Retour à une vie normale!

Retour à une vie normale! 01-08-2006

J’ai pris un peu de liberté, côté blogue, depuis mon retour! Toutes mes excuses!

Ça fait 3 semaines que je suis de retour. Pas vraiment eu le temps de me remettre de mon voyage. Première semaine, je l’ai passée à travailler mon texte sur les enfants soldats. La semaine suivante, c’était déjà l’heure du deadline pour les textes du prochain numéro (octobrenovembre).

Tout ça pour dire qu’il me faut rapidement passer à autre chose. J’ai l’Asie qui arrive à grands pas que je dois préparer. Une autre demande pour faire des reportages à l’étranger à composer, une autre pour emmener des étudiants en journalisme sur le terrain, à l’étranger, d’autre sujets à couvrir! Pas le temps de m’ennuyer, de penser à la Sierra Leone!

J’imagine que je revivrai la même expérience lors de mon retour du Vietnam et du Cambodge!

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Prise de bec à Gangstertown

Prise de bec à Gangstertown 21-07-2006 

Dominic Desmarais, Enfants-soldats, International

Eh oui, je suis de retour à Montréal depuis lundi. Mon séjour d’une semaine en Europe, après la Sierra Leone, a été une course folle. De sorte que je n’ai pas eu le temps de parler de l’une de mes dernières soirées à Freetown.

Alex et David (je ne sais trop si j’ai déjà mentionné son nom… il s’agit d’un jeune nigérien, ami d’Alex) m’ont amené dans un endroit qui s’appelle Government Wharf. C’est un édifice ravagé par la guerre qui sert de squat pour les gangsters. L’immeuble n’a pas de toit sur la presque totalité de sa superficie. Il y a des murs, certains ne se rendent pas jusqu’au plafond.

Je me suis fait dire qu’il y a quelques années, une féroce lutte opposait ces gangsters à la police, qui cherchait à les faire déguerpir… Visiblement, les forces de l’ordre ont abandonné cette idée, les criminels contrôlent toujours l’endroit.

Alex m’a dit que ces gens, des anciens soldats pour la plupart, aimaient les étrangers. Qu’ils seraient contents de faire la fête avec moi. Ce fut bel et bien le cas. Au début! Intrigués par ma présence – j’étais le seul non africain de la place -, plusieurs venaient me payer une petite visite, question d’en savoir davantage sur ma personne.

Ç’a commencé à déraper quand j’ai pris des photos… Alex m’avait pourtant bien avisé qu’il n’y aurait aucun problème. Pas sûr, j’avais pris la peine de demander à un autre jeune homme que je ne connaissais pas. Lui aussi abondait dans le sens de mon enfant soldat. Alors j’ai sorti mon appareil numérique. Mes photos sont assez quelconques. Après 6 ou 7 photos, un gars de la place aperçoit mon flash… Commençait alors un épisode pas très rigolo…

Le gars en question, James, est un ex-taulard. C’est du moins ce que les gens de la place m’ont raconté. Il a fait 15 ans. Je ne sais pas pourquoi. La seule connaissance que j’ai du système carcéral sierra leonais, c’est par l’entremise d’Alex. Il a fait un mois et demi de prison… pour avoir poignardé un homme. 45 jours pour ça, je me demande bien ce que James a pu faire pour récolter 15 ans…

James a pété sa coche, comme on dit en bon québécois. Ses yeux le faisaient paraître fou. Je crois d’ailleurs qu’il n’avait pas toute sa raison… Il criait, se lamentait. Disons que je n’avais pas besoin de cette attention pour que ma présence soit remarquée!!! Alors que James vociférait, piquait une crise, tout le monde – une centaine de personnes au moins – s’approchait de moi. Curiosité, j’imagine!

En raison du troupeau qui m’entourait et rendait toute explication impossible, on s’est réfugié dans ce qui fait office de cuisine. James et moi nous sommes assis sur le congélateur. La pièce s’est remplie, je voyais des têtes dans l’embrasure de la porte.

James voulait voir les photos que je venais de prendre. J’ouvre une parenthèse: je suis très mauvais, côté technologie. D’ailleurs, j’ai toujours pensé que je n’étais pas né à la bonne époque, tellement je suis dépassé par cette ère informatique… Fin de la parenthèse! Donc James veut voir les photos. D’abord, il me demande de lui donner le film. L’appareil est numérique, donc pas de films. Il se saisit de la caméra. Je résiste de mon côté. On se retrouve, tous les deux, à empoigner la caméra, chacun tirant de son côté.

Il n’en fallait pas plus pour que les esprits s’échauffent à nouveau! Les autres se mettent de la partie, tirant la caméra avec moi. J’obtiens gain de cause, au grand dam de James. Après d’interminables minutes – interminables pour moi, s’entend! -, je parviens à comprendre le fonctionnement de mon appareil. Je montre mes photos à James. Rassuré, il se calme. Il veut tout de même la garder en sa possession.

– On attend le propriétaire de l’endroit, pour lui demander s’il accepte que tu prennes des photos chez lui, qu’il me dit.

J’avais envie de répondre que c’est un squat, un refuge, qu’il n’y a pas de propriétaire, mais à quoi bon prendre la chance de provoquer une autre crise?

Finalement, après des hauts et des bas – lire des crises suivies de périodes plus calmes -, James s’excuse. Tout rentre dans l’ordre. Enfin… presque. La dynamique, dans ce refuge, venait de changer. Et pas pour le mieux. Maintenant que j’étais bel et bien sur la sellette, tout un chacun en profitait pour venir se présenter… Je pouvais sentir ce qui allait arriver dans chacune de mes conversations avec les gens de la place. Ils trouvaient tous une histoire à me raconter qui finissait par une demande d’aide financière. Ma soirée était à l’eau. Je suis parti.

J’ai raconté cet épisode à certains de mes amis. La question la plus fréquente: t’avais pas peur? La réponse est non. Pour la simple et bonne raison que j’étais préoccupé par ma carte mémoire qui contenait toutes les photos de mon séjour. En aucun cas je pouvais considérer la laisser aller. Alors je ne pensais qu’à ça, et non aux problèmes qui auront pu survenir. Et est-ce que des problèmes auraient pu survenir? Évidemment. Ç’aurait pu dégénérer. J’ai cru, à un moment, que ça s’en venait, d’ailleurs.

Mais bon, je suis vivant, j’ai toutes mes dents!

Autres textes sur les enfants-soldats:

Enfants-soldats; Reflet de Société à la Sierra Leone

Enfant soldat et Cause: de la guerre à la rue

Enfants soldats: les anges de la guerre

Les enfants de la rue en Amérique Centrale

Traumatismes de guerre

Chaudrons et AK-47 à 13 ans

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De l’Afrique à l’Europe

De l’Afrique à l’Europe 12-07-2006 

Dominic est revenu de la Sierra Leone dimanche. De retour à Bruxelles, il a rencontré brièvement le directeur des coopératives de santé d’Europe.

Changement d’horaire. Dominic, qui devait passer quelques jours à Paris avec des graffiteurs, a eu la chance d’avoir un rendez-vous avec un organisme d’intervention auprès des prostituées à Amsterdam. Il est maintenant en direction d’Amsterdam.

Les décalages horaires et le voyagement des dernières journées commence à épuiser Dominic. La fatigue se fait sentir, malgré que le moral soit encore au meilleur. Il reste encore 4 jours à ce voyage qui aura duré un peu plus de 5 semaines.

Raymond.

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Enfant-soldat à la Croix-Rouge

Enfant-soldat à la Croix-Rouge 06-07-2006

Dominic Desmarais, Enfants-soldats, International

Grosse journée, hier. D’abord, j’ai emmené Alex, mon enfant-soldat, à la Croix-Rouge sierra-léonaise. Pour savoir s’il lui serait possible d’être choisi pour leur programme de réhabilitation. Il recevrait ainsi, pendant un an, un peu d’éducation, il apprendrait un petit métier, recevrait un repas par jour. De plus, il serait suivi par un enseignant, pour sa vie à l’extérieur du centre.

Je ne sais pas comment ça risque de tourner, pour Alex. Normalement, le programme est réservé aux moins de 18 ans. Alex pense en avoir 19… Aussi, le centre est à l’extérieur de Freetown. À une heure de route, environ. Alex devra s’y trouver un endroit où rester, s’il est choisi. Mais ça, ça peut toujours s’arranger.

Le programme pour l’an prochain n’est pas encore ouvert. Alex devra patienter jusqu’à septembre pour savoir si, finalement, la vie lui offrira cette opportunité. Car, l’idée, c’est ça: lui permettre de quitter la rue. On ne sait jamais, avec le centre de la Croix-Rouge.

Par exemple, j’ai rencontré une jeune femme, Sarah, qui y a passé un an. Elle s’est fait connaître, en raison non seulement de son histoire, mais également de son intelligence. Du même coup, elle a reçu une aide financière pour terminer ses études. Elle attend actuellement ses résultats afin de savoir si elle sera acceptée par l’université. Elle n’aurait jamais eu cette chance, sans le Centre.

Je ne sais pas ce qui arrivera à Alex. S’il aura une telle opportunité. S’il saura profiter de cette chance. Mais, si on n’essaie pas, alors je sais trop bien ce qui l’attend: la rue.

Autres textes sur les enfants-soldats:

Enfants-soldats; Reflet de Société à la Sierra Leone

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Traumatismes de guerre

Chaudrons et AK-47 à 13 ans

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Spectacle Hip Hop Breakdance, Graffiti, DJ et rap

orgue-classique-hip-hop-breakdance-graffiti-dj-rappeurs Le Choc des Cultures – Le Hip-Hop rencontre le classique
Spectacle original mettant en vedette: organistes classiques, break-dancers, rappers, DJ et graffiteurs.
L’église Saint-Nom-de-Jésus expose une centaine de toiles peints par des artistes. Plus de cinquante artistes complices présentent « Le Choc des Cultures ». 25$

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Je suis malaaaaaade!

Je suis malaaaaaade! 04-07-2006

C’est bien désolant… Ça m’a pris samedi soir. Juste après cette petite réception pour la Fête du Canada. Mon estomac m’a vite fait comprendre que je ne quitterais pas la salle de bain de la nuit…

Mais, voilà. Dimanche et lundi n’ont guère été mieux. Au moins, j’ai pu sortir! Pas le choix, j’ai des contacts encore à faire, dont des organismes à rencontrer lors de mon retour en Europe à compter de lundi prochain. Alors, je m’occupe de la besogne prioritaire…

Malheureusement, mes maux vont m’empêcher, faute de temps, d’aller visiter une autre province comme j’espérais le faire cette semaine. Ce que je voulais faire ce week-end a été remis, idem pour hier. Y’a pas de quoi s’inquiéter, cependant. Ce n’est pas comme si ça ne m’était jamais arrivé!!!

Le problème, c’est qu’il n’y a pas grand-chose à faire. Pas de remède miracle. Je ne sais même pas ce qui a pu me causer ce mal d’estomac. Le café que je prends dans la rue si régulièrement? La nourriture que je mange? Peut-être mes cokes ou orangeades, que je déguste dans les bars alors que je regarde les matches de la Coupe du Monde? Ici, une mouche qui survole votre verre peut très bien y déverser ses bactéries. À moins que ce ne soit l’urine des rats, dans les garde-manger de ces établissements…

Des façons d’attraper ce mal, il y en a tellement que je n’ai aucune idée comment j’ai attrapé mon mal de ventre. Alors, rien ne sert de paranoïer.

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Témoignage sur l’implication bénévole

benevolat-benevole-implication-jeune La récompense – Regard sur des gens de cœur
Documentaire sur l’implication bénévole.
-Découvrir sa communauté, donner un sens à sa vie…
-Briser son isolement et celui d’autrui.
-Découvrir de nouveaux amis.
-Prendre part à la vie sociale et de quartier.
-Une source de contact et d’échange.
-L’acquisition de nouvelles connaissances.
-Une occasion d’expérimenter et mieux se connaître.
S’impliqer c’est trippant et ça mérite d’être vécu. 25$

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
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La photo que je n’ai pas prise…

La photo que je n’ai pas prise… 02-07-2006 

Je m’en veux encore… J’étais à Kabala, ville centre de la province du même nom. La province la plus éloignée de la capitale. 6 heures de route.

Je suis arrivé, en fin d’après-midi, à l’heure où le centre de réhabilitation pour enfants victimes de la guerre ferme. Pas trop déçu, je me dirige, avec le chauffeur de la Croix-Rouge, Chernor (un Sierra Léonais), vers l’un des deux endroits où il est possible de regarder le match de foot (soccer). C’est un gros match: Brésil contre Ghana, seul pays africain qualifié pour le second tour de la Coupe du monde.

L’endroit, le Sonfon, est bondé à craquer. Ils sont plus de 300 Sierras Léonais entassés dans ce bar qui n’offre presque pas d’ouvertures. Le bar est fait en forme de croix, de sorte que l’on retrouve 4 téléviseurs à chaque bout.

Je voulais prendre une photo de toutes ces personnes. Montrer qu’eux aussi peuvent être aussi fanatiques que nous, côté sports. Tout ce monde, torse nu, suant à grosses gouttes, le regard rivé sur le match.

J’étais trop gêné, voilà pourquoi je n’ai pas pris la photo. M’adresser à des centaines de personnes, je n’étais pas prêt… Car je n’aurais pas pu juste sortir mon appareil et faire comme si de rien n’était… Disons que j’étais le seul anachronisme dans la place… J’avais en mémoire mes démêlés avec certains jeunes de la rue, lors de ma nuit passée avec mon enfant soldat. Et cette fois où, dans le transport en commun (en fait, une Westphalia, où l’on s’entasse à plus de 12), j’ai été témoin d’une solide dispute entre deux personnes de la place… en raison de ma présence en ces lieux…

Bref, comme deux jeunes, dès le début de la partie, se sont échangé de solides baffes — un peu trop partisans!!! —, je ne voulais pas non plus créer une commotion entre ceux qui auraient accepté ma demande et ceux qui auraient refusé… Alors, je n’ai rien dit.

Le lendemain soir, j’étais avec une quinzaine de jeunes adultes de Kabala. Je leur ai raconté mon histoire. Ils m’ont dit que j’aurais dû le demander, que les gens auraient accepté… Ils ont bien raison. Je me suis mis des limites, pensant à leur place qu’ils auraient pu me trouver voyeur… Je garde cet épisode frais en ma mémoire. La prochaine fois, je demanderai.

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Battle breakdance hip hop des meilleurs breakers de Montréal

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Vidéo VHS, compétition de break-dance.

Skywalker, Omegatron, Psycho Red, Silo, Trackmaster, Strike 3, Jayko Superstar, Speedy, Place Pieces (Maximum Efficiency), Tiger, Dj Frank Boulevard, Dj Devious.
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Joies et misères de la jeunesse à Freetown

Joies et misères de la jeunesse à Freetown 26-06-2006

Dominic Desmarais, Enfants-soldats, International

J’ai finalement décidé de couper mon message en deux. L’autre partie se trouve juste avant celle-ci.

J’ai enfin du temps pour partager ma nuit de mercredi passé. Une nuit que je qualifierais de magique, car riche en émotions de toutes sortes.

D’abord, ma rencontre avec Alex, mon enfant soldat de la rue. C’était lors d’un match de la Coupe du monde de soccer. Dans un petit bar, tout ce qu’il y a de plus simple, sur le bord de l’océan Atlantique: des chaises disposées devant une télé de grosseur moyenne, sous une grande hutte de bambou. Les pieds dans le sable fin, le soleil qui éclaire la télé, empêchant la plupart du temps de suivre la course du ballon! L’intérêt, c’est dans la réaction des gens. Leurs cris de joie, d’indignation, leur appui indéfectible pour leur équipe, mais pas trop partisan pour les équipes africaines. Comme cette journée, où jouait le Ghana.

À la mi-temps, je me suis retiré un peu de cette promiscuité. Contempler la plage d’un peu plus près. Il y avait un groupe de jeunes. J’ai entamé la conversation. La raison de ma présence à la Sierra Leone est vite tombée sur le sujet. Du coup, les jeunes ont pointé l’un des leurs: je venais de rencontrer Alex. Un peu taciturne, endormi. Petit de taille, mais athlétique. Je lui aurais donné 16 ans. Il en a 19. C’est du moins l’âge qu’il pense avoir. Enlevé par les rebelles à 10 ans, il ne connaît pas la date de son anniversaire. Ni le temps qu’il est resté dans la jungle, à guerroyer. 5 ans, selon lui. Mais allez savoir… Ce fut, pour lui, une longue année qui a duré on ne sait trop combien de temps.

Alex était ouvert à l’idée de me raconter son expérience. On s’est donné rendez-vous pour le lendemain. Regarder la partie de soccer, faire une partie de l’entrevue à la mi-temps, poursuivre après. On quittait le bar pour se retirer dans un endroit un peu plus isolé. Son histoire, Alex ne veut pas que tous la connaissent. Certaines personnes, bien que la guerre soit terminée depuis 5 ans, n’ont pas pardonné, les exactions commises. De ce côté, Alex est loin d’être aussi innocent que son apparence ne le laisse suggérer. Parfois, quand certains jeunes venaient rôder, intrigués par la présence en ces lieux d’un étranger, entouré de 4 ou 5 jeunes sierras-leonais, avec un calepin et un crayon, il fallait tout arrêter.

L’entrevue s’est déroulée sur plus d’une journée, en raison de cette méfiance envers les gens qu’Alex ne connaît pas. Devant ses amis, qui n’ont pas connu l’expérience de la guerre, Alex ne se retient pas. Son histoire, ils la connaissent. Même qu’ils l’aident à se souvenir, en lui rappelant certains événements qu’il a passé sous silence. Ou en rajoutant des éléments aux explications d’Alex. Car Alex n’est pas un grand orateur. Ses réponses sont simples. Il n’y a pas d’enrobage avec lui. Il répond à la question, point à la ligne.

Après quelques rencontres, j’ai su qu’il vivait dans la rue. Je lui ai dit que j’aimerais bien l’accompagner, pour une nuit. M’ouvrir à sa réalité. J’ai entendu son histoire pendant qu’il était enfant soldat, je voulais maintenant avoir un aperçu de sa vie après. En fait, Alex m’offre la possibilité d’établir une comparaison entre les enfants soldats qui ont reçu l’aide des ONG et ceux qui sont passés entre leurs mailles. Je n’ai aucune idée, pour le moment, si l’après-guerre est différent pour lui que pour ces autres enfants éduqués par les ONG.

Je rencontrais Alex à 21 h. Il était accompagné de David, un Nigérien qui a quitté son pays il y a 2 ans. David appréhendait son avenir avec peu d’espoir, au Nigeria, vu le nombre d’habitants. Je n’ai pas les chiffres avec moi, désolé. Mais, bon, David ne me semble pas mieux parti ici. C’est un jeune très intelligent, qui essaie de se débrouiller en jouant les caddys au club de golf. Il aspire à devenir un génie de l’informatique. Encore faut-il qu’il ait les moyens d’aller à l’école…

Mais je m’écarte. Donc, je rejoins mes 2 compères à 21 h. Namvula, une Anglo-Zambienne, vient nous rejoindre. Elle est photographe à la pige. Je l’ai rencontré le lendemain de mon arrivée. Tous les 4, nous nous sommes dirigés vers un endroit fort populaire auprès de jeunes sierras leonais peu fortunés. Sans surprise, Namvula et moi sommes les seuls étrangers. L’endroit est en fait une rue qui donne sur un petit cinéma (une cabane de bois avec une télé qui joue des films en DVD), un bar, de petits kiosques qui offrent de la nourriture, des bonbons, des cigarettes, etc.

En début, de soirée, la rue est plus populaire que le bar. À l’intérieur, les rares clients du moment essaient de discuter sur une musique qui crève les tympans. Le bar n’a pas de plancher. Que le sol, de la pierre sablonneuse inégale. En retrait, près des toilettes, se trouvent des chambres. 4 chambres. Les femmes de l’endroit y amènent leurs clients. 4000 Leones (3000 Leones = 1$ US) la chambre, 10 000 la fille. Pas de pimps. L’endroit est assez lugubre, peu éclairé. Les femmes sont peu affriolantes, et pour cause. Les plus belles traînent dans les boîtes fréquentées par les étrangers, dans l’espoir non pas de passer une nuit contre rétribution, mais plutôt pour y trouver un petit ami, voire un mari. Une façon comme une autre, pour elles, de se sortir de leur misère. L’amour, pour ces filles, est synonyme d’argent, de vie à l’extérieur de la Sierra Leone. Elles sont nées belles, elles utilisent leur principal atout pour se sortir de leur vie.

Je m’égare encore!!! Retour à la rue, donc. Alex semble connaître beaucoup de jeunes. Pour le reste, ils viennent parler à Namvula ou à moi. Il y a Alsyn, un jeune de 13 ans, qu’Alex a pris sous son aile. Alsyn (je ne sais comment il écrit son prénom) a dû transporter toutes sortes de choses, dont des munitions, à la fin de la guerre. Il avait 8 ans. Je suis censé le rencontrer le week-end prochain. Il va à l’école, ce qui ne l’empêche pas de traîner avec nous.

Les gens autour de nous boivent de l’alcool. Mais, ce qui surprend, c’est le nombre impressionnant de personnes qui fument de la marijuana. Tout le monde tire sur un joint. Ils sont en petits groupes, à se le passer. Ce manège, c’est toute la nuit qu’il se poursuit.

Vers une heure du matin, Alex nous amène faire un tour. Un long tour. On déambule dans des rues qui me sont totalement inconnues. Il fait noir à ne rien voir devant soi. Déjà que la ville a un grave problème d’électricité, ce n’est certainement pas dans ce quartier qu’on risque d’en trouver. Alors, pas de lumière dans cette nuit sans étoiles!!!

Alex, lui, avance d’un pas assuré. Il sent les trous, les flaques d’eau, sans même regarder le sol. Il avance rapidement, mais se retient pour nous. Il joue au protecteur. Et il prend son rôle au sérieux. Lui, qui souriait quelques minutes avant, avec ce qu’il avait fumé, le voilà soudainement sérieux. Il veut nous montrer tous ces jeunes qui dorment là où ils le peuvent. Il fait tellement noir que, sans son œil averti, je serais passé sans les voir.

Ils sont partout. C’en est affolant. Sur des chaises contre les maisons ou petits commerces, dans un café Internet ouvert toute la nuit, sur le sol… Certains dorment debout, arc-boutés contre une commode. Namvula sort son appareil photo. Pas d’autres choix que d’utiliser le flash, vu la noirceur.

C’est là que je me suis rendu compte que j’étais journaliste, pas photographe. J’avais avec moi mes appareils photo. Mais je n’ai pas été capable de les sortir. J’aurais été bien incapable de prendre ne serait-ce qu’un cliché. Parce que je ne pouvais assumer de prendre leur image sans leur permission. Remarquez, j’étais bien content que Nam ait le caractère qu’il faut pour ce genre de situation. Je n’ai aucun problème à rencontrer des gens dans des endroits qui ne sont pas sécuritaires, des tortionnaires, des criminels de guerre. Ça ne me dérange pas du tout. Au Congo, on m’a déjà sorti de mon véhicule. Une trentaine de miliciens, le AK-47 à la main, qui m’ont forcé à me rendre dans une hutte. Et j’en passe. Je n’ai aucun problème avec ça, parce que je suis capable de bien vendre ma salade. Pourquoi je suis là, ce que je fais… Mais pas la photo. Je ne suis juste pas capable de l’assumer, donc de l’expliquer.

Parce qu’on en a eu, des problèmes! Chaque endroit visité, chaque photo, était source de conflits. Ceux qui avaient les yeux grands ouverts n’apprécient pas notre présence. Nam est drôlement bonne. Elle parle créole, leur langue, elle est jolie, rassurante. Bref, avec l’aide d’Alex, on s’en sortait à tous les coups.

Notre marche nous a menés vers un terrain de soccer. À l’arrière du terrain, se trouvent de simples installations comme le banc des joueurs. Je n’ai pas pu compter le nombre de jeunes qui y dormaient. Trop nombreux. À en donner la chair de poule. Puis, le plus vieux, celui qui voit à leur bien-être — de façon informelle — est arrivé sur les lieux, attiré par le flashe de Nam. David et Alsyn, dans un premier temps, ont dû lui expliquer ce que nous faisions. Alex est allé les joindre, nous laissant, Nam et moi, en retrait. Finalement, le gars en question a accepté que Nam prenne ses photos. À condition que j’aille lui parler…

On n’a pas négocié. Il voulait simplement me dire qu’il approuvait ce que nous faisions. Que personne, dans son pays, il parlait du gouvernement, sans le nommer, ne voulait faire quoi que ce soit pour ces jeunes. Je vais peut-être, si le temps me le permet, aller le voir. M. Alfred Wilson, de ce que j’ai compris!

Ensuite, c’est la marche à travers d’autres rues. Sous le brouhaha des jappements de chiens. Bientôt suivis par des lumières qui s’allument, lampes de poches ou à l’huile, des résidents. À cette heure, dans ces rues, il n’est pas normal d’y retrouver des gens. On a déguerpi, plutôt que d’avoir à fournir — encore! — des explications.

Puis, ce fut la visite d’un marché. Une grande surface en béton blanc. La montée, boueuse, était assez difficile. Et l’odeur… Quand ils m’ont dit que c’était un marché, je ne les ai pas crus. Ça ressemblait davantage à un abattoir. Avec les déchets de toutes sortes, que je ne pouvais voir, mais que pieds sentaient au fur et à mesure que je foulais le sol. À perte de vue, de longs comptoirs blancs de béton, avec des ouvertures ça et là vers le plancher. Il était trop tôt, mais Alex m’a dit que, vers 4 ou 5 heures du matin, ils sont nombreux, les jeunes à venir s’y assoupir, après une nuit a faire la bringue.

C’est d’ailleurs ce que nous sommes allés faire. Nous sommes retournés au point de départ. Mon enfant soldat de la rue, il passe ses nuits debout, à cet endroit. Il passe les heures avec ces jeunes qui, comme lui, n’ont rien d’autre à faire que de traîner à cet endroit. En attendant que la fatigue les prenne, que l’endroit où ils vont dormir devienne alors bien secondaire. Alex, lui, dort vers 5 h. Il se réveille 2 ou 3 heures plus tard. Je comprends, maintenant, pourquoi il passait son temps à me dormir dans la face, de jour, lors de nos rencontres…

Moi, qui suis habitué à ces longues nuits — pas de partys, cependant —, je n’en pouvais plus à 5 h. Mais il faisait encore trop noir pour penser rentrer à la maison. Alors, on s’est assis, comme ça, sur le trottoir, à attendre. Des jeunes se sont rajoutés à nous. Les joints se sont encore allumés. Je parlais avec Ibrahim, 8 ans. Incapable de dormir. Il vit lui aussi dans la rue. Pas de parents. Que sa sœur, qui arrive à peine à faire vivre ses propres enfants, sous son toit. Ibrahim travaille l’après-midi. Il transporte pour d’autres des biens sur sa tête. À raison de 200 ou 500 leones (entre 20 et 25 cents) dépendamment de la longueur de la route ou de la pesanteur de ce qu’il a à porter. Ibrahim me raconte tout ça dans un anglais plus qu’approximatif, teinté de créole. Il tire sur sa cigarette, plus tard un joint, comme un vieux de la vieille.

J’ai acheté à manger pour notre petit groupe. On a dû partager avec d’autres jeunes qui squattaient avec nous. Au menu, à cette heure, des omelettes — sale un peu trop à souhait! — dans des pains de style kayser. Un seul remplit l’estomac plus qu’il n’en faut. Ibrahim n’a pas partagé. En 2 minutes, il avait tout englouti. Rien mangé de la journée. Pas de travail, la malaria l’a gardé au lit toute la journée. Encore que parler de lit est une expression, dans ce cas-ci.

Le temps du repas a été calme. Tout le monde — moi y compris — dévorait sa moitié de sandwich.

Et le bal est reparti… Alors que la plupart des gens que nous avions rencontrés étaient sympathiques, en un rien de temps l’atmosphère s’est changée. Pour un rien — je crois que des jeunes s’ostinaient sur le bien-fondé ou non de nos photos prises plus tôt — deux jeunes se sont mis à se taper dessus. Une bataille pour hommes, mettant aux prises des ados… Tout le monde s’y est mis pour les séparer. Rien à faire. Les fils se sont touchés. Ils ont continué de plus belle. Ensuite, ce fut le tour à ceux qui tentaient de les séparer. Une violence gratuite. Cette violence, elle est latente. Il ne suffirait de rien, ici, pour que la guerre ne reprenne. Mais ça, c’est un autre sujet sur lequel je reviendrai peut-être une autre fois!

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Premiers contacts à Freetown

Premiers contacts à Freetown 25-06-2006

Dominic Desmarais, Enfants-soldats, International

Attachez votre tuque, mon message risque d’être tout sauf court, cette fois. J’ai du temps devant moi, et j’ai tellement à raconter!

D’abord, mon truc pour rencontrer des gens de la place en qui je peux avoir confiance. Au début, je ratisse large. C’est simple, je parle à tout le monde. Je prends le même transport et je salue tous les occupants du taxi ou du bus (un Westphalia rempli à craquer). Je marche également beaucoup, ce qui est rare de la part des étrangers. Je me donne donc la possibilité d’être facile d’approche. Et quand je marche, je salue tout le monde sur mon passage. J’ai un très bon timing, actuellement. C’est la Coupe du monde de soccer. Ils en sont friands, du foot. Alors, je vais regarder des matchs là où on ne retrouve que des Sierras léonais.

Mon premier contact est primordial. Mais pas infaillible, c’est certain. Ainsi, je rencontre des gens qui n’aiment pas les étrangers. Je sens leur méfiance, leur animosité. La plupart du temps, ils ne m’abordent pas. C’est réciproque! Il y a également ceux qui me demandent de l’argent. «Monsieur le Canadien, vous savez, la vie n’est pas facile ici…» Combien de fois ai-je entendu ce refrain? Je les comprends très bien. Ils n’ont rien à perdre, ils sont peu souvent en contact avec un étranger — et, ici, blanc = riche —, ils n’ont pas nécessairement mangé de la journée… À leur place, je ferais probablement de même… Il s’agit, évidemment, de la catégorie de personnes (je déteste cataloguer les gens, mais je ne peux faire autrement, vu le peu de temps dont je dispose à la Sierra Leone) que je rencontre le plus fréquemment. Je ne développe pas de liens avec ces gens. À quoi bon? Ils me voient comme un guichet automatique. Alors, quelle conversation puis-je avoir avec eux? Leurs histoires vont toutes se diriger vers la même logique: que je leur donne de l’argent.

Il y a finalement ma catégorie préférée, celle que je recherche. Je suis assez chanceux, je tombe assez rapidement sur ces personnes. Il s’agit de ceux qui sont contents de voir qu’un étranger s’intéresse à eux. Qui voient en moi une personne différente, car, plutôt que de me promener dans une belle bagnole, d’être entouré que de la diaspora des coopérants étrangers, je suis seul… avec eux. Ça, je l’explique rapidement à ceux qui en profitent pour évacuer leurs frustrations envers les étrangers. Et ça fonctionne à tous les coups. C’est juste que la vie ne leur a pas donné la chance de voir les choses avec cette ouverture.

Les gens que je rencontre ne me voient pas juste comme Dominic, le journaliste. Ils voient en moi le Canada. Certains ont déjà eu des contacts avec des Canadiens. Pour d’autres, j’en suis le tout premier représentant. Moi, j’en ai conscience dans mes échanges. Je m’assure qu’ils aient non seulement une bonne opinion de moi, mais aussi de mon pays. Il m’est arrivé, dans le passé, d’avoir vu des portes s’ouvrir, à l’étranger, en raison de ma citoyenneté. Des gens qui avaient rencontré des Canadiens qui les avaient en haute estime. Alors, je me dis, sans savoir ce qu’il en adviendra, que j’aide probablement mes compatriotes qui passeront par le même chemin que moi.

J’avoue que je n’ai pas frayé avec le gratin sierra-léonais ou même étranger, ici. Mais j’ai parlé à une centaine de personnes, déjà. Une centaine de personnes qui associent le Canada au respect, à l’ouverture.

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Nuit endiablée dans les bas-fonds de Freetown

Nuit endiablée dans les bas-fonds de Freetown 25-06-2006

Dominic Desmarais, Enfants-soldats, International

J’ai bien peur de faire mon agace… J’ai trop peu de temps pour décrire adéquatement la nuit que j’ai passée avec Alex, mon enfant soldat de la rue! Et cette nuit, je veux bien la raconter, car elle représente exactement ce pourquoi j’estime avoir le plus beau boulot qui soit au monde. Pour la personne que je suis, bien entendu.

Alors encore une fois, ce n’est que partie remise. J’ai un horaire assez surchargé cette fin de semaine, et, vu les heures d’ouverture du café Internet, je ne sais trop encore quand j’arriverai à rendre ne serait-ce qu’un peu justice à cette folle nuit. Juste dire qu’elle fut un mélange d’ouverture sur un monde qui m’est inconnu, union avec une autre culture, aventure, misère, joie, violence. De tout, pour tous les goûts!!!

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poesie-urbaine-jean-simon-brisebois-art-de-la-rue Poésie urbaine. Renaissance. Depuis 1997, Jean-Simon Brisebois s’est découvert une passion pour écriture. Il s’implique activement dans divers projets communautaires dans Hochelega-Maisonneuve.
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