4 milliards pour ralentir l’économie
Écrit par Pierre Péloquin, Vol14-2

Loto-Québec se targue de redistribuer les fruits de ses activités au gouvernement et à la collectivité. Ainsi, près de 4 milliards ont été retournés en dividendes, taxes, salaires, lots, commissions et en achat de biens et services. 4 milliards de dollars qui font tourner l’économie et améliorent les services aux citoyens. Fort bien. Mais encore faut-il savoir dans quelles poches sont puisés ces 4 milliards.

Les appareils de loterie vidéo (ALV) pompent le fric des gens. L’an passé, les Québécois ont dépensé 1,2 milliard dans ces machines, dans l’espoir de rafler une mise permettant de donner un coussin à leur budget. Qui joue le plus souvent pour permettre à Loto-Québec de jouer son rôle de distributeur de la richesse? Selon Alexander Norris, du journal The Gazette, les appareils de loterie vidéo sont massivement installés dans les milieux pauvres. Loto-Québec redistribue la richesse tel  Robin des Bois? Plutôt le contraire: ce sont les pauvres qui subventionnent les riches.

Les billets de loto et autres gratteux sai-gnent les petits commerces. Les propriétaires de dépanneurs reçoivent 6% des ventes de billets. Donc, pour chaque dollar de loterie vendue, le commerçant garde 6 cents. Sur les autres marchandi-ses, sa marge de profit oscille entre 25 et 30%. Pour un dollar de vente, le dépanneur garde 25 à 30 cents. 4 à 5 fois plus que les billets de loto.

L’an passé, Loto-Québec a vendu pour 1,85 milliard de loteries. À 6% de marge de profit, les vendeurs de billets ont conservé 111 millions. Le même montant, dépensé dans les commerces avec une marge de 25 à 30%, aurait donné de 400 à 500 millions d’effets directs. Rajoutez un autre 400 à 500 millions d’effets indirects pour les grossistes, les fournisseurs de matière première, de services, la taxe de vente et la taxe municipale, l’argent ainsi amassé circule et fait fructi-fier l’économie.

S’il y a plus d’argent qui entre dans la caisse du dépanneur, cela signifie qu’il y a plus d’argent qui va dans les poches des fournisseurs, des employés. Nous sommes dans un univers commercial. Si je vends plus, je vais devoir engager plus d’employés, investir de l’argent dans mon commerce pour
l’agrandir, acheter davantage de marchandises.

Dans l’est de Montréal, on coupe la chaîne de production de la richesse. Dès le début. L’économie des quartiers pauvres manque cruellement de cet argent dépensé par ses résidents dans les appareils de loterie vidéo et les billets de loto…

Qui dit augmentation des ventes dit augmentation de la valeur foncière. Le seul critère pour un loyer commercial, au regard de la taxe municipale à Montréal, est le montant des ventes au pied carré. En vendant des billets de loto qui ne rapportent que 6% de bénéfice, soit 4 à 5 fois moins que les autres produits, la valeur du loyer est moindre. Ce qui explique que la Ville de Montréal subit une perte incro-yable de taxes foncières.

La loterie et les ALV sont un cancer qui ronge l’économie. Le problème, c’est que ce cancer est le seul espoir de ces gens. Pourquoi, pensez-vous,  la classe affaires est-elle en faveur du déménagement du Casino? Parce que les pauvres vont dilapider leurs maigres revenus en espérant s’enrichir et sortir de leur situation précaire.

Mais Loto-Québec, vache à lait par excellence du gouvernement, ne remettra jamais en prix ce qu’elle prend chez les joueurs. Difficile de gagner contre une institution dont le but premier est de ver-ser un imposant dividende au gouvernement. Loto-Québec est la seule institution
qui suscite de l’espoir. Taxer l’espoir semble une stratégie efficace.

Loto-Québec a redistribué près de 4 milliards l’an passé. Pour donner une marge de manœuvre dans le budget du gouvernement. 4 milliards pompés en grande partie au sein de la classe pauvre. Dire que certains s’indignent du peu d’efforts de nos plus démunis parce qu’ils ne paient pas d’impôts… •

Pierre Péloquin est économiste. Il a commencé à la fin des années 1970 dans les Cantons de l’Est, à l’époque où la récession poussait les entreprises vers la faillite. Il voyait à la relance ou au recyclage de ces compagnies en difficulté financière. Suite à la crise économique de 1987, son aide est demandée pour redresser la barre des caisses de retraite de la Ville de Montréal.En plus d’agir comme consultant, M. Péloquin a enseigné en économie pendant 15 ans à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous  par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

Merci de votre soutien.

PUBLICITÉ

Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicide Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 4,95$.
Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par Internet: http://www.editionstnt.com/Livres.html
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.