Les publicités sociales qui nous font mal

Les publicités sociales qui nous font mal       Par Raymond Viger

Dossier Alcool et drogue

La dernière publicité reçue au Journal de la Rue a créé un grand débat et tout un émoi. Pouvions-nous prendre le risque de l’accepter?

Une page pleine en couleur. Wow! C’est plaisant pour aider à payer une partie de la facture d’imprimerie qui commence à être salée. À première vue, l’annonceur a une mission qui se rapproche de la nôtre: Éduc-alcool.

La publicité arrive sur mon bureau. Elle soulève un problème de conscience. J’imagine mes amis, membres de différentes fraternités telles que les Alcooliques Anonymes qui arriveraient face à face avec cette publicité dans le Journal de la Rue. La question est lancée. Je ne peux prendre seul la décision de l’accepter et je profite d’une réunion du comité de lecture pour la présenter.

Certains se questionnent sur la pertinence de dire à des jeunes que l’alcool n’est pas un problème si elle est prise avec modération. Il faudrait parler des signes de dépendance, de perte de contrôle. D’autres considèrent aussi que la présentation visuelle de l’annonce donne soif par l’attrait de toutes les sortes de verres présentés. Même le fond de la publicité est associé à un verre de bière format géant!

Nous sommes obligés de nous questionner sur la vocation d’Éduc-Alcool. Étant financé par les producteurs d’alcool, quel est le mandat précis de cette institution: éviter les abus d’alcool ou de favoriser sa consommation? Est-ce que ce genre de publicité tente de nous donner bonne conscience et d’éviter de regarder la réalité d’un problème social?

Ce questionnement s’est ensuite transporté à d’autres publicités sociales. Loto- Québec termine ses annonces de loteries en disant qu’il faut avoir 18 ans pour acheter des billets de loteries. Le fruit défendu ne devient-il pas un incitatif à faire comme les grands? Ce genre d’avis a-t-il un impact réel pour ne pas inciter les jeunes à acheter des loteries?

Avons-nous trouvé le meilleur moyen de promouvoir une société plus humaine et plus sensibilisée aux causes sociales? Jusqu’où les annonceurs ont un devoir d’agir en bon père de famille? Les petits caractères sous les publicités de fabricants automobiles mentionnent : «Ce que vous voyez est réservé à des pilotes professionnels sur des pistes d’essai.» Encourageons-nous les excès de vitesse, la conduite dangereuse et la rage au volant? On tente de nous vendre un véhicule en nous montrant les performances qu’elle peut atteindre mais qu’il serait illégal et dangereux de tenter!

Si chaque annonceur prenait sa responsabilité au sérieux, si chaque annonceur agissait en bon père de famille, nous pourrions, tous ensemble, promouvoir une société où il ferait bon de vivre ensemble. Les organismes communautaires n’ont ni le budget, ni la capacité de concurrencer la violence ou l’attrait de certaines annonces publicitaires.

Il existe des fonds d’investissements verts pour protéger l’environnement, des fonds d’investissements éthiques pour favoriser des entreprises plus respectueuses. Est-ce que ces fonds analysent l’impact social des publicités véhiculées par ces entreprises?

Pour tenter de solutionner le problème, nous avons demandé à Éduc-Alcool de nous proposer une autre publicité. Une qui respecterait mieux la sensibilité de nos lecteurs et susceptible d’être présenté au grand public. Ils ont refusé. Depuis sept ans, ils présentent cette publicité dans plusieurs médias. C’est la publicité qui représente la mission d’Éduc-Alcool. Nous avons vérifié auprès d’un média communautaire qui travaille avec des gens qui ont des difficultés avec l’alcool. Ils n’ont reçu aucune plainte et n’ont pas hésité à publier cette annonce.

Pouvons-nous risquer d’accepter de présenter cette publicité? Même si des agences de communication nous disent rechercher le bien-être de notre société, cette publicité le fait-elle vraiment?

Nous avons décidé de faire paraître cette annonce d’Éduc-alcool. Nous voulons connaître vos commentaires. N’hésitez pas à nous laisser vos commentaires.

Certains l’ont déjà dit: la modération n’existe pas pour ceux qui ont des problèmes d’alcool.

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24 Réponses

  1. 11/16/03 Marie-Hélène
    Très bon éditorial… Éduc Alcool mon c… le gouvernement veut bien nous transmettre ce qu’il veut bien. Il est vrai que cette publicité donne soif. Est ce que tout le monde prend vraiment le temps de lire? Ce qui nous frappe se sont les verres… De plus, suite à une étude qu’il y a eu en 1989 le centre canadien de la lutte contre l’alcool et les toxicomanie a conclu que les occasions de boire de façon abusive donnent lieu à plus de problèmes que le niveau de consommation, proprement dit. En effet, le risque de faire face à un problème d’alcool est plus grand chez un buveur modéré qui s’adonne, à l’occasion à une consommation abusive que chez un gros buveur qui boit rarement ou jamais de façon immodéré.

    Anaway, je suis une alcoolique, sobre depuis 9 ans, j’étudie présentement en toxicomanie à l’université de montréal et j’adore ce que je fais. Je ne crois pas aux messages d’education (éduc-alcool) que le gouvernement essais de nous passer. Ils font des profits et ne veut surtout pas perdre l’une des plus grande source de revenu…

  2. 11/19/03 Raymond Viger. Merci pour ton commentaire. J’aimerais mentionner que beaucoup de gens croit qu’Éduc-alcool c’est le gouvernement. La réalité c’est une association formé des producteurs d’alcool qui font la promotion d’une consommation modérée.

  3. 12/05/03 Julie Joncas
    Je trouve votre questionnement très approprié. Lorsque nous avons une mission sociale, nous ne voulons surtout pas nuire. La publicité d’Éduc-Alcool est effectivement impressionnante et suggestive. Cependant, les publicités radiophoniques de cet organisme m’apparaissent appropriées. Elles semblent avoir une vocation plus préventive, entre autres pour les femmes enceintes.

    Toutefois, le fait de ne pas être en contact avec de la publicité ne règle pas toutes les situations. Il faut se rappeler que pendant les 13 années de prohibition aux États-Unis, la consommation a augmenté. Ce qui m’amène à croire que la meilleure façon de prévenir les abus de toutes sortes demeure le pouvoir de l’individu à contôler sa vie. De même, les gens qui ont une vie bien remplie et satisfaisante sont moins sujet à l’assuétude. Stanton Peele affirme à ce sujet que la dépendance est davantage reliée à l’expérience que procure la substance qu’à la substance elle-même. Il stipule également que la dépendance est un continuum où plusieurs degrés existent entre l’abstinence et la dépendance.

    Pour ce qui est de votre affirmation (que la modération n’existe pas pour ceux qui ont des problèmes d’alcool) je ne partage pas entièrement votre opinion. Je crois que la problématique n’est la même pour tout les gens. Il faut donc faire quelques nuances à ce sujet. Certaines personnes réussissent, malgré les problèmes d’alcool antérieurs, à consommer de façon modérée.

    Cependant, je comprends qu’une personne, ayant eu des problèmes avec l’alcool, trouve risquée de recommencer à prendre une substance qui a déjà engendré l’assuétude.

    J’ai des enfants et je ne souhaite pas qu’ils abusent de l’alcool. Par contre, je crois qu’ils peuvent grandement bénéficier de l’écoute et de l’éducation. Nous ne pouvons pas isoler nos enfants pour les protéger. De toute façon, il existe tellement de formes de dépendance, à des substances et à des activités de toute sortes, qu’il devient impossible de tout contrôler.

    Je crois d’ailleurs que votre travail contribue grandement à briser l’isolement des jeunes et à leur permettre de s’exprimer. Je vois dans ce travail, un antidote aux abus et une merveilleuse initiative sociale.

  4. 10/10/04 Serge Lemire

    En ce qui me concerne, les publicités ne me font ni chaud ni froid. Si jamais elles m’influençaient ce serait parce que mon problème d’alcool n’est pas réglé, un point c’est tout. Ce sont plutôt nos pairs ou nos rencontres quotidiennes qui pourraient plus nous influencer. Qu’on laisse donc les compagnies faire leurs publicités-bidons.

    J’irais même plus loin, j’ai hâte qu’on légalise (pas décriminaliser)le cannabis. Tout cet argent, tous ces profits qu’on laisse entre les mains des bandits. Nous, collectivement nous ne récoltons que les problèmes liés à la contrebande du produit. Malgré la répression, malgré les différentes campagnes de prévention, depuis la fin des années 70, nous n’avons jamais autant été aussi inondé par cette plante maudite.

    Le problème, ce n’est pas le produit(que ce soit alcool ou cannabis), c’est l’humain immature!

  5. 09/03/05 Serge Dubonet

    Je pense que c’est un moindre mal que d’accepter ce type de publicité. Ayant été moi-même toxicomane et alcoolique pendant 30 ans de ma vie, je peux dire que la rechute n’est pas à une pub près. C’est le temps qui nous apprend que certains d’entre nous de pourrons plus jamais consommer quoi que ce soit. Hélas ou tant mieux!

    On sait bien que tous les organismes communautaires ou à but non lucratif  ont de la difficulté à survivre ces temps-ci et s’ils veulent continuer leur travail d’éducation, de sensibilisation et d’aide directe auprès des plus mal pris, je ne vois pas ou est le problème moral à accepter ce genre de publicité. Je peux comprendre certaines réticences mais il ne faut pas non plus être plus catholique que le Pape. Et ne jamais oublier que ce sont les personnes aidées, les personnes qui réussissent à s’en sortir grâce à l’aide apportée qui compte avant tout! Les purs-intellos de salon peuvent bien aller se branler avec leur morale à 5 sous!

  6. 10/03/05 Éric C.

    Je trouve que votre équipe éditoriale a soulevé un excellent point sur lequel personne n’ose se pencher. Il est plus facile de publier une belle page de publicité payante que de se questionner sur la pertinence de cette dernière. On ne veut pas voir le problème de dépendance qui se veut bien souvent à multiples facettes et qui affecte plusieurs personnes de l’entourage. Que l’on songe à l’alcoolisme, à la toxicomanie, au jeu compulsif pour n’en citer que quelques uns. Les gouvernements jouent un peu à l’autruche en faisant semblant que le problème n’existe pas et croient que l’on peut contrôler ce fléau.

    Le fait qu’Éduc-alcool soit financé par des producteurs d’alcool répond à la question. Quel est l’intérêt d’un producteur si ce n’est que de vendre son produit au plus grand nombre. Même chose pour Loto-Québec qui en affichant un produit alléchant mais interdit aux mineurs, incite ces derniers à tenter le diable. Le gouvernement encaisse un énorme montant de ces ventes et donc lui aussi est placé en conflit d’intérêt tout comme ces grosses entreprises. Les compagnies qui tentent d’afficher une conscience sociale, ça sonne un peu faux en général.

    Personnellement, je ne crois absolument pas à la modération où à l’atteinte d’un équilibre dans la consommation quand on a un problème de dépendance quel qu’il soit. Je suis un alcoolique toxicomane abstinent depuis 14 ans. J’ai du m’inscrire à trois thérapies au début et maintenant tout va bien juste pour aujourd’hui grâce à l’aide de fraternités anonymes telles que Alcooliques Anonymes (AA) et Narcotiques Anonymes (NA). Je me suis donné une chance d’être heureux et de m’en sortir.

    Ah en passant, les publicités en général n’ont plus aucune influcence sur mon comportement d’acheteur aujourd’hui car j’ai réglé mon problème de dépendances multiples. Je trouve que les publicités ici sont souvent dépourvues d’originalité et dans le style quétaine si l’on compare à ce qui se fait en Europe où la pub est un art.

  7. 11/19/03
    Salut,je m’appelle André et nous avons deux abonnements de cette revue à la maison, un pour moi et ma blonde, et un pour les kids (9, 12 et 15 ans).

    La pub Éduc-alcool est à notre avis une pub à deux sens:
    1- Promouvoir les produits alcoolisés, car si vous le remarquer, ce que l’on voit en premier dans cette pub, ce sont les verres de bière et la couleur. Une entreprise ne se fait pas Hara-kiri en demandant à ses clients de modérés la consommation de ses propres produits, pas dans une économie basée sur les profits et non sur le bien-être de ses esclaves (unités productives).

    2- Se laver la conscience face à la société. Simplement pour se donner une image, et ce n’est pas ce qui saute aux yeux dans cette pub. L’image est très importante dans notre société. Ce qu’il y a derrière l’image par contre, le consommateur moyen n’y voit que du feu et ces entreprises font bien ce qu’elles veulent, et sournoisement en plus.

    Je suis désolé, je suis certain que cette pub rapporte beaucoup au Journal de la Rue. Mais je ne suis pas certain de la conscience sociale de ces entreprises derrières ces pub à deux faces. Merci et salut la gang.

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