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Et les grands dans tout ça?
Gabriel Alexandre Gosselin, Volume 16, no. 4, Avril-Mai 2008

Des enfants préparent eux-mêmes une émission de radio. L’appui et l’engagement de professionnels est primordial dans un tel projet. À Radio-Enfants, des adultes se donnent corps et âme à l’accomplissement des émissions. Coup d’œil sur l’implication de ces «grands» dans une activité 100 % enfants!

Radio Centre-Ville diffuse chaque mercredi l’émission Radio-Enfants. Mais là ne s’arrête pas les efforts du média communautaire pour venir en aide aux jeunes. 4 employés de la chaîne se sont portés volontaires pour soutenir les groupes scolaires dans la préparation et la mise en ondes de leur plage horaire.

Tout comme les jeunes dans le projet, chacun de ces adultes tient un rôle. Marc De Roussan est coordonnateur et chef de file. Sur place à chaque diffusion, il s’assure que tout se déroule dans les règles de l’art radiophonique. Décontracté, il encourage et conseille les jeunes qui sont aux micros: «Je prends ça cool, parce que si j’étais stressé, ce serait encore plus énervant pour ces enfants qui passent en ondes en direct», explique-t-il avant que le technicien lance l’appel au silence.

Coralie Dumoulin et Rodrigo Ortega, quant à eux, assument la réalisation. En plus de coordonner les activités le jour de l’émission, ils se déplacent dans les écoles pendant 6 semaines avant la mise en ondes, à raison de 2 heures par semaine. Ils préparent avec les enfants le contenu de leur émission ainsi que son déroulement et les initient aux réalités de la radio. «Il reste que c’est toujours eux qui mettent l’ambiance et leur touche personnelle», tient à préciser Coralie Dumoulin, enthousiaste de participer à sa première expérience à Radio-Enfants cette année.

Miguel Greco, de son côté, se trouve à la console. Il assiste le jeune attitré au poste de technicien sonore. Un gros contrat puisque l’enfant n’a jamais eu affaire à une machine munie d’autant de boutons. Miguel doit donc s’assurer d’avance que ce jeune est à l’aise avec la technique de la console et qu’il comprend l’importance de la coordination que son rôle comporte.

Outre Radio Centre-Ville, les ensei-gnants jouent un rôle important dans la préparation du projet. Bien avant l’émission, ils accompagnent quotidiennement leurs jeunes en les dirigeant dans leurs choix rédactionnels. Catherine Desjardins, professeure à Victor-Rousseleau, note les avantages d’une telle implication: «c’est sûr que ça me rapproche de mes élèves. C’est en plus un soulagement et une fierté pour eux de mener tout ça à terme, ici, aujourd’hui!», s’exclame-t-elle, presque à bout de souffle après avoir longuement soutenu sa classe dans ce projet.

Défi en direct
Gabriel Alexandre Gosselin, Volume 16, no. 4, Avril-Mai 2008

Des enfants sont assis autour d’une table ronde. Des micros sont suspendus devant eux. Le réalisateur donne le signal.
3, 2, 1,
L’émission peut commencer
«Bienvenue sur les ondes de Radio-Enfants!»

Mercredi matin, Montréal. Un groupe d’élèves de 8 à 12 ans envahit la bibliothèque du quar-tier. Après installation du matériel radiophonique, ils se placent devant les micros. 9h tapant, c’est l’heure!: après 6 semaines intensives de préparation, ils se confient enfin aux oreilles de la métropole.

Chaque année, 18 classes de 18 écoles différentes participent au projet Radio-Enfants, une initiative de Radio Centre-Ville, du Programme de soutien à l’école montréalaise et en collaboration avec les bibliothèques de quartier. Les établissements sélectionnés proviennent de milieux défavorisés. Les élèves ont souvent le français comme langue seconde.

L’objectif: une émission de 2 heures en direct sur les ondes du média communautaire. Un défi de taille qui signifie beaucoup pour des jeunes de 8 à 12 ans. Le jour de l’émission, on les sent fébriles dès leur arrivée sur les lieux de l’enregistrement: «C’est vrai que c’est un peu énervant d’être en direct, mais c’est très amusant», raconte Laurie-Simon, 9 ans, qui, avec entrain, se débrouille très bien au micro.

100 % enfant
Radio-Enfants ne constitue pas uniquement une tribune pour ces jeunes. C’est aussi une plateforme éducative enrichissante pour eux. Ils élaborent l’émission de A à Z: «C’est nous qui avons décidé ensemble du sujet. Ensuite, nous avons fait les recherches, écrit les textes, choisi la musique et développé les particularités de notre émission», explique Alex, 9 ans. Certains optent pour la simplicité, d’autres ajoutent un scénario, voire un roman-théâtre, comme à l’époque! «Tout ça nous pousse à nous forcer et à travailler ensemble», ajoute Giuseppe, 9 ans également. Un travail d’équipe où tous prennent la parole chacun à sa façon.

L’étape suivante: la mise en ondes. La compréhension du média est un autre aspect marquant de l’expérience. «Ils découvrent l’univers de la radio. Ça leur permet de décoller de la télévision et de voir autre chose», croit Coralie Dumoulin, réalisatrice de Radio-Enfants. En plus d’avoir à assimiler les aspects techniques nécessaires au bon déroulement de leur émission, chaque enfant tient un rôle et doit l’assumer: animateur, chroniqueur ou technicien à la console.

Abdessamad, lui, a obtenu le poste d’animateur, un contrat qui lui va à merveille: «J’ai toujours voulu avoir la grosse part du gâteau», affirme-t-il, sûr de lui. Il a travaillé ses textes avec ses parents et les a récités devant le miroir, «comme le coordonnateur Marc nous avait dit de le faire. Je suis heureux et fier de mon travail» raconte-t-il alors que sa tâche est accomplie.

La fierté, c’est ce qui anime les jeunes. Carol Tremblay, père de Marie-Ève, l’a vite remarqué: «Le fait de passer en direct donne un sentiment de fierté. Ma fille a consacré beaucoup d’efforts pour cette émission, ça lui tenait à cœur. Ça va avoir un impact sur elle. On ne sait pas quel impact exactement, mais on sait qu’il est positif.»

Pour écouter les jeunes sur les ondes de Radio-Enfants, syntonisez le 102.3 tous les mercredis matin, 9h. L’émission est archivée pendant une semaine sur le site http://www.radiocentreville.com/pages/rae4.htm.

Encadré

Dans la langue de Molière, s.v.p.!
Plusieurs des groupes qui participent au projet Radio-Enfants ont souvent le français comme langue seconde et ne le parlent pas à la maison. Mais pas question de réduire la qualité du message pour autant.

Catherine Desjardins, une enseignante dont le groupe multiethnique vient de terminer son émission sur l’environnement, reconnaît les acquis éducatif et culturel qu’un tel événement peut procurer à ses jeunes: «Dans leur émission, les enfants utilisent un langage plus avancé que celui qu’ils emploient en classe ou dans la cour d’école. Ça les force à employer des mots qu’ils n’ont jamais utilisés», mentionne-t-elle.

À titre d’exemple, Hosan, 8 ans, d’origine iranienne, est au Québec depuis 3 ans. «Elle avait peine à lire 2 mots sans trébucher en début d’année et surtout pas avec une intonation propre à la radio!», note son enseignant. Elle apprend présentement le français dans un groupe d’immersion. Les élèves de sa classe communiquent surtout en anglais, une façon d’échanger plus évidente pour la majorité d’entre eux.

Le jour de la mise en ondes de son groupe, elle surprend son enseignant. Elle s’exprime presque naturellement dans la langue de Molière. «La motivation, c’est fou ce que ça peut faire, et parfois d’élèves dont tu t’y attends le moins», s’étonne son professeur. Très à l’aise, Hosan ne cesse de rire au creux de sa main lorsque du bruitage survient dans l’émission ou encore quand un comparse fait une petite erreur.

Mélomanes en herbe
À Radio Centre-Ville, la musique francophone fait également figure de proue. Radio-Enfants n’échappe pas à cette particularité du média communautaire montréalais. «Les enfants ne connaissent souvent pas très bien la musique francophone. Pour l’émission, ils sont poussés à rechercher uniquement dans ce registre et ainsi à s’ouvrir à autre chose que la pop américaine, croit Coralie Dumoulin. Au début, ils ne savent pas vraiment où chercher, mais ils finissent toujours par trouver ce dont ils ont besoin.» Un pari réussi sur tout la ligne pour Radio-Enfants et la langue française.

Vivre avec l’autisme
Isabelle Binggeli, Volume 16, no. 4, Avril-Mai 2008

«Pour la première fois, nous envisa-geons des vacances d’été, tous ensemble!», lance avec enthousiasme Hélène Picard, une jeune mère de 33 ans. Elle et son conjoint Maxime sont devenus des experts dans l’organisation de la routine quotidienne et des projets familiaux. Les déplacements et les activités de leurs 2 garçons sont rigoureusement planifiés, le moindre détail pensé et corrigé si nécessaire. Zélés, direz-vous? Non, ils sont simplement les parents de Zachary et Cédric, diagnostiqués autistes alors qu’ils étaient âgés respectivement de 4 ans et 19 mois.

Le cadet, Cédric, est depuis sa naissance un enfant à la santé fragile. En plus de ses problèmes d’alimentation, il présente également des signes de retard du développement, ne réagissant toujours pas à l’appel de son nom à l’âge de 7 mois. «Nous croyions qu’il était un petit peu plus farouche, plus difficile à apprivoiser», raconte sa mère en évoquant ses souvenirs. «Nous ne comprenions pas ses réactions; le moindre mouvement, bruit ou lumière pouvait déclencher chez lui une crise.» L’autisme est diagnostiqué rapidement chez le jeune Cédric et ses parents lui accordent encore plus d’attention. Bien malgré eux, le grand frère Zachary passe parfois inaperçu.

Ce dernier est un garçon extrêmement intelligent, qui sait compter et reconnaître toutes les couleurs en anglais et en français à l’âge de 2 ans. «Zachary avait et a toujours un énorme potentiel, il nous surprend constamment», souligne fièrement Hélène, «mais nos échanges avec lui pouvaient s’avérer laborieux. Nous le sentions souvent bien loin dans son propre univers, dans sa petite bulle.»  En effet, alors que les parents décident d’inscrire leurs 2 fils dans un centre de la petite enfance, les éducateurs mentionnent le manque d’interaction entre eux et l’aîné. Son comportement indique des traits anxieux, un déficit de l’attention et des problèmes de communication.

Un deuxième constat frappe de nouveau: Zachary est également autiste, mais autiste de haut niveau. Dans son cas, cela se traduit par de grandes capacités d’apprentissage mais des aptitudes sociales jugées déficientes. La jeune mère de famille confie l’avoir pressenti: «Après le diagnostic de Cédric, nous avons suivi plusieurs formations sur les troubles envahissants du développement, nous sommes devenus membres de la Société de l’autisme de Lanaudière et avons énormément lu sur le sujet. Dès qu’on a formulé des doutes sur le comportement de Zachary, je savais bien vers quoi on se dirigeait.

Réorganiser sa vie
Ce deuxième contrecoup ébranle la famille ainsi que les proches. C’est Hélène qui réagit le plus violemment. Heureusement, son conjoint sait la rassurer, lui rappelant que leurs garçons sont toujours les mêmes malgré une situation difficile à accepter. «Les mères sont généralement plus émotives au début, mais elles se ressaisissent rapidement. Les pères deviennent les piliers sur qui s’appuyer», raconte-elle calmement. «Mais les hommes n’ont-ils pas leurs moments de peine et de détresse? «Mais si, les étapes de la vie telles que vécues normalement par les enfants les touchent davantage. C’est un pincement au cœur pour eux de voir un gamin enfourcher aisément la bicyclette, ou encore entendre un ami raconter sa fin de semaine à la pêche avec son fils. Pourtant, rien n’est impossible, ce sont les délais qui sont plus longs.» Dans ces moments délicats, c’est Hélène qui, à son tour, console Maxime et demeure forte pour sa famille.

Pour eux, la vie continue malgré une totale réorganisation de l’environnement familial. Tout est adapté aux besoins des 2 garçons, des séquences dessinées sur les murs rappelant l’ABC d’une toilette et du brossage des dents jusqu’aux armoires de cuisine barrées et serrures disposées en hauteur. La maman, qui reste à la maison, organise le déroulement des journées et veille à ce que ses enfants ne manquent de rien. Elle en a vu de toutes les couleurs. «Chez nous, négliger un minime détail peut déclencher une aventure complètement folle!» s’esclaffe-t-elle. «Tenez, cela fait plusieurs années que le tube de pâte dentifrice est posé sur le comptoir sans que personne ne lui prête attention. Mais voilà qu’un beau jour, Cédric décide de l’engloutir en entier!»  

Si Hélène sourit beaucoup et semble d’un optimisme à toute épreuve, elle admet toutefois que certains instants sont pénibles: «Il arrive que, pendant des semaines, les garçons se lèvent à quatre heures du matin. Pour eux, la journée commence! On ne peut pas leur expliquer la réalité comme à d’autres enfants. Ils ne conçoivent pas le monde à notre manière. Imaginez, cela a pris quatre ans avant que Cédric ne fasse ses nuits!»

Néanmoins, avec le temps, les parents apprennent à gérer de mieux en mieux chaque situation et à anticiper les comportements et idées farfelues qui peuvent passer dans la tête de leurs fils.

Aller à l’école
Cédric et Zachary ont maintenant 6 et 7 ans. Le temps est venu pour eux d’aller à l’école. Ils sont intégrés dans les classes régulières avec l’aide d’une intervenante qui les accompagne 8 heures par semaine. Elle les aide notamment à mieux se concentrer, répète les consignes du professeur, les rassure afin de bien suivre les directives et les calme lorsque survient une crise. Dans leurs groupes, les deux garçons retrouvent des amis qui les connaissent depuis plusieurs années et qui s’accommodent très bien de leurs différences. Certains d’entre eux les prennent même sous leurs ailes.

Selon l’éducatrice spécialisée Corinne Lepage, ce scénario n’est pas monnaie courante. «Les élèves sont généralement très peu sensibilisés à ce qui touche l’autisme ou autre trouble envahissant du développement. Ils jugent ceux qui semblent différents et font parfois des commentaires méchants à leur endroit.» Elle souligne que les limites de temps, d’énergie et de budget se font ressentir: «Les professeurs qui ont un enfant avec un problème d’apprentissage dans leur classe ne sont souvent informés qu’à la dernière minute de son intégration. Ils en ont déjà plein les bras avec la discipline. Le temps qu’ils accordent à l’élève autiste, par exemple, n’est vraiment pas suffisant. Pour cette clientèle, ajoute Corinne avec conviction, il nous faut des ressources supplémentaires!»

Elle revient tout juste d’une formation intensive sur l’autisme et paraît plus que motivée: «Il y a tellement à faire avec ces enfants, et pas seulement à l’école! Ce serait tellement pertinent de travailler de façon systémique, c’est-à-dire de faire le lien entre l’environnement scolaire et familial. Par exemple, nous pourrions transposer à la maison certaines de nos approches éducatives utilisées en classe adaptée.» Cela favoriserait ainsi l’apprentissage et surtout, rassurerait ces enfants qui, comme Zachary, deviennent anxieux face à des instructions ou à des tâches à accomplir.

Même s’il reste beaucoup de chemin à parcourir pour améliorer la compréhension entourant les personnes autistes, la jeune éducatrice insiste sur l’importance d’informer et de sensibiliser davantage la population. Même son de cloche chez Hélène qui est si fière de ses garçons. Chacune à sa manière, elles contribuent à bâtir un monde où la différence signifie l’opportunité de grandir tous ensemble.

Encadré

Quelques faits sur l’autisme
L’autisme est un handicap qui altère le développement normal de la communication, comme les interactions sociales en géné- ral. Il est régulièrement associé à d’autres troubles tels que l’épilepsie, l’hyperactivité et l’oligo-phrénie (faiblesse d’esprit). C’est durant les 3 premières années de la vie que se manifeste l’autisme.

Il figure parmi les troubles envahissants du développement (TED) et affecte près de 10 personnes sur 10 000, sans consi-dérations sociales, ethniques ou raciales. Cependant, on observe qu’il touche majoritairement les garçons (quatre pour une fille), et que ses causes et symptômes varient considérablement d’un enfant à l’autre.

Les voleurs d’enfance
Écrit par Éric Martel

Alors que le documentaire de  Paul Arcand fait un malheur, en travail de rue, j’ai eu l’occasion d’accompagner des parents et des enfants aux prises avec le système. C’est toujours ardu et difficile pour tout le monde. Mon propos ne sera pas d’analyser la DPJ et ses failles. Je voudrais vous partager mes réflexions à ce sujet.

Honnêtement, je n’ai pas vu le film. Douze années à temps plein dans la rue, ça magane son homme. Avec l’âge, je suis plus sensible. Juste le fait d’y penser me rappelle des noms, des visages, des souffrances, des réussites et des échecs dans ce système.

DPJ: un symptôme
Après m’être indigné, j’ai réfléchi. Je me suis dit que, dans le fond, ce qui se passe à la protection de la jeunesse n’est qu’un symptôme de quelque chose de plus grave. De quelque chose qui aura beaucoup d’impact, pas seulement sur les enfants, mais sur toute la société. Et pour longtemps. Le désengagement des adultes. L’abandon des enfants par le monde adulte. Pas seulement le gouvernement. Bien qu’il n’en manque pas une, notre gouvernement. Coupures dans l’éducation, dans les soins de santé, etc. Je vous laisse le soin de bien planter ce «damné gouvernement». Mais le gouvernement ne reflète en général que les priorités dictées par la population. Eh oui! Suis naïf. Je pense encore que le gouvernement n’est qu’un reflet de ce que nous sommes. Ouch! L’éducation, ce n’est pas seulement ce qui se passe à l’école. La famille a sa part à faire et les adultes autour aussi.

Il y a quelques années, je participais à un projet de prévention du taxage avec deux policiers à Longueuil. Chacun d’eux exposait les lois en vigueur ou donnait des informations sur les gangs de rue. Mon rôle était de parler du phénomène de gang dans un contexte de développement psychosocial normal de l’individu.

Un soir, un homme dans la quarantaine s’insurgeait contre la lenteur des policiers, et en donnait pour preuve la fois où trois jeunes de 10 ou 11 ans en avaient frappé un de 8 ou 9 ans. Il avait appelé la police qui est arrivée après le départ des jeunes. Là, le système en mangeait toute une. Je lui ai demandé pourquoi il n’était pas sorti de chez lui afin de mettre un terme à ça. Après quelques secondes, il m’a répondu que ce n’était pas de ses affaires.

Il y a quelque temps, j’étais en Abitibi pour un colloque ayant comme thème la drogue. Il y avait plein d’intervenants de tout acabit, qui s’adressaient aux élèves de 4ème à la 6ème année, ou encore aux parents. Lors de ma rencontre avec ceux-ci, on blâmait la police de ne pas empê-cher les vendeurs de drogues qui offraient le soir leurs produits aux enfants à la patinoire extérieure de l’école. À la question «Que pouvez-vous faire», on répondait: des pétitions, des rencontres au conseil de ville. Je leur ai alors suggéré de faire des tours de garde. Il y avait plus de 40 pa-rents dans la salle. Si chacun d’eux prenait une soirée pendant laquelle il se présentait à la patinoire et supervisait la soirée avec les enfants, les vendeurs de drogues seraient moins enclins à se présenter. En plus, à une soirée aux 40 jours, ça ne fait que trois ou quatre soirées par hiver. Ça ne coûte pas cher, c’est efficace, ça donne l’occasion de se rapprocher des enfants dans un contexte de détente et j’en passe. On a discuté fort mais, à ma connaissance, ils n’ont pas appliqué ma suggestion.

Il y a plus de 11 ans, je travaillais à pied. Dans une arcade, j’avais rencontré deux gars de 15 et 17 ans. Ce qui me frappait chez eux, c’était la quantité d’argent li-quide en leur possession. Ils payaient la traite à leurs amis. Puis, la cocaïne est apparue, ensuite les escortes, et finalement le travailleur de rue. Après une longue période de rencontres avec les deux frères, ils m’ont dit que leurs parents, homme et femme d’affaires, devaient s’absenter du foyer de longues périodes. Les parents leur donnaient de cinq à huit cents dollars afin de subvenir à leurs  besoins. Ils s’ennuyaient de leurs parents et ne savaient pas comment l’exprimer. Après quelques communications écrites avec les parents, ç’a changé un peu. Je ne les ai plus jamais revus.

Voilà trois exemples de désengagement. À chaque occasion, les adultes ont préféré les solutions qui ne les impliquaient pas, même si leurs propres enfants étaient en danger. Chaque fois, des actions concrètes, assez faciles, auraient pu être entreprises afin de porter attention à nos enfants. Pourtant, rien ne s’est produit. À chaque occasion, des adultes ont abandonné des enfants. Qui leur a volé leur enfance?

Le syndrome du linge sale
Le problème avec les parents, c’est qu’ils traitent souvent les enfants comme du linge sale. Quand le linge ne sent plus bon, on appelle la buanderie. On vient chercher le linge, on le lave, on le sèche, on le plie et on le remet à son propriétaire ,qui s’empresse de le retourner dans le tiroir des commodes de sa chambre. La buanderie, c’est la DPJ. Trop de parents abandonnent pour des raisons parfois imbéciles. «Mon enfant a 17 ans et veut rentrer à 23 heures le samedi. Je ne suis plus capable, venez le chercher». «Ma fille de 15 ans a eu une relation sexuelle avec un noir. Elle est au poste de police. Allez la chercher». Ne riez pas. Ce sont des si-tuations pour lesquelles j’ai dû intervenir. On veut des enfants, mais il faudrait qu’entre 10 et 21 ans, ils n’existent pas. Il faudrait qu’ils soient invisibles, qu’ils ne dérangent personne, qu’ils soient des citoyens actifs et responsables. Qu’ils deviennent des adultes que nous ne sommes pas.

Quel prix sommes-nous prêts à payer pour avoir des enfants? Ils prendront soin de nous comme nous avons pris soin d’eux. Nous maudirons alors les fois où nous avons négligé les enfants au profit d’un puéril plaisir ou d’une supposée obligation incontournable. Comme le sont pour nous les enfants aujourd’hui, nous deviendrons, plus tard, des poids avec lesquels il faudra composer. Des obligations secondaires pour nos enfants qui auront alors les leurs. Ils ne pourront pas prendre le temps de comprendre ce que nous vivons et nous laisseront à de bonnes personnes dans les centres d’accueil pour personnes âgées. Ils se donneront bonne conscience en payant les frais et en nous maudissant intérieurement. Les enfants apprennent de ce qu’ils voient, pas de ce qu’on leur dit de faire. Deux bonnes questions à se poser: qu’est-ce que je fais pour les enfants? Qui sont les vrais voleurs d’enfance? •

Ronald McDonald se fait sortir des écoles

Dans le Journal de Montréal du 21 novembre, un article de la Presse Canadienne nous rapporte que le ministère de l’Éducation du Nouveau-Brunswick vient de bannir le clown Ronald McDonald des écoles primaires. Il y faisait la promotion de la bonne forme physique et d’une saine alimentation. Message contradictoire dit-on. Je croyais que la publicité destiné aux enfants étaient proscrites? Si c’est le cas, comment se fait-il qu’on ait laissé entrer Ronald McDonald dans les écoles primaires?

Est-ce que la conscience sociale commence à mettre des limites dans les abus et la propagande? Ce vent de nouvelle conscience sociale va-t-il se rendre, plus près de nous, jusqu’à Loto-Québec en rapport avec le jeu compulsif?

Le crime parfait : Comment tuer un enfant

Par Alain Martel

Intrigué? J’ai une recette. LA recette. Tuer sans jamais être pris. Pas de problèmes de conscience. Plus encore, il y en a un paquet qui applaudiront. Vous deviendrez le héros de la classe parentale dépassée. Un héros, je vous dis.

Ça prend un peu de temps par exemple. Quelques années. Quelques règles, quelques interdictions sanctionnées par quelques bonnes punitions bien placées. Le tour est joué. En fait, je m’énerve à cause de l’éternel débat du costume obligatoire à l’école. Remède miracle qui règle tous les problèmes. Mais quel est l’impact sur les enfants, les ados, et sur les parents? Ce n’est pas scientifique, mais c’est mon opinion.

L’enfance. À ma connaissance, c’est une période où on enseigne le respect. Le respect de soi et des autres. Le respect des différences. Le partage. Des valeurs sociales importantes. Le respect des règles. On commence à leur donner des moyens pour résoudre leurs conflits.

Pourtant, on les cimentent dans des cadres immuables de similitudes. Alors, ils commencent leur vie en pensant que chacun est semblable aux autres et que c’est comme ça que ça doit être. Si je ne suis pas comme lui, je ne suis pas bon. Belle estime de soi. Mais dites-moi, est-ce comme ça dans la vie? Peut-on dire que nous jouons parfaitement notre rôle de guide pour ces enfants? Les préparons-nous vraiment à vivre dans notre société?

À l’adolescence, c’est un temps où on veut se positionner dans la hiérarchie sociale autour de soi. C’est un temps où on ne s’aime pas beaucoup, que l’estime de soi est basse. On s’évalue en se comparant avec ceux qui nous entourent. On veut vivre des expériences nouvelles. C’est le temps où on confronte les valeurs familiales. C’est la difficulté de communication. Incapacité chronique de nommer les sentiments et les émotions parce que les mots nous manquent. Alors, on agit. C’est aussi la découverte de l’amour et des relations interpersonnelles. On fait ça comment, d’après vous? On regarde les autres et on se compare.

Il est important d’être différent. Quel service leur rend-t-on alors en les confinant dans le corset étouffant de la conformité et le «pareillisme»? On tue leur créativité, leur besoin de découvrir la vie et de la vivre intensément. Si on les habitue à suivre les règles sans les questionner, quelle sorte de dirigeants seront-ils? Et égoïstement, qui prendra soin de moi quand je serai trop vieux pour prendre soin de moi tout seul? Peut-on montrer le partage dans un régime totalitaire? Quel sera l’impact réel des décisions que nous prenons aujourd’hui SUR LA VIE FUTURE DE NOS ENFANTS?

Un exemple qu’être hors norme peut apporter des bienfaits. Les inventeurs de l’insuline étaient mal perçus parce qu’ils utilisaient le porc pour la fabriquer. Ils ont osé défier les autorités en place. C’est ce qui a sauvé la vie de ma filleule et de ma coloc qui sont diabétiques.

Merci de me lire… merci de me publier.

Autres textes sur la famille:

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/05/reponse-a-alain-martel-le-crime-parfait/

http://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/18/les-voleurs-denfance/

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