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De l’assiette à la tétée : La pollution
Isabelle Burgun - Agence Science-Presse
Le lait maternel que l’on pense aussi pur que la maman qui le donne, peut se retrouver plus ou moins pollué. Lorsque maman mange des aliments contaminés, cela passe dans le lait. Résidus toxiques et polluants figurent à l’état de traces dans le tout premier aliment de la vie.
« Le lait maternel est la première mesure d’exposition aux contaminants. On y retrouve de tout mais à l’état de microtraces », avance Thierry Le Bricon du département de santé environnementale et de santé au travail à la Faculté de Médecine de l’Université de Montréal.
Dans le cadre d’un mémoire en toxicologie agroalimentaire, il s’est intéressé à l’allaitement maternel et aux substances chimiques susceptibles de le contaminer. Se penchant sur une cinquantaine d’études, il a suivi la variation de contamination de ce liquide nourricier.
Le lait maternel se trouve contaminé par des substances chimiques auxquelles la mère est exposée, par son alimentation notamment. « Et les substances bio persistantes peuvent mettre plus de 20 ans avant d’être éliminées de l’organisme », s’alarme l’étudiant en toxicologie.
Les substances chimiques présentes dans l’assiette de maman vont des médicaments vétérinaires, tels les anabolisants, présents dans les produits animaux (viande, lait, œufs), aux polluants industriels, en passant par les pesticides ou les engrais agricoles et les additifs de la production agroalimentaire.
Une fois consommées, les substances qui présentent une forte affinité pour les graisses s’accumulent dans le tissu adipeux, le cerveau, les os, le foie et même le tissu mammaire. Lors de l’allaitement, elles seront transmises au nourrisson dans le lait maternel.
Et l’eau…
Alors que la ville de Montréal vient d’émettre des avis sur le taux de plomb présent dans certaines tuyauteries montréalaises présentant un risque lors de la consommation de l’eau chez les femmes enceintes et les enfants de moins de six ans, Thierry Le Bricon se veut rassurant.
« Il s’agit d’un neurotoxique grave pour l’enfant de moins de 3 ans mais le plomb passe mal dans le lait maternel. Les bénéfices de l’allaitement dépassent le plus souvent une possible contamination », soutient l’étudiant qui s’est mérité le Prix d’excellence en vulgarisation scientifique du Fonds d’investissement des cycles supérieurs de l’université de Montréal pour son travail.
« Six enquêtes de Santé Canada, conduites entre 1967 et 1992, montrent que la contamination du lait maternel par les polluants industriels et agricoles est à la baisse », relève aussi l’étudiant.
La prise de conscience du niveau élevé des pesticides et des dérivés du chlore dans l’environnement a entraîné des interdictions et l’adoption de normes pour de nombreux polluants. Et les cas d’infractions détectés par l’Agence canadienne d’inspection des aliments seraient rares. Ainsi seulement 26 infractions aux médicaments vétérinaires ont été relevées en 2003-2004.
Par contre, on ignore encore les risques liés aux nouveaux produits remplaçant ceux qui sont frappés d’interdiction. « Il y existe un décalage entre les données scientifiques et l’arrivée des nouveaux toxiques. Une zone d’incertitude subsiste », convient l’étudiant. Ainsi, les dérivés du brome, utilisés comme retardateurs de combustion (biphénylethers et des bisphénols-A), sont susceptibles d’être des perturbateurs endocriniens. On ignore encore s’ils peuvent passer dans le lait.
À lire
Les travaux de Thierry Le Bricon publiés dans la revue DIRE à l’été 2006 sous le titre « L’allaitement maternel face au défi chimique : promouvoir tout en protégeant. L’exemple du Canada et du Québec »
http://www.ficsum.qc.ca/dire/
L’article de Penny Van Esterik, professeure du World Alliance for Breastfeeding Action (WABA) « Communication sur les risques environnementaux et l’allaitement des nourrissons »
http://www.cewh-cesf.ca/bulletin/fv3n2/page7.html#2
« Towards Healthy Environments for Children » www.ibfan.org/english/pdfs/contaminantsfaq03.pdf
Des intrus dans la tétée : Le cas des médicaments
Isabelle Burgun - Agence Science-Presse
Les Québécoises consomment de plus en plus de médicaments. Elles ont des enfants tard dans leur vie mais allaitent plus souvent. « 40% des femmes enceintes prennent une médication, et près de 18% des médicaments sont des antidépresseurs », annonce Anick Bérard, titulaire de la Chaire médicaments, grossesse et allaitement de la Faculté de pharmacie de Université de Montréal.
Une étudiante à la maîtrise, Marie-Pierre Gendron, analyse actuellement les données recueillies auprès de 40 000 femmes enceintes, qui allaitent ou planifient d’avoir un enfant. Elle bénéficie de la banque d’informations Info-médicaments en allaitement et grossesse (Centre IMAGE) du CHU Sainte-Justine.
Les résultats seront connus à l’été 2008 mais le premier constat montre une augmentation : ces femmes consomme 3% de plus de médicaments qu’il y a cinq ans. Pour l’instant, il y a encore peu de données spécifiques sur les femmes qui allaitent. « Avec l’informatisation de nos données, nous allons pouvoir savoir qui elles sont, quels médicaments prennent-elles et à quelle dose », explique le docteur Bérard.
Créé il y a dix ans, le Centre IMAGE fournit de l’information aux professionnels de la santé qui sont consultés par des femmes qui allaitent ou sont enceintes. Il possède aujourd’hui un registre de grossesse rassemblant des données sur près de 180 000 cas.
Médication : continuer ou pas…
L’ensemble des médicaments passent dans le lait maternel mais généralement à des degrés dix fois moins important que le seuil de risque. Il existe toutefois de dangereux produits, avec en tête de liste les tératogènes – thalidomide, alcool, isotrétinoïne (un dérivé de la vitamine A utilisé comme médicament contre l’acné sévère) – à proscrire, tout comme certains anti-cancéreux.
Près de 55% des grossesses québécoises sont suivies par un médecin de famille ou un omnipraticien. Les généralistes vont plutôt opter pour la prudence et suggérer l’abandon de la médication, ce qui ne serait pas forcément une bonne chose pour les mères et leur enfant, particulièrement en cas de diabète ou d’épilepsie. « Il faut aller au delà de la peur et de l’ignorance. De plus, la dépression et l’asthme non traitées peuvent se transmettre à l’enfant lors de la grossesse », souligne Anick Bérard.
Les mères sont de plus en plus âgées, et donc plus susceptibles d’être sous prescription d’antihypertenseurs ou d’antidépresseurs, lorsqu’elles attendent leur première enfant. La chercheuse rapporte une augmentation des dépressions, de l’asthme ou encore de diabète lié à l’obésité, particulièrement chez les jeunes mères.
La hausse de prescriptions serait également liée à un virage du système de santé qui favorise la prévention. « Les médicaments se donnent plus facilement qu’avant et les traitements de prévention primaire sont nombreux alors que les femmes ne sont pas malades », décrie le docteur Bérard. Sans compter le manque de données sur les risques liés aux médicaments récents.
Allaiter quand même
La composition du lait maternel à maturité renferme 88% d’eau, des sucres simples (à 90% du lactose), des protéines, des minéraux (comme du fer, facilement assimilable), des vitamines et environ 3,5% de graisses. Elle varie au cours de la croissance de l’enfant, passant du colestrum très riche des premiers jours à un lait plus allégé. La composition du lait se transforme aussi au cours d’un même boire pour stimuler l’appétit du nourrisson.
La Société canadienne de pédiatrie recommande l’allaitement exclusif pendant les six premiers mois de vie des nourrissons. Il y a dix ans, 72% des mères québécoises allaitaient leur petit à la naissance et seulement une femme sur dix poursuivait jusqu’à six mois. Le Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec a mis en place un plan d’action – dont une semaine pour l’allaitement, en octobre – pour hausser ce taux à 85% pour les premiers jours, 60% à quatre mois et une femme sur deux à six mois.
« Ces objectifs sont presque atteints, sauf pour l’allaitement à six mois. Il y a toujours une seule femme sur dix qui persévère”, relève Thierry Le Bricon, du département de santé environnementale et de santé au travail à la Faculté de Médecine de l’Université de Montréal.
Et malgré les traces de contaminants de toutes sortes (voir « De l’assiette à la tétée »), allaiter reste ce qu’il y a de mieux pour l’alimentation de bébé. Cela aide aussi à construire un lien privilégié entre la mère et son enfant.
À visiter
Centre Info-médicaments en allaitement et grossesse (Centre IMAGE) du CHU Sainte-Justine
http://www.chu-sainte-justine.org/
Colloque sur les violences faites aux femmes. FEMMES D’AILLEURS
Isabelle Burgun, Agence Science-Presse
Malaïka (nom fictif), jeune Congolaise vivant au Québec, l’a entendu de nombreuses fois : “ il ne faut pas détruire ta famille. Fais attention, tu seras rejetée, nous ne t’aiderons pas ”. Victime de violence conjugale, elle ne s’est pas sentie soutenue par sa communauté. “ Le poids social est très important ”, confirme Anne Kouraga, étudiante au doctorat à l’École de service social de l’Université Laval. Les abus et les maltraitances sont légion : crime d’honneur, traite des femmes, violences faites aux femmes en contexte d’immigration, etc., comme le rapportait le colloque international Violences faites aux femmes: réponses sociales et plurielles auquel participait Mme Kouraga. Elle était l’auteure, avec “ Maternité et violence conjugale chez les femmes immigrantes d’Afrique noire francophone ”, de l’une des 200 présentations de ce colloque qui avait lieu récemment à Montréal.
Nés d’observation directe et de constats, les travaux d’Anne Kouraga visent à comprendre la réalité particulière de ces femmes immigrantes victimes de violence conjugale. “ Elles ont une culpabilité accrue liée à la maternité. Se perçoivent-elles comme de “mauvaises épouses”? Que vivent-elles, prises entre deux cultures ? ”, s’interroge l’étudiante tchadienne qui a souvent accompagné des femmes lors de démarches d’information auprès de maisons d’hébergement pour les femmes violentées.
De nombreux facteurs musellent les femmes. Les menaces, la honte, le rejet de la communauté, l’isolement lié au contexte d’immigration, la peur d’être renvoyée au pays, la peur que la DPJ ne lui enlève les enfants… Sans compter que culturellement, la violence familiale est le plus souvent niée. “ Le système patriarcal africain affirme que la femme est inférieure à l’homme et doit lui obéir. La violence est perçue comme une affaire privée ” rapporte la chercheuse.
Pas facile de se défaire d’un tel joug, surtout dans une société d’accueil emplie de préjugés sur les femmes africaines. “ J’ai accompagné une femme battue à l’hôpital, la première question de l’infirmière a été : avez-vous le sida ? ”, s’indigne Anne Kouraga.
Le contexte d’immigrationMarie Lacroix, de l’École de service social de l’Université de Montréal, se penchait elle aussi, dans le cadre de ce colloque, sur les femmes en contexte d’immigration, plus particulièrement sur la pratique du mariage par correspondance. Une pratique qui prend de l’ampleur, particulièrement depuis Internet. “ L’Internet a facilité cette pratique, particulièrement pour les hommes. ”On entend parler de ces femmes promises depuis bien plus longtemps, “ avec les romans, les films, pourtant nous les connaissons bien mal, tout comme leurs motivations à user de ce biais pour immigrer ”, résume le Pr Lacroix. Avec ses travaux sur “ Le mariage par correspondance ”, menés avec sa collègue Sue Brigham de la Faculté d’Éducation de Mount Saint-Vincent University (Nouvelle-Écosse) et différents collaborateurs du Feminist Public Policy Project (FPPP), Marie Lacroix désire rattacher cette pratique à la féminisation de la pauvreté à l’échelle internationale.Si l’on commence à connaître les pénibles conditions des “ aides familiales ” domestiques, il existe bien peu de statistiques sur les “ femmes promises ” et le sujet reste encore tabou.
On sait qu’elles sont très nombreuses à provenir des Philippines, de Russie et d’Ukraine. Et il s’avère difficile de les retracer car elles arrivent souvent dans le cadre d’une réunion familiale et ne se définissent pas comme “ femmes promises ”. De plus, elles “ ne représentent pas un bloc homogène. Les femmes des Philippines ou d’Ukraine ont des motivations propres, une vision du couple et du rôle de la femme très différentes ”, souligne la chercheuse.
Point commun toutefois, “ la politique d’immigration est discriminatoire pour les femmes. Elles ont souvent moins accès à l’éducation que les hommes. Choisir un époux étranger pour parvenir à s’en sortir, cela est aussi un choix ”. Aux Philippines, il existe depuis les années ‘70 un programme d’exportation de la main d’œuvre doublé d’une “ tradition ” d’immigration féminine. “ L’argent envoyé à la famille par ces expatriées atteint les 6 milliards de dollars ”, relève Marie Lacroix. Un facteur qui n’incite pas les autorités à ralentir le flux…À voir * Le programme du Colloque international Violences faites aux femmes :http://www.criviff.qc.ca/colloque/prog_fr.asp* Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes (CRI-VIFF), qui organisait ce colloque :http://www.criviff.qc.ca/accueil.asp





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