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Le mot de Marilou - Retraite
Apprivoiser la mort
Marilou, Volume 16, no. 4, Avril-Mai 2008

Comment réagir? Le médecin avise mon mari qu’il a le cancer. Sa fête de retraité a lieu dans trois jours. Nous recevons la famille pour Noël dans trois semaines. Nous avons décidé de garder le silence. Les fêtes auraient lieu comme prévu. Un cancer ne veut pas dire mort instantanée. Profitons au maximum de ces beaux moments à venir.

J’ai une expérience traumatisante de la maladie. À l’âge de douze ans, j’ai dû arrêter l’école un mois pour surveiller ma mère atteinte de dépression majeure. Sa santé fragile a eu un impact important sur mon adolescence et ma vie de jeune adulte. Ne pouvant me révolter contre ma mère, je faisais des crises de colère qui se retournaient le plus souvent contre moi-même. Je ne savais pas comment exprimer ma douleur, mon désarroi. J’avais peur de la vie. J’avais peur que cette souffrance n’ait plus de fin. Je ne voulais pas avoir d’enfants de peur de leur faire subir le même sort.

Lorsque j’ai rencontré mon conjoint, il a identifié mes difficultés à reconnaître mes sentiments, à les accepter et à les exprimer sans me blesser et sans blesser les autres. Il était confiant qu’avec le soutien approprié, je pourrais me reconstruire. Il m’a appris à faire de mon mieux en toutes circonstances.

J’ai beaucoup lu pour faire face à la maladie de mon mari et pour l’aider. Ça m’a aidée à reconnaître les symptômes de détresse émotionnelle, d’anxiété, de dépression et d’agressivité. Cela se fait en analysant la façon dont on se sent, agit, pense et dont notre corps réagit. J’ai pu trouver ma place, faire face à l’instabilité, suivre le programme de mon mari, ne pas lui imposer le mien et m’informer sans devenir une experte.

Mon mari a pu vivre sa maladie comme il l’entendait. Pour lui, la mort fait partie de la vie. Il a choisi de partager l’évolution de sa maladie avec son entourage. À chacune des étapes, il envoyait un message Internet. Tout le monde avait la même information en même temps. Il terminait chaque message sur une note positive même dans les dernières semaines de sa vie. Il a accompli chacun des deuils que sa condition exigeait : conduire, cuisiner, aller en forêt etc. Il a préparé avec soin ses funérailles, afin que moi et les enfants puissions vivre les premiers instants de notre peine sans ces soucis.

La manière de vivre la maladie de mon mari a été très différente de celle de ma mère. Je l’ai vécue avec sérénité, avec tout l’amour dont j’étais capable pour cet être cher qui est parti trop vite.

La mort d’un rêve
Mot de Marilou
Marilou, Volume 16, no. 3, Février-mars 2008

La planification de la retraite se fait en plusieurs étapes. Même bien préparée, elle réserve parfois de grosses surprises.

Mon mari et moi avons commencé tôt à nous préparer financièrement. Comme projet de vie, nous voulions avoir plus de temps pour les activités que nous pratiquions déjà. Dans cet esprit, en 1999, nous avons fait l’acquisition d’un camp de pêche. Voilà de quoi occuper une bonne partie de nos étés de retraités!

Au cours de l’année 2002, mon mari a décidé qu’il prendrait sa retraite à l’automne 2003. Pour lui, elle représentait un achèvement. Il avait le goût de rendre grâce pour la vie qu’il a vécu, pour tout le bonheur qu’il a eu, pour la satisfaction que le travail lui a procuré et d’être encore plus présent auprès de sa famille. C’est ce qu’il a fait.

Quelques mois plus tard, je me suis posé la question. Et moi, qu’est-ce que je fais? Est-ce que je continue de travailler ou j’arrête? Je ne voyais pas ce que je pouvais donner de plus au travail. J’avais le sentiment d’avoir fait le tour. Je voulais être disponible pour mon mari au cas où il voudrait voyager, aller au camp, faire du bénévolat.

Quel plus beau projet de vie pouvions-nous avoir après nous être si bien investis dans nos carrières respectives et dans notre famille? À quelques reprises, avant de prendre ma retraite, je disais à mes collègues: « Je ne voudrais pas avoir à dire un jour ‘‘J’aurais donc dû’’». Voilà ce qui m’a motivée à arrêter en même temps que mon mari.

Nous avons profité pleinement de notre première année de retraite ensemble, en prenant soin de nos enfants, petits-enfants, en voyageant, en rénovant notre camp, en faisant des activités ensemble et individuellement.

À l’automne 2004, mon mari décide d’aller chez le médecin pour un examen de routine. Peu de temps après, nous recevons l’invitation pour souligner son départ à la retraite. Nous nous réjouissions d’avance de cet heureux moment.

Mais voilà qu’un événement imprévu survient: le médecin convoque mon mari à son bureau. Un indicateur dans sa prise de sang n’est pas normal, cela pourrait indiquer soit un cancer des intestins, soit un cancer du poumon. Comme mon mari a déjà fumé, le médecin lui recommande d’aller prendre une radiographie des poumons. Ce que mon mari a fait peu de temps après.

Nous sommes sur le qui-vive. Est-ce possible? Qu’est-ce qui va se passer avec la fête? Dans quel état serons-nous? Comment faire face?

Nouvelle convocation chez le médecin. Le verdict tombe : cancer du poumon. Nous n’avions pas envisagé cette hypothèse. Aurait-t-on pu la prévoir? Sûrement pas. Nous aurions bien aimé que les événements se déroulent autrement, mais cela fait partie des éléments de la vie sur lesquels nous n’avons aucun contrôle.

Nous avons pu constater que lorsque le cancer entre dans une famille, toutes les priorités changent, les activités habituelles sont mises de côté, des examens de toutes sortes sont planifiés. J’ai dû rapidement faire le deuil de ma retraite rêvée et m’adapter à cette nouvelle réalité.  Face à une situation semblable, on n’est plus en mode «retraite» mais en mode «survie».

Notre vie venait de changer.

Marilou

http://journaldelarue.wordpress.com/2007/12/16/la-retraite-bouleversements-a-apprivoiser/

Le mot de Marilou
La retraite, bouleversements à apprivoiser

Marilou, vol.16 no.2 déc.-janvier 2008

Je m’appelle Marilou, je demeure dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. J’ai proposé cette chronique afin de partager avec vous mon vécu, mes réflexions, mes doutes, mes questionnements et peut-être aussi quelques certitudes.

Je suis la 4e d’une famille de 8 enfants. Notre enfance a été marquée par les maladies de notre mère : dépression, diabète, etc. Dès l’âge de 12 ans, j’ai dû interrompre pendant un mois mes études afin de prendre soin des plus jeunes, de la maison, tout en ayant le mandat de surveiller ma mère en dépression majeure.

À l’époque, les options pour les femmes étaient enseignantes, infirmières ou secrétaires. Mes parents n’avaient pas les moyens de payer pour de longues études. J’ai donc entrepris des études en secrétariat sur la recommandation de ma mère: «En secrétariat, tu n’auras jamais de problème à te trouver un emploi».

À 17 ans, une amie et moi avons décidé de nous inscrire à des cours de catéchèse aux adultes donnés par un prêtre stagiaire dans notre paroisse. Cet événement a été à la source d’un changement majeur dans ma vie.

Cela m’a permis de me questionner sur ce que je désirais, moi, et sur ce que je ne désirais pas. Déjà, à cet âge, j’ai pris conscience que je ne voulais pas faire vivre à des enfants les souffrances que j’ai vécues. Ce prêtre stagiaire a été très précieux dans mon cheminement.

Après avoir fait du bénévolat aux côtés de ce prêtre, après avoir travaillé deux ans en entreprise privée, j’ai rencontré mon conjoint, un professeur de catéchèse. Nous avons été mariés trente et un an, «jusqu’à ce que la mort nous sépare». Après un an de retraite, il est décédé d’un cancer du poumon diagnostiqué lors d’un examen de routine.

J’ai 2 garçons, 3 petits-enfants, une belle-fille et un gendre (j’ai un garçon qui est homosexuel et qui est en couple).

Pendant 17 ans, j’ai occupé différents postes de commis de bureau, dans des entreprises de transport, d’assurance, et dans la fonction publique provinciale. Ensuite, j’ai pu mettre à contribution les études universitaires en administration que j’ai complétées tout en élevant mes enfants. J’ai travaillé comme gestionnaire dans une grande entreprise de distribution et dans de plus petites entreprises de services par la suite.

Le décès de mon mari, il y a deux ans, a remis en question tout mon avenir. Je me retrouve seule du jour au lendemain, sans emploi. Ce n’était pas ce que j’avais planifié lorsque j’ai pris la décision de prendre ma retraite en même temps que mon mari. Dans le prochain numéro de Reflet de Société, je vous ferai part des conséquences qui en ont résulté dans ma vie.

Je suis très excitée par cette nouvelle expérience. J’ai la tête pleine de sujets de chronique. Par exemple: Prendre sa place dans la société. Drop-out du marché du travail. La gestion du temps. Choisir d’être heureux. Être au service d’une communauté ou être au pouvoir pour le pouvoir. Quels modèles sommes-nous pour les jeunes? Refuser certains héritages. Suis-je une extra-terrestre? Les coûts de santé avant l’assurance-maladie. Pourquoi je boude les médias. Les liens d’amitié précieux.

Vous pouvez enrichir cette chronique en me faisant part de vos propres expériences sur ces sujets ou sur d’autres sujets qui vous tiennent à cœur.

Au plaisir de vous lire!
Marilou
redaction@refletdesociete.com

http://journaldelarue.wordpress.com/2008/02/15/la-mort-dun-reve/

Les aînés, la retraite, être veuf: les mots de Marie-Lou

Dans son magazine, Reflet de Société, une nouvelle chronique sera présenté à compter du 1er décembre: Les mots de Marie-Lou. Une réflexion et un débat sur les gens du 3e âge, le moment de la retraite, devenir veuf… Une série de question existenciel qui peut en mettre plusieurs en crise.

Le débat mérite d’être soulevé. Les médias nous parlent d’une société vieillissante, des soins de santé de plus en plus dispendieux. Est-ce que les médias sont en train de tuer le rêve de vivre une belle retraite bien méritée? Notre rédactrice en chef, Annie Mathieu va aussi développer une série d’article sur ce sujet.

Reflet de Société est disponible par la poste en appelant au (514) 256-9000. Vous pouvez aussi consulter les archives du magazine.

Journal de la Rue, Reflet de Société, CAFÉ-GRAFFITI.

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