De la violence à la musique; Roberto Mayer

Par Dominic Desmarais, Août 2005

Roberto Mayer a écrit un livre, Jours de Nuit. L’homme voulait tuer. La poésie l’a plutôt conduit à la musique, aux spectacles, à un disque.

Mon gars se faisait battre par son beau-père. Je voulais le tuer. Mon ex a fait faillite et m’envoyait ses factures. Je voulais la tuer. Quand j’en suis arrivé là, je me suis rendu compte que ce n’était pas moi…»

Roberto Mayer n’a pourtant pas l’allure d’un homme violent. Avec ses petites lunettes, sa taille normale, ses cheveux gominés bien coiffés, il ressemble davantage à l’image du bon fils de famille. Le sourire suspendu aux lèvres, la voix calme et posée, en le voyant on s’imagine mal que sous ce masque se cachait autant de rancœur destructrice. Il a pensé au meurtre. Il a pensé au suicide. Comme bien d’autres, l’écriture l’a définitivement sorti de son enfer. Son livre de poésie, Jours de Nuit, fut sa thérapie.

Roberto ne pensait pas que son recueil l’amènerait vers la musique. Pour promouvoir son livre, il organise des spectacles où il récite ses poèmes. «Pour que ce soit plus varié, pas seulement de la poésie, j’ai demandé à Olivier de m’accompagner.» Olivier est un ami de son frère. Musicien depuis sa tendre enfance, il s’est inspiré des textes du poète au fil des spectacles pour composer des chansons. «C’est ma musique, dans l’univers de Roberto, dit Olivier. Je cherchais des textes et comme c’est de la poésie, ça ajoute en profondeur, ça rajoute de la couleur. On s’est assis ensemble, j’étais au piano. J’ai fait 3 ou 4 chansons.» D’où l’idée d’enregistrer un album.

Cadeau à son frère

Si la musique adoucit, les textes, eux, abordent des thématiques lourdes. «C’est vrai qu’il y a une souffrance… C’est la libération. Ça fait mal, se libérer. Je ne peux pas rejoindre les gens qui ont des problèmes si je leur dis que tout est beau. Je suis passé par là, je leur parle de mon cheminement.»

Une des chansons, Vers toi, parle de pardon. «C’était par rapport à mon frère, nous dit Roberto. On était des inconnus. Quand nos parents se sont divorcés, moi je suis allé avec mon père, lui avec ma mère. J’avais 12 ans, lui 4. Il me demandait pardon et moi aussi j’avais des choses à me faire pardonner. Dans la chanson, on est deux voix à dire pardonne-moi. Mon frère et moi. La chanson, c’est pour lui faire un cadeau. Dans le spectacle, j’explique mon vécu. Je me sentais jugé par lui, je le jugeais.» La voix de Roberto devient émotive. Le trémolo dans la gorge, il raconte: «Lors d’un spectacle, j’ai demandé à mon frère de choisir un poème dans mon livre. N’importe lequel. Il a choisi Vers toi, que j’avais écrit pour lui. Il l’a lu en pleurant.»

Lorsqu’il raconte cette histoire, Roberto donne l’impression qu’elle se joue là, devant nous. Le frisson monte, les yeux sont humides. Que dire de ces vers à l’endroit de ses parents? Je vous laisse mourir; vous que j’ai tenté de faire revenir; en vous menaçant d’en finir. L’album est un douloureux voyage.

Le message se veut positif. Le titre, La Force d’y croire, est assez évocateur. C’est cette force qui a permis aux deux comparses de concrétiser leur idée. Roberto a puisé dans ses économies pour produire le disque: 11 000$. Une bagatelle! Des amis d’Olivier, musiciens, ont donné un coup de pouce. L’ancien chanteur, Franck Olivier, connu pour Amoureux de vous madame et le thème du dessin animé Albator, les a guidés tout en mettant son studio d’enregistrement à leur disposition.

Roberto ne s’est pas trop cassé la tête pour l’aboutissement du projet. «Dans la vie, faut s’écouter. C’est un peu ça, la Force d’y croire.» Lui qui ressassait des idées meurtrières est devenu un homme qu’aucun obstacle n’effraie. À le voir aller, on a envie d’y croire aussi. L’album et le livre de Roberto sont présentés sur le site www.journaldelarue.com

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