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Le crime organisé et les danseuses nues
Un article de la Presse Canadienne publié dans le Journal de Montréal le 24 avril mentionne que la ministre fédérale de l’Immigration, Diane Finley, a reçu des menaces depuis qu’elle a proposé d’empêcher les stripteaseuses étrangères de pratiquer leur métier au Canada.
On y apprend aussi que des fonctionnaires du ministère de l’Immigration ont déjà été la cible de tentatives d’intimidation par le crime organisé lorsqu’il s’agissait de règlements limitant l’accès au Canada de danseuses nues.
Qu’attend-on pour sévir et règlementer encore plus? Doit-on laisser le crime organisé abattre un ministre? Des journalistes ont déjà subi les représailles du crime organisé. C’est su et connu depuis longtemps que les demandes d’immigration pour les danseuses nues sont majoritairement contrôlées par le crime organisé. Le Canada perd la trace de plusieurs immigrantes qui finissent, cachées dans le monde de la prostitution sous le contrôle du crime organisé. Des filles à qui ont leurs enlèvent leur passeport, on les empêchent de demander de l’aide, des filles qui se retrouvent obligé de se prostituer.
Qu’attend-on pour agir? J’ai l’impression parfois que tout le monde est au courant et que personne ne fait rien. Qu’est-ce que je fais de mots tels que “Justice sociale”? Je les mets au poubelle parce que personne n’ose mettre ses culottes? Je les banis de mon vocabulaire parce que personne ne peut s’organiser à désorganiser le crime organisé?
Quel message envoyons-nous à nos jeunes? Est-ce une façon de leur dire qu’ils sont aussi bien d’adhérer à un gang de rue et envisager le proxénétisme comme une bonne source de revenu? Dans les années 1970, nous avons laissé des motards se regrouper, s’organiser et devenir des institutions. La criminalité est le reflet de notre laxisme social.
Il reste encore un peu d’espoir qui m’habite. Que justice et équité puissent trouver leur place dans notre pays. Mais quand je vois le Canada avoir de la difficulté à prendre sa place et mettre les choses en ordre, comment puis-je espérer que, mondialement, les pays du tiers-monde accèdent eux aussi à cette justice tant espéré?
Une politique repoussante?
Paru le 22 janvier 2008
Depuis 5 mois, je suis installé à Montréal. Ayant grandi dans un petit village de la Montérégie et ayant passé mes trois dernières années d’étude au Saguenay, une nouvelle réalité s’étend devant moi: les Québécois de nationalités étrangères. J’en croise, j’en recontre aussi. Ça me permet de faire certaines constatations sur notre façon d’accueillir et d’entretenir les immigrants qui souhaitent vivre ici.
On aura beau se vanter de faire des accommodements raisonnables au Québec, on ne donne certainement pas l’impression aux nouveaux arrivants que nous souhaitons les garder pour longtemps.
Il y a bien sûr ces diplômes étrangers que les ordres professionnels s’entêtent à refuser. Ces diplômes étrangers mais qualifiés qui aideraient grandement l’immigrant à se tailler une place rapidement dans son domaine professionnel et à s’intégrer plus facilement. Ces diplômes étrangers qui, s’ils étaient valider par le Québec, pourraient largement aider notre société qui en arrache entre autres en santé.
Mais là n’est pas l’unique problème que croise un nouvel arrivant sur son passage. J’ai la chance de cotoyer plusieurs de ces immigrants. Fort sympathiques d’ailleurs. J’ai deux exemples à partager avec vous aujourd’hui, qui m’ont un peu étonné :
- Exemple #1: Olivier vient de la Côte d’Ivoire. Depuis 4 ans, il est au Québec, où il est entré en tant qu’étudiant. Olivier n’étudie plus, il travaille maintenant. Un petit boulot dans un resto qui lui permet de vivre ce qu’il y a de plus normal. Mais Olivier est loin de se sentir Québécois: il doit encore payer chaque année un montant de près de 1000$ pour ses assurances-santé. Un service gratuit pour n’importe quel Québécois. Mais pour un immigrant installé depuis 4 ans, et bien là, on parle de tout autre chose! Hein?
- Exemple #2: Rodrigo vient du Mexique. Il est à Montréal depuis quelques mois, pour voir et vivre cette ville du Québec. Après multiples découvertes qui l’ont charmé, il souhaite maintenant venir étudier ici. Et bien, ne me demandez pas pourquoi, mais si Rodrigo veut étudier au Québec…il doit retourner au Mexique. Vous m’avez bien entendu. Il doit retourner au Mexique pour faire officialiser ses papiers, obtenir les permissions, etc. Un investissement pour un billet d’avion aller-retour s’impose donc, en plus des déboursements pour son visa d’étudiant et toute cette captivante paperasse. Un montant important qui pourrait démoraliser n’importe qui. Mais Rodrigo tient à son projet. Et le Québec de lui répondre: «Retourne chez toi si tu veux vivre ici l’ami!»
C’est certain, il y a des questions à se poser sur ces deux histoires. Fait-on vraiment une place accueillante pour ces immigrants qui veulent vivre ici? Ou leur fait-on plutôt comprendre qu’ils sont mieux de s’en tenir à la base, se trouver un petit boulot pour survivre, payer plus cher qu’un Québécois né ici s’ils veulent espérer se tailler une place (aussi minime soit-elle) au Québec?
J’en reste là pour aujourd’hui. Je demeure à l’affût, j’observe et j’apprends. Je réfléchis aussi. Parce que la question de l’immigration au Québec n’en est pas qu’une de culture et de nation, mais de réflexion sur nous-mêmes, et sur ceux qui constituent notre société.
Gabriel.
Jean Charest, les détournements de fonds, l’immigration et la publicité
Mathieu Boivin signait un article dans le Journal de Montréal le 19 septembre dernier. On y apprenait que les argents versés par Ottawa pour l’intégration des immigrants serait dérouté vers d’autres ministères que celui de l’immigration. Le ministère de l’Immigration et des communautés culturelles ne recevrait que 60% des 188 millions d’Ottawa. Un manque à gagner ou un montant détourné de 77 millions pour l’année en cours!
Il existe aussi d’autres magouille à Québec. Lors du 15e anniversaire de notre magazine Reflet de Société, nous avons approché les politiciens pour prendre un espace dans le numéro spécial d’octobre. En ce qui concerne le premier ministre Jean Charest, pas de problème pour écrire un mot pour nous féliciter. Mais pas question de payer cette espace. Nous avons cependant reçu une proposition. On nous offre de publier gratuitement le mot du Premier ministre Jean Charest. En contrepartie, on nous demande de déposer un projet de 3 000$ auprès du ministère de la Jeunesse de M. Jean Charest. Sans le garantir formellement, ils tenteront de le faire accepter.
J’ai eu à me poser la question si ce genre de tractation pouvait convenir à la philosophie et à l’éthique de notre organisme. Jusqu’à ce jour, tous les policiens qui ont publié des textes chez nous ont toujours payé leur espace. Que ce soit le maire de Montréal Pierre Bourque, de Québec, Jean-Paul L’Allier, ou encore André Boisclair lorsqu’il était ministre, Réal Ménard, Louise Harel… Pouvons-nous créer un précédent en laissant le premier Ministre Jean Charest publier gratuitement chez nous en laissant présager une quelconque subvention provenant d’un autre budget? Les fonds prévus pour ces projets peuvent-ils servir à des publicités? Ne sont-ils pas supposé servir à une intervention concrète auprès des jeunes qui en ont besoin?
En ce qui me concerne, ce genre de tractation politique est un détournement de fonds. L’argent affecté à un projet ne peut servir à faire la publicité et la promotion du Premier Ministre. Je ne pouvais pas accepter cette offre et devenir complice d’un tel détournement.
Nous avons eu moins de pages de publicité que prévu dans notre numéro d’octobre. Nous n’avons eu aucune vedettes politiques pour souligner nos efforts et notre travail. Mais nous avons gardé notre intégrité et la fierté d’un travail bien accompli. À la sueur de notre front, nous continuerons de nous relever les manches et de travailler honnêtement pour servir la population.
Autres textes sur la politique et commentaires du rédacteur sur la politique.
Le secrétaire d’état au multiculturalisme Jason Kenney et les ordres professionnelles: le racisme canadien
La Presse Canadienne nous apprenait que le député conservateur et secrétaire d’état, Jason Kenney, blâme les organismes de réglementation professionnelle pour les difficultés qu’éprouvent les immigrants à faire reconnaître leurs diplômes au Canada. Ceux-ci ferment la porte aux nouveaux canadiens.
J’ai toujours eu de la difficulté avec cette chasse gardé. J’ai connu un médecin qui arrivait du Kazakhstan. Nous sommes en pénurie de médecins et il ne peut pratiquer au Canada parce que l’ordre des médecins lui met des bâtons dans les roues.
D’un côté nous nous disons ouvert à l’immigration, de l’autre, nous ne facilitons pas le transfert de connaissance aux immigrants. Les ordres professionnelles tel le Collège des médecins, l’ordre des pharmaciens et autre sont-elles des sectes pour protéger leurs membres de souches ou pour superviser l’ensemble de la profession?
Le racisme trouve ses racines dans ses petits faits et gestes où l’on met de côté des citoyens canadiens et que nous ne leur donnons pas la chance d’exercer leur plein potentiel de citoyen.
Textes sur la santé.
Non à l’exclusion !
Michel Dongois, Agence Science-Presse
Victimes de discrimination pendant des siècles, les Roms améliorent petit à petit leurs conditions de vie.
“ Pourquoi suis-je si différente des autres élèves roumains ? ” demande parfois Florica à sa mère.
Florica, 12 ans, est d’origine rom. Elle a grandi près d’Ardud, en Roumanie. Elle ne comprend pas pourquoi les Roms sont encore qualifiés de nomades*. Elle sait en revanche combien ils sont mal reçus partout en raison de leur différence.
Plusieurs Roms circulent à travers l’Europe, souvent sans papiers d’identité. On les appelle “ apatrides ” ou “ de nationalité indéterminée ”. Les Roms sont encore aujourd’hui victimes de racisme.
En Roumanie, bien des jeunes filles roms comme Florica sont mariées, ou fiancées, à 12 ans. Mais Andrea, son enseignante, l’encourage à continuer l’école, pour mieux aider les siens plus tard. Il y a tant à faire pour adoucir la vie au ghetto* d’Ardud. Dans son quartier, les rues ne sont pas pavées. Quand il pleut, tout le monde patauge dans la boue.
Pour gagner leur vie, plusieurs Roms tissent des paniers, aiguisent couteaux et ciseaux, recyclent la ferraille. Ils font le commerce des objets dont plus personne ne veut : meubles, outils, ustensiles, vieux vêtements, etc.
À l’école des Roms
Florica a la chance de ne pas fréquenter une classe régulière. “ Les professeurs ont du mal à garder assis des enfants habitués au grand air ”, raconte l’enseignante Andrea Lieb.
“Au début, plusieurs n’avaient jamais tenu un crayon ni vu un livre. Ils mangeaient le papier”, confirme Thomas Hackl, de l’organisation humanitaire Caritas Roumanie. Mais ils sont de vrais champions pour dénicher une couleuvre ou un hérisson !
Avec l’appui de plusieurs pays dont le Canada, les Roms luttent pour leurs droits. Mais ils sont dans un dilemme : d’un côté, ils en ont assez d’être marginalisés; de l’autre, ils sont malheureux dans les activités proposées. Beaucoup de parents ont peur qu’en fréquentant l’école, leurs enfants cessent d’être de vrais Roms !
Heureusement, la culture rom est de plus en plus présente dans les écoles. Dans la classe de Florica, on parle maintenant romani, la langue des Roms. Auparavant, seul le roumain était permis. Un jour, le père Noël s’est adressé aux enfants en romani. Ils n’en croyaient pas leurs oreilles !
Les Roms
Environ 10 millions de Roms vivent dispersés dans les 25 (bientôt 27) pays de l’Union européenne. On les appelle aussi tziganes, bohémiens, gitans, manouches, romanichels, etc. Depuis 1971, ils s’appellent eux-mêmes Roms (les Hommes).
D’où viennent-ils ?
Vers l’an 900, un roi de Perse (aujourd’hui l’Iran) amoureux des arts fit venir de l’Inde des milliers de musiciens pour divertir ses sujets.
C’était des tziganes, un mot grec qui signifie intouchables. On nommait ainsi, en Inde, les gens chargés des travaux salissants. Ils occupaient le bas de la hiérarchie sociale et étaient considérés comme impurs par les gens appartenant aux castes supérieures.
À cette époque, de nombreux tziganes fuyaient leur pays en raison des invasions musulmanes, qui bousculaient la société hindoue. Ils poursuivirent ensuite leur route vers l’Europe.Les Roms vivent souvent en bordure des villes, sans eau courante ni électricité.
Colloque sur les violences faites aux femmes. FEMMES D’AILLEURS
Isabelle Burgun, Agence Science-Presse
Malaïka (nom fictif), jeune Congolaise vivant au Québec, l’a entendu de nombreuses fois : “ il ne faut pas détruire ta famille. Fais attention, tu seras rejetée, nous ne t’aiderons pas ”. Victime de violence conjugale, elle ne s’est pas sentie soutenue par sa communauté. “ Le poids social est très important ”, confirme Anne Kouraga, étudiante au doctorat à l’École de service social de l’Université Laval. Les abus et les maltraitances sont légion : crime d’honneur, traite des femmes, violences faites aux femmes en contexte d’immigration, etc., comme le rapportait le colloque international Violences faites aux femmes: réponses sociales et plurielles auquel participait Mme Kouraga. Elle était l’auteure, avec “ Maternité et violence conjugale chez les femmes immigrantes d’Afrique noire francophone ”, de l’une des 200 présentations de ce colloque qui avait lieu récemment à Montréal.
Nés d’observation directe et de constats, les travaux d’Anne Kouraga visent à comprendre la réalité particulière de ces femmes immigrantes victimes de violence conjugale. “ Elles ont une culpabilité accrue liée à la maternité. Se perçoivent-elles comme de “mauvaises épouses”? Que vivent-elles, prises entre deux cultures ? ”, s’interroge l’étudiante tchadienne qui a souvent accompagné des femmes lors de démarches d’information auprès de maisons d’hébergement pour les femmes violentées.
De nombreux facteurs musellent les femmes. Les menaces, la honte, le rejet de la communauté, l’isolement lié au contexte d’immigration, la peur d’être renvoyée au pays, la peur que la DPJ ne lui enlève les enfants… Sans compter que culturellement, la violence familiale est le plus souvent niée. “ Le système patriarcal africain affirme que la femme est inférieure à l’homme et doit lui obéir. La violence est perçue comme une affaire privée ” rapporte la chercheuse.
Pas facile de se défaire d’un tel joug, surtout dans une société d’accueil emplie de préjugés sur les femmes africaines. “ J’ai accompagné une femme battue à l’hôpital, la première question de l’infirmière a été : avez-vous le sida ? ”, s’indigne Anne Kouraga.
Le contexte d’immigrationMarie Lacroix, de l’École de service social de l’Université de Montréal, se penchait elle aussi, dans le cadre de ce colloque, sur les femmes en contexte d’immigration, plus particulièrement sur la pratique du mariage par correspondance. Une pratique qui prend de l’ampleur, particulièrement depuis Internet. “ L’Internet a facilité cette pratique, particulièrement pour les hommes. ”On entend parler de ces femmes promises depuis bien plus longtemps, “ avec les romans, les films, pourtant nous les connaissons bien mal, tout comme leurs motivations à user de ce biais pour immigrer ”, résume le Pr Lacroix. Avec ses travaux sur “ Le mariage par correspondance ”, menés avec sa collègue Sue Brigham de la Faculté d’Éducation de Mount Saint-Vincent University (Nouvelle-Écosse) et différents collaborateurs du Feminist Public Policy Project (FPPP), Marie Lacroix désire rattacher cette pratique à la féminisation de la pauvreté à l’échelle internationale.Si l’on commence à connaître les pénibles conditions des “ aides familiales ” domestiques, il existe bien peu de statistiques sur les “ femmes promises ” et le sujet reste encore tabou.
On sait qu’elles sont très nombreuses à provenir des Philippines, de Russie et d’Ukraine. Et il s’avère difficile de les retracer car elles arrivent souvent dans le cadre d’une réunion familiale et ne se définissent pas comme “ femmes promises ”. De plus, elles “ ne représentent pas un bloc homogène. Les femmes des Philippines ou d’Ukraine ont des motivations propres, une vision du couple et du rôle de la femme très différentes ”, souligne la chercheuse.
Point commun toutefois, “ la politique d’immigration est discriminatoire pour les femmes. Elles ont souvent moins accès à l’éducation que les hommes. Choisir un époux étranger pour parvenir à s’en sortir, cela est aussi un choix ”. Aux Philippines, il existe depuis les années ‘70 un programme d’exportation de la main d’œuvre doublé d’une “ tradition ” d’immigration féminine. “ L’argent envoyé à la famille par ces expatriées atteint les 6 milliards de dollars ”, relève Marie Lacroix. Un facteur qui n’incite pas les autorités à ralentir le flux…À voir * Le programme du Colloque international Violences faites aux femmes :http://www.criviff.qc.ca/colloque/prog_fr.asp* Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes (CRI-VIFF), qui organisait ce colloque :http://www.criviff.qc.ca/accueil.asp
Réfugié au Saguenay
Écrit par Dominic Desmarais, Vol 14-2

Montréal accueille le gros de l’immigration au Québec. Mais la métropole ne pourra à elle seule recevoir cet afflux. Au Saguenay, on travaille pour faire sa part. Et si la solution à l’intégration des immigrants passait par nos régions?
Nayeth Bustos, jeune colombienne de 28 ans, est arrivée à Jonquière à l’été 2002 en tant que réfugiée. Elle a quitté sa terre natale avec 11 membres de sa famille. Personne ne parlait français, voire même l’anglais. C’est le Canada qui a décidé de les envoyer au Saguenay – Lac-Saint-Jean.
Escale à Atlanta, passage obligé vers Ottawa, envoyés à Montréal pour y prendre le bus, Nayeth et sa famille débarquent à Jonquière 30 heures après avoir tout quitté. Sa vie change à toute vitesse. La fuite de son pays, son arrivée dans un lieu qu’elle ne connaît pas, dont la culture et la langue sont inconnues. En foulant le sol de Jonquière, Nayeth est désespérée. «On ne comprenait rien. On a tout laissé en Colombie. Tout ce que nous avions était dans nos valises… Nous sommes partis de Bogota, une ville de 12 millions. On trouvait Jonquière trop tranquille…»
Ses phrases sont courtes, son français… impeccablement québécois! Son arrivée a été ardue mais, trois ans et demi plus tard, on la sent optimiste. C’est qu’on lui a faci-lité la tâche, à son arrivée. «En descendant de l’autobus, on a rencontré quelqu’un qui parlait espagnol. C’était vraiment bien!» À l’entendre, on se croirait en août 2002. Son soulagement est sincère. «Ensuite, quelqu’un de l’immigration nous a parlé de la région. Puis, les gens du SEMO nous ont aidés pour les vêtements, le logement. Pendant sept jours, il y avait quelqu’un avec nous tout le temps. Qui parlait espagnol.»
Le SEMO, le service externe de main-d’œuvre du Saguenay, est un organisme sans but lucratif qui aide les exclus du marché du travail. Il a développé une expertise auprès des handicapés, des jeunes, des chômeurs de longue durée et des immigrants.
Omar Chafik, conseiller en gestion des opérations pour le SEMO concède qu’il est difficile, pour ces immigrants, de s’installer en région.. «Ça ne se fait pas facilement, car ce sont des réfugiés. Ils vivent un deuil d’avoir quitté leur pays. Ce n’est pas évident.»
Première étape d’intégration, apprendre le français. Ensuite, trouver un emploi. «Quand ils sont réfugiés, ils n’ont pas apporté leurs diplômes. On fait des entretiens avec eux, puis on va voir les employeurs. Même pour les immigrants francophones, la mentalité par rapport au travail, est différente ici. Ils sont initiés aux attentes des employeurs de la région», explique M. Chafik.
Le Dr Claude Déry participe à ce volet. Dans sa clinique, il a accueilli trois immigrants, médecins de leur métier, pour leur offrir un stage d’observation. «Dans notre secteur, on manque de médecins. Comme partout au Québec. Les médecins des autres pays doivent refaire une partie de la formation au Collège des médecins. Pour eux, c’est très difficile en raison du problème de la langue.» Le Dr Déry parle lentement, pesant ses mots. «En même temps qu’ils apprennent la langue, ils voient comment on fonctionne au niveau de la pratique. Ceux qui sont venus ont bien aimé la partie médicale. Ils ont bien aimé Jonquière. Mais la difficulté, c’est leur famille, qui habite ailleurs.»
Le Dr Déry apprécierait compter sur un médecin parlant espagnol. Les immigrants arrivent de façon régulière, sa pratique se complique. «Ce n’est pas facile, parce que la médecine peut être nuancée, subtile. Ce n’est pas évident avec un interprète», pose-t-il comme diagnostic.
De ses trois stagiaires immigrants, l’un aurait réussi ses examens et attend de dénicher une place en résidence. «On espère qu’il reviendra dans la région. Mais s’il ne revient pas, on l’aura aidé à faire un petit bout de chemin.»
Au SEMO, on cherche des immigrants possédant des compétences en foresterie, agronomie, agriculture, informatique. Des domaines où les besoins sont plus grands au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Pas question de prendre les emplois des Québécois de souche.
«Nous sommes très sensibles à la perception de l’immigration chez les Québécois de souche. À court, moyen et long terme. Nous n’essayons pas d’attirer n’importe qui. On ne va pas concurrencer là où les emplois sont déjà comblés. Sinon, ce ne serait pas utile pour la région, le Québec et pour l’immigrant», affirme M. Chafik, pour qui mieux vaut progresser lentement dans l’intégration des immigrants plutôt que de tout faire de travers. «Pour nous, ce serait un échec, qu’ils ne trouvent pas d’emploi et retournent à Montréal.»
L’emploi semble le facteur déterminant pour éviter l’exode des immigrants. «Ce n’est pas facile trouver de l’emploi, en région. Plusieurs immigrants ont quitté à cause du manque d’emploi. Après trois mois, certains quittent. Certains le font même dès leur arrivée…» raconte Nayeth, qui avoue avoir pensé, avec son compagnon de vie, quitter Jonquière. «Mais on a eu des enfants. Pour nous, c’est beaucoup mieux d’habiter en région. Avec les petits, c’est plus facile de trouver une garderie.»
Nayeth a persévéré. Du groupe de 11 personnes avec qui elle a fui la Colombie, ne reste plus que son père, son frère et son petit ami. «On en avait parlé, en Colombie, qu’on resterait au Saguenay jusqu’à la fin. On a travaillé fort pour s’intégrer. C’est pour ça qu’on a créé Matéo Boutique, dit-elle, avec fierté. Parce qu’on aime la région, on a pensé à ça. Pour rester en région.»
Matéo Boutique est une coopérative artisanale fondée par son père, son frère, son chum - comme elle l’appelle - et elle. Le paternel concevait des articles artisanaux de cuir en Colombie, ils se sont mis à la confection de portefeuilles et sacs à main, notamment. «On a commencé le 4 mai. On a aussi une boutique, pour vendre ce qu’on fait. Maintenant, nous avons un vendeur pour la boutique. Un Québécois!» Au téléphone, son sourire s’entend. Pour cause. Elle, partie de loin, s’est intégrée au point de donner un emploi à une personne de la région.
Nayeth est consciente de la difficulté, pour un immigrant, de s’installer en région. Elle s’implique aujourd’hui au sein d’un atelier pour femmes immigrantes. «Pour briser l’isolement. Une fois par semaine, on se rencontre. On avait toujours quelqu’un du SEMO, mais pour des questions administratives», explique-t-elle.
Depuis 1998, plus de 650 immigrants d’âge adulte ont élu domicile dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, affirme M. Chafik, du SEMO. Le taux de rétention avoisinerait les 65%, selon lui. Pas assez vite? «Vous vous rendez compte si on créait des ghettos en région? C’est pour ça qu’on y va lentement. On crée une dynamique positive. Mais sans l’ouverture du Québec, on n’y arriverait pas», prétend le conseiller du SEMO.
L’exemple de Nayeth est encourageant. L’intégration est possible. La jeune Colombienne poursuit son rêve. «J’étais prof d’histoire, en Colombie. J’ai commencé les démarches. Le ministère a reconnu mon bac. Je dois passer le test de français pour être prof. Je sais que ça va prendre du temps, mais mon rêve est de devenir prof à Jonquière.»
Elle a fui son pays à 25 ans, composé avec un environnement dont la langue et la culture lui étaient totalement étrangères, créé son propre emploi, mis au monde ses deux enfants au Saguenay. Beaucoup de chemin parcouru. Peut-on douter de sa capacité à atteindre son rêve? Poser la question, c’est y répondre.
Intégration d’un Arménien au Québec
écrit par Arman Voskanian, Vol 15-2, Décembre 2006

Arman Voskanian a émigré au Canada en 1997. D’origine arménienne, il terminait ses études en France lorsqu’il a fait sa demande pour vivre au Québec. Il m’a raconté ses démarches pour obtenir son visa, son bonheur de vivre ici et les pièges qui guettent les nouveaux arrivants. - Dominic Desmarais
Je vis au Québec depuis novembre 1997, c’est-à-dire plus d’un an après avoir commencé mes démarches auprès de la Délégation générale du Québec à Paris. À l’époque, on m’avait demandé d’envoyer un document de deux pages dans lequel je devais relater mes expériences, mes connaissances en français et mes diplômes. Rien de bien officiel. La délégation se sert de ce document afin d’éliminer rapidement les demandeurs qui n’ont aucune chance d’être acceptés. Ceux-là ne le sauront jamais, car, si tu n’as pas de réponse dans les trois mois suivant l’envoi de ton dossier, tu n’as aucune chance.
L’attente est stressante. Je ne savais pas si j’allais avoir une réponse. J’ai attendu deux mois. Puis, j’ai dû remplir le formulaire officiel. Frais de dossier de 300 $, pièces prouvant que je n’ai pas de casier judiciaire, papiers officiels pour mes diplômes. Encore deux mois plus tard, juste avant Noël, la délégation demande à me rencontrer pour une entrevue. On veut vérifier que je parle bien le français. C’est stressant, surtout quand tu n’as pas d’autres choix. Ce n’est pas une entrevue pour un emploi ou une demande de bourse. Avoir été refusé au Québec, j’aurais eu de gros problèmes. Quand j’ai quitté l’Arménie, en 1991, l’économie se dégradait, en raison de l’éclatement de la Russie. Je devais faire la file pendant plus d’une heure juste pour obtenir du pain… Les magasins étaient vides. C’est devenu pire après mon départ.
J’ai quitté l’Arménie à 20 ans pour étudier à Paris. J’y ai fait mes études universitaires en informatique, jusqu’au doctorat. Tous les ans, je devais renouveler mon visa d’étudiant. Je ne me sentais pas membre entier de leur société. Je n’appartenais pas à ce monde, malgré mes efforts. J’aurais pu tenter ma chance en Europe, mais c’est beaucoup plus difficile. La droite y est très forte. Elle n’aime pas les immigrants. Je me souviens qu’en France, à l’époque, il n’y avait pas de règles claires, de mécanisme pour accepter les immigrants. J’étais à la merci de la préfecture de police.
Finalement, j’ai reçu une réponse positive du Québec, en janvier 1997. Il me fallait maintenant attendre que le gouvernement fédéral enquête sur moi, pour déterminer si j’étais un danger pour la santé publique ou la sécurité nationale. J’ai attendu six mois. Quelle belle nouvelle! J’en ai pleuré un coup! Dans mes mains, je tenais le papier qui mettait fin à tous mes problèmes.
Mon arrivée
Je me souviendrai toujours de cette date: le 10 novembre 1997. Mon arrivée au Québec, ma terre d’accueil. Sitôt débarqué de l’avion, on me dirigeait vers le bureau de l’immigration. Sur place, je me suis inscrit à la demi-journée d’information qui se déroulait deux jours plus tard. Déjà, en France, j’avais reçu de la documentation. J’étais informé sur le logement, la politique québécoise, l’emploi. Lors de ma séance d’information, on m’a donné une liste d’employeurs, des conseils pour faire un curriculum vitæ. On m’a aidé à obtenir mon numéro d’assurance-sociale. J’étais bien encadré! J’étais si heureux d’arriver que ça ne m’aurait pas dérangé de tout faire par moi-même!
Mes premiers jours, j’ai fait le touriste. Quand j’entrais dans un supermarché, l’euphorie s’emparait de moi, juste à regarder toute cette diversité. Je lisais les journaux québécois, je regardais les petites annonces pour un emploi. J’ai envoyé mon curriculum vitæ à une agence de chasseurs de têtes une semaine plus tard. Après 15 jours, on m’a convoqué à une entrevue. J’ai obtenu un emploi dans une petite entreprise de Ville Saint-Laurent, dans mon domaine. Le salaire était bas, mais après environ un an, il augmentait de la moitié! J’y suis demeuré pendant deux ans. Je continue d’ailleurs à voir d’anciens collègues. Depuis six ans, je travaille pour la compagnie de logiciel SAP.
L’intégration
C’est à l’immigrant de faire les premiers pas. On en discutait, lors d’une des demi-journées d’information, au bureau de l’immigration. Il y en a un qui disait qu’il faut s’intégrer tout en gardant nos valeurs. Je n’étais pas d’accord. Mais, c’est facile à dire quand tu es jeune, que tu parles la langue et que tu as déjà un emploi.
Plusieurs de mes collègues ne parlent qu’anglais. Ils n’ont pas de motivation comme en France pour apprendre le français, car Montréal est bilingue. Ils peuvent toujours se débrouiller. Même s’ils sont de bonne foi, c’est difficile d’apprendre le français. Surtout si tu travailles à temps plein. Le temps manque. Je dirais qu’à Montréal c’est un frein à l’intégration. Il faut faire un effort supplémentaire. J’en connais qui l’ont fait.
Mon premier travail m’a aidé à m’intégrer. On était un groupe de jeunes. Ils m’ont appris les différences culturelles. Je me suis acheté un téléviseur pour regarder les émissions québécoises!
Les pièges
Il faut essayer de ne pas s’isoler dans sa communauté. J’ai fait venir mes parents, que j’ai parrainés. Ils sont arrivés il y a cinq ans. Ils font des efforts, mais ils sont plus vieux. C’est plus difficile pour eux d’apprendre. Encore que, ma mère, après avoir suivi des cours offerts gratuitement, se débrouille assez bien!
Chez les jeunes, ça prend des affinités pour discuter plus profondément. Passage obligé pour développer des amitiés, ce qui n’est pas évident quand tu n’es pas intégré. Alors, tu te tournes vers ta communauté d’origine. Tu vis une situation similaire, tu as les mêmes référents culturels, la même langue. C’est pourtant très humain de se tourner vers sa communauté. Elle t’aide, te réconforte. L’amitié se fait plus facilement. Les risques de ne pas s’intégrer augmentent.
Éviter de s’isoler
Pour l’immigrant, il y a un devoir moral de s’intégrer dans la société qui le reçoit. Il est facile pour un immigrant de s’isoler vers sa communauté ethnique en quête d’amis ou d’aide. Mais ça risque de ralentir l’intégration. Plus on partage les valeurs de la société d’accueil, plus il est facile de s’y intégrer.
À la différence de Paris, on peut vivre très confortablement à Montréal sans apprendre le français, juste avec l’anglais. C’est à l’immigrant de faire l’effort d’apprendre le français, même sans y être poussé par la nécessité du quotidien.





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