Les Canadiens en Afghanistan

Les Canadiens en Afghanistan
écrit par Alain Martel, Vol 15-2, Décembre 2006

afghanistan

Je prends le temps d’écrire quelques mots sur la présence canadienne en Afghanistan. Ma position est claire: Non à la guerre. Non à la violence. Ce qui m’inquiète aussi, c’est comment on prendra soin de nos soldats à leur retour.

Au milieu des années 1990, je fais mon épicerie. Un homme, cheveux coupés en brosse, manteau de l’armée canadienne, tenant par la main une fillette, cheveux blonds bouclés d’à peine cinq ans, m’interpelle. Après s’être assuré que je sois «le gars du Troc», il me raconte son histoire.

À chaque minute qui passe, nos pas s’accélèrent. À la fin, la petite fille ne suit plus et il la traine. Elle ne pleure pas. Elle ne fait que répéter: «Mais qu’est-ce qu’il y a papa?» À chaque mot qu’il dit, la terreur s’empare de ses yeux. Il déclame une série de mots. À la vitesse de l’éclair. Il fixe le sol. Je vois bien qu’il voit ce qu’il raconte. Je ressens sa terreur. Je ressens son désarroi.

Il était en Somalie pendant la période où les Canadiens ont été sévèrement critiqués et quelques-uns condamnés pour séquestration et torture de Somaliens. Il m’a raconté qu’un jour, pendant un tour de garde, un père somalien est apparu avec son fils de dix ans. Il engueulait le soldat en question et son copain en leur disant qu’ils avaient la prétention de venir sauver les Somaliens, mais qu’ils ne pourraient jamais le faire. Il prend sa machette et coupe la tête du fils en jouant avec la tête comme un joueur de soccer jouerait avec un ballon. Le Somalien a dit ceci avant de partir: «Vous voulez nous sauver et vous n’avez même pas pu sauver mon fils!»

À mesure que nous parlions, j’étais abasourdi. J’avais peine à contrôler mes émotions. Il a fini son histoire en me disant que son compagnon d’infortune, depuis son retour au Canada, prenait sa femme et ses enfants, les enfermait dans un garde-robe de chambre en y tenant la garde, accroupi avec sa carabine. Il voulait sauvegarder sa famille des atrocités de la vie d’aujourd’hui. Je lui ai recommandé de voir les services psychologiques de l’armée. Je ne l’ai jamais revu.

J’ai tellement pleuré. J’ai essayé d’avoir de l’aide professionnelle afin de passer au travers de ça et on m’a répondu que j’étais naïf et que son histoire n’était pas vraie et qu’il avait voulu seulement m’intimider. Pourquoi m’intimider? Aucune idée. Enfin… Ceci était une mission de paix. Je ne sais pas si cette histoire est vraie, mais je peux me questionner sur les horreurs que verront nos soldats en Afghanistan. Que vivront-ils que nous ne saurons jamais?

On peut toujours faire un débat quant à notre présence en Afghanistan, ici, au Canada. Mais, nos soldats ont dépassé le stade de l’idéologie. Ils sont dans la pratique. Leurs familles sont aussi prises entre l’idéologie et le cœur. Malgré mon opposition à la guerre, j’aimerais que l’on se prépare à recevoir les êtres humains qui ont servis pour la démocratie et que nos valeurs et principes se propagent à travers le monde.

Au-delà de ce que je pense de la guerre, je voudrais que l’on trouve déjà les moyens de diminuer la souffrance de ces hommes et femmes, et de les accueillir comme il se doit lors de leur retour au pays.

J’aimerais bien aussi que le débat de société ait lieu quand même sans oublier nos frères et sœurs combattants afin que nous évitions à nos soldats d’être pris dans un tel merdier dans l’avenir. Ma question demeure: comment allons-nous faire pour trouver une place décente à nos vétérans de la guerre en Afghanistan? Merci de me lire. Merci de me publier.

NDLR: Lorsque j’étudiais à l’Université de Toronto, j’ai rencontré un soldat qui revenait du Viêt-nam. Je ne pouvais l’approcher par l’arrière sans l’aviser que je l’approchais. Dans ses yeux, je ne voyais que détresse et paranoïa. Un être hyper-stressé, incapable de retrouver le calme et la sérénité.

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