Le sexe banalisé?

Hypersexualisation Le sexe banalisé?

Dominic Desmarais Vol 14.1 Octobre

Dossier Sexualité, Hypersexualisation, Britney Spears

Le sexe récréatif, les concours de fellations, les gangbangs; des jeunes expérimentent leur sexualité dénuée de tous sens. À qui la faute?

C’était au milieu des années 1990. Le SIDA terrorisait la population. Campagnes de sensibilisation par ci, publicités par là, le mot était donné: la fin justifiait les moyens pour résoudre ce fléau. Les gouvernements, les organisations non gouvernementales, les vedettes, tout était mis en place pour renseigner les gens sur les méfaits de cette maladie.

Sexualité des jeunes

Avec le recul, certains se demandent si cette campagne n’aurait pas créé un monstre. C’est du moins l’avis de Jocelyne Robert, sexologue, qui traite de ce problème dans son livre Le sexe en mal d’amour. «L’ampleur de la menace et l’obligation de se doter d’une protection efficace interdisaient que l’on s’embarrasse de pudeur… Pour obtenir des résultats palpables, on n’y allait plus par 4 chemins dans les approches préventives. Au diable les habituelles précautions liées à l’âge ou à la maturité des intéressés. Un chat s’appelait un chat, une sodomie une sodomie, une fellation une fellation. Toute cette crudité délibérée a engendré un nouveau discours sexuel: omniprésent, obsédant, froid…»

En ne parlant que de sexe, pour atteindre l’objectif louable de limiter l’étendue du sida, la société aurait mis ces images dans l’inconscient de tous. En parler ouvertement, abondamment, aurait-il eu un effet néfaste? Celui de nous faire penser au sexe continuellement?

Le sexe est partout

«Les jeunes apprennent ce qu’on leur montre. Et ce qu’on leur montre, c’est que le sexe est partout. Le sexe est très fort. Pour vendre un char, tu as une pitoune», se scandalise Franziska Baltzer, de la clinique pour adolescents de l’Hôpital de Montréal pour enfants. «Et on se demande comment ça les jeunes ont appris le sexe comme moyen de communication», dit-elle, les yeux vers le ciel.

Hypersexualisation

Les ados suivent le courant, celui d’une société où la différence entre les générations s’amenuise, gracieuseté de cette sexualité rassembleuse. «On ne sait plus c’est quoi, les générations. Les enfants, qui devraient être des enfants, sans sexe, sont déjà mis dans du linge sexy, déjà stigmatisés comme êtres sexuels», raconte le Dr Baltzer qui se dit surprise de voir ses jeunes patients les poils pubiens rasés. «Ils enlèvent les signes physiques de maturité pour ressembler plus à des enfants. C’est véhiculé par des adultes. Qui les emmènent se faire enlever les poils pubiens? Qui ne veut pas l’expliquer à sa fille?»

Mme Baltzer a constaté cette épilation généralisée il y a 3 à 5 ans. «Ils disent que c’est pas beau, pas propre, pas hygiénique. Ils ont appris ça je ne sais où.» Le mythe de l’éternelle jeunesse est tenace. L’image fait foi de tout.

Message sexuel: Musique Plus et les Spices Girls

Jocelyn Deguise, réalisateur-pigiste, a commencé son apprentissage à Musique Plus en 1989. Il y est demeuré 6 ans. Suffisamment pour sentir l’évolution de cette chaîne. Il a remarqué ce glissement vers le message sexuel. «Je pense que l’explosion, c’est les Spice Girls. Tu vendais pas juste une séduction, tu vendais l’image: tu vends pour que les filles les imitent. Tu ne fais plus rêver au prince charmant, tu dis regarde la princesse, c’est à ça qu’elle ressemble, c’est ça qu’il faut que tu sois. Comme ça, c’est toi qui vas choisir ton prince charmant. Grâce au girl power.»

Britney Spears et le sexe

«Ça commence toujours à partir de rien. Britney Spears, c’est cute, la fille se dit elle a 2 ans de plus que moi et elle chante, je m’associe à elle. Sauf que Britney a changé. Elle a vieilli… À l’époque, il n’y avait pas vraiment d’implication sexuelle dans les vidéos. Encore moins venant d’un groupe qui s’adressait aux ados. Aujourd’hui, on regarde ce qui se fait de controversé pour faire encore plus controversé. C’est un marketing orchestré pour mieux vendre.»

Le baiser de Madonna et Britney Spears

Un marketing centré sur le sexe. Le sein de Janet Jackson au Super Bowl de 2004, le baiser entre Madonna et Britney Spears dans un gala à heure de grande écoute, la bande-vidéo des ébats sexuels de Paris Hilton. Aujourd’hui, un élément rassemble toute la société: le sexe.

Du sexe pour tous

«T’as trouvé quelque chose qui va t’amener toutes les générations. Tout le monde, peu importe le sexe. Tant que ça va faire de l’argent, ça ne changera pas. Sauf si les jeunes réalisent qu’ils se font avoir, ils vont boycotter. Les ados n’ont pas cette maturité pour comprendre ça. Mais beaucoup d’adultes ne l’ont pas non plus», désespère Franziska Baltzer qui craint d’assister à une société divisée en deux extrêmes. Un bout de chemin en ce sens a été fait. «L’anorexie est extrêmement présente, de plus en plus jeune; de l’autre, l’obésité est de plus en plus grande. Même chose pour la religion. Athée ou fondamentaliste. Il va y avoir un clivage poussant les 2 aux extrêmes.» Le sexe, omniprésent, rassemble et divise. Nous en sommes là. Une sexualité qui s’expose partout et pour tout.

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18 Réponses

  1. 10/19/05 Veronique Dube
    LA Mode Aujourd’hui
    J’ai lu plein d’articles sur la sexualité des jeunes et leurs vêtements. Je ne suis pas d’acord. Je suis une adolescente comme toutes les autres. Je suis la mode mais pas aux limites extremes. J’avoue que certaines exagèrent. Mais pas toutes. La mode, ce n’est pas nous qui la décidons. Nous la suivons seulement. Il n’y a aucun jeune qui c’est dit du jour au lendemin, on va tous s’habiller sexy. Ce sont les designers. Si vous voulez arrêter ça alors les magasins devraient arrêter de vendre ces produits. Et puis les jupe courte on toujours exister …. J’ai vue des photos d’il y a une trentaine d’années. Les jupes étaient courtes, mais pas taille basse. Et si vous imposez des uniformes, ça ne changera rien. Les weekends on sera libre de décider de nos vêtements. Et les vêtements ne dit pas que la fille est une salope ou non. C’est dans la nature de la personne et non dans ses vêtement.

    Sexuellement,c’est seulement vers l’âge de 16 ans que la majorité des filles sont actives. Certaines plus jeunes, mais c’est leur probleme. Ce n’est pas la faute de leurs parents, ni des jeune, mais de celles qui sont naives.

  2. 01/27/06 Anne-Marie Miron
    J’ai une fille de 10 ans qui commence à vouloir porter des chandails bedaines et je refuse. Je ne veux pas qu’elle s’affiche de cette facon. Il y a bien d’autres façons de se montrer et d’attirer l’attention. Celle-là est loin d’être la bonne. La mode nourrie une obsession destructive qu’est la minceur. Je suis bien d’accord avec toi Véronique au sujet des designers et des magazines. C’est le problème je pense. Les médias et l’industrie de la mode nous fait miroiter cette illusion qu’est la minceur. Illusion de santé et de beauté que je désaprouve complètement.

  3. 09/06/06 Janus

    Comme je m’en vais allègrement sur mes 70 ans, je suis donc dans ce qu’en anglais on appelle le «funny number». Tout m’intéresse, mais particulièrement la science, la société, la philosophie (même si ma profession officielle était la psychologie) et la spiritualité au sens large.

    De plus en plus de gens de mon âge sont en forme et, tout comme moi, s’intéressent à ce qui arrive à nos jeunes. C’est pourquoi je suis très intéressé par cette revue que je trouve exceptionnelle tant par la qualité des articles que par leur présentation à la fois simple et soignée.

    Bravo donc aux concepteurs de la revue. Et merci à Geneviève de m’avoir envoyé le dernier numéro à la bonne adresse. J’ai envoyé les articles sur la sexualité des jeunes à ma nouvelle blonde qui est sexologue. Bonne continuation et vive la jeunesse… surtout de coeur.

  4. […] et qui excitent nos jeunes, les incitant à une hypersexualisation et à une banalisation de la sexualité? Devrions-nous exiger le port de l’uniforme dans les écoles? Qui est responsable de […]

  5. […] et qui excitent nos jeunes, les incitant à une hypersexualisation et à une banalisation de la sexualité? Devrions-nous exiger le port de l’uniforme dans les écoles? Qui est responsable de […]

  6. […] 2Pac et Elvis…Suicide sans souffra… sur Suicide sans souffrance, comme…Le sexe banalisé? … sur L’hypersexualisation: pa…raymondviger sur Michael Jackson, 2Pac et […]

  7. […] https://journaldelarue.wordpress.com/2006/10/10/le-sexe-banalise/ Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous  par article que vous lisez et que vous avez apprécié. […]

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