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Que ceux qui ne sont pas racistes regardent ces photos
(Agence Science-Presse) – Des stéréotypes subsistent au plus profond du subconscient de gens qui ne sont pourtant en rien racistes, affirment des chercheurs californiens au terme d’une étude aussi troublante que controversée. Ils ont soumis 121 étudiants d’université à un test presque subliminal: afficher brièvement tantôt la photo d’un Noir, tantôt celle d’un Blanc, puis tout aussi fugitivement la photo brouillée d’un singe. Ceux qui, écrit la psychologue Jennifer Eberhardt, ont vu la photo d’un Noir, auraient été plus rapides à reconnaître le singe. Ce qu’il faut en conclure? Tristement, une «déshumanisation» inconsciente du Noir, un effet qui, ajoute la psychologue, a été observé autant chez les étudiants blancs que «non-blancs». Les experts en préjugés sont sceptiques, mais en attendant que des recherches plus approfondies nous en disent plus, ils ne rejettent pas ces conclusions: au contraire, rappelle le New Scientist en éditorial, on a toujours su qu’extirper les racines du racisme serait un processus long et difficile. C’est juste qu’il reste probablement beaucoup plus de chemin à parcourir qu’on ne l’avait imaginé.
Une politique repoussante?
Paru le 22 janvier 2008
Depuis 5 mois, je suis installé à Montréal. Ayant grandi dans un petit village de la Montérégie et ayant passé mes trois dernières années d’étude au Saguenay, une nouvelle réalité s’étend devant moi: les Québécois de nationalités étrangères. J’en croise, j’en recontre aussi. Ça me permet de faire certaines constatations sur notre façon d’accueillir et d’entretenir les immigrants qui souhaitent vivre ici.
On aura beau se vanter de faire des accommodements raisonnables au Québec, on ne donne certainement pas l’impression aux nouveaux arrivants que nous souhaitons les garder pour longtemps.
Il y a bien sûr ces diplômes étrangers que les ordres professionnels s’entêtent à refuser. Ces diplômes étrangers mais qualifiés qui aideraient grandement l’immigrant à se tailler une place rapidement dans son domaine professionnel et à s’intégrer plus facilement. Ces diplômes étrangers qui, s’ils étaient valider par le Québec, pourraient largement aider notre société qui en arrache entre autres en santé.
Mais là n’est pas l’unique problème que croise un nouvel arrivant sur son passage. J’ai la chance de cotoyer plusieurs de ces immigrants. Fort sympathiques d’ailleurs. J’ai deux exemples à partager avec vous aujourd’hui, qui m’ont un peu étonné :
- Exemple #1: Olivier vient de la Côte d’Ivoire. Depuis 4 ans, il est au Québec, où il est entré en tant qu’étudiant. Olivier n’étudie plus, il travaille maintenant. Un petit boulot dans un resto qui lui permet de vivre ce qu’il y a de plus normal. Mais Olivier est loin de se sentir Québécois: il doit encore payer chaque année un montant de près de 1000$ pour ses assurances-santé. Un service gratuit pour n’importe quel Québécois. Mais pour un immigrant installé depuis 4 ans, et bien là, on parle de tout autre chose! Hein?
- Exemple #2: Rodrigo vient du Mexique. Il est à Montréal depuis quelques mois, pour voir et vivre cette ville du Québec. Après multiples découvertes qui l’ont charmé, il souhaite maintenant venir étudier ici. Et bien, ne me demandez pas pourquoi, mais si Rodrigo veut étudier au Québec…il doit retourner au Mexique. Vous m’avez bien entendu. Il doit retourner au Mexique pour faire officialiser ses papiers, obtenir les permissions, etc. Un investissement pour un billet d’avion aller-retour s’impose donc, en plus des déboursements pour son visa d’étudiant et toute cette captivante paperasse. Un montant important qui pourrait démoraliser n’importe qui. Mais Rodrigo tient à son projet. Et le Québec de lui répondre: «Retourne chez toi si tu veux vivre ici l’ami!»
C’est certain, il y a des questions à se poser sur ces deux histoires. Fait-on vraiment une place accueillante pour ces immigrants qui veulent vivre ici? Ou leur fait-on plutôt comprendre qu’ils sont mieux de s’en tenir à la base, se trouver un petit boulot pour survivre, payer plus cher qu’un Québécois né ici s’ils veulent espérer se tailler une place (aussi minime soit-elle) au Québec?
J’en reste là pour aujourd’hui. Je demeure à l’affût, j’observe et j’apprends. Je réfléchis aussi. Parce que la question de l’immigration au Québec n’en est pas qu’une de culture et de nation, mais de réflexion sur nous-mêmes, et sur ceux qui constituent notre société.
Gabriel.
Karina Goma, le CLSC et les accommodements raisonnables à Tout le monde en parle
Le 18 novembre, Karina Goma, documentariste, est invité par Guy A. Lepage à l’émission Tout le monde en parle. Elle y mentionne que les cours prénataux qui ont été offert à diverses communautés culturelles ou les hommes ne pouvaient être présents est une formule inventée pour un groupe spécifique.
L’action posée par le CLSC pour rejoindre un groupe de citoyens a été mal interprété par les médias, que toute l’histoire a été monté en épingle et que certains en ont fait du capital politique. Si les gens avaient été sur le terrain au lieu de demeurer dans leur tour d’ivoire, ç’a aurait été très différent. On n’aurait pas parlé de scandale des accommodements raisonnables.
Posons-nous la question sur comment on en est arrivé là. Le tout débute avec les vitres givrées du YMCA. Les journalistes crient au scandale et nous mettent en une le fait que le YMCA se plie aux exigences des juifs pour cacher le corps de ces dames qui s’entraînent.
Pourtant, si on se fie aux dires de Super Cath qui fait un commentaire sur le blogue de François Rodrigue: “Et, honnêtement, toute l’histoire des accomodements raisonnables, c’est une tempête dans un verre d’eau créée par les médias! L’histoire des vitre teintées du YMCA… J’ai su d’une de leurs clientes que la clientèle demandait depuis longtemps à faire teinter les vitres pour une question d’intimité, mais le YMCA n’avait pas les fonds nécessaires pour le faire. Alors lorsque la communauté juive a proposé de le faire - à ses frais! - c’est évident qu’ils allaient accepter. C’est juste drôle que cette partie de l’histoire n’est pas été rapportée dans les nouvelles.”
L’histoire du YMCA serait donc une entente de bon principe entre 2 organisations qui s’entraident. Un exemple de bon voisinage. Rien à voir avec un scandale sur les accommodements raisonnables.
Ces deux histoires en une des médias devient une cible pour Mario Dumont qui saute sur l’actualité comme un chien enragé devant un os et qui n’a pas mangé depuis belle lurette. On le place en une lui aussi.
Avec tout ce qui est lu en une par les médias, on fait peur aux gens d’Hérouxville. Aux armes citoyens, protégeons notre communauté. Par peur, sur la défensive, ils écrivent un texte qui se retrouve lui aussi à faire la une. Ils y parlent des immigrants, sans trop connaître ce que c’est. Juste au cas ou une communauté de l’autre bout du monde, en regardant un globe-terrestre s’exclame: “Nous voulons quitter notre pays, nous voulons nous établir à Hérouxville”.
Pour alimenter le débat, un journaliste demande au directeur général des élections: “Si une femme voilée voulait voter, pourrait-elle le faire?” Le DGE, au lieu de répondre qu’il se posera la question quand on sera vis-à-vis cette réalité, prend les devants et nous sort la connerie de dire qu’on peut voter voilé. Cela fait encore la une. Des citoyens mécontents décident de jouer le jeu des médias et vont voter voilés. Une autre nouvelle qui fait la une.
Pour prendre position, si le DGE avait demandé l’avis aux intéressés, il se serait fait répondre que, dans leur pays, les gens doivent s’identifier pour voter!!!
Dans toutes ces histoires, il n’y a pas de conflits entre immigrants et le Québec. Ce n’est qu’une tempête dans un verre d’eau de journalistes en manque de sensationnalisme pour vendre du papier.
Tout cela nous amène à créer une commission qui va nous coûter la peau des fesses, ou des gens vont s’en servir pour canaliser leur violence verbale. Certains diront que ça sera une forme de thérapie sociale pour que le méchant sorte. Désolé, une thérapie se fait à huis clos. On peut bitcher qui on veut en thérapie, parce que seul le thérapeute va savoir ce que vous avez dit. On ne fait pas de thérapie en public et encore moins sans thérapeute!!!
Dans cette histoire, c’est un bel exemple de mauvais journalisme. Un journalisme qui crée la nouvelle plutôt que de couvrir les nouvelles.
J’étais pour dire que ce genre d’histoire me fait honte d’être journaliste. C’est vrai que je fais du journalisme. Mais je ne me considère pas comme un journaliste. Pour moi, question de sauver mon intégrité, cela fait une grande différence.
Accommodements raisonnables: dialogue de sourd?
Le débat sur ce qu’on appelle communément les «accommodements raisonnables» suit son cours avec la commission Bouchard-Taylor qui fait son tour du Québec, et avec le Parlement qui s’obstine à savoir s’il y a trop d’immigrants, pas assez, s’il faudrait les tasser plus par là, ou plus par ici, etc.
Mais dans toutes ces discussions entre Québécois de souche, j’ai l’impression qu’on oublie un petit quelque chose…ha oui, les immigrants eux-mêmes! En fait, on ne les oublie pas vraiment, on parle d’eux, notre dos leur faisant face, carrément. De la façon dont je vois tout cela se dérouler, le Québec se pose encore une question existentielle, et achèvera le tout probablement sur une autre solution vague.
Il me semble que si on souhaite vraiment accueillir des étrangers chez nous, et leur transmettre notre culture, un peu de notre façon de voir les choses, il y aurait un autre moyen que de leur dire : «Attendez un peu, on parle de tout ça entre nous, et on vous revient avec ça». À l’heure qu’il est au Québec, je n’aimerais certes pas, en tant qu’immigrant, regarder les nouvelles. De quoi rappeler de mauvais souvenir à certains d’entre eux qui ont déjà dû quitter leur terre d’accueil à cause d’une haine évidente à leur endroit…
Je crois sincèrement que les Québécois (car ils sont bel et bien des Québécois) nouvellement arrivés ici devraient s’impliquer hardiment dans le débat qui fait des siennes depuis peu dans notre belle province, et cela même s’ils ne se sentent apparemment pas les bienvenus. Ils doivent nous dire eux aussi comment on peut les aider à s’intégrer avec nous. Et que les Québécois de souche (car c’est ainsi qu’ils aiment se faire appeler) leur face la place qu’ils méritent. Discutons ensemble, pour mieux se comprendre!
Gabriel
Le secrétaire d’état au multiculturalisme Jason Kenney et les ordres professionnelles: le racisme canadien
La Presse Canadienne nous apprenait que le député conservateur et secrétaire d’état, Jason Kenney, blâme les organismes de réglementation professionnelle pour les difficultés qu’éprouvent les immigrants à faire reconnaître leurs diplômes au Canada. Ceux-ci ferment la porte aux nouveaux canadiens.
J’ai toujours eu de la difficulté avec cette chasse gardé. J’ai connu un médecin qui arrivait du Kazakhstan. Nous sommes en pénurie de médecins et il ne peut pratiquer au Canada parce que l’ordre des médecins lui met des bâtons dans les roues.
D’un côté nous nous disons ouvert à l’immigration, de l’autre, nous ne facilitons pas le transfert de connaissance aux immigrants. Les ordres professionnelles tel le Collège des médecins, l’ordre des pharmaciens et autre sont-elles des sectes pour protéger leurs membres de souches ou pour superviser l’ensemble de la profession?
Le racisme trouve ses racines dans ses petits faits et gestes où l’on met de côté des citoyens canadiens et que nous ne leur donnons pas la chance d’exercer leur plein potentiel de citoyen.
Textes sur la santé.
Non à l’exclusion !
Michel Dongois, Agence Science-Presse
Victimes de discrimination pendant des siècles, les Roms améliorent petit à petit leurs conditions de vie.
“ Pourquoi suis-je si différente des autres élèves roumains ? ” demande parfois Florica à sa mère.
Florica, 12 ans, est d’origine rom. Elle a grandi près d’Ardud, en Roumanie. Elle ne comprend pas pourquoi les Roms sont encore qualifiés de nomades*. Elle sait en revanche combien ils sont mal reçus partout en raison de leur différence.
Plusieurs Roms circulent à travers l’Europe, souvent sans papiers d’identité. On les appelle “ apatrides ” ou “ de nationalité indéterminée ”. Les Roms sont encore aujourd’hui victimes de racisme.
En Roumanie, bien des jeunes filles roms comme Florica sont mariées, ou fiancées, à 12 ans. Mais Andrea, son enseignante, l’encourage à continuer l’école, pour mieux aider les siens plus tard. Il y a tant à faire pour adoucir la vie au ghetto* d’Ardud. Dans son quartier, les rues ne sont pas pavées. Quand il pleut, tout le monde patauge dans la boue.
Pour gagner leur vie, plusieurs Roms tissent des paniers, aiguisent couteaux et ciseaux, recyclent la ferraille. Ils font le commerce des objets dont plus personne ne veut : meubles, outils, ustensiles, vieux vêtements, etc.
À l’école des Roms
Florica a la chance de ne pas fréquenter une classe régulière. “ Les professeurs ont du mal à garder assis des enfants habitués au grand air ”, raconte l’enseignante Andrea Lieb.
“Au début, plusieurs n’avaient jamais tenu un crayon ni vu un livre. Ils mangeaient le papier”, confirme Thomas Hackl, de l’organisation humanitaire Caritas Roumanie. Mais ils sont de vrais champions pour dénicher une couleuvre ou un hérisson !
Avec l’appui de plusieurs pays dont le Canada, les Roms luttent pour leurs droits. Mais ils sont dans un dilemme : d’un côté, ils en ont assez d’être marginalisés; de l’autre, ils sont malheureux dans les activités proposées. Beaucoup de parents ont peur qu’en fréquentant l’école, leurs enfants cessent d’être de vrais Roms !
Heureusement, la culture rom est de plus en plus présente dans les écoles. Dans la classe de Florica, on parle maintenant romani, la langue des Roms. Auparavant, seul le roumain était permis. Un jour, le père Noël s’est adressé aux enfants en romani. Ils n’en croyaient pas leurs oreilles !
Les Roms
Environ 10 millions de Roms vivent dispersés dans les 25 (bientôt 27) pays de l’Union européenne. On les appelle aussi tziganes, bohémiens, gitans, manouches, romanichels, etc. Depuis 1971, ils s’appellent eux-mêmes Roms (les Hommes).
D’où viennent-ils ?
Vers l’an 900, un roi de Perse (aujourd’hui l’Iran) amoureux des arts fit venir de l’Inde des milliers de musiciens pour divertir ses sujets.
C’était des tziganes, un mot grec qui signifie intouchables. On nommait ainsi, en Inde, les gens chargés des travaux salissants. Ils occupaient le bas de la hiérarchie sociale et étaient considérés comme impurs par les gens appartenant aux castes supérieures.
À cette époque, de nombreux tziganes fuyaient leur pays en raison des invasions musulmanes, qui bousculaient la société hindoue. Ils poursuivirent ensuite leur route vers l’Europe.Les Roms vivent souvent en bordure des villes, sans eau courante ni électricité.
À Paris, 40% des enfants qui tombent d’une fenêtre sont Noirs
Mélanie Robitaille, Agence Science-Presse
Bien qu’ils ne représentent que 2,2% de la population en Île-de-France, les petits Noirs composent 40% des enfants qui tombent d’une fenêtre. Cette surreprésentation s’expliquerait-elle par des raisons culturelles? Les professionnels de la santé, un peu partout, savaient déjà que les défenestrations concernent surtout les enfants d’âge préscolaire et défavorisés qui échappent à la surveillance. Mais Patrick Meyer, anesthésiste-réanimateur à l’Hôpital Necker-Enfants malades en France, apporte des précisions pour l’Île-de-France, soit Paris et sa région métropolitaine. Les défenestrations causent environ 30% des traumatismes chez les moins de 6 ans et 10 décès par an. Ce sont en majorité des enfants de 18 mois de familles qui vivent pour la moitié en logement social. Et elles habitent surtout le quartier Seine-St-Denis, la banlieue pauvre et multiethnique au nord-est de Paris.
Une simple question d’immigration? Non, a-t-il répondu lors des Journées annuelles de la santé publique, tenues en octobre à Montréal où il présentait ces statistiques. Les Arabes ne ressortent pas dans les statistiques, ni les Asiatiques qui habitent pourtant les immeubles de grande hauteur du 13e arrondissement. Alors pourquoi les Noirs Africains? Le Dr Meyer précise que souvent, “ ils ont connu une immigration difficile, se retrouvent à travailler loin du domicile, sans système de garde des enfants. Il n’est pas rare de voir un grand de 14-15 ans à la tête de 3 ou 4 petits qui courent dans tous les sens et incapables d’appréhender un quelconque risque. ” Pour lui, c’est donc de l’inconscience du risque de la part des parents, qui sont plus préoccupés par les maladies infantiles et l’accès aux soins. Comment prévenir ces chutes? D’abord, essayer de rejoindre cette population souvent isolée et ne parlant pas bien le français. Il faut donc un langage adapté. Une publicité a été distribuée il y a un an, où on voit une fillette noire grimpant à la fenêtre, marquée d’une croix rouge. Mais le sujet des ethnies étant très sensible en France, le Dr Mayer raconte que “ la ligue contre le racisme [leur] a sauté dessus. ” C’était pourtant une manière délibérée de mieux interpeller leur public-cible. L’autre manière, qui semble bien fonctionner, c’est par les associations de femmes africaines.L’Institut national de veille sanitaire, auquel ce médecin est également associé, a aussi du travail du côté de la réglementation des bâtiments. “ À Paris, on a des balcons typiques Hausmanniens en volutes de fer forgé. C’est une super échelle pour les enfants. La réglementation de la plupart des copropriétés interdit d’installer un dispositif quelconque alors qu’il suffit de mettre une plaque transparente du côté de l’habitation pour ne pas défigurer l’immeuble. Alors, si nous pouvions interdire d’interdire d’installer des dispositifs, on sera déjà contents. ”
Textes sur la santé.
Hérouxville, André Drouin, Jacques Proulx et les accommodements raisonnables
Hier un blogue sur notre policier raciste avec une chanson sur Internet, aujourd’hui, le cas André Drouin d’Hérouxville. Moi qui ne voulait pas parlé des accommodements raisonnable!
Au départ, quand j’ai lu dans La Presse que l’équipe de Guy A. Lepage cherchait André Drouin pour l’inviter à l’émission Tout le monde en parle, j’ai été déçu. Tout le monde le passait déjà en entrevue. Pourquoi faire comme tout le monde? C’est après avoir regardé l’émission que j’ai compris la différence. Parce que l’émission Tout le monde en parle… différemment. D’une part, la présence de Jacques Proulx de Solidarité rurale a permis de mettre en contexte la présence d’André Drouin. D’autre part, l’émission Tout le monde en parle, c’est un peu comme une drogue. Cela fait ressortir et amplifie une partie de ce que nous sommes. Si notre discours est cohérent et bien fondé, il va se véhiculer encore plus et mieux. Si notre discours est décousu et ne tient pas la route, tout le monde va pouvoir se faire une bonne idée de la situation.
Je ne doute pas des bonnes intentions d’André Drouin. Mais d’affirmer qu’à Hérouxville on ne peut lapider une femme, est-ce à dire qu’on peut les tuer avec un couteau mais pas avec une roche? Affirmer que l’on doit manger du cochon dans sa ville, n’est-ce pas de l’ingérence dans nos assiettes? Le code de vie adopté par les conseillers tels André Drouin est basé sur un racisme qui mérite d’être dénoncé.
Je suis déçu que les gouvernements, autant provincial que fédéral, ne soient pas encore intervenu dans cette affaire. On ne peut laisser une municipalité interférer dans des lois qui ne sont pas de leur ressort. On ne peut laisser une municipalité maltraiter notre relation avec les immigrants de la sorte sans réagir.
Il y a distorsion de la définition de la démocratie à Hérouxville. Je me souviens d’une phrase d’une ancienne présidente de notre organisme en ce qui concernait la démocratie. Avec notre projet Café-Graffiti, nous éduquons des jeunes marginaux, souvent en apprentissage de la communication, à prendre position sur le devenir de l’organisme. Ces jeunes ont souvent tendance à exclure les autres jeunes. Ils s’approprient les lieux et en deviennent les seigneurs. Et je cite notre ancienne présidente: “Nous représentons les jeunes qui fréquentent le Café-Graffiti ainsi que ceux qui devraient le fréquenter”.
Une telle citation change la couleur de la démocratie souvent totalitaire des seigneurs en poste. En tant que gardien de la mission d’un organisme communautaire, cela nous permet de rester ouvert à de nouvelles fréquentations et aux autres groupes.
http://raymondviger.wordpress.com/2006/12/03/les-accommodements-raisonnables/
Textes sur Tout le monde en parle.
Hérouxville, André Drouin, Jacques Proulx et les accomodements raisonnables
Hier un blogue sur notre policier raciste avec une chanson sur Internet, aujourd’hui, le cas André Drouin d’Hérouxville. Moi qui ne voulait pas parlé des accomodements raisonnable!
Au départ, quand j’ai lu dans La Presse que l’équipe de Guy A. Lepage cherchait André Drouin pour l’inviter à l’émission Tout le monde en parle, j’ai été déçu. Tout le monde le passait déjà en entrevue. Pourquoi faire comme tout le monde? C’est après avoir regardé l’émission que j’ai compris la différence. Parce que l’émission Tout le monde en parle… différemment. D’une part, la présence de Jacques Proulx de Solidarité rurale a permis de mettre en contexte la présence d’André Drouin. D’autre part, l’émission Tout le monde en parle, c’est un peu comme une drogue. Cela fait ressortir et amplifie une partie de ce que nous sommes. Si notre discours est cohérent et bien fondé, il va se véhiculer encore plus et mieux. Si notre discours est décousu et ne tient pas la route, tout le monde va pouvoir se faire une bonne idée de la situation.
Je ne doute pas des bonnes intentions d’André Drouin. Mais d’affirmer qu’à Hérouxville on ne peut lapider une femme, est-ce à dire qu’on peut les tuer avec un couteau mais pas avec une roche? Affirmer que l’on doit manger du cochon dans sa ville, n’est-ce pas de l’ingérence dans nos assiettes? Le code de vie adopté par les conseillers tels André Drouin est basé sur un racisme qui mérite d’être dénoncé.
Je suis déçu que les gouvernements, autant provincial que fédéral, ne soient pas encore intervenu dans cette affaire. On ne peut laisser une municipalité interférer dans des lois qui ne sont pas de leur ressort. On ne peut laisser une municipalité maltraiter notre relation avec les immigrants de la sorte sans réagir.
Il y a distorsion de la définition de la démocratie à Hérouxville. Je me souviens d’une phrase d’une ancienne présidente de notre organisme en ce qui concernait la démocratie. Avec notre projet Café-Graffiti, nous éduquons des jeunes marginaux, souvent en apprentissage de la communication, à prendre position sur le devenir de l’organisme. Ces jeunes ont souvent tendance à exclure les autres jeunes. Ils s’approprient les lieux et en deviennent les seigneurs. Et je cite: “Nous représentons les jeunes qui fréquentent le Café-Graffiti ainsi que ceux qui devraient le fréquenter”.
Une telle citation change la couleur de la démocratie souvent totalitaire des seigneurs en poste. En tant que gardien de la mission d’un organisme communautaire, cela permet de rester ouvert à de nouvelles fréquentations et aux autres groupes.
Les accommodements raisonnables, un policier et une chanson
Je m’étais promis de ne pas aborder ce sujet. Ni les accommodements raisonnables, ni cette chanson raciste que le policier à écrite. L’ensemble des commentaires que j’ai lu sur le sujet me force cependant à prendre quelques instants pour commenter cet événement.
L’ensemble des commentaires du public semble donner raison à ce policier. “Il a fait la chanson sur son temps.” “Question de liberté d’expression, il n’est pas dans le tort.”
Son employeur, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) semble être du même avis. Il ne l’a pas fait sur le temps de la compagnie et il n’a pas utilisé le matériel du SPVM, donc pas de réprimande et pas de problème, on ferme les yeux et on oublie cette histoire.
Personnellement, je vis un gros malaise dans cet événement. D’une part, tout le monde s’entend pour dire que la chanson est raciste. Le monsieur est policier. Si je suis un immigrant et que je me fais arrêter par ce même monsieur, est-ce possible que je me questionne sur son intégrité et son impartialité?
Un policier représente la justice et la loi. Je dois m’attendre à un minimum de neutralité et d’objectivité. Un policier peut-il être raciste? Sommes-nous raciste seulement à la maison sur notre temps? Est-ce que le simple fait de mettre un uniforme nous enlève notre côté raciste?
La chanson a peut-être été réalisée sur son temps, mais en devenant publique, elle déborde et empiète sur son temps de travail. Si nous tolérons le racisme déclaré d’un policier parce qu’il l’a fait sur son temps, pouvons-nous accepter qu’il fasse pousser du ”pot” sur son temps le soir et que le jour il soit policier?
Et c’est là que nous avons à nous positionner en tant que société. Pouvons-nous accepter et tolérer le racisme?
Ce qui m’inquiète aussi c’est la réaction d’un certain public. «ce policier dit tout haut ce que l’on pense tout bas». Ouf! Ça commence à m’inquiéter. Mais pourquoi l’intolérance des Québécois vient de monter d’un cran dans les derniers mois?
Il y a des abus dans ces fameux accommodements raisonnables. Mais le problème ne vient pas des immigrants. Ils ont le droit de demander tout ce qu’ils veulent. Le problème ce sont les personnes en poste d’autorité, les décideurs qui ne sont pas capable de dire non et de s’affirmer. Par peur d’avoir des crises à gérer. Par peur d’avoir à justifier leurs gestes.
Le public, ce n’est pas après les immigrants qu’il devrait s’emporter, mais auprès de nos autorités. La mollesse de nos décideurs créent des injustices et une intolérance. Et cela se répercute sur notre climat social.
http://raymondviger.wordpress.com/2006/12/03/les-accommodements-raisonnables/
Les accommodements raisonnables, un policier et une chanson
Je m’étais promis de ne pas aborder ce sujet. Ni les accommodements raisonnables, ni cette chanson raciste que le policier à écrite. L’ensemble des commentaires que j’ai lu sur le sujet me force cependant à prendre quelques instants pour commenter cet événement.
L’ensemble des commentaires du public semble donner raison à ce policier. “Il a fait la chanson sur son temps.” “Question de liberté d’expression, il n’est pas dans le tort.”
Son employeur, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) semble être du même avis. Il ne l’a pas fait sur le temps de la compagnie et il n’a pas utilisé le matériel du SPVM, donc pas de réprimande et pas de problème, on ferme les yeux et on oublie cette histoire.
Personnellement, je vis un gros malaise dans cet événement. D’une part, tout le monde s’entend pour dire que la chanson est raciste. Le monsieur est policier. Si je suis un immigrant et que je me fais arrêter par ce même monsieur, est-ce possible que je me questionne sur son intégrité et son impartialité?
Un policier représente la justice et la loi. Je dois m’attendre à un minimum de neutralité et d’objectivité. Un policier peut-il être raciste? Sommes-nous raciste seulement à la maison sur notre temps? Est-ce que le simple fait de mettre un uniforme nous enlève notre côté raciste?
La chanson a peut-être été réalisée sur son temps, mais en devenant publique, elle déborde et empiète sur son temps de travail. Si nous tolérons le racisme déclaré d’un policier parce qu’il l’a fait sur son temps, pouvons-nous accepter qu’il fasse pousser du ”pot” sur son temps le soir et que le jour il soit policier?
Et c’est là que nous avons à nous positionner en tant que société. Pouvons-nous accepter et tolérer le racisme?
Ce qui m’inquiète aussi c’est la réaction d’un certain public. «ce policier dit tout haut ce que l’on pense tout bas». Ouf! Ça commence à m’inquiéter. Mais pourquoi l’intolérance des Québécois vient de monter d’un cran dans les derniers mois?
Il y a des abus dans ces fameux accommodements raisonnables. Mais le problème ne vient pas des immigrants. Ils ont le droit de demander tout ce qu’ils veulent. Le problème ce sont les personnes en poste d’autorité, les décideurs qui ne sont pas capable de dire non et de s’affirmer. Par peur d’avoir des crises à gérer. Par peur d’avoir à justifier leurs gestes.
Le public, ce n’est pas après les immigrants qu’il devrait s’emporter, mais auprès de nos autorités. La mollesse de nos décideurs créent des injustices et une intolérance. Et cela se répercute sur notre climat social.
Franco Nuovo, Jacques Duchesneau et le profilage racial
La semaine dernière, Franco Nuovo dans sa chronique du Journal de Montréal dénonce et questionne l’ancien chef de police de Montréal, Jacques Duchesneau, maintenant en charge de la sécurité dans les aéroports du Canada. M. Duchesneau trouvait normal et encourageait qu’on fouille plus souvent des citoyens de certaines nationalités. Sommes-nous à faire du profilage racial au nom de la sécurité nationale?
Quand j’ai lu son billet, ma première réaction a été d’envoyer une note à M. Nuovo pour le féliciter pour cette chronique et sa position. Je voulais même aller un peu plus loin dans sa réflexion et questionner le fait que, si M. Duchesneau est en faveur aujourd’hui d’un profilage racial pour assurer la sécurité des aéroports, en était-il ainsi lorsqu’il était le chef de police à la Ville de Montréal? Cela donnait-il raison à Dan Philip de la ligue des droits des Noirs de se plaindre constamment du racisme de la police de Montréal?
Finalement, par manque de temps, j’ai dû prioriser autres choses et je n’ai pas envoyé ma missive à Franco Nuovo. Le 30 août, M. Nuovo nous présente les commentaires qu’il a reçu sur son mail. Des messages donnant raison à Jacques Duchesneau. Des commentaires racistes nous parlant des pures laines du Québec. Personne pour soutenir la position de Franco Nuovo.
Pourtant, je suis convaincu que la majorité des citoyens, tout comme moi, étions d’accord avec Franco Nuovo. Ce ne sont que quelques extrémistes racistes qui lui ont envoyé des commentaires.
Je vais ici me flageller publiquement. Je suis un critique social. Lorsque je suis en désaccord avec ce que je lis ou entend, je m’empresse de faire mon devoir de citoyen et d’apporter un commentaire, une critique, en espérant qu’elle permettra de faire un bout de chemin et influencer positivement notre société. En tant que critique social, je ne peux que blâmer ou pointer du doigt ce qui ne fonctionne pas. Il faut aussi que j’ai la capacité de montrer ce qui va bien. Et ce devoir que je me fais pour trouver un équilibre entre mes critiques vitrioliques et des critiques positives, habituellement je le réussis assez bien.
Mais ici j’ai échoué. M. Nuovo s’est retrouvé seul à devoir faire face aux foudres d’une minorité enragée. Je n’ai pas pris le temps de le soutenir dans sa position et je m’en excuse.
Si je veux éviter que des journalistes et des personnes qui sont influentes pour notre société ne deviennent amer, je dois les soutenir. Si je veux éviter que l’information ne se véhicule que par le témoignage de quelques extrémistes, je dois montrer ma position.
Sommes-nous des spectateurs d’un débat de société qui se déroule devant nous ou en sommes-nous des acteurs impliqués? L’avenir de notre société dépend de notre implication et de notre motivation à soutenir ceux qui ont le courage d’en faire le débat.
Dan Philip, La Ligue des Noirs, un viol et le Journal de Montréal.
Un viol, 12 accusés de race noire. Dan Philip, président de la Ligue des Noirs, rend public une cassette où, la présumée victime de viol, ne semble pas se débattre. Qu’est-ce que Dan Philip a tenté de prouver ici? Tente-t-il de justifier qu’il n’y a pas eu de viol parce que la présumée victime semble consente? C’est bien mal connaître ce que l’on peut vivre à travers ces douloureux instants.
La prise de contrôle exercée sur une personne qui se fait violer peut se faire de plusieurs façons. Par la force physique, par le contrôle psychologique, en affaiblissant la victime avec des drogues ou alcool…
Les moyens sont multiples. Prenons une exemple concret. Un groupe d’hommes séquestrent une femme. Ils lui disent qu’elle va devoir faire l’amour avec tout le groupe. Si elle coopère, elle peut avoir du plaisir et tout va bien se passer. Si elle résiste, elle va se faire battre, rudoyer, mais le résultat sera le même. Les agresseurs amènent tranquillement la future victime à choisir de coopérer à son viol.
Pour l’aider à accepter son choix, les agresseurs lui offrent quelques solides consommations et peut-être un peu de drogue. La victime, terrifiée a effectivement un choix. Elle coopère à son viol et en sort moins endolorie physiquement ou elle résiste. Mais comment résister, seule face à ce groupe d’hommes? La victime devient consentente sur la façon qu’elle va se faire violer. Mais tout cela demeure un viol. Elle n’a jamais accepté de faire l’amour pour le plaisir. Elle a seulement décidé comment elle allait se faire violer. Après une préparation psychologique de la victime, et des caresses, il se peut même que la victime jouïsse et trouve une certaine forme de plaisir. Même si quelqu’un dans la salle filme la victime en train de jouïr, cela demeure un viol.
À partir de cet exemple, les scénarios peuvent être multiples. J’ai déjà reçu en thérapie une femme qui avait accepté de faire l’amour à un prisonnier qui s’était évadé. Sa fille était avec eux à la maison. Sous la promesse que le prisonnier ne touche pas à sa fille, la mère avait accepter de satisfaire les différents fantasmes du prisonnier en cavale. Cette mère de famille a coopéré à son viol pour protéger sa fille. Cela demeure encore une fois un viol.
Un viol, dans la majorité des cas ne porte pas de démonstration de blessures physiques. Le contrôle sur la victime est pris de différentes façons. La majorité des agresseurs connaissent la victime et la cotôye régulièrement. Le viol peut se produire autant au domicile de la victime que de l’agresseur.
M. Dan Philip de la Ligue des Noirs a peut-être voulu aider des noirs dans une cause de racisme. Mais ici, en rendant public une cassette tentant de démontrer que la présumée victime était consentante, il n’a que démontré sa parfaite incompétence en matière de viol.
Le Journal de Montréal, en montrant une photo tirée de cette vidéo de la présumée victime faisant l’amour, même si la photo est un peu flou, est allé, encore une fois, trop loin. Il n’était pas nécessaire de montrer cette photo pour nous faire comprendre les faits.
Pour la présumée victime et son père, je vous envoie quelques bonnes pensées. Je suis attristé des événements que vous avez vécu. Je suis choqué de voir que M. Dan Philip ait rendu public cette vidéo. Je suis aussi choqué que le Journal de Montréal ait visionné cette vidéo, en ait fait la description et ait publié une photo. De très mauvais goût.
Si les accusés voulaient se servir de cette vidéo pour se défendre, c’est à Monsieur le juge qu’il fallait la donner, par l’intermédiaire de leur avocat.
Être mulâtre, le meilleur des deux mondes?
Par Raymond Viger
Si j’avais été Blanc ou Noir, je n’aurais pas pu vivre toutes les expériences que j’ai vécues. Au Québec, on me considérait comme un Noir et j’y ai vécu du racisme. Quand j’ai été en Guinée, le pays de mon père, on m’a traité comme si j’étais un Blanc et j’y ai vécu de la ségrégation.
Né à Montréal, d’une mère Française et d’un père Guinéen, je possède trois cultures. Aujourd’hui je peux dire que cela m’a enrichi. Ayant résidé dans un quartier multiculturel et ayant fait mon primaire dans une école consistant en une majorité d’immigrants, je n’ai pas eu de problèmes à cet âge. J’ai été perçu comme un latino. Mes amis latinos voulaient même m’apprendre l’espagnol.
J’ai vécu mes premières expériences de racisme vers l’âge de 7 ans dans un camp de vacances. Parce que ces camps coûtent cher, j’étais, à ce que je me souvienne, le seul mulâtre et le seul Noir. Me faire traiter de nègre par les autres enfants, me faire dire qu’un Noir ne peut coucher à certains endroits, que je ne pouvais pas avoir de chips ou de friandises, que tout cela est réservé aux Blancs…Je ne comprenais pas la discrimination. Moi qui ne faisais pas de différence dans les couleurs de notre peau.. J’ai voulu quitter ce camp de vacances qui était devenu une sorte de prison. Je suis resté et j’ai tenté de m’intégrer. J’ai réussi en me tenant avec les plus délinquants du groupe, en montrant que je pouvais être uni avec eux contre l’autorité et que j’avais les mêmes intérêts qu’eux.
Au secondaire, j’ai été dans une école privée. Il n’y avait pas beaucoup d’ethnies présentes et j’y ai encore vécu du racisme. Malgré que ce soit une école privée, il y avait quelques skinheads très racistes. Pour mieux se cacher tout en s’identifiant,comme uniforme, certains portaient des lacets de couleur. Je n’étais plus juste un nègre, mais j’étais rendu un ostie de nègre… Je n’acceptais pas la situation. Je les ai confrontés. Cette période a été plus agressive.
Même avec certains de mes amis, il y avait beaucoup de blagues sur la couleur de ma peau. Cela n’était pas fait méchamment, mais ça me gossait. Je ne comprenais pas pourquoi on faisait tant de cas avec la couleur de ma peau, surtout de la part de mes amis. J’ai fini par moins y porter attention. J’ai développé de la patience, de la tolérance. Ça m’a permis de m’identifier comme Noir. J’ai pris le temps de rencontrer ces gens, de leur dire ce que je n’aimais pas. Tranquillement j’ai gagné le respect que je méritais.
Plus tard, j’ai revu des gens qui ont été avec moi dans le camp de vacances. Je crois que j’ai réussi à changer leur perception. Naturellement, avec le temps. L’amitié crée des liens qui nous aident à passer par-dessus nos différences. Par la suite, j’ai fait un voyage de plusieurs mois dans la famille de mon père en Guinée. J’ai été traité de Blanc. Cette expérience a raffermi mon côté blanc. Cela m’a fait découvrir le Blanc qui dormait en moi. Cela m’a fait réaliser que la perception des gens autour de moi variait selon leur degré d’ignorance ou de compréhension. Après un moment, j’ai donc accepté que l’on me traite de Blanc. Ce qui n’était pas complétement faux et vice versa. J’ai pu y découvrir mes deux polarités et développer une fierté d’avoir ces deux cultures en moi.
Je n’ai pu changer la situation en Guinée. J’étais le seul mulâtre. Pour eux, c’était nouveau. Quand tu es un Blanc, tu as de l’argent. Tu paies plus cher au marché. Il y a un prix pour les Blancs et un prix pour les Noirs. En réalité, il y a un prix pour les étrangers et un autre pour les habitants de la place. Même pour ma famille, j’étais considéré comme un riche Blanc et j’en ai payé le prix. Plusieurs ont apprécié mon retour dans le pays de mes origines, mais je ne pouvais avoir confiance qu’à quelques personnes de ma famille.
Je n’ai pas souffert de ces expériences. J’ai pris le temps de réfléchir sur la condition humaine, d’en parler avec mon père et quelques amis de confiance. Malgré la frustration qui m’habitait, j’ai développé une meilleure compréhension. Après tout, ce n’est pas de leur faute, ils n’ont pas vu autre chose. Pour les Guinéens, un Occidental c’est quelqu’un qui peut avoir de l’argent comme il veut. Tu peux tout avoir. Des jobs, il y en a à la tonne. Tu es perçu comme une personne ayant eu la vie facile et que tout lui est accessible.
Aujourd’hui je viens de commencer un travail comme intervenant de rue auprès de jeunes marginalisés. Si dans une rencontre, il y avait un mulâtre qui se faisait taquiner par un Blanc, je questionnerais ce jeune. Pourquoi dis-tu cela? J’essayerais de lui faire vivre la situation contraire. Si tu étais le seul Blanc avec 8 mulâtres, aimerais-tu te faire traiter de Blanc, qu’on insiste sur ta différence? Je tenterais de lui faire réaliser, de lui faire vivre l’expérience. Je tenterais aussi de cerner l’origine de ses propos. Ma blonde m’a laissé pour un Noir…Ce n’est pas après les Noirs que tu en as, mais après un homme qui a volé ta blonde. Il aurait pu être blanc, noir, jaune ou mauve. Tu es triste d’avoir perdu ta blonde. Cette souffrance tu la retournes envers tous les Noirs.
En ce qui concerne le mulâtre qui a subi ce racisme, dans le non verbal, je resterais disponible à lui. Une ouverture d’esprit, une présence qui lui permettra de m’en parler quand il sera prêt. Une ouverture dans l’attitude. Je n’ai pas à le victimiser plus qu’il ne l’est déjà.
Au Québec, le racisme est plus caché que dans certains pays d’Europe ou d’Afrique. Je dirais que le racisme est moins évident, mais plus hypocrite. Ce n’est pas tout le monde qui le réalise, mais même tes amis peuvent l’être, parfois sans s’en rendre compte.
En me voyant, j’ai vu des gens changer leur sacoche de côté. Ils avaient peur que je les vole. D’autres me dévisageait ou tournait le regard… Certaines régions du Québec m’ont fait vivre des situations de racisme plus fortes qu’à Montréal. Même pendant la St-Jean Baptiste. Peut-être ne comprenaient-ils pas qu’un ostie de Nègre pouvait fêter la St-Jean Baptiste comme un Québécois pur laine?
Je suis né à Montréal. Je suis très Québécois. Un Québécois pur laine. Une mère Française et catholique, un père Guinéen et musulman. Je suis un Québécois, avec son accent très québécois, un Québécois mulâtre et fier de l’être.





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