Mère un jour, mère toujours

Mère un jour, mère toujours
écrit par Martine, Vol 15-2, Décembre 2006

relais familleÇa fait plus d’un an que je n’ai pas vu mon garçon. Aux dernières nouvelles, ma sœur l’avait vu au centre-ville au coin d’une rue en train de vendre de la drogue. Je suis partie à sa recherche. Je suis revenue complètement bredouille de ma chasse au trésor. Je me disais: «Bon Dieu, faites qu’il se retrouve avec les bonnes personnes. Faites qu’il soit encore en vie.»

J’ai une conversation avec une amie. Un acte criminel s’est produit quelques jours auparavant. Elle me demande comment je réagirais si mon fils était impliqué? C’était clair pour moi que je ne pouvais le savoir sans l’avoir vécu.

Fin janvier 2006, je m’installe devant le téléviseur pour écouter les nouvelles. La première image que je vois est celle de mon fils. Il est activement recherché pour meurtre au premier degré.

Sous le choc, je me dis que je suis en train de vivre le pire cauchemar, celui que je redoutais le plus. Est-ce le ciel qui vient de me tomber sur la tête? En tentant de garder mon sang froid, je mets tout en branle pour le retrouver.

L’amour inconditionnel

Pour le moment, juste de penser qu’il peut être impliqué dans ce genre d’affaires m’angoisse. Je suis une mère, et quand on est une mère on doit aimer nos enfants inconditionnellement. Ce soir-là, malgré moi, j’ai su comment je devais réagir.

Je ressentais beaucoup d’impuissance. J’ai pris mon courage à deux mains. J’ai appelé un journaliste pour lancer un appel en direct à la télévision, pour qu’il se rende aux autorités.

En faisant des téléphones, je réussis à lui parler. Sous le choc et en larmes, il me dit: «Mam, j’ai rien fait… Excuse-moi!» Je lui ai dit: «Je sais, tu n’as pas besoin d’en dire plus, je sais… Tu es encore mon gars et je t’aime… Je veux t’aider, fais-moi confiance.»

Une jeune femme de 17 ans y a laissé sa peau. Elle aurait pu être ma fille. Je ressens une profonde tristesse. Je sors de ma bulle lorsque la sonnerie du téléphone retentit pour la millième fois. J’entends mon gars me dire: «Mam! La police encercle la maison, il faut que je me rende.» J’ai senti la peur et la panique dans sa voix… J’aurais tellement voulu être près de lui. Mais, il fallait que j’accepte la situation. Après avoir raccroché le téléphone, je ressens un grand vide.

Le procès

Puisqu’il est à l’extérieur de la ville, il est transféré à Montréal pendant la nuit. La nuit et la fin de semaine la plus longue de ma vie. Sans nouvelle de lui, le lundi matin, je me rends au palais de justice de Montréal pour assister à sa première comparution devant un juge.
Arrivée sur place, je ne me sens pas à l’aise dans ce milieu. C’est la première fois que j’y mets les pieds. Une vingtaine de journalistes à l’affût de la moindre information s’y retrouvent. Les yeux rivés sur moi, ils sont déjà en train de me photographier. Je ne peux me cacher.

Je me rappelle que je suis là pour mon fils. Je ne veux pas être une victime dans cette affaire. Je ressens des sentiments contradictoires: impuissance, colère, peur et la hâte de revoir mon fils. Je veux que, malgré tout, il sente que je l’appuie. Je suis donc allée m’asseoir dans la salle d’audience.

Quand je vois ce grand gaillard de six pieds et quatre entrer par la porte des accusés, une vague de tristesse et d’amour m’envahit en même temps. Je me dis: «C’est mon gars, mais, qu’est-ce qu’il fait là? C’est tellement surréaliste que je ne comprends pas. Mais regarde-moi, je suis là!» Son regard croise le mien. J’ai senti chez lui une profonde tristesse et une grande honte. J’imagine qu’il se demande ce que je fais là, encore une fois!

Pourquoi ?

Je suis la mise en accusation tant bien que mal. Mon regard fixe mon garçon. Je me demande pourquoi? Il plaide non coupable à l’accusation de meurtre au premier degré. Je sors de la salle. Je me retrouve entouré de journalistes qui voulaient avoir une entrevue. Même que certains me disent pouvoir m’aider. Comme si c’était moi qui avais besoin d’aide.

Étourdie par le flash des caméras et les propos discordants, je m’enfuis par la porte de sortie qui se trouve devant moi. Dure réalité. Je sens que tout cela fait maintenant parti de ma vie, et pour toujours. Alors, mieux vaut vivre avec l’idée que je ne resterai pas dans l’anonymat. Mais, quel triste combat!

Pourquoi ne pas m’en servir positivement? Je prends la décision d’appeler un journaliste et d’offrir une entrevue exclusive sur une chaîne de télé qui a toute ma confiance. En parlant au journaliste, je lui dis que j’ai un message à livrer et que j’ai aussi des condoléances à offrir à la famille de la victime. L’entrevue a eu, sur le moment, un effet thérapeutique.

Je n’ai pas à m’isoler ou à me cacher. Comme parent, je sais que j’ai fait de mon mieux pour élever mon enfant. Loin de moi l’idée de dire que je suis parfaite. Il n’y a personne de parfait. La vie l’a poussé à faire de mauvais choix. Est-ce que ma vie s’arrête là? Mon rôle auprès de mon fils est différent, à mes yeux. Il n’est jamais trop tard pour qu’il prenne le droit chemin. Je garde plein d’espoir. Si ça prend un tel drame pour y arriver, je l’assumerai jusqu’au bout. Mère un jour, mère toujours.

Prendre notre enfant dans nos bras

Il est détenu dans un centre à Montréal. Je vais le voir à l’occasion. On a aussi des échanges de lettres. On a des rencontres riches en émotions. Malgré la vitre qui nous sépare, on se sent plus proches que jamais.

Ma plus grande peine, c’est de ne pas pouvoir le prendre dans mes bras. Après neuf mois de détention, il est en attente de son enquête préliminaire qui aura lieu au mois de décembre.

En attendant, il se concentre sur son cours par correspondance pour terminer son secondaire 5. Il fait des démarches pour s’inscrire à un cours de musique. Je suis tellement fière de lui. Il fait un beau cheminement et il a les deux pieds sur terre. Comme il me dit, «quand tu sors de ton état de choc, ça fait mal de réaliser ce qui s’est vraiment passé. Je me suis mis les deux pieds dans les plats et je vous ai tous entraînés là-dedans. Je le regrette. Mon seul souhait serait d’avoir la fille devant moi, de la prendre dans mes bras et de lui demander pardon. Je sais que c’est impossible. J’aurai à vivre avec ça sur la conscience toute ma vie. Elle est là la vraie punition.»

La suite des choses

Chacun de notre côté, on se prépare psychologiquement à la suite, c’est-à-dire à l’enquête préliminaire et au procès qui va suivre. Cela va être long et pénible pour nous tous de voir ressortir la nouvelle. Je sais que ce sera très médiatisé.

Avec le temps et avec tous les efforts que je vois qu’il fait pour se garder la tête hors de l’eau, je garde espoir qu’il va s’en sortir grandi et qu’il pourra toujours compter sur sa famille pour l’appuyer.

Depuis le début, je peux compter sur l’appui de mes amis et sur celui de l’organisme Relais Famille, qui aide les familles qui ont un proche qui est détenu. Je me sens moins seule. J’y retrouve des intervenantes formidables et dévouées. J’y trouve aussi des femmes qui vivent la même chose que moi. C’est merveilleux d’arriver à un endroit où tu ne ressens aucun préjugé et où tu peux parler de cette épreuve sans retenue. Chaque fois, j’y retrouve une famille. Le plus beau, c’est qu’elles offrent aussi un programme nommé Machinabulles, adapté aux enfants. Sans ce support, je ne tiendrais pas le coup.

Chaque jour, je me lève en me disant que j’ai une mission à accomplir: parler de mon histoire à ceux que je rencontre. Du même coup, j’aide les gens à s’exprimer à leur tour et à trouver les bons mots pour exprimer haut et fort leurs émotions.

Mon but est de faire tomber les préjugés à l’égard des parents des détenus. Nous ne sommes pas la cause de leurs gestes et surtout pas les victimes de leurs actes. Je veux que, aux yeux de tous, les jeunes qui ont fait de telles gaffes aient droit à une seconde chance.

relais famille

https://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/19/les-prisonniers-de-linstitut-leclerc-remercient-leurs-benevoles/

http://raymondviger.wordpress.com/2006/08/25/linstitut-leclerc-sexprime/

Textes sur la famille.

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