Premiers contacts à Freetown

Premiers contacts à Freetown 25-06-2006

Dominic Desmarais, Enfants-soldats, International

Attachez votre tuque, mon message risque d’être tout sauf court, cette fois. J’ai du temps devant moi, et j’ai tellement à raconter!

D’abord, mon truc pour rencontrer des gens de la place en qui je peux avoir confiance. Au début, je ratisse large. C’est simple, je parle à tout le monde. Je prends le même transport et je salue tous les occupants du taxi ou du bus (un Westphalia rempli à craquer). Je marche également beaucoup, ce qui est rare de la part des étrangers. Je me donne donc la possibilité d’être facile d’approche. Et quand je marche, je salue tout le monde sur mon passage. J’ai un très bon timing, actuellement. C’est la Coupe du monde de soccer. Ils en sont friands, du foot. Alors, je vais regarder des matchs là où on ne retrouve que des Sierras léonais.

Mon premier contact est primordial. Mais pas infaillible, c’est certain. Ainsi, je rencontre des gens qui n’aiment pas les étrangers. Je sens leur méfiance, leur animosité. La plupart du temps, ils ne m’abordent pas. C’est réciproque! Il y a également ceux qui me demandent de l’argent. «Monsieur le Canadien, vous savez, la vie n’est pas facile ici…» Combien de fois ai-je entendu ce refrain? Je les comprends très bien. Ils n’ont rien à perdre, ils sont peu souvent en contact avec un étranger — et, ici, blanc = riche —, ils n’ont pas nécessairement mangé de la journée… À leur place, je ferais probablement de même… Il s’agit, évidemment, de la catégorie de personnes (je déteste cataloguer les gens, mais je ne peux faire autrement, vu le peu de temps dont je dispose à la Sierra Leone) que je rencontre le plus fréquemment. Je ne développe pas de liens avec ces gens. À quoi bon? Ils me voient comme un guichet automatique. Alors, quelle conversation puis-je avoir avec eux? Leurs histoires vont toutes se diriger vers la même logique: que je leur donne de l’argent.

Il y a finalement ma catégorie préférée, celle que je recherche. Je suis assez chanceux, je tombe assez rapidement sur ces personnes. Il s’agit de ceux qui sont contents de voir qu’un étranger s’intéresse à eux. Qui voient en moi une personne différente, car, plutôt que de me promener dans une belle bagnole, d’être entouré que de la diaspora des coopérants étrangers, je suis seul… avec eux. Ça, je l’explique rapidement à ceux qui en profitent pour évacuer leurs frustrations envers les étrangers. Et ça fonctionne à tous les coups. C’est juste que la vie ne leur a pas donné la chance de voir les choses avec cette ouverture.

Les gens que je rencontre ne me voient pas juste comme Dominic, le journaliste. Ils voient en moi le Canada. Certains ont déjà eu des contacts avec des Canadiens. Pour d’autres, j’en suis le tout premier représentant. Moi, j’en ai conscience dans mes échanges. Je m’assure qu’ils aient non seulement une bonne opinion de moi, mais aussi de mon pays. Il m’est arrivé, dans le passé, d’avoir vu des portes s’ouvrir, à l’étranger, en raison de ma citoyenneté. Des gens qui avaient rencontré des Canadiens qui les avaient en haute estime. Alors, je me dis, sans savoir ce qu’il en adviendra, que j’aide probablement mes compatriotes qui passeront par le même chemin que moi.

J’avoue que je n’ai pas frayé avec le gratin sierra-léonais ou même étranger, ici. Mais j’ai parlé à une centaine de personnes, déjà. Une centaine de personnes qui associent le Canada au respect, à l’ouverture.

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