L’esprit de clocher, un frein à nos régions

L’esprit de clocher, un frein à nos régions

Pierre Péloquin, Volume 14.3 Février 2006

Fermeture de villes, chômage endémique: nos régions ne vont pas bien. Actuellement, la pensée dominante du gouvernement est que, si tu habites dans une région où tu ne peux pas vivre, grouille ton cul. Quitte ta région.

Congrès d’économistes, dans un passé pas si lointain. Une source gouvernementale: «si des gens veulent habiter en Gaspésie, c’est qu’ils veulent voir de beaux couchers de soleil. Le gouvernement n’a pas à payer pour ça.» On en est rendu là. Subventionner les régions, c’est terminé. On débranche le respirateur artificiel.

Avant, le gouvernement taxait les ressources naturelles et redistribuait l’argent par des programmes sociaux pour tous. C’est le modèle canadien. Aujourd’hui, l’argent rentre grâce à la mondialisation. C’est très difficile pour une région de taxer la mondialisation.

Les impôts sur les entreprises ont beaucoup diminués. Les redevances sur les ressources naturelles aussi. Là, pour payer les programmes sociaux, il faut taxer nos salaires, les profits des PME.

Le seul moyen, pour rendre nos régions habitables et viables? Se faire une place dans la mondialisation. Ville ou région, la question se pose: vas-tu vers la mondialisation ou pas? Si tu ne te diriges pas vers la mondialisation, tu dois avoir une stratégie où tu vas tyranniser la société pour obtenir des subventions. Tu vas invoquer le droit à la vie. Et ton droit à la vie, c’est tes concitoyens qui vont le payer. Une vie contre une vie. Bel échange.

Pour ceux qui veulent faire leur place dans la mondialisation, deux critères à suivre: l’intensité en capital (les investissements) et la créativité. C’est tout ce que ça prend.

Dans les régions, il y a deux endroits où on retrouve une intensité en capital. L’éducation et la santé. Utiliser ces 2 secteurs pour gagner notre place dans la mondialisation, c’est le seul programme accessible à tout le monde. La métropole, les villes, les régions. Là où on investit notre capital et notre créativité, c’est là où on va faire notre place dans la mondialisation.

Dans chacune des régions, par survie économique, les hôpitaux fonctionnent à 100% de leur capacité. Aucune marge de manœuvre. Advenant un accident, le système ne peut y faire face. Parce que le gouvernement n’a plus les moyens d’émettre des chèques. On doit se donner un secteur productif en attirant la clientèle étrangère. Suffit d’user de créativité. Les bâtiments, l’équipement, le savoir-faire: on a tout!

Notre système paroissial

Les régions ont une place à prendre. Elles en ont la capacité. Mais les élites bloquent le chemin. Elles empêchent de se moderniser. Elles veulent des subventions. Donner à ceux qui mangent dans leur main. Donner pour garder cet état de dépendance. Freiner le développement des régions pour garder le contrôle de tout ce beau monde.

Le monde paroissial dit «vous nous appartenez». Ces gens ne peuvent admettre que quelqu’un ne soit pas sous leur contrôle. Une élite éclairée dit aux autres ce qui est bon pour eux. Si tu ne les suis pas, tu n’as rien compris. Tu es dans l’autre camp. Ils agissent à la manière d’un cardinal, d’un prêtre. Tu me suis, je te protège.

Le problème? Ces élites dominantes, le gouvernement et les syndicats, ont un discours où la mondialisation est absente. C’est logique! En dehors de la mondialisation, la seule chance de survie pour les régions… ce sont les subventions.  Le meilleur moyen de contrôler. Un réseau à 100% public qui se donne une mission extra-paroissiale? Ce serait une révolution au Québec.

Recette pour une mondialisation réussie

Des étudiants étrangers stimulent la Gaspésie

Gaspé se mondialise

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Défenderesse des survivants du tsunami; Wardah Hafidz

Défenderesse des survivants du tsunami; Wardah Hafidz

Patrick Alleyn et Benoit Aquin, envoyés spéciaux en Asie. Volume 14.3 Février 2006

Wardah Hafidz, «la Mère Teresa de l’Indonésie», fait de la reconstruction un combat pour la démocratie

Le 25 décembre, la veille du 1er anniversaire du tsunami, Wardah Hafidz et des survivants avaient installé 200 banderoles partout dans la ville de Banda Aceh, sur le passage du président indonésien venu commémorer la catastrophe.

«La reconstruction d’Aceh doit être dirigée par les gens eux-mêmes», est-il écrit sur les banderoles que l’armée n’apprécie pas du tout. Durant la nuit, les soldats arrachent les bannières et menacent Mme Hafidz d’arrestation.

«Les officiers ont vu nos bannières comme une insulte, un appel à se rebeller contre l’autorité gouvernementale», pense Mme Hafidz, l’infatigable défenderesse des pauvres en Indonésie. «Nous voulions rappeler aux institutions, aux organismes humanitaires et au gouvernement que les victimes du tsunami doivent participer à la reconstruction de leur village et de leur quartier. La reconstruction doit être démocratique», insiste-t-elle.

Fondatrice du réseau Uplink, Wardah Hafidz défend les habitants des bidonvilles en Indonésie. Elle s’est rendue célèbre en 1999 lorsqu’elle a révélé une vaste corruption autour d’un fonds de 800 M $US d’aide sociale ayant servi à acheter les votes de fermiers et de petits entrepreneurs. «C’est notre Mère Teresa», lance notre chauffeur de taxi, en route vers le bureau de la militante à Banda Aceh.

Hiroshima?

Le deuxième jour suivant le tsunami, elle quittait Jakarta pour débarquer dans la province d’Aceh avec ses collègues pour participer aux secours et aider les gens à rebâtir leurs maisons.

Aceh, province de l’île de Sumatra en Indonésie, est la région d’Asie du Sud la plus durement touchée par l’immense raz-de-marée du 26 décembre 2004 causé par un tremblement de terre. «Hiroshima! C’est Hiroshima!» s’est exclamé un réalisateur japonais, en débarquant à Aceh. Dans la ville bombardée par la bombe atomique, «on pouvait voir des édifices debout à 1km, mais ici, on ne voit rien même à 3km!», compare le japonnais.

À Banda Aceh, la capitale régionale, Wardah Hafidz mobilise les rescapés contre les lenteurs de la reconstruction. «Avec des millions de dollars de dons et plus de 200 organisations internationales sur le terrain, je refuse que des milliers d’habitants d’Aceh vivent encore sous la tente un an après le tsunami», dénonce-t-elle.

L’œuvre de reconstruction est immense. La vague a pénétré jusqu’à 6 km à l’intérieur des terres. L’ONG catholique canadienne Développement et paix a alloué 2 millions au projet d’Uplink pour bâtir 3200 maisons et relancer l’activité économique dans 25 villages. Le gouvernement canadien y contribue aussi, à hauteur de 5,9 millions, et l’ONG catholique allemande Misereor, pour 19 millions.

Expulsion des rescapés

«Certaines ONG internationales remettent la reconstruction entre les mains des entrepreneurs sans que les habitants aient pratiquement un mot à dire», réprouve Wardah Hafidz. Elle décrit son plan: «Dans ces villages, le tsunami a tué la moitié des habitants. L’eau potable, les égouts, la santé publique, les rues et les maisons, nous travaillons à tous les niveaux avec les survivants. Mais notre objectif, à travers la reconstruction, c’est de créer des communautés organisées, capables de défendre leurs droits», rappelle la militante.

En janvier, un mois après le séisme, le gouvernement a décrété l’interdiction de construire dans une zone de sécurité de deux kilomètres de large le long de la côte. Mme Hafidz est replongée dans son premier combat: nombre d’habitants refusaient de quitter leurs terres. Elle devait les défendre comme elle a l’habitude de le faire pour les familles squattant les bidonvilles.

La militante et son équipe d’Uplink ont développé un plan de rechange avec les villageois, dans l’espoir de le voir adopter par le gouvernement. «On assurerait plutôt la sécurité par des protections naturelles comme des plantations de mangroves et en aménageant des montagnes artificielles où les gens pourraient courir se réfugier», explique-t-elle.

Cette idée insensée de zone tampon a été abandonnée en mars, on a obtenu gain de cause, mais cela nous a fait perdre beaucoup de temps», déplore Mme Hafidz.

La province d’Aceh était en guerre avant le tsunami. La catastrophe a poussé le gouvernement indonésien et la guérilla du GAM (Mouvement pour une Aceh libre) à signer un accord de paix après une guerre de 29 ans. Mais il s’agit là d’une trêve fragile, que menace notamment la corruption. Rappelant l’épisode des bannières arrachées par les militaires, Wardah Hafidz souligne que les droits des gens d’Aceh ne sont pas encore respectés.

Mais ne me comparez pas à Mère Térésa, je ne suis pas à la hauteur», termine la femme de 53 ans, qui a choisi une vie sans enfants pour se consacrer totalement à sa cause.

Une forêt contre le tsunami

Les anges de la guerre

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Traumatismes de guerre

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Fuck, les médias tuent

Fuck, les médias tuent

Dossier MTS-Sida

Par Raymond Viger Volume 14.3, Février 2006

La clinique l’Actuel, spécialisée dans le traitement de patients séropositifs, a conçu une publicité provocante en matière de prévention du sida chez les jeunes. Le slogan; «Fuck, le sida tue».

L’Université McGill, le cégep du Vieux-Montréal, le Conseil d’arrondissement du Plateau Mont-Royal ainsi que The Gazette, ont refusé de publier le message. Trop vulgaire, a-t-on dit. On accepte pourtant la publicité sur la bière, malgré les concours de calage qui font des ravages chez les étudiants. On accepte aussi les publicités de Loto-Québec, malgré le nombre de joueurs compulsifs qui se suicident après avoir tout perdu, malgré la déchéance de centaines de milliers de joueurs qui perdent leur dignité. On accepte aussi les publicités de Wal-Mart, malgré toutes les illégalités et les immoralités dont cette multinationale est accusée. Mais on refuse une publicité pour prévenir le sida, sous prétexte qu’elle est trop vulgaire!

Quand on sait que le sida est encore un fléau qui affecte plusieurs couches de la population. Quand on sait qu’on ne parle plus du sida dans les écoles. Pouvons-nous nous limiter à un argument de vulgarité pour refuser de faire la promotion auprès des jeunes?

Reflet de Société ne pouvait rester indifférent à ce manque de cohérence de la part de ces décideurs et d’un média tel que The Gazette. Notre magazine a contacté le docteur Réjean Thomas, président de la clinique l’Actuel, pour offrir gratuitement un espace publicitaire.

Vous pouvez voir cette publicité à la page arrière. La question qui tue: The Gazette avait-il raison de refuser de publier cette publi-cité? Nous attendons vos commentaires sur cette publicité.

Autres textes sur la Sexualité et sur la santé.

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poesie-urbaine-jean-simon-brisebois-art-de-la-rue Poésie urbaine. L’âme de l’ange. Jean-Simon Brisebois.

À chaque mort, une naissance. À chaque naissance, un combat! Recueil de pensées et de poésies influencé par le béton, la rue et son vécu urbain. De jour et de nuit, la vie continue, se transforme. À travers les ombres et pénombres, elle se colore de différentes nuances de gris.

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Graffiti: Québec et Gatineau en mettent plein les murs

Graffiti: Québec et Gatineau en mettent plein les murs

Par Raymond Viger. Volume 14.3 Février 2006

Dossier :  Graffiti

La Ville de Montréal met sur pied un programme anti-graffiti en 1996. L’objectif de supprimer totalement les graffitis est perçu comme quoi il fallait mettre en prison et éliminer les jeunes qui font du tag et du graffiti. Cet objectif est modifié l’année suivante pour une approche plus globale de la problématique en misant sur la prévention.

En réaction à cette initiative, le Journal de la Rue crée le projet Café-Graffiti. Sa mission: canaliser positivement l’art et la passion des jeunes graffiteurs. Leur permettre de s’exprimer dans des lieux autorisés, monter des portefolios, créer des événements liés à leur culture, permettre aux jeunes de s’exprimer positivement, pour eux et pour la société. Sans aucun financement, et d’une façon autonome, indépendante et démocratique, le Café-Graffiti voit le jour en 1997.

En juin 1997, les jeunes du Café-Graffiti rencontrent des responsables de la Ville de Montréal pour présenter leur vision artistique du graffiti. Grâce à la concordance des projets du Café-Graffiti avec la nouvelle orientation de la Ville, une série de projets dynamiques et attrayants voit le jour: murs autorisés pour les graffiteurs, murales, ateliers, financement de projets communautaires réunissant les jeunes et les citoyens des quartiers pour qu’ils se connaissent et s’apprécient davantage… Montréal devient rapidement un chef de file par son approche originale et inclusive auprès des jeunes graffiteurs.

En 2002, la nouvelle administration du maire Gérald Tremblay ne renouvelle pas le budget pour les interventions préventives, se bornant à miser sur un programme d’enlèvement des graffitis. Le Café-Graffiti continue seul à intervenir auprès des jeunes graffiteurs.

Que reste-t-il de tout cela en 2005? La Ville de Gatineau est devenue le leader national en matière d’intervention graffiti avec ses 22 murs autorisés, huit murs mobiles pour des événements et une équipe d’intervenants prêts à accompagner les jeunes et à les aider à s’organiser.

La Ville de Québec finance deux projets. Le premier, avec la maison Dauphine, intervient auprès des graffiteurs pour les aider à canaliser leur art et leur talent. Le deuxième, avec le Carrefour jeunesse-emploi de la Capitale Nationale, un projet de développement des compétences auprès des jeunes par la sensibilisation des citoyens sur le nettoyage des surfaces graffitées et la recherche d’autres solutions.

Félicitations au maire Yves Ducharme de Gatineau pour son initiative et son ouverture d’esprit. Félicitations au maire Jean-Paul L’Allier pour les projets financés qui permettent aux jeunes de prendre leur place. Espérons maintenant que les nouveaux maires, Marc Bureau à Gatineau et Andrée Boucher à Québec, ne feront pas comme à Montréal lors de l’arrivée de l’équipe de Gérald Tremblay en 2002 et qu’ils sauront garder intact ces projets et les bonifier avec les années.

Après s’être fait damer le pion par Gatineau et Québec, l’administration de la Ville de Montréal se contente d’effacer les graffitis et d’appliquer le règlement. Il reste encore sept murs autorisés. Des reliques de l’ancienne administration. Sans entretien et laissés à eux-mêmes, nous ne pouvons même plus y référer les nouveaux graffiteurs. Montréal est devenue une ville fantôme pour les jeunes graffiteurs.

La présence du Café-Graffiti permet aux organismes communautaires à travers le Québec de s’informer et de profiter de l’expérience montréalaise. Des liens ont été créés entre les jeunes de Montréal et ceux des régions. Que ce soit le Saguenay-Lac-Saint-Jean, Québec ou l’Estrie, des villes telles que Fermont, Victoriaville, des administrations s’impliquent et aident les jeunes à prendre leur place.

Lorsque je suis invité à Québec pour rencontrer les jeunes et leurs intervenants, lorsque j’entends parler de projets comme ceux de Gatineau, je me questionne sur notre présence montréalaise.

Dans nos activités de travail de rue auprès des jeunes, nous avons remarqué que la majorité des jeunes dans le centre-ville de Montréal proviennent des régions (60%). J’ai le goût de dire aux jeunes des régions de rester dans leur patelin. Le gazon peut sembler plus vert et plus attirant chez le voisin.

Et pourtant. Si j’étais un jeune d’une région et que je voulais m’exprimer, avec ce que je vois et ce que je sais aujourd’hui, je resterais dans ma région et je mobiliserais les autres jeunes autour de moi.

Pour rejoindre le Café-Graffiti: (514) 259-6900

Autres textes sur le Graffiti:

Arpi: Muraliste et designer d’intérieur

Inauguration de la fresque de Fluke avec RFF

Vidéo murale graffiti pour l’agence de communication ID3 (idées aux Cubes)

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Video clip graffiti hiphop et breakdance gratuit

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Autres textes sur le Hip Hop

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couverture  livre jean-simon copie Poésie urbaine. Je me raconte. Jean-Simon Brisebois. Depuis 1997 Jean-Simon s’est découvert un goût pour l’écriture. Après avoir publié une trilogie poétique aux Éditions TNT(Entité en 2008, L’âme de l’ange en 2007 et Renaissance en 2006), plusieurs de ses lecteurs étaient curieux de savoir lesquels de ces textes parlaient le plus de lui. Il revient donc en force avec Je me raconte, un court récit autobiographique. Laissez-vous guider dans le monde particulier de ce jeune auteur!  7$

Disponible par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
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Rap et Gangster Rap ne chantent plus la même rime

Rap et Gangster Rap ne chantent plus la même rime

Par Dominic Desmarais Volume 14.3. Février 2006

Élevé dans la pauvreté, Phast envahit le monde du Hip-Hop avec son attitude de la rue. Il veut redonner ses lettres de noblesse à cette musique, dominée aujourd’hui par les criminels.

Phast a le sourire facile. Le verbe également. Rappeur depuis 5 ans, il aspire à un retour aux sources du Hip-Hop: un mode d’expression qui véhicule un message. Pas tuer des gens. «Ce que j’envisage, c’est de ramener les vraies valeurs du Hip-Hop. Si le jeune veut être un gangster et tuer du monde, ça le regarde. Mais c’est-tu nécessaire d’être pimp, de tuer du monde pour être hot? Le monde comme 50 Cent, ce qu’ils pensent c’est que, si tu n’as pas tué, si tu t’es pas fait tiré, t’es pas hot.»

Phast vient de la vieille école. Celles des racines du Hip-Hop. Dans ses chansons, Phast aborde ses histoires, celles de ses proches. La réalité de la rue, le système carcéral, la pédophilie, le piratage, les femmes qui utilisent les enfants pour en faire baver aux hommes.

«Oui j’ai des thèmes durs. Mais faut séparer le gangster rap de ma musique que je qualifie de hardcore rap. Ma musique sera jamais peace. Je suis capable de faire une toune romantique. Mais mon passé ne me permet pas de faire un beat trop joyeux. J’ai des tracks qui parlent de la rue. Le monde est rendu fou. Les jeunes se promènent avec des couteaux. Mon frère a perdu un de ses chums et sa blonde, enceinte, dans un driveby.» À l’écouter, son authenticité saute aux yeux. Son énergie, ses propos, ressemblent en tous points à sa musique.

Le Hip-Hop doit-il passer par des histoires aussi dures? L’artiste ne le pense pas. «Je refuse de dire que ça prend des textes négatifs pour être écouté. Malheureusement, les jeunes s’identifient à ça. Ça me dérange.»

Son album a un côté négatif. Il l’admet d’emblée. «C’est mes histoires. Ce que j’avais à cracher en 3 ans. Y’a moyen de dire à quelqu’un que tu veux y accrocher le portrait sans parler de gun, de le tuer. Il y a une différence dans la mentalité, dans le message.» Phast est intense. Ses mots sortent sans hésitation, comme une rafale de mitraillette.

Sa réalité n’est pas rose. Celle de la rue. Qu’il est loin d’être seul à vivre. «Avoir une arme dans 5 ans, ça va être nécessaire. Le monde est rendu fou. Mon message, c’est que c’est pas nécessaire d’être violent, mais c’est nécessaire de montrer que tu te laisseras pas marcher sur les pieds.»

Une enfance difficile

«J’ai pas eu une belle vie. Ma mère était seule. Pas d’argent. Elle était sur l’assistance sociale. Mon père était absent, il ne m’a rien donné… C’est pour ça que je me suis battu pour obtenir ce que je voulais. Je suis conscient que j’aurais pu être mieux. Mais je sais aussi que j’aurais pu être pas mal pire. C’est ce qui me tient. Ce qui fait que je vais m’en sortir.»

Plus jeune, Phast passe un peu de temps derrière les barreaux. Jamais pour des crimes reliés à des armes ou la drogue, précise-t-il. Puis, il écope 8 mois pour 9600$ de contraventions impayées. «Ma mère m’a donné de bonnes valeurs. Mais elle peut pas tout faire. Je faisais mes petites passes ben safe. Je venais d’avoir ma fille. Un mois et demi de fait. Je me pogne un job. Je ne fais plus de conneries. Ç’a allait bien.»

La vie allait le rattraper. La mère de sa fille porte plainte pour violence conjugale. Phast retourne alors purger le reste de sa sentence pour ses contraventions. Acquitté, dit-il, il garde un goût amer des libertés conditionnelles: il est retourné en prison en raison d’une plainte non fondée… «La mère de ma fille m’a dit: si tu me laisses pour une autre fille, je vais vous tuer tous les deux. Je l’ai quittée. Moi, j’ai payé pour les caves qui battent leurs femmes…»

De cette mésaventure, il écrit ses premières chansons. Pour la première fois, il rap. Sur cette fille, sur le système carcéral. «Ma musique va me mener sur le droit chemin. Y’a une histoire sur chacune de mes tracks. Fallait que je sorte ça parce que la musique c’est fait pour s’exprimer. C’est sûr que je vendrai pas comme Corneille…» avoue-t-il, le sourire en coin.

Il ne peut changer son passé, ses petites combines. «C’est un choix que j’ai fait. C’est un mauvais choix. J’ai les nerfs finis à cause de ça. Je suis tanné de vivre avec la haine. J’aimerais ça, changer de vibe.» De l’espoir s’en vient: le 22 février, Phast lance son premier album.

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Autres textes sur le Rap:

Rapper Hip hop et homosexualité

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poesie-urbaine-roberto-mayerjours-de-nuit Poésie urbaine. Jours de Nuit. Roberto Mayer. 11,95$

Entre en mon univers, infiniment petit. Que se libère ta galaxie. Entre, là, tu es ton enfer, ton paradis. Ton repère y est enfoui. Entre, il ne manque que toi en ces mots. En ces vers dont j’aime me croire l’auteur.

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
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Au coeur du Tsunami; Témoignage de rescapés

Au coeur du Tsunami; Témoignage de rescapés

Par Patrick Alleyn, Vol. 14.3. Février 2006

Valarmathy: les enfants disparus

En pleine nuit, les enfants réveillaient tout le monde dans le camp. «Les vagues! Les vagues arrivent!», hurlaient-ils. Il y a eu jusqu’à douze vagues, qui ont ravagé les côtes de leurs villages. Quatre étaient des vagues géantes emportant tout sur leur passage, y compris leurs pères, leurs mères, leurs frères et leurs sœurs. Après, dans les dortoirs, les enfants terrorisés s’enfuyaient, la nuit, et leurs parents survivants, en pleurs, les rattrapaient dehors.

Je ne peux oublier ces nuits terribles, au Collège central de Batticaloa, avec les autres survivants, un mois après le tsunami, raconte Valarmathy. Un jour, alors que des coopérants japonais fumigeaient le refuge contre les moustiques, leurs vaporisateurs faisant le bruit d’une vague, une petite fille s’est évanouie.

Je suis en formation pour devenir animatrice au Butterfly Peace Garden (le Jardin de la paix). L’organisation va bientôt ouvrir un centre pour les enfants traumatisés vivant dans notre immense camp de rescapés, près de Batticaloa.

J’ai 27 ans. Je suis étudiante. Le tsunami a emporté ma mère et ma maison. Mon village, Navalady, n’existe plus. Je vis dans ce camp avec 5000 autres personnes. Les maisons temporaires, fabriquées par Oxfam, Vision Mondiale du Canada et les Tigres tamouls, sont minuscules. Les enfants y ont du mal à étudier. D’ailleurs, le Jardin de la paix veut y installer une salle d’études.

Nous ne savons rien de notre future maison. Ma sœur dit que le prochain raz-de-marée va venir détruire nos abris avant que les maisons permanentes ne soient construites. À Batticaloa, la construction vient à peine de commencer, un an après le tsunami, à cause de l’ampleur de la tâche – 100 000 maisons détruites -, des lenteurs bureaucratiques et de la difficulté à trouver des terrains constructibles loin de la mer.

Ici, en plus du tsunami, il y a la guerre, continue Valarmathy (le gouvernement et les Tigres tamouls ont signé un cessez-le-feu en 2002, mais des attentats ont lieu régulièrement). Dans le camp, un voisin a été assassiné parce qu’il livrait les journaux d’un parti politique avec son taxi à trois roues.

Les formateurs du Jardin de la paix nous apprennent à composer des chansons avec les enfants, à les guider dans la peinture imaginative. Paul Hogan, le Canadien, nous enseigne la méditation pour que nous nous sentions plus libres.

J’ai hâte de commencer à jouer avec les enfants, dit Valarmathy. Cinq enfants de ma famille sont morts, ceux de ma sœur et le petit dernier de mon frère. J’aimais m’en occuper. Nous ne faisons pas que leur fournir des jouets. Nous apprenons à développer une relation de confiance avec eux, et nous partageons leur peine.

Suthakaram: la colère contre le tsunami

Je lavais des colliers de fleurs dans le grand temple hindou de mon village Navalady, un village de pêcheurs, raconte de son côté Suthakaram, 24 ans, étudiant de philosophie et de culture hindoue. La terre s’est ouverte devant nous. L’eau est arrivée et j’ai grimpé sur le toit. Là-haut, j’ai vu la maison de ma sœur s’effondrer, comme au ralenti. Puis, la troisième vague, gigantesque, m’a emporté comme un oiseau jusque sous le pont de Kallady. On m’a retrouvé parmi les cadavres sur la plage.

Quarante-cinq de mes proches sont morts. Après le tsunami, j’étais dégoûté de tout. J’ai retrouvé ma confiance durant la formation d’animateur du Jardin de la paix (Butterfly Peace Garden). Pour les enfants, ce sera comme un médicament pour reprendre confiance eux aussi.

Nous en sommes à planifier les activités thérapeutiques pour les enfants, explique Suthakaram. Peut-être leur demanderons-nous de dessiner des vagues et des maisons pour les amener à parler de leur peine. D’autres organisations leur fournissent des ballons de football ou des bâtons de cricket. Mais nous, nous voulons toucher leurs émotions.

Je suis allé à la commémoration du tsunami, le 26 décembre. Dans les ruines de mon village, j’avais l’impression que le tsunami reviendrait pour tuer les survivants. Je n’irai plus à aucune commémoration. Avant la formation du Jardin de la paix, j’étais en colère contre le tsunami. Maintenant, je suis plus calme.

Dons et Contes du singe

Le Butterfly Peace Garden est en quête de partenaires financiers. L’organisme humanitaire hollandais HIVOS termine son engagement de dix ans avec le Jardin, en 2006. Une campagne de financement s’organise depuis Toronto. War child Canada y contribue. Le Jardin met sur pied le Centre des contes du singe pour l’art contemplatif et la narration, ouvert aux intervenants d’autres organismes, du Sri Lanka ou de l’étranger.

Pour les dons au Peace Garden, contactez Laurie Edwards au Stupid School studio à Toronto Courriel: ble@thestupidschool.ca Site Internet: thestupidschool.ca.

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Chaudrons et AK-47 à 13 ans

Enfants soldats, de la guerre à la rue

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Les anges de la guerre

Les anges de la guerre

Par Patrick Alleyn, Dossiers Enfants-soldats, International

Au Sri Lanka, le Jardin de la paix soigne par le jeu et les rituels les enfants traumatisés par la guerre et les catastrophes naturelles.

(Batticaloa, Sri Lanka) — Le petit de 5 ans raconte son histoire, avec toute sa colère. «Mon oncle tenait ma main et celle de ma maman, mais il l’a lâchée. Je l’ai vue emportée par la mer.» Depuis, il affirme détester son oncle et refuse de dire ses prières.

Le révérend Paul a emmené l’enfant au nid des coucous, dans la maison-chariot, après le pont-serpent. «Je suis le papa coucou», lui dit le Père Paul. Le nid des coucous est le lieu des confidences. Le thérapeute du Jardin de la paix y soigne par le jeu et le rituel le petit garçon traumatisé par le tsunami qui a ravagé son village le 26 décembre 2004.

«Le Jardin de la paix (Butterfly Peace Garden) accompagne les enfants affectés par la guerre, mais nous y avons intégré des enfants du tsunami», rapporte Paul Hogan, un peintre torontois, qui a créé ce projet avec le psychologue Paul Satkunanayagam, un père jésuite tamoul, et dix jeunes militants pacifistes. L’Agence canadienne de développement international (ACDI) a aidé à mettre sur pied le Jardin. L’Entraide universitaire mondiale du Canada leur a fourni plus tard un autobus.

«Plusieurs ont vu leurs parents emportés par la vague», rajoute-t-il. Sur les côtes du Sri Lanka, le raz-de-marée géant a fait 31 000 morts et 500 000 sans-abri.

Le pélican gourou

Aujourd’hui, dans le verger où est installé le Jardin de la paix, 50 enfants se ruent dans une montagne de costumes. Ils réapparaissent en lions ou en coucous; l’un en moine bouddhiste, l’autre en karaté kid à longues moustaches; là-bas, une petite fille est magnifique avec ses ailes de papillon roses. Certains jouent avec Samathanam, un pélican devenu le «gourou» du Jardin. Durant neuf mois, ces enfants s’amuseront dans un grand bateau de bois, bricoleront, prendront soin des animaux, feront de la peinture et des contes. Les animateurs sont formés pour se laisser guider par l’imaginaire des enfants et non pour gérer un programme d’activités. Une fois la confiance des enfants gagnée, les animateurs dialogueront seuls à seuls avec les plus troublés d’entre eux.

Depuis dix ans, l’autobus du Jardin de la paix parcourt les zones de conflit dans l’est du Sri Lanka. Il recueille les enfants éprouvés par une guerre civile de 20 ans entre les Tigres tamouls, qui luttent pour l’indépendance de la minorité tamoule du nord-est, et les forces gouvernementales de la majorité cinghalaise. Le Jardin accueille des petits provenant des villages où la violence éclate entre Tamouls et Musulmans. Le Jardin veut favoriser la réconciliation entre les communautés du Sri Lanka.

La guérison dans les camps

«En ce moment, la majorité des gens de la région de Batticaloa vivent dans des camps. Aux réfugiés de la guerre s’ajoutent ceux du tsunami», observe Shantiepan Sivarajah, un jeune pacifiste engagé depuis les premiers pas du Jardin.

Au camp de Thiraimadu, un millier de familles vivent sur un vaste terrain sans arbres, dans des abris de tôle ondulée, et rôtissent au soleil, un an après le tsunami. Shantiepan y supervise l’installation du Studio des contes du singe. Inspiré du Jardin, il viendra en aide aux enfants perturbés par le tsunami, directement dans le camp.

«Après dix ans, j’ai envie de retourner à la pêche, à la vie sur la mer, avoue Shantiepan. C’est un travail douloureux.» Sa conjointe, Mary Heather, coordonnatrice d’une ONG canadienne à Batticaloa, l’a plutôt convaincu de venir vivre au Canada, pour éventuellement y développer d’autres jardins de la paix ailleurs dans le monde.

Avec le temps, les enfants du Jardin deviennent eux-mêmes des «agents de guérison» pour toute la communauté — parents, professeurs, leaders religieux, soldats —, croit le père Paul. «Nous organisons des défilés de paix dans la ville, dit-il. Devant les campements militaires, les enfants collent leurs créations artistiques aux fenêtres de l’autobus — fleurs de papier multicolores, bannières, etc. Certains des soldats acceptent ce cadeau de paix et leur répondent en agitant la main. Ils sont touchés au cœur.»

 

Autres textes sur les enfants-soldats:

Enfants-soldats; Reflet de Société à la Sierra Leone

Enfant soldat et Cause: de la guerre à la rue

Enfants soldats: les anges de la guerre

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Traumatismes de guerre

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