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Chronique À la découverte des magazines d’ici
Et si on changeait le monde
Gabriel Alexandre Gosselin, Volume 16, no. 4, Avril-Mai 2008
Initié par l’Institut du Nouveau Monde (INM), À go s’est donné une mission: montrer aux Québécois qu’entreprendre et engagement citoyen peuvent aller de pair. Un défi difficile à relever. Mais pour l’équipe du magazine, tous membres actifs de l’INM, rien n’est à l’épreuve des idées novatrices.
L’apparition du magazine À go commence lors de l’édition 2005 de l’École d’été de l’INM. Pendant ces événements, des jeunes de partout au Québec se réunissent pour discuter, débattre et proposer de nouvelles idées face aux enjeux qui les préoccupent.
En 2005, l’INM lance comme défi aux participants à cette école de citoyenneté de créer des projets concrets pour changer le monde. En réponse à cette activité, Marie-France Bazzo suit 4 de ces projets pendant 1 an à Indicatif présent, sur les ondes radiophoniques de Radio-Canada. Un constat s’impose: sur les 38 projets présentés lors de l’École d’été, seulement 5 ont été réalisés: «On s’est rendu compte qu’il y avait une volonté chez les jeunes, mais que peu d’entre eux passaient à l’action», relate Sophie Gélinas, une des cofondatrices du magazine.
Entrepreneuriat social
C’est alors que Miriam Fahmy et Sophie Gélinas découvrent le concept d’entrepreneuriat social. Qu’est-ce que l’entrepreneuriat social? «Son objectif est de mettre en œuvre, par le biais de l’entreprise, des solutions concrètes pour contrer une problématique sociale ou environnementale précise», explique Sophie, qui donne aujourd’hui des conférences sur le sujet. L’entreprise sociale prend plusieurs formes: compagnie privée, coopérative ou organisme à but non lucratif.
C’est avec un désir de mettre de l’avant des valeurs, la conviction de vouloir changer le monde et des pratiques concrètes validées par la communauté concernée qu’une entreprise sociale voit le jour: «Contrairement à la génération précédente, notre génération va préférer réaliser ses idéaux au quotidien. On va plutôt s’impliquer personnellement en recyclant, en faisant du vélo. C’est ça l’entrepreneuriat social: une initiative individuelle qui veut être au service de la communauté», croit Sophie Gélinas.
Basées sur ce concept, Miriam et Sophie entreprennent alors avec l’INM la création d’une publication qui révélerait au grand public les nombreuses facettes de l’entrepreneuriat social au Québec et ailleurs.
Motiver la jeunesse
Selon Sophie Gélinas, À go n’est pas un simple magazine d’information: «La publication s’inscrit dans la mentalité de l’INM: informer, débattre, proposer, agir. On veut montrer qu’il existe des gens qui réussissent en entrepreneuriat social. Non seulement en créant leur propre entreprise, mais en la mettant au service de la communauté. Et cela dans différents milieux d’intervention.»
Plusieurs angles sont utilisés pour passer le message: les solutions entrepreneuriales qui existent en réponse aux problématiques sociales, des points de repère pour lancer une entreprise à répercussion sociale, les jeunes qui s’investissent pour leur cause. On y présente aussi les grandes personnalités de l’entrepreneuriat social, telles que Muhammad Yunus, fondateur d’une banque populaire spécialisée dans le microcrédit pour petites entreprises, ou encore le Dr Gilles Julien, qui a inventé le concept de pédiatrie sociale.
«Le but du magazine est d’inspirer, en utilisant l’utopie de l’entrepreneuriat social ainsi que son côté pragmatique. On veut détruire le stéréotype de l’homme d’affaires avec sa mallette et sa cravate», précise Sophie Gélinas.
À go, on part!
Le magazine À go n’en est qu’à ses débuts. Une seule publication a vu le jour depuis sa création en août dernier. On remarque, dans cette première édition, un magazine de qualité, autant visuelle que rédactionnelle.
D’ailleurs, plusieurs noms participent au magazine: Michel Venne, ancien chroniqueur au Devoir, François Cardinal de La Presse et de La vie en vert diffusé à Télé-Québec, ainsi que Patrick Lagacé, également à La Presse et aux Francs-Tireurs à Télé-Québec. Sophie Gélinas dévoile une stratégie derrière ces big shots: «En ayant des personnalités médiatiques connues qui participent activement au projet, on enlève du même coup la marginalité qui peut être associée à l’entrepreneuriat social.»
La fréquence de publication ainsi que sa forme sont indéterminés pour l’instant. «On ne sait pas exactement la direction que va prendre le magazine. On envisage actuellement de nous allier aux médias de grande envergure pour frapper encore plus fort», explique Sophie Gélinas. «On ne s’impose pas de formes. De toute façon, à l’INM, on a toujours plein d’idées», conclut-elle.
Le magazine À go est en vente pour 8,50$ sur le site internet de l’INM: www.inm.qc.ca
Encadré
À go on change le monde!
À go est un produit du programme À go on change le monde. Créé en collaboration avec la Caisse d’économie solidaire Desjardins, le programme vise à valoriser, soutenir et stimuler les jeunes entrepreneurs sociaux. À go on change le monde! outille les jeunes entrepreneurs sociaux en leur offrant des formations, des conseils, du soutien financier et un accès à plusieurs réseaux. Un service d’accompagnement, une trousse de réalisation de projet ainsi qu’un Club des entrepreneurs sociaux sont également des activités proposées.
www.agoonchangelemonde.qc.ca
En matière de Santé, le privé coûte plus cher et est moins efficace
Fallait que je le dise et que je le répète. Je n’invente rien ici. C’est maintenant la Presse Canadienne qui ramène cette information, provenant de l’Institut de recherche et d’information socio-économique.
Les chercheurs Jean-François Landry et Guillaume Hébert de l’Université du Québec à Montréal affirment que ce n’est pas le vieillissement de la population qui est responsable de l’augmentation des coûts de la santé mais plutôt l’usage accru des médicaments.
Pire, en comparant les dépenses en matière de santé sur le Produit Intérieur Brut (PIB), les dépenses demeurent stables depuis 25 ans! Leur conclusion est frappante: le privé est plus coûteux, moins efficace et moins accessible.
M. Landry a observé d’autres pays qui ont privatisé une partie de leur système de santé. Rien ne nous encourage à faire de même.
À la lumière de ces informations additionnelles, est-ce que le ministre de la Santé, M. Philippe Couillard peut nous répondre pourquoi nous faisons une obsession d’un virage vers le privé? Avons-nous vraiment étudié toutes les alternatives pour soutenir notre système de santé, telles que les coopératives de santé?
Ah! J’oubliais. Je pose les questions à M. Philippe Couillard pour rien. Cela fait 2 ans qu’il refuse de nous rencontrer pour répondre à nos questions.
Reportages sur les coopératives de santé.
On parle enfin des coopératives de santé!
En avril 2006, il y a presque 2 ans, Reflet de Société présentait un dossier sur les alternatives en matière de santé. Cela nous a permis de présenter un reportage sur les coopérative de santé. Les coopératives de santé existent depuis maintenant 25 ans. Des rapports qui datent aussi de 25 ans mentionnent que les coopératives sont une voix importante à explorer en matière de santé.
Nous avions aussi présenté Jonquière Médic. Un système de médecins à domicile qui s’autofinance depuis 25 ans. Nos lecteurs du Saguenay avait été heureux et surpris qu’enfin un média provincial parle d’eux en dehors de leur région. C’était la première fois que Jonquière Médic était mis de l’avant sur la scène provinciale dans un média!
Pour compléter le dossier sur les alternatives en matière de santé, nous avions tenté d’obtenir une entrevue du Ministre de la Santé et des Services Sociaux, Philippe Couillard. Les dates possibles d’entrevues ont toujours été repoussé et nous n’avons jamais eu l’entrevue. Nous avons présenté un article sur les questions demeurées sans réponses que nous voulions poser à M. Couillard.
En décembre 2006, nous vous présentions le livre de Jean-Pierre Girard: Notre système de santé, autrement. M. Girard y présentait les coopératives de santé dans son livre publié en septembre 2006.
Lors du débat des chefs, Mario Dumont avait questionné André Boisclair et par la suite Jean Charest sur l’avenir des coopératives de santé comme alternative à exploiter. Ni André Boisclair, ni Jean Charest n’ont répondu à Mario Dumont. Ils n’ont même pas prononcé le mot coopérative de santé! J’avais souligné en mars 2007 ma joie d’entendre enfin le mot coopérative de santé dans la bouche d’un politicien.
En juin 2006, Reflet de Société présentait un article avec le Dr Bernard Gélinas. Ce médecin à la Clinique coopérative de santé d’Aylmer en avait long à dire. Il lance la question: “La santé des Québécois serait-elle gérée à des fins politiques plutôt que par souci du bien-être collectif?”
En avril 2006, L’actualité présentait un reportage de Véronique Robert sur les réussites du système de santé à Alma. Encore une fois, le Saguenay-Lac-St-Jean nous ouvre la porte à des propositions alternatives en matière de santé qui fonctionnent.
Après tous ces écrits et questionnements sur la réalité des alternatives en matière de santé, voilà que nous pouvons lire, sous la plume de Jean-François Coderre, le 21 février 2008 dans le Journal de Montréal que le concept des coopératives de santé a inspiré le rapport Castonguay!
Ce qui m’a cependant surpris dans cet article c’est le commentaire de Marie-Joelle Brassard du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité qui fait la promotion des coopératives de santé: elle est vexée de voir le concept s’étendre!
Va-t-on vraiment finir par étudier les alternatives en matière de santé? D’ou vient cette résistance à parler librement? Nous le saurons peut-être dans un autre 25 ans.
Privatisation de la santé, Claude Castonguay, Québec solidaires et Arnold Relman
Dans le blogue de Cent papiers, Michel Monette nous mentionne que Claude Castonguay va recevoir de la part de Québec solidaire : un ouvrage publié par Arnold Relman, professeur émérite à la Harvard Medical School et ex-éditeur en chef du New England Journal of Medicine.
M. Relman est on ne peut plus clair: laisser les entreprises à but lucratif s’emparer de notre système de santé équivaut à lui injecter du poison. “la plupart, sinon la totalité, des problèmes que connaît actuellement le système de soins de santé des États-Unis, et ils sont nombreux, résultent de l’empiétement croissant des entreprises privées à but lucratif et des marchés concurrentiels sur un secteur de notre vie nationale qui est à juste titre du domaine public”.
Les assureurs privés sont entrés dans le système de santé américain au début des années 1990. Le résultat ne s’est pas fait attendre : les coûts ont été gonflés de frais administratifs se situant entre 15 et 30 p. 100 du coût total des assurances.
De notre côté, notre magazine Reflet de Société a fait une série de reportage sur la question des moyens alternatifs en matière de santé. Nous sommes étonné que les différents ministre de la Santé ne veulent pas envisager ces moyens qui ont fait leur preuve depuis près d’un quart de siècle.
Les coopératives de santé ont démontré qu’elles peuvent baisser les coûts d’intervention et faire une prévention efficace. Il existe des rapports de recherche qui ont été réalisé dans l’ouest du Canada démontrant les avantages des coopératives de santé.
Jonquière Médic est un autre projet intéressant existant depuis plus de 25 ans. Jonquière Médic offre, au Saguenay, des médecins à domicile. Au lieu d’engorger les urgences, les gens peuvent demeurer à la maison en attendant la visite du médecin. Ce système s’autofinance et est un bel exemple de prise en charge par le milieu.
Nous avons demandé depuis près de 2 ans à M. Philippe Couillard une entrevue pour expliquer la position du ministère de la Santé sur la santé alternative au Québec. Nous n’avons pas réussi à avoir une date d’entrevue qui est toujours repoussé de semestre en semestre.
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/11/le-systeme-de-sante/
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/25/un-medecin-recalcitrant/
Pourquoi je ne voterai pas pour le parti Libéral de Jean Charest
Je n’ai pas apprécié de voir l’entêtement de Jean Charest à vendre le Mont Orford. Dans ce dossier, le nom de ses proches et amis ressortaient. Ça sent le conflit d’intérêt. Claude Boulay, président du Groupe Everest, une célébrité depuis sa participation au scandale des commandites devant le juge Gomery, et Paul Gobeil, ancien ministre libéral sous Robert Bourassa. Ces deux hommes sont proches, la femme de M. Boulay ayant été attachée politique de M. Gobeil. Ça ne donne pas confiance.
Le ministre de l’environnement, Thomas Mulcair, n’est pas d’accord avec les intentions de Jean Charest. Pas de problème, on le tasse et on y parachute Claude Béchard qui fait la sale besogne. Pas très démocratique et quelque peu totalitaire.
Notre magazine d’information et de sensibilisation, Reflet de Société, monte un dossier sur la santé alternative. Notre journaliste, Dominic Desmarais, fait le tour du Québec pour découvrir des projets qui fonctionnent bien tels Jonquière médic, les coopératives de santé d’Aylmer-Lucerne dans la ville de Gatineau, la coopérative de St-Étienne des Grès… Plusieurs médecins soulèvent des questions pour le ministre de la santé.
Nous voulions questionner le ministre de la Santé, M. Philippe Couillard. Nous lui avons demandé une entrevue. Après 14 mois à se faire repousser, nous n’avons pas encore eu l’occasion de rencontrer Philippe Couillard. Pourtant Reflet de Société représente plus de 470 000 lecteurs à travers le Québec. Nous avons pris le temps de monter un dossier intéressant sur la santé. Et le ministre de la Santé ne trouve pas important de nous rencontrer. Pas très transparent. Cela brime le droit du public d’avoir une information complète pour se positionner dans le dossier de la santé. Un dossier qui, semble-t-il, serait prioritaire au parti Libéral!
La santé et l’environnement sont deux dossiers importants pour la population du Québec. Dans ces deux dossiers, nous avons deux incidents nous questionnent. Comment pourrais-je voter pour un parti qui fait fi de la démocratie et de l’intérêt du public?
Pour aller plus loin dans mon intention de ne pas voter pour Jean Charest et le parti Libéral, il y a aussi la façon de faire Libéral. Les petits coups en bas de la ceinture. Lors du dernier débat des chefs, Jean Charest s’amuse à sortir une citation de Jacques Parizeau pour déstabiliser le Parti Québécois. Politique de bas étage. Le débat des chefs est une confrontation des chefs de parti sur les dossiers importants, sur leur vision long terme dans ceux-ci. Sortir un événement de dernière minute pour faire un scandale n’est pas un débat sur les dossiers prioritaires.
Les slogans que le parti Libéral a acheté sur Internet pour discrédité des candidats n’est pas une façon de dire pourquoi je voterais pour les libéraux, mais une façon de tenter de me convaincre de ne pas votre pour le Parti Québécois. Si ce sont les seules raisons qu’ils ont en banque pour mousser leur campagne, ils n’ont pas grand-chose à nous dire.
En politique, comme partout ailleurs, le respect de nos adversaires est la base d’une personne qui a confiance en elle et qui sait où elle va. Ça ne semble pas être le cas de Jean Charest. Un manque de respect envers ses adversaires et un manque de respect envers la population.
Je vais faire plaisir à M. Jean Charest. Il fait parti du clan du NON. Alors je vais lui dire NON merci à SON parti libéral.
http://raymondviger.wordpress.com/2007/03/06/andre-boisclair-vis-a-vis-guy-a-lepage-et-dany-turcotte-a-tout-le-monde-en-parle/
http://raymondviger.wordpress.com/2007/02/20/les-politiciens-a-tout-le-monde-en-parle/
http://raymondviger.wordpress.com/2007/02/24/maudite-campagne-electorale/
Autres textes sur la santé.
Textes sur l’environnement et commentaires du rédacteur sur l’environnement
Santé: Le citoyen met la main à la pâte
Écrit par Dominic Desmarais, Vol 14-4
Reflet de Société entame dans ce numéro un dossier sur la santé qui s’échelonnera sur les numéros suivants. Une autre façon de voir le service des soins de santé. À Gatineau, la population prend en main sa santé en participant à la gestion d’une clinique coopérative. À Jonquière, des médecins assurent un service de première ligne qu’ils financent eux-mêmes en bonne partie. En République démocratique du Congo, on enseigne aux parents à cultiver les champs pour enrayer les problèmes de santé des enfants reliés à la malnutrition. Différentes idées qui mobilisent le citoyen et désengorgent les hôpitaux.
Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, a tranché. Bien que timidement, il ouvre la porte au privé dans le domaine de la santé. Pour répondre aux listes d’attente, aux dépenses galopantes et aux problèmes d’accès, il se tourne vers les cliniques privées. Et si le ministre se trompait?
Les cliniques spécialisées affiliées de Couillard
Le ministère de la Santé entend créer des cliniques privées financées par l’État. Les médecins en seront propriétaires, ils les équiperont et s’occuperont de la gestion. L’état leur assurera un volume d’opérations, soit les interventions que les hôpitaux ne pourront pratiquer. Le tarif des opérations sera négocié entre le gouvernement et ces cliniques.
Également, on entrouvre la porte aux assurances privées. Pour les 3 interventions les plus fréquentes, le remplacement de la hanche, du genou et l’o-pération de la cataracte, les Québécois pourront souscrire à une assurance et se faire soigner dans les cliniques qui opèrent en dehors du cadre de la Régie de l’assurance-maladie (RAMQ) si l’État ne peut les traiter dans un délai raisonnable. Aux dires du mi-nistre, d’autres interventions pourraient se rajouter à cette courte liste.
Mesures insuffisantes selon le privé
Françoise Bertrand, présidente directrice-générale (PDG) de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), considère que la décision du ministre Couillard règle une question administrative, et non celle du coût faramineux de la santé. Mme Bertrand représente 170 chambres de commerce et 55 000 entreprises québécoises.
La PDG tient un propos censé, loin des préjugés de cette classe affaires dont la seule préoccupation est l’argent. Pour elle, la création de ces cliniques apportera au mieux quelques économies, les frais d’administration d’un hôpital par rapport à une clinique étant plus importants. «Il s’agit de fausses cliniques privées, soutient-elle. Il va falloir qu’elle soit strictement publique. Payée par le public. Si un hôpital ne peut vous accueillir dans les délais impartis, on va payer un médecin - public - pour qu’il fasse l’opération. On ne fait aucun soulagement à la responsabilité publique», affirme Mme Bertrand.
Considérant que la santé accapare 43% des dépenses gouvernementales - on prévoit qu’elles se situeront à 50% en 2014 -, difficile de lui donner tort. La PDG dit souhaiter une formule pour diminuer les dépenses tout en gardant l’accès et la qualité des soins. «Un meilleur partage avec le privé ne veut pas dire 50-50. Si 20 à 30% des dépenses provenaient du privé, cela provoquerait une relâche dans les finances publiques», affirme Mme Bertrand, qui souligne que le comité santé de la FCCQ est en cours de réfle-xion. Comme quoi la solution, même au sein des gens d’affaires, est loin d’être trouvée.
Santé: une culture de consommation
Dans son rapport de 1997 «La santé au Canada: un héritage à faire fructifier», le Forum national sur la santé démontrait que la santé ne se limitait pas à l’offre de soins. «Meilleurs sont les revenus, la scolarité, le rang social, le réseau de soutien d’une personne, plus elle a d’estime de soi et mieux elle sent qu’elle exerce une certaine emprise sur sa vie, plus elle tend à être en santé. […] Ce sentiment d’avoir une certaine emprise est essentiel à une bonne santé.»
L’accès à des soins est un déterminant, il va sans dire. Mais il n’est pas le seul. Une personne avec de bonnes habitudes de vie risque de se présenter moins souvent à l’hôpital. De même, là où la qualité de l’environnement laisse à désirer, les risques de maladies sont plus importants. Aussi, une saine alimentation a un rapport direct avec la santé. Il y donc plusieurs facteurs déterminants d’une bonne ou mauvaise santé. Une population en bonne santé, évidemment, coûte moins cher à l’État. Il suffit parfois de programmes de prévention pour amélio-rer les conditions de vie. Et diminuer les dépenses en santé.
Le système actuel laisse peu de place pour le citoyen qui veut prendre en main sa santé. C’est l’ère de la consommation de services de santé. «On exproprie la santé des individus au profit du corps médical. Nous ne sommes plus les maîtres d’œuvre de notre santé. Nous sommes dans un contexte de médicalisation de l’individu», avance le chercheur universitaire Jean-Pierre Girard, qui met le doigt sur un bobo de taille: de moins en moins de rendez-vous chez le médecin se terminent sans une bonne prescription…
Coopérative de santé: le citoyen au cœur des décisions
Jean-Pierre Girard trace les grande ligne de la coopérative de solidarité en santé, moyen le plus efficace selon lui pour répondre aux besoins de la population en matière de santé. Cette clinique nouveau genre se caractérise par la gouvernance de tous ses membres, les usagers, les médecins et les employés, à raison d’un vote par personne. L’ensemble des usagers ont alors leur mot à dire sur les besoins qu’ils désirent combler dans leur milieu. Ils agissent dans l’amélioration de leur bien-être, qui est la raison de vie de la clinique plutôt que l’appât du gain. La clinique offre un autre avantage, celui de rehausser la cohésion sociale. Elle appartient aux gens d’un milieu donné qui se mobilisent pour la développer.
«À l’opposé d’une entreprise à capital-actions qui cherche à maximiser à court terme des bénéfices, la coopérative évolue dans une perspective à moyen et long terme, explique M. Girard qui, en plus de ses activités universitaires, est membre du Conseil de la coopération du Québec. Surtout que, dans le domaine de la santé, on ne peut s’attendre à des changements significatifs de comportements ou d’habitudes de vie sans penser au minimum sur quelques années.» Selon lui, la clinique privée s’inscrit dans une logique de profit à court terme alors que l’amélioration de la santé des gens ne se ressent qu’à moyen terme.
«La participation démocratique, l’égalité et la gestion collective, qui caractérisent la coopérative, sont des conditions potentiellement porteuses de transformations sociales et d’amélioration de la santé pour répondre aux besoins du milieu», peut-on lire dans un document du Conseil de la coopération du Québec.
En mobilisant les citoyens à se prendre en main pour se doter d’une clinique, avec le réseautage que cela implique auprès des gens d’affaires de la région, de la municipalité, de l’expertise des uns et des autres, on répond à plusieurs déterminants importants pour la santé. Les gens ont alors une certaine emprise sur leur vie, ils brisent leur isolement, se cons-cientisent davantage à leur santé.
Cette mobilisation collective pourrait bouleverser notre société. Les changements se feraient sentir en dehors du cadre même de la santé. Une société qui s’unit, se parle, travaille de concert, ouverte aux besoins de ses gens, qui se prend en main plutôt que d’attendre tout de l’État. Des valeurs d’entraide et non de chacun pour soi.
Questions au ministre Couillard
•Pourquoi n’entend-on jamais parler des projets alternatifs comme palliatifs à la privatisation des soins?
•Pourquoi des projets qui fonctionnent depuis un quart de siècle, comme Jonquière Médic, n’a pas fait de petits? Pourquoi ouvrir une brèche au privé sans penser au modèle, plus rassembleur, coopératif?
•Comment expliquer que votre ministère parle d’offrir le meilleur service de soin à la population sans placer le cito-yen au coeur de sa santé?
•Finalement, quelle est votre position sur les projets alternatifs?
Textes sur la santé:
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/28/notre-systeme-de-sante-autrement/
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/25/la-cooperative-de-sante-2/
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/25/jonquiere-medic/
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/25/un-medecin-recalcitrant/
http://raymondviger.wordpress.com/2006/12/15/les-aines-du-japon-et-les-vieux-du-quebec/
http://raymondviger.wordpress.com/2006/06/23/guide-dintervention-aupres-dune-personne-suicidaire
La coopérative de santé: le citoyen prend en main son bien-être
Écrit par Dominic Desmarais, Vol 14-4
Modèle nouveau genre au Québec, la coopérative de santé met le citoyen au cœur des décisions sur sa santé. Terminé, le simple rôle de consommateur. Regard sur une autre façon de rendre des soins.
Aux prises avec la détérioration de services de santé à Aylmer, dans la ville de Gatineau, deux médecins mobilisent la population. Pratiquant à la clinique privée Aylmer-Lucerne, les Dr Bernard Gélinas et Claude Archambault cherchent à éviter le pire: la fermeture de leur centre médical et la perte pour la population de services indispensables.
La décision est prise. Plutôt qu’une clinique privée, qui n’a pas fonctionnée, on formera une coopérative où les utilisateurs, les travailleurs et les médecins seront membres avec le même pouvoir, soit un vote chacun. La réponse est telle que 3 ans plus tard, le 1er janvier 2004, la Coopérative de santé devient propriétaire de la clinique Aylmer-Lucerne.
Grâce à l’implication de la communauté, non seulement la clinique reste-t-elle en opération, mais les services s’améliorent. Tous mettent l’épaule à la roue, ce qui permet de recruter des médecins, de se doter de meilleurs équipements, offrir de meilleurs services et mettre sur pied des programmes de prévention. Des services que l’ancienne clinique, privée, n’aurait jamais pu fournir aux gens d’Aylmer.
Médecins recherchés
Le nombre de cliniques a chuté dramatiquement ces dernières années. Alors qu’on en comptait 1500 il y a quelques années, ce nombre est passé à 800 aujourd’hui. La rémunération des médecins, avec leur quotas, a diminué, alors que le coût d’opération a augmenté. De plus, le ministère de la Santé et des Services sociaux oblige les médecins à délivrer des actes médicaux prioritaires dans les institutions hospitalières. Ces heures passées à l’hôpital enlèvent du temps à la gestion de la clinique par le médecin.
À la Coop d’Aylmer, la mobilisation du milieu a permis de créer nombre de comités, dont un spécifique au recrutement de médecins. «On offre un service clé en main, explique Martin Van Den Borre, administrateur de la coop. On n’exclut pas les médecins du développement de la santé, mais de l’administration.» Libérés de cette tâche, les praticiens, en cette époque de loisirs, ont davantage de temps à consacrer à eux-mêmes ou à leur famille. Ou à offrir des services à la population.
De meilleurs équipements pour de meilleurs services
Avec ses 4337 membres qui déboursent chacun 50$ pour leur part sociale, la coopérative possède un fonds avoisinant les 250 000$. «On l’utilise comme un levier financier qui nous permet d’aller chercher d’autres capitaux», souligne M. Van Den Borre, qui soutient que de meilleurs équipements attirent les médecins. Avec plus de médecins, plus d’entrées d’argent et plus de membres, la possibilité d’améliorer les services augmente.
Les besoins ciblés sont l’agrandissement de la clinique, l’augmentation du nombre d’heures pour les urgences, l’amélioration des services de radiologie et la création d’un Groupe de médecine familiale (GMF).
Prévenir plutôt que guérir
L’ensemble des membres, donc la population, décide des besoins à combler. En ce sens, des programmes de prévention, en partenariat avec d’autres organismes de la communauté, sont mis sur pied. Un projet pour la communauté latino-américaine, aux prises avec des problèmes d’isolement, de pauvreté, de manque d’estime et le manque de connaissances des services offerts est maintenant offert. Des cours de sensibilisation au diabète, un programme de prévention et de dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus, des cours de santé alimentaire, l’offre ne manque pas. On fait même de la prévention pour les chutes des personnes âgées par le biais d’un programme d’éducation physique et des conseils pour adapter leur domicile.
«Souvent ça ne coûte pas bien cher. Il suffit simplement d’avoir du temps. Souvent, c’est fait en partenariat avec les groupes communautaires. Il y a beaucoup d’initiatives dans ce milieu. Ils ont des ressources, mais pas médicales. Les médecins, dans les cliniques, n’ont pas le temps», fait remarquer l’administrateur de la coopérative.
Une réponse à l’engorgement des hôpitaux
Ces programmes de prévention ont pour effet direct de désengorger les urgences. Avec ses 39 000 visites en 2004, la coopérative commence à connaître les besoins de sa population. Prochaine étape, désengorger les cas moins lourds des hôpitaux, tels les grippes, les pneumonies, les coupures et les brûlures. «Nous avons 2 salles où l’on peut faire des chirurgies mineures», raconte M. Van Den Borre.
Avec de tels services, qui a dit que le citoyen ne pouvait pas s’impliquer activement pour sa propre santé?
Textes sur la santé:
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/25/la-cooperative-de-sante-2/
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/25/jonquiere-medic/
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/25/un-medecin-recalcitrant/
http://raymondviger.wordpress.com/2006/12/15/les-aines-du-japon-et-les-vieux-du-quebec/
http://raymondviger.wordpress.com/2006/06/23/guide-dintervention-aupres-dune-personne-suicidaire
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/28/notre-systeme-de-sante-autrement/
Notre système de santé, autrement
Jean-Pierre Girard
Vol 15-2, Décembre 2006
Les manchettes de l’actualité nous rappellent fréquemment que notre système de santé doit composer avec quelques problèmes de fonds:
• Nombre croissant de ménages ne disposant pas de médecins de famille;
• Problèmes récurrents de l’accès aux services;
• Tendance à la surmédicalisation de la pratique;
• Consommation vertigineuse de médicaments (25 milliards $ en 2005 pour le Canada);
• Réduction du nombre de cliniques et de leur accessibilité.
Sur le plan de l’offre des services, en grattant un peu, on relève que la situation est, pour le moins, inquiétante. Les CLSC sont moins nombreux et ils sont désormais intégrés dans de grandes structures, les centres de santé et de services sociaux. La capacité des citoyens pour influencer ces organisations est, dans le meilleur des cas, fort réduite.
Par ailleurs, de plus en plus de cliniques sont la propriété de grandes surfaces commerciales, épiceries ou pharmacies de grandes tailles. La clinique est sise à proximité du commerce, pour des raison de commodité. En quittant la clinique, de plus en plus souvent, une prescription à la main, il n’y a que quelques pas à faire pour se retrouver au comptoir des ordonnances. Intéressant, diront certains, car on ne perd pas de temps. Préoccupant diront d’autres, car ces cliniques fonctionnent essentiellement selon un modèle sans rendez-vous. On oublie l’idée du suivi du patient comme le permet un médecin de famille et en ce qui concerne la promotion d’une approche préventive en santé, il faudra carrément repasser!
Notre système de santé, autrement, un livre publié chez BLG convie le lecteur à être bien conscient de ces changements de fond qui marquent l’organisation et l’offre des services de santé au Québec, mais sans se cantonner dans la seule dénonciation et le pessimisme, ouvre sur des actions concrètes, permettant de changer la donne, l’engagement citoyen par les coopératives.
De St-Étienne-des-Grès à St-Camille, en passant par le cas très urbain d’Aylmer, dans la ville de Gatineau, l’ouvrage expose des cas où des individus ont décidé d’être acteurs du système de santé et non simples spectateurs ou plaignants. Ce sont des citoyens qui mettent la main à la pâte, consultant leurs concitoyens, rassemblant les forces vives du milieu, et travaillant en concertation avec des professionnels de la santé dans un cadre coopératif.
En s’ouvrant aussi sur d’autres expériences dans la santé, basées sur le modèle coopératif (Saskatchewan, Belgique, Japon), le livre démontre qu’il n’y a pas une fatalité d’accepter le système comme il l’est, mais plutôt des opportunités pour la société civile de s’investir et jouer un rôle actif dans la définition et l’organisation des services. Révolutionnaire? Depuis près de 30 ans, l’Organisation mondiale de la santé s’évertue à répéter qu’il s’agit plutôt d’un facteur clé de réussite des systèmes de santé de première ligne. En d’autres mots, dans notre système de santé, on peut trouver de tout, mais il faut aussi avoir de la démocratie!
Textes sur la santé.
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/25/la-cooperative-de-sante-2/
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/25/jonquiere-medic/
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/25/un-medecin-recalcitrant/
http://raymondviger.wordpress.com/2006/12/15/les-aines-du-japon-et-les-vieux-du-quebec/
http://raymondviger.wordpress.com/2006/06/23/guide-dintervention-aupres-dune-personne-suicidaire
Jean-Pierre Girard, la santé et les coopératives
Lancement d’un nouveau livre qui devrait faire parler de lui. Il est édité chez BLG, une nouvelle maison d’édition dont l’un des propriétaires est Claude Béland (anciennement des Caisses populaires Desjardins). Notre système de santé, autrement.
Un livre qui questionne le système de santé, tente de remettre au centre des discussions les coopératives de santé et de montrer des réussistes telle la coopérative d’Aylmer et de St-Étienne des Grès.
Comment se fait-il que des pharmaciens employent et mettent sous contrat 20% des médecins du Québec? Pourquoi refusons-nous le droit aux citoyens de s’impliquer et de prendre parole dans le débat sur le système de santé? Bien d’autres questions y sont lancées et débattues dans le livre de Jean-Pierre Girard.
Des coopératives de santé réussissent à offrir de meilleures services, à être plus près de la population, de faire de la prévention pour diminuer les coûts de la santé… Une solution qui existe depuis plus de 20 ans et qui a fait ses preuves.
Il est temps de faire la lumière sur ce moyen alternatif qui est peut-être une solution importante du futur de notre société. Un livre à lire, mais surtout à débattre. Nous attendons vos commentaires.
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/25/la-cooperative-de-sante-2/
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/25/jonquiere-medic/
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/25/un-medecin-recalcitrant/
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/28/notre-systeme-de-sante-autrement/
Philippe Couillard et la santé alternative
Le 1er avril dernier, deux magazines ont traité de santé. L’actualité avec un reportage de Véronique Robert sur les réussites du système de santé à Alma et Reflet de Société avec un reportage de Dominic Desmarais sur les projets alternatifs en santé tel que les coopératives de santé de Gatineau, Trois-Rivières et d’Aylmer, les médecins à domicile avec Jonquière Médic.
Puisqu’il existe au Québec des “succes story” en matière de santé, pourquoi parle-t-on de privatiser la santé au lieu d’investir dans ces projets alternatifs qui ont fait leurs preuves depuis un quart de siècle?
J’espère que M. Charest n’a pas d’amis dans la santé comme il en avait pour la vente du Mont Orford! J’espère aussi que si M. Philippe Couillard décidait de s’investir dans les moyens alternatifs qu’il ne se retrouvera pas dans les arrières bancs comme il est arrivé à Mulcair pour s’être opposé au projet du Mont Orford.
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/25/la-cooperative-de-sante-2/
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/25/jonquiere-medic/
http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/28/notre-systeme-de-sante-autrement/
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Le système de santé.
Des urgences qui refoulent, des listes d’attente pour des opérations, incapacité d’avoir un médecin de famille, des coûts de traitement qui ne cesse d’augmenter… L’avenir de notre système de santé ne cesse de me hanter.
Face à ces difficultés, la grande question qui est débattue, est-ce qu’on privatise, en tout ou en partie, notre système de santé? Façon très simpliste de limiter le débat. À croire que dans notre société tout se limite toujours qu’à deux choix extrêmes. Pourtant nous avons plusieurs exemples d’alternatives qui fonctionnent bien. Pour n’en nommer que quelques une, avez-vous déjà entendu parler des coopératives de santé? Pourtant il en existe plusieurs au Québec. Et que dire de Jonquière-Médic qui vous permet d’attendre le médecin dans le confort de votre maison au lieu de faire la queue à l’hôpital. Il serait peut-être temps que nos ingénieurs des grandes réformes arrêtent de chercher LA solution qui pourrait tout régler et qu’ils se penchent sur LES petites solutions qui pourraient faire des changements. La majorité de ces solutions alternatives en matière de santé proviennent des régions. Il serait peut-être temps que nos politiciens quittent l’axe Québec-Montréal pour faire le tour de la province.
Pour nous éclairer davantage sur les choix de société qui s’offrent à nous, j’ai mandaté le journaliste de notre magazine d’information et de sensibilisation Reflet de Société, Dominic Desmarais, de nous préparer un dossier sur la médecine alternative. Le reportage sera publié dans le numéro d’avril 2006.
Si vous avez d’autres pistes de solution dans ce débat qui va nous toucher de plus en plus intensément au fur et à mesure que notre population va vieillir, n’hésitez pas à nous en faire part.
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La coopérative de santé
Dominic Desmarais
Modèle nouveau genre au Québec, la coopérative de santé met le citoyen au cœur des décisions sur sa santé. Terminé, le simple rôle de consommateur. Regard sur une autre façon de rendre des soins.
Aux prises avec la détérioration de services de santé à Aylmer, dans la ville de Gatineau, deux médecins mobilisent la population. Pratiquant à la clinique privée Aylmer-Lucerne, les Dr Bernard Gélinas et Claude Archambault cherchent à éviter le pire: la fermeture de leur centre médical et la perte pour la population de services indispensables.
La décision est prise. Plutôt qu’une clinique privée, qui n’a pas fonctionnée, on formera une coopérative où les utilisateurs, les travailleurs et les médecins seront membres avec le même pouvoir, soit un vote chacun. La réponse est telle que 3 ans plus tard, le 1er janvier 2004, la Coopérative de santé devient propriétaire de la clinique Aylmer-Lucerne.
Grâce à l’implication de la communauté, non seulement la clinique reste-t-elle en opération, mais les services s’améliorent. Tous mettent l’épaule à la roue, ce qui permet de recruter des médecins, de se doter de meilleurs équipements, offrir de meilleurs services et mettre sur pied des programmes de prévention. Des services que l’ancienne clinique, privée, n’aurait jamais pu fournir aux gens d’Aylmer.
Médecins recherchés
Le nombre de cliniques a chuté dramatiquement ces dernières années. Alors qu’on en comptait 1500 il y a quelques années, ce nombre est passé à 800 aujourd’hui. La rémunération des médecins, avec leur quotas, a diminué, alors que le coût d’opération a augmenté. De plus, le ministère de la Santé et des Services sociaux oblige les médecins à délivrer des actes médicaux prioritaires dans les institutions hospitalières. Ces heures passées à l’hôpital enlèvent du temps à la gestion de la clinique par le médecin.
À la Coop d’Aylmer, la mobilisation du milieu a permis de créer nombre de comités, dont un spécifique au recrutement de médecins. «On offre un service clé en main, explique Martin Van Den Borre, administrateur de la coop. On n’exclut pas les médecins du développement de la santé, mais de l’administration.» Libérés de cette tâche, les praticiens, en cette époque de loisirs, ont davantage de temps à consacrer à eux-mêmes ou à leur famille. Ou à offrir des services à la population.
De meilleurs équipements pour de meilleurs services
Avec ses 4337 membres qui déboursent chacun 50$ pour leur part sociale, la coopérative possède un fonds avoisinant les 250 000$. «On l’utilise comme un levier financier qui nous permet d’aller chercher d’autres capitaux», souligne M. Van Den Borre, qui soutient que de meilleurs équipements attirent les médecins. Avec plus de médecins, plus d’entrées d’argent et plus de membres, la possibilité d’améliorer les services augmente.
Les besoins ciblés sont l’agrandissement de la clinique, l’augmentation du nombre d’heures pour les urgences, l’amélioration des services de radiologie et la création d’un Groupe de médecine familiale (GMF).
Prévenir plutôt que guérir
L’ensemble des membres, donc la population, décide des besoins à combler. En ce sens, des programmes de prévention, en partenariat avec d’autres organismes de la communauté, sont mis sur pied. Un projet pour la communauté latino-américaine, aux prises avec des problèmes d’isolement, de pauvreté, de manque d’estime et le manque de connaissances des services offerts est maintenant offert. Des cours de sensibilisation au diabète, un programme de prévention et de dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus, des cours de santé alimentaire, l’offre ne manque pas. On fait même de la prévention pour les chutes des personnes âgées par le biais d’un programme d’éducation physique et des conseils pour adapter leur domicile.
«Souvent ça ne coûte pas bien cher. Il suffit simplement d’avoir du temps. Souvent, c’est fait en partenariat avec les groupes communautaires. Il y a beaucoup d’initiatives dans ce milieu. Ils ont des ressources, mais pas médicales. Les médecins, dans les cliniques, n’ont pas le temps», fait remarquer l’administrateur de la coopérative.
Une réponse à l’engorgement des hôpitaux
Ces programmes de prévention ont pour effet direct de désengorger les urgences. Avec ses 39 000 visites en 2004, la coopérative commence à connaître les besoins de sa population. Prochaine étape, désengorger les cas moins lourds des hôpitaux, tels les grippes, les pneumonies, les coupures et les brûlures. «Nous avons 2 salles où l’on peut faire des chirurgies mineures», raconte M. Van Den Borre.
Avec de tels services, qui a dit que le citoyen ne pouvait pas s’impliquer activement pour sa propre santé?
Autres textes sur la santé.
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Un médecin récalcitrant Par Dominic Desmarais
Dans la continuité de notre dossier sur la santé, Reflet de Société propose une entrevue avec le Dr Bernard Gélinas, médecin à la Clinique coopérative de santé d’Aylmer. Regard de cet homme qui a pratiqué 36 ans dans une clinique privée et 2 ans et demi en coopérative.
Le Dr Gélinas n’a pas la langue dans sa poche. Dans un domaine où les gens pèsent leurs mots, demandent à recevoir l’article avant sa parution, insistent pour que de nombreux passages ne soient pas publiés, il est une bouffée d’air frais. Ses opinions, il les assume. Articulé, frondeur, la polémique ne l’effraie pas.
Une santé communautaire
D’entrée de jeu, il écorche le ministère de la Santé et ses fonctionnaires. Lui, qui a pratiqué dans un cabinet privé presque toute sa carrière, a dû composer avec les Régies régionales de santé et autres instances bureaucratiques. Sa coopérative, ce n’est pas une structure gouvernementale, insiste-t-il. «On est vivant, alors que le fonctionnaire attend ses directives de Québec. C’est ça, la différence. Apprendre à penser communautaire plutôt que penser par programmes gouvernementaux, avec des statistiques. Nous on pense communauté.» Le ton est lancé. L’homme en a long à raconter.
La santé à des fins politiques
«La pratique est contrôlée par toutes sortes de contraintes. La plus grosse, c’est que la Régie régionale et compagnie (les autres institutions du ministère de la Santé) ont un patron. Et ce patron n’est pas le citoyen. C’est le Ministre», constate-t-il froidement avant d’y aller d’une charge pour appuyer ses dires. «La dernière chose que veut le ministre de la Santé Philippe Couillard, c’est d’être embarrassé aux nouvelles de 18h parce qu’une urgence n’a pas de médecins.» La santé des Québécois serait-elle gérée à des fins politiques plutôt que par souci du bien-être collectif?
La santé à des fins commerciales
«Nous sommes passés de 1500 cliniques médicales à 840 au Québec en quelques années. Elles se sont vidées aux profits des hôpitaux gouvernementaux. À la place, on a vu apparaître des cliniques marchandes. Ce n’est pas très amusant pour une profession comme la nôtre. On a perdu notre autonomie. La seule façon que les jeunes médecins ont trouvée pour survivre, c’est de s’associer avec des groupes commerciaux.» Le Dr Gélinas pointe du doigt les grandes chaînes pharmaceutiques sans les nommer. Forcés par le ministère de la Santé à remplir des heures dans les hôpitaux, les médecins n’ont pas suffisamment de temps à mettre dans une clinique. Aux prises avec des problèmes de recrutement de médecins, la Coopérative d’Aylmer n’est pas épargnée par ce phénomène. «Les entreprises à grandes surfaces ont accès à des cliniques qui, elles, vont garder les médecins. Les petites régions se vident. Ce n’est pas à l’avantage de la population», soupire-t-il.
Sa clinique est passée sous le giron coopératif il y a près de 2 ans et demi. Il reconnaît que la mentalité ne change pas du jour au lendemain. «C’est un partenariat. Les patients ne sont plus des consommateurs, mais des organisateurs des soins. La mentalité doit évoluer, pose-t-il comme diagnostic. La tâche de la santé est trop grande pour être confiée à des fonctionnaires. C’est la communauté qui connaît l’évolution de ses besoins.»
Le citoyen, bienvenu en santé?
Dans son document Garantir l’accès: un défi d’équité, d’efficience et de qualité, publié en février 2006, le ministre Couillard demande au citoyen d’alimenter la réflexion sur les soins de santé. Quelle est la responsabilité du citoyen à l’égard de sa santé?, interroge le document. Le gouvernement peut faire la promotion de saines habitudes de vie, mais ces efforts seront vains sans un investissement actif des citoyens dans leur mieux-être, peut-on lire. Le document met également l’accent sur la promotion, comme une solution aux problèmes de santé. Le rôle du citoyen dans sa santé et la promotion de saines habitudes sont deux facettes incontournables de la coopérative de santé d’Aylmer. Le ministre Couillard s’est-il penché sur le savoir-faire du Dr Gélinas et de ses collègues?
«Nous ne sommes pas encore rendus au Ministère, ironise le Dr Gélinas. Mais nous sommes rendus au député! 4500 votes (la Coopérative compte 4500 membres), ça sent bon pour un député. Comme on s’enligne, on pourra avoir plus de votes que ceux obtenus par le député sortant».
Depuis la fondation de la Coopérative, le 1er janvier 2004, la clinique est passée de 50 membres fondateurs à 4500 membres. Un poids considérable pour faire bouger les décideurs. «C’est facile, écraser 4 ou 5 médecins. Mais ce n’est pas évident d’écraser une communauté.» Le vote, plutôt que l’intérêt de la population, semble plus important aux yeux des élus.
La voix du Dr Gélinas devient plus combative, énergique. On le sent revigoré par sa nouvelle manière de pratiquer. «Une coopérative, c’est un organisme vivant. Ça évolue, réagit, agit, ressent. Ça ne meurt pas, une communauté. Un ministre, ça change. Ça peut fermer des secteurs de vie, explique-t-il. Après 35 ans de métier, c’est la plus belle aventure que j’ai avec une communauté!»
Reste à voir si le ministère de la Santé trouvera son intérêt à composer avec un nouveau joueur: celui pour qui il est censé travailler, le citoyen.
Autres textes sur la santé.
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