Les syndicats: un mal nécessaire?

Les syndicats: un mal nécessaire?

Par Nicole Sophie Viau

Chaque fois que des syndiqués utilisent des moyens de pression pour revendiquer de meilleures conditions de travail, au mieux on est d’accord ou indifférent s’ils ne dérangent pas notre vie, au pire on veut leur disparition s’ils ont le malheur de perturber notre vie. Pire, si ces syndiqués ont de meilleures conditions qu’eux-mêmes, on trouvent cela honteux, inacceptables.

Souvent, j’entends des professionnels ou des travailleurs relativement bien payés se plaindre des syndiqués et montrer un certain mépris, voir être carrément insultés à la pensée d’être syndiqués eux-mêmes. Ces mêmes personnes travaillent comme des zombies. Le prestige, ou ce qu’ils perçoivent comme un job de prestige, ne peut pas être un travail de syndiqué; ils occultent ainsi le fait d’être des salariés soumis à la tyrannie déguisée de leur employeur.

Ils n’ont peut-être pas compris ou préfèrent ignorer que l’expansion du syndicalisme dans nos sociétés est souvent un signe de richesse mieux répartie au sein la population. En Suède, 85% de la population travailleuse est syndiquée. Selon les critères socio-économiques de l’O.N.U., c’est le meilleur pays de la planète.

Oublie-t-on la raison d’être des syndicats? Pourquoi y en a-t-il?

Les réponses varient: «C’était parce que les travailleurs étaient exploités, ils se sont donné des moyens pour combattre l’employeur-exploiteur… les choses ont changé et ils exagèrent, ils ne sont pas adaptés… C’est un mal nécessaire… ils sont violents et font du chantage… ils sont plus forts que les employeurs… ils sont trop gros… il vaudrait mieux qu’ils disparaissent…»

Voyons ce qu’il en est!

Il y a des abus, personne ne peut en toute honnêteté le nier. Entre autres abus mentionnons, ceux qui ont nui à des travailleurs mal payés et impuissants ou aux moins nantis. Par ailleurs, les abus ne sont pas le propre des syndicats puisqu’il existe de nombreux exemples parmi les employeurs, ce qui nuit directement aux employés, mais qui peut aussi tous nous affecter (pollution, utilisation abusive des ressources…) Cela ne justifie pas pour autant que les syndicats agissent sans tenir compte des conséquences de leur geste.

Les syndicats doivent le faire et être conséquent. La responsabilité des syndicats est importante dans la société québécoise. Ils représentent 40.4% des travailleurs. C’est-à-dire 1 260 000 individus sur les quelque 3 millions de travailleurs québécois. Les syndiqués qui suscitent davantage la réprobation sont ceux qui proviennent du secteur public. Ils représentent 48.2% des travailleurs de ce secteur public au Québec. Ils ont, par la force du nombre et de leur fonction, un impact important sur la population et sont plus largement médiatisés.

Dans le secteur privé, une firme est en grève et la concurrence se fait un plaisir de prendre la relève sans trop de conséquences sur la clientèle desservie. Retenons que 51.8% des travailleurs du secteur privé sont syndiqués au Québec.

Pourquoi sommes-nous si peu solidaires?

La solidarité se conjugue-t-elle uniquement aux besoins des syndiqués? Souvent, la population se sent prise en otage par des syndiqués revanchards. Les syndicats mènent un combat et les citoyens deviennent leurs captifs. Des citoyens qui sont souvent des syndiqués. Les centrales qui négocient la majorité des conventions collectives au Québec sont pratiquement des corporations d’envergure. Il en découle un esprit corporatiste les éloignant des gens-mêmes qui devraient être leurs alliés.

La société québécoise a changé. Ses citoyens ont un niveau d’instruction plus élevée, sont mieux informés et en mesure de comprendre les enjeux. Certains dirigeants syndicaux ignorent trop souvent cette réalité et utilisent des moyens de pression séculaires et passéistes. Ces moyens qui sont de plus en plus décriés les isolent. Comme tout groupe attaqué, ils ont des réflexes autarciques. (Ex. protéger un membre même si ce dernier a dépassé et de loin les bornes d’une conduite tolérable).

Je crois au syndicalisme. Il est le rempart aux abus potentiels du patronat. Souvenons-nous des excès particulièrement inhumains qui ont sévi au début de l’ère industrielle et que l’on trouve encore aujourd’hui dans les pays du Tiers-Monde. La légitimité du syndicalisme n’est pas à remettre en question. Nos dirigeants syndicaux doivent revoir leurs stratégies pour tenir compte des changements survenant dans la société à laquelle ils appartiennent et des moyens de revendication plus respectueux envers les «autres» salariés. Surtout lorsque ceux-ci sont impuissants à se syndiquer. Les acquis des syndiqués ont été obtenus à la suite de longues luttes ardues. Être syndiqué constitue un droit. Mais il est aussi un privilège par rapport à certaines catégories de travailleurs.

Prenons l’exemple du salaire horaire moyen au Québec pour un syndiqué, il est de 19.60$ et un non-syndiqué de 15.19$ ce qui représente un écart de 4.41$ pour l’année 2002. Rappelons-nous tous les emplois créés ou sauvés par le capital de risque généré par les différents fonds de solidarités syndicaux. Un bel exemple de l’argent des travailleurs syndiqués au bénéfice des autres travailleurs et d’aide aux employeurs qui en profitent.

Les dirigeants syndicaux auraient tout avantage à considérer et mobiliser la population pour que leurs luttes intègrent celles de tous les salariés. En ces temps de mondialisation et de régression des préoccupations de justice sociale de nos gouvernements, ils ne peuvent s’aliéner une partie de la population pour gagner leurs luttes. La société ne peut se permettre d’ignorer le syndicalisme qui demeure l’outil le plus efficace pour contrer l’exploitation et un des instruments renforçant la démocratie.

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Une Réponse

  1. 11/30/04 Dehumanizer

    À ce sujet, je pense que le but premier des syndicatas est bon: Protéger les travailleurs. Il s’agit de ne pas s’éloigner de cet objectif et de ne abuser de notre pouvoir (en tant que syndiqués), chose que le syndicat, essentiellement, s’est donné pour mission de contrôler chez les patrons.Un mal nécessaire? Je remplace MAL par EFFORT et je dis qu’il ne fait pas s’efforcer de détruire les syndicats, mais bien de les diriger, les acheminer vers le but initial, qui en fait, est et doit retrouver son effet bénéfique.

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