Des revendications religieuses qui dérangent ?

Nicole Sophie Viau

La religion est au cœur de bien des controverses. En Irlande les conflits armés entre catholiques et protestants se perpétuent. Un peu partout dans le monde, on rapporte presque quotidiennement des actes de terrorisme menés par des intégristes islamiques en guerre contre les “infidèles”.

Ici, nous sommes également affectés à un degré moindre bien sûr, mais non moins préoccupant. Les litiges se retrouvent devant les tribunaux concernant le port du voile ou du kirpan, les pressions plus ou moins insistantes de groupes religieux pour obtenir des dérogations aux règlements et plus récemment, le conflit entre copropriétaires suite à la présence d’une soukkah installée sur le balcon de condos luxueux, l’incendie de la bibliothèque à l’école primaire juive Talmud Thorah Unis dans l’arrondissement Saint-Laurent… Dans de telles situations, les opinions se polarisent, les gestes d’intolérance se multiplient et l’exclusion est l’une de conséquences les plus pernicieuses par la volonté de nier l’identité des personnes honnies.

Je crois à la différence, car elle est un des moyens pour une société d’évoluer, de grandir.  La richesse et la stimulation que m’apporte celui qui vient d’ailleurs ou les personnes qui nous remettent en question font en sorte que je grandis, J’apprécie la cuisine exotique, une autre façon de s’habiller, la diversité des rites, une spiritualité qui tranche avec la culture de masse que nos économies occidentales imposent souvent sans notre avis ou à notre insu. Ce qui tisse une société ce sont ses valeurs communes et ce qui la distingue est sa capacité à accepter la différence. Tout cela est bien beau, mais comment ces valeurs se traduisent dans mes relations quotidiennes avec les autres face à leurs revendications religieuses?

Je me souviens des premières fois que j’ai vu des femmes indiennes à Montréal.  Elles portaient un voile sur la tête et cela ne me dérangeait pas, au contraire je trouvais cela très beau avec leur sari. Alors, pourquoi les revendications pour le port du voile islamique, entre autres, me dérangent? Une première réponse s’impose à moi, le voile est lié à la lutte que j’ai menée pour avoir le droit d’être une femme à part entière.  Le port du voile me dérange, mais ne m’empêche pas d’accueillir la personne qui le porte.  Il y a une différence entre être agacé et être privé d’une liberté.

Par contre, je ne peux pas ne pas savoir que derrière ces revendications, il y a le désir d’imposer une pratique religieuse. Je m’en méfie à causes des dérives actuelles et passées. Le dogmatisme, trop souvent présent dans la religion, conduit à la violence parce qu’il nie la différence.

De façon plus précise, l’aménagement de moyens pour vivre avec les différences et faire confiance en la capacité de nos institutions à défendre nos valeurs, particulièrement nos tribunaux, contribuent à la vie démocratique et à sa pérennité.  En reprenant deux exemples de revendications énumérées au début du texte, voyons s’il est possible de proposer une solution pour démontrer que la bonne volonté évite les conflits.

L’Université pourrait aider les musulmans à se trouver un local près de l’ÉTS et ces derniers accepter ce compromis.  Dans le cas du kirpan, si l’école avait pris un arrangement avec les Sikhs pour que le couteau soit porté sous le vêtement de façon à ne pas être vue? Et si les sikhs avaient pris un arrangement préalable avec la direction de l’école!  Ils vivent dans une société ouverte, mais qui fait face à des pressions pour assurer la sécurité de ses citoyens.

Comment vivre avec ces pressions dans le quotidien? Parfois, c’est la peur de l’autre qui nous porte à le rejeter, à se méfier.  Se donner la peine de connaître l’autre et de s’informer à plusieurs sources demeurent les meilleures garanties de la paix sociale. Dans le quotidien cela se traduit par différencier ce qui nous dérange et une action qui menace ou est une entrave réelle à notre liberté. Surtout, la pratique de la religion ne doit pas servir de moyen pour imposer une domination qui n’a rien à voir avec l’exercice de la démocratie. Jusqu’où peut-on laisser quelques intégristes ou fondamentalistes justifier leurs actions fanatiques par leurs interprétations des saintes écritures?  Ils réussissent là où règnent la misère et l’ignorance.

Tant que nous pouvons manifester nos opinions, être en désaccord et pouvoir vivre la différence sans être inquiétés ou exclus, nous pratiquons la démocratie. C’est le meilleur moyen de combattre l’intolérance et l’intransigeance.

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