15-2, octobre 2006

Système carcéral à deux vitesses
Pierre
J’ai habité plusieurs maisons de transition. Les écarts entre le privé et le public sont énormes. Une maison de transition privée: trois intervenants pour dix-huit pensionnaires. Des ordinateurs datant quasiment de la guerre. Une maison de transition publique: 18 intervenants pour 30 pensionnaires. Chacun a un ordinateur des plus performants. L’espace de cuisine pour les intervenants est plus grand que les espaces réservés aux prisonniers.
Aussi, je trouve que le système carcéral est comme une entreprise privée. Actuellement, il y a moins de prisonniers. Au lieu d’accepter que les prisons ne se vident et qu’elles perdent leur budget, l’administration est sur le dos des prisonniers et, au moindre écart, elle les accuse de bris de conditions. Tout est passé au peigne fin et on vous ramène en dedans pour terminer la sentence.
Vous étiez là, accomplissant un travail intègre
J’ai soudain donné un goût amer à votre existence
J’aimerais pouvoir revenir en arrière et changer les choses
Pour vous, la vie ne doit pas toujours être rose
Je prends conscience des torts que je vous ai causés
Comment pourrais-je les atténuer?
Que puis-je faire pour mettre un baume sur vos cœurs blessés?
Prier et vous écouter, du plus profond de mon cœur
Vous dire que je suis sincèrement désolé
Si cela peut vous consoler, ne croyez pas que je m’en sois tiré
Aujourd’hui je paye pour les fautes de mon passé
À toutes ces victimes innocentes, j’adresse une prière de guérison intérieure
Si vous me le permettez, un jour, je vous ouvrirai mon cœur
Je prie en silence, pour que vous puissiez me pardonner
Afin que, de mes remords, je sois libéré
par Michel Morin
Jeunesse à l’ombre
Jean-Pierre Bellemare
Pour protéger un enfant, lorsqu’il n’y a pas de famille d’accueil disponible, l’enfant est retiré de son milieu familial et remis dans un établissement de détention juvénile. Entouré de jeunes délinquants, ce n’est pas une combinaison idéale. Selon le juge Jacques Lemarche du Tribunal de la jeunesse, 80% des jeunes en centres de détention finissent dans les pénitenciers fédéraux (sentence de plus de deux ans).
L’institutionnalisation des enfants les déresponsabilise et les infantilise. Les enfants en besoin de protection sont punis pour des comportements adultes. Dans leur tête, des questionnements ambigus alimentent la confusion. Pourquoi doivent-ils subir une mise à l’écart dans un groupe aussi perturbé qu’eux? Mis avec des délinquants, ils deviennent eux-mêmes à risque. Ce traitement engendre en quelques années des adolescents qu’il est préférable d’éviter sur la rue.
Est-ce que les fonctionnaires se comportent comme les infirmières et les médecins, qui sont continuellement confrontés à la douleur? Deviennent-ils immunisés et moins sensibles aux besoins et aux droits des jeunes? Plus l’institution est grosse et plus la relation avec le jeune est dépersonnalisée.
Dans le cas d’un jeune qui utilise la menace ou le chantage, une approche humiliante de la part du parent ou de la personne en autorité risque de ne pas porter ses fruits. À mon avis, il faut utiliser des moyens plus subtils que les parents doivent adapter à la personnalité de leur enfant.
Je privilégie une approche étroite, une relation directe avec le jeune. Lui manifester de l’attention. Après avoir établi une relation de confiance avec le jeune, le temps offrira des occasions d’intervenir. Il n’y a rien de mystérieux dans le soutien aux jeunes. Impossible de se tromper en manifestant un désir sincère de protection et de relation. Cela permet de cicatriser toutes les souffrances antérieures et de rétablir la confiance.
http://raymondviger.wordpress.com/2006/08/25/linstitut-leclerc-sexprime/
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/27/labc-de-la-criminalite/
P.S. Jean-Pierre Bellemare est finaliste aux Grands Prix de journalisme magazine.
L’ABC de la criminalité
écrit par Raymond Viger, Vol 15-1, octobre 2006

Jean-Pierre a maintenant 21 années de vie carcérale. Il a besoin de s’exprimer, de partager sa vision de la société, qu’il voudrait vous faire découvrir. Pour mieux le connaître, Reflet de Société lui offre cette chronique.
Les préjugés véhiculés par les médias contribuent à vendre des journaux, comme d’autres vendent des chars. La majorité des prisonniers proviennent de milieux pauvres. Ce sont de parfaits boucs émissaires, bons à jeter en pâture. Qui voudra défendre ces misérables?
Manipuler le public de cette façon détourne l’attention médiatique de problèmes beaucoup plus significatifs. Détournements de fonds par de hauts fonctionnaires, subventions versées à des entreprises qui ne paient même pas d’impôts, Hydro-Québec qui est un gouffre de dépenses, registre des armes à feu au coût d’un milliard de dollars (depuis quand les criminels font-ils enregistrer leurs armes?). Qui questionne? Le voleur de dépanneur est vraiment un sujet d’intérêt provincial!
Si personne ne s’est élevé dans votre entourage pour stopper un drame, cela vous a envoyé un message bien clair. Si ce n’est pas si grave pour vous, plus tard, vous penserez de vos victimes que ce n’est pas si grave pour elles. Lorsqu’on vous montre à fermer votre gueule quand vous vivez une injustice, vous finissez par croire que c’est la norme.
Lorsque vous êtes jeune et démuni et que vous subissez une quelconque forme de violence, il y a de fortes chances que vous répétiez ce que vous avez reçu. La mémoire vous rappelle l’indifférence du voisinage. Après vous être adapté à toutes ces souffrances, vous finissez pas perdre de vue leur impact profond. Devant quelqu’un qui subit une raclée, vous pensez qu’il doit mériter ce qu’il reçoit, qu’il a sûrement fait quelque chose pour la mériter. Il a juste à apprendre à se défendre. Ce sont ces enseignements reçus lors de votre enfance qui refont surface.
Si votre environnement a été insensible à votre endroit, pourquoi aujourd’hui devriez-vous vous en faire pour les autres? Ce cercle vicieux est un peu plus solide chaque fois que quelqu’un qui pourrait intervenir décide de se taire.
La responsabilité collective disparaît un peu plus chaque jour. Les chances de sauvetage pour ceux qui nécessitent de l’aide diminuent. Ces naufragés de milieux dysfonctionnels vieilliront et deviendront ces adultes qui vous feront peur par leur insouciance.
Vous devez intervenir chaque fois que vous êtes témoin d’un drame. L’intervention des forces de l’ordre n’est souvent pas efficace. C’est une solution facile qui peut donner de piètres résultats. Utilisons nos valeurs humaines par une simple attention soutenue, manifestons nos soucis. Le temps nous offre des opportunités pour intervenir. Il n’existe pas de techniques magiques pour aider un jeune. Un signe qui ne ment jamais est votre désir sincère de protéger. Il sera reçu tel un baume sur le cœur et donnera des résultats surprenants.
Le temps que nous pouvons y consacrer n’est pas selon nos disponibilités, mais selon nos priorités. Nous avons la chance d’améliorer, à notre échelle, une société mercantile et peu affective. Si le bien-être est difficile à obtenir et vous prend beaucoup de temps et de courage, il n’en sera que plus élogieux. Tout ce que vous avez donné en temps et argent à un hobby ne vaudra jamais la valeur que procure la réussite d’un humain qui semblait condamné pour cause d’indifférence collective.
Le jour où vous serez confronté à un de ces jeunes devenu adulte qui vous pointe une arme, l’importance de vous soucier des autres vous sautera aux yeux en même temps que l’agresseur vous sautera à la gorge. Ce texte est le fruit d’une vie tumultueuse. S’il peut entraîner l’un d’entre vous vers un nouveau mode de vie, tant mieux.
P.S. Jean-Pierre Bellemare est finaliste aux Grands Prix de journalisme magazine.
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/27/remords-a-partager/
http://raymondviger.wordpress.com/2006/08/25/linstitut-leclerc-sexprime/





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