Des journalistes qui dérangent

Des journalistes qui dérangent

Pascal Lapointe – Agence Science-Presse

Aucun journaliste. C’est la politique officielle d’Al Gore dans sa conférence qu’il donnait vendredi soir à Montréal. Mais pas seulement à Montréal. L’ex-vice-président et Prix Nobel de la paix semble en avoir fait une politique officielle dans toutes ses conférences: pas de journalistes dans la salle.

Du moins, les conférences multimédias, comme celle que le film Une vérité qui dérange a rendue célèbre. Un tel interdit est courant dans les rencontres à huis clos, mais étonne d’une conférence de vulgarisation dont le but premier est, par définition, de diffuser au plus grand nombre.

Des journalistes s’en sont indignés, mais pas autant qu’on pourrait le croire, considérant le très grand nombre de villes traversées par Al Gore et son «diaporama». Le mois dernier, les journalistes spécialisés en nouvelles technologies Declan McCullagh, de News.com, et Kim Zetter, de Wired, se sont élevés contre cet interdit, en prévision d’une conférence qui doit avoir lieu à San Francisco le 11 avril — une semaine après celle de Montréal. Kim Zetter raconte avoir été rabrouée, il y a deux ans, pour avoir osé violer le même interdit.

Un blogueur américain a signalé le problème au Dakota du Sud en janvier 2007, un Britannique a rapporté le mois suivant avoir été «expulsé» après les cinq premières minutes — seul fragment que les journalistes sont autorisés à écouter. «Tout ce que j’ai vu, c’est la phrase routinière “Mon nom est Al Gore et j’ai été le prochain président des États-Unis.”»

En avril 2007, à quelques jours d’un congrès à San Jose (Californie), le journaliste d’un magazine spécialisé en produits électroniques pose tant de questions sur cet interdit «bizarre» qu’une relationniste finit par lui dire que «l’interdit ne s’applique plus aux scribes de la presse spécialisée». Et le lendemain, il ne s’appliquait plus du tout aux journalistes!

Le contrat-type d’Al Gore

La clause «pas de journalistes» existe: elle semble faire partie du contrat type que l’équipe d’Al Gore fait signer à chaque organisme ou institution. Bien qu’une clause de confidentialité y soit aussi attachée, en juillet 2007, l’Université de Californie à San Diego a été contrainte de rendre public ce contrat, en vertu de la loi d’accès à l’information californienne. Le cachet, pour une présentation multimédia de 75 minutes, y était de 100 000$, plus dépenses de déplacement, d’hôtel et de sécurité.

Très peu de journaux ont passé outre l’interdit de publication. Une des exceptions, en mai 2007: le San Antonio Express-News, dont le journaliste a «infiltré» un congrès d’architectes. «Nous prenons au sérieux le problème du climat, a justifié le rédacteur en chef, et franchement, il est étrange que (Al Gore) tienne aussi fermement à empêcher la presse d’entrer». L’ombudsman du quotidien ajoute: «l’appel de Gore a une résonance chez les gens ordinaires, qui s’inquiètent du futur de leurs enfants…» L’Express-News croit que ce message vaut la peine d’être entendu, débattu — mais pas seulement chez les élites qui paient bien pour l’entendre… Ne parler qu’aux privilégiés, ce n’est pas jeter un pont; c’est un mur face à ceux qui sont intellectuellement curieux, incluant les médias.»

La responsabilité d’un Nobel

Cela attise en tout cas les critiques de ses opposants: ceux pour qui le message écologique est secondaire, pour qui seul compte le messager: pour eux, Al Gore travaillerait à sa réélection, et pour cette raison, il choisirait de réduire les risques de citations hors contexte. À l’heure des blogues, où «tout le monde peut être journaliste», ce raisonnement des «environs-sceptiques» ne passe pas la rampe; n’empêche que la culture du secret attise ces flammes, et détourne l’attention du message.

Sans compter qu’Al Gore n’est plus un simple vice-président des États-Unis. Il est désormais un Prix Nobel de la paix. Est-ce qu’une responsabilité de transparence ne vient pas avec?

Encadré

La croisade d’Al Gore: Phase 2

Le nouveau «Plan vert» d’Al Gore, qui vient tout juste d’être lancé, se veut spectaculaire: une campagne de publicité de 300 millions $ sur trois ans. Son slogan: WE can solve it —littéralement, «NOUS pouvons résoudre le problème».

Cette campagne vise à recruter 10 millions d’adeptes prêts à devenir autant de lobbyistes: mousser l’adoption de programmes d’économie énergétique, de règlementations sur la réduction des émissions polluantes, etc. Déjà 150 millions $ auraient été amassés, dont une partie proviendrait des profits générés par deux années de conférences d’Al Gore. Et cette campagne, qui pourrait être vue comme la «phase 2» de son action environnementale, a démarré en lion avec une entrevue le 30 mars à la prestigieuse émission 60 minutes, plusieurs reportages le 31 dans divers médias, le tout préparant le terrain au lancement de la campagne publicitaire, le 2 avril.

Le mot-clef dans We can solve it, c’est «We » — «Nous». «Nous» — Américains — avons accordé les droits civiques aux Noirs, vaincu le nazisme, dit la première publicité. Donc, «nous» pouvons surmonter la crise climatique. C’est là un message familier aux écologistes, mais qu’ils ont encore du mal à faire passer, même après des décennies, chez la partie du public peu encline à lutter contre le réchauffement si cela implique de sacrifier son confort. Peut-être qu’un Prix Nobel et 300 millions $ y parviendront…

 Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

Merci de votre soutien.

PUBLICITÉ

quand-un-homme-accouche-roman-cheminementQuand un homme accouche. Roman de cheminement. Le personnage principal accouche de son enfant intérieur qui devient son ami et son thérapeute tout au long du roman. Ce livre est le premier d’une trilogie qui a été reprise dans L’amour en 3 Dimensions. 9,95$

Disponible Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par Internet: http://www.editionstnt.com/Livres.html
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4

Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel

Une ressource inespérée au fond de nos rivières

Une ressource inespérée au fond de nos rivières

Stéphane Gagné – Agence Science-Presse

À l’heure où l’on parle de crise forestière, de fermeture de scieries et de papeteries et de rareté de la ressource ligneuse, des quantités phénoménales de billots de bois, résultant de la drave, reposent calmement dans le fond de nos rivières et de nos lacs. Ce bois presque intact possède une valeur commerciale indéniable et a l’avantage de se trouver près des usines de transformation. André Doyer, biologiste et président de la Compagnie des bois oubliés, s’intéresse à cette ressource depuis 2003. L’automne dernier, il a d’ailleurs amorcé un projet-pilote pour récupérer le bois de la rivière Métis, dans le Bas-du-Fleuve.

C’est en travaillant comme consultant pour Hydro-Québec qu’André Doyer a découvert tout le potentiel dormant dans le fond de nos plans d’eau. «Mon mandat consistait à trouver des frayères à touladis dans un lac de très grande superficie sur la Côte-Nord. J’ai alors constaté que le lac était rempli de billots provenant de la drave, du fond jusqu’à deux mètres de la surface.»

Pour récupérer les billots, le biologiste a développé une méthode dont certaines techniques sont en instance de brevet. Le procédé s’inspire des technologies de pêche commerciale. À l’aide d’un bateau, «nous observons d’abord où sont disposés les billots [opération complexe due à la grande turbidité de l’eau] et nous les récupérons en évitant de trop remuer les sédiments présents dans le fond des plans d’eau.»

L’entrepreneur récupère toutes sortes d’essences (résineux et feuillus). Il confie ensuite son bois à une petite scierie dans la région de Rimouski pour la transformation. Le bois ainsi coupé, qui présente une densité plus grande grâce à son immersion dans l’eau que le bois courant, ne se retrouve cependant pas encore sur le marché, car les quantités sont encore trop faibles. Toutefois, selon Monsieur Doyer, le volume de bois présent au fond des cours d’eau et lacs est impressionnant. Par exemple, entre 10 et 15 % des billots qui étaient expédiés par la rivière Métis lors de la drave ne se rendait pas à destination. Cela donne une petite idée de ce qu’on pourra trouver dans le fond des autres plans d’eau du Québec. Et, si cette récupération s’avérait un jour significative, elle présenterait également de nombreux avantages écologiques: augmentation de la superficie des habitats benthiques, accroissement de la productivité des cours d’eau, diminution de la pression sur la forêt publique.

Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous  par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

Merci de votre soutien.

PUBLICITÉ

reflet-de-societe-magazine-drogue-prostitution-suicide-alcool-gang-de-rue-gambling Internet-o-thon pour soutenir le magazine communautaire Reflet de Société édité par le Journal de la Rue. C’est le temps de vous abonner pour montrer votre soutien à votre revue sur l’actualité communautaire et sociale. Toute contribution supplémentaire pour soutenir notre cause est la bienvenue.

Par téléphone: (514) 256-9000, ext.: 1-877-256-9009
Par Internet: http://www.refletdesociete.com/Abonnement.html
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

Mabi: un illustrateur international

Mabi: un illustrateur international

Dossier Francophonie

Mabi, c’est le nom de plume d’un illustrateur belge. Il a publié dans plusieurs magazines à travers le monde de la francophonie, entre autre, pour notre magazine Reflet de Société. Étant un illustrateur qui a fait ses sciences politiques, ses illustrations ont une saveur politique. Son porte-folio est présenté d’une façon très originale. Sur la carte géographique suivante, chaque pays regroupe les illustrations réalisées qui les touchent. Pour Reflet de Société, notre sujet n’étant pas géographique, elles se retrouvent sur une petite île à droite nommée Société.

Vous pouvez aussi voir les différentes illustrations réalisées par Mabi et accompagnés de texte sur son blogue.

Une visite de son site s’impose pour mieux connaître cet illustrateur qui fait bénéficier Reflet de Société de sa plume socialement sensible. Bonne visite.

Autres textes sur la Francophonie

Éducation francophone dans l’Ouest du Canada

Éducation francophone en milieu anglophone. École Gabrielle Roy.

Éducation francophone en milieu anglophone. Écoles Rose-des-vents et Jules-Vernes.

Société francophone de Maillardville, bastion de la francophonie en Colombie-Britannique

La qualité du français dans la blogosphère

Meeting francophone. Le français est-il une maladie en voie d’extinction?

Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous  par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

Merci de votre soutien.

PUBLICITÉ

reflet-de-societe-magazine-drogue-prostitution-suicide-alcool-gang-de-rue-gambling Internet-o-thon pour soutenir le magazine communautaire Reflet de Société édité par le Journal de la Rue. C’est le temps de vous abonner pour montrer votre soutien à votre revue sur l’actualité communautaire et sociale. Toute contribution supplémentaire pour soutenir notre cause est la bienvenue.

Par téléphone: (514) 256-9000, ext.: 1-877-256-9009
Par Internet: http://www.refletdesociete.com/Abonnement.html
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.