Homosexuel: une nouvelle vie à 40 ans

Spectacle du Bistro le Ste-Cath (l’ancien Bistro In Vivo) dans Hochelaga-Maisonneuve

Homosexualité

Découvrir son homosexualité à 40 ans

Jean-François Capelle a eu la vie facile. Comme s’il était toujours au bon endroit au bon moment. Cet ingénieur, aujourd’hui à la retraite, a traversé son existence le sourire aux lèvres. Et grâce à sa nouvelle passion, l’écriture, il réalise sa chance et partage son bonheur. Regard sur un aventurier qui n’a jamais eu peur de l’inconnu.

Dominic Desmarais Dossier Homosexualité

homosexualite-bonheur-jean-francois-capelleOriginaire de France, Jean-François  Capelle a été élevé par des parents hors normes qui lui ont légué une ouverture d’esprit qui l’a poussé à vivre des expériences différentes. La vie ne lui a jamais mis de frein. Et il ne s’en est jamais mis.

Enfant, son éducation lui est offerte gratuitement. L’état de son père, grand blessé de la Deuxième Guerre mondiale, lui confère le statut de pupille de la Nation. Le gouvernement français paiera toutes ses études. Il en profite pour décrocher un doctorat en génie civil. «Ça ne m’a rien coûté grâce à ça. Je n’ai pas eu à me battre», confie-t-il avec reconnaissance. Mais à cette époque, il ne savoure pas sa chance. Confronté par la réalité des étudiants québécois qui manifestent contre la hausse des frais de scolarité, il réalise sa bonne fortune.

Vers le Canada

Car ce sont ses études qui lui ont ouvert les portes d’une vie captivante. Au début des années 1960, il est un oiseau rare. Les ingénieurs sont en demande. Partout on multiplie les grands chantiers. Ses anciens professeurs lui suggèrent le Canada, un pays d’aventuriers. Il tente sa chance. «J’ai envoyé mon CV à deux endroits. Les deux voulaient m’engager. Au Québec, Il n’y avait pas d’ingénieur avec ma spécialité. Alors on m’a donné des responsabilités que je n’aurais jamais eu si tôt, en France.»

Jean-François Capelle débarque à Montréal en 1964. «C’était un village! Les gros immeubles, c’étaient la Place Ville Marie et la Place des Arts. Je suis arrivé à un moment exceptionnel. Il y avait beaucoup de travail!» Les services du nouvel arrivé sont requis pour ériger ce qui deviendra des emblèmes du Québec. Il s’implique notamment dans la construction du métro, de l’Expo 67, des barrages de la Baie James. Il garde un merveilleux souvenir de cet immense projet hydro-électrique. «C’était l’aventure! L’hélicoptère, l’avion à ski pour atterrir sur les lacs gelés. On dormait dans des tentes, en plein hiver!» Le retraité s’enthousiasme. Il aurait tant à dire sur ses expériences, qu’il ne sait par où commencer.

Voler de ses propres ailes

Après s’être forgé une réputation, noué des relations professionnelles et d’amitié avec une génération de bâtisseurs, le Français d’origine et un de ses amis fondent leur compagnie. Il veut voler de ses propres ailes. Le Québec, soudainement, n’est plus assez vaste. L’aventure l’appelle au loin.

«J’ai surtout participé à la construction de barrages et ce, dans le monde entier. J’allais sur le terrain pour faire des essais, je négociais des contrats. Et je prenais des sabbatiques pour travailler sur d’autres projets.» Ses congés lui permettaient de travailler pour le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Il se retrouvait alors seul expatrié au milieu du personnel du pays où il travaillait. Une intégration totale à des cultures, des croyances et des mets dans plus de 25 pays répartis sur 4 continents. Les connaissances, les anecdotes, les aventures débordent. Il a profité pleinement de ce vaste terrain de jeu et ressent le besoin de partager.

Découvrir son homosexualité à 40 ans

Jean-François Capelle s’est marié au Québec avec une hôtesse de l’air rencontrée dans un avion. Père de deux enfants, il vivait une relation tout à fait normale jusqu’à l’apparition du féminisme dans les années 1970. «Ma femme m’a dit qu’elle ne pouvait pas se réaliser à la maison. Elle ne voulait plus s’occuper des enfants. Ça tombait bien, j’avais envie de le faire», raconte l’ingénieur avec le sourire d’un enfant. Sa femme le quitte pour vivre ce qu’elle recherche. Lui reste à la maison.

C’est en faisant l’amour avec une femme, qu’il s’interroge. «J’ai vu l’image d’un homme. Je m’en souviens très bien.» Avant cette apparition, il n’avait jamais ressenti d’attrait pour la gent masculine. «Probablement que c’était latent mais je n’avais jamais eu d’attirance pour un homme. J’étais niaiseux. Je ne savais même pas que ça existait, l’homosexualité.»

Je suis gai!

Fort de cette image en tête, l’idée de s’apitoyer ne l’effleure même pas. «Je ne me suis pas dit: Mon dieu, je suis gai! Moi, je suis très pragmatique. Ce que je vois, je dois l’essayer.» Curieux, il applique la même attitude qui l’a menée partout dans le monde: il s’ouvre à l’idée. «C’était au début des années 1980. Je ne connaissais rien du milieu gai. Je suis tombé par hasard sur l’annonce d’un masseur. J’ai pris rendez-vous! Je lui ai dit que je n’avais jamais eu d’expérience gaie. Ça s’est très bien passé.»

L’ingénieur passe deux ans à vivre des relations avec des femmes et des hommes. Finalement, il trouve les relations homosexuelles plus satisfaisantes. Il ne vit pas la déprime, le doute. Il s’est abandonné avec plaisir, sans limites. «C’est une chance que ça me soit arrivé plus tard. Car plus jeune, ma vie aurait été complètement différente. Je n’ai pas eu à vivre le rejet de mes amis. J’avais déjà un statut social.»

À l’image de sa vie professionnelle qui s’est déroulée sans difficultés, il accepte son homosexualité tout naturellement. Ce qui lui rend la tâche facile avec ses proches. Il ne sent pas le besoin de s’expliquer. «Je ne le cachais pas mais je ne le disais pas non plus.» Ses enfants l’apprennent en le voyant avec son amoureux. «C’était évident! Ils s’entendaient bien.»

Il fait de même avec sa sœur. Il se sent normal. Pourquoi avoir à sortir du placard? «C’est pour ça que j’ai l’impression que plusieurs gais se mettent dans un ghetto. C’est naturel, c’est tout. Je comprends que, pour un enfant, il y a la peur d’être rejeté. Quand je vois des adolescents chahutés dans les écoles, je trouve ça drôlement dur. Ça amène le suicide, le décrochage. Mais quand on est un adulte, de quoi on a peur? Pourquoi avoir honte?»

Une vie romancée

Ce parcours captivant et facile, Jean-François Capelle le fait revivre dans l’écriture. À l’intérieur d’une intrigue policière fictive dont il est le personnage principal, il se raconte. Il affiche ouvertement son homosexualité. Il considère que les gens qui ont des carrières comme lui, dans l’ingénierie, ne doivent pas se cacher. «Ce n’est pas la partie fondamentale de mon livre. C’est le saccage de la nature et le rôle de la finance. Mais oui, il y a des gais. Je montre que c’est normal, que la vie est passionnante avant tout.»

Il passe ses messages en utilisant son expérience. Avec le recul, il réalise que son travail d’ingénieur a déplacé des populations, causé du tort à l’environnement. «Je n’étais pas conscient de ce que ça pouvait amener comme problèmes, la construction de barrages. À l’époque, on n’en parlait pas. On n’y pensait pas. Ça n’existait pas. Aujourd’hui, je ne sais pas si je le referais. L’écriture, je m’en sers pour passer mes idées. C’est mon coming out social tardif.»

Jean-François Capelle est né au bon moment. À l’époque où on ne se posait pas de questions. On avait de grandes idées et on se demandait juste comment les réaliser. L’impact de ces réalisations sur la vie des gens et l’environnement n’était pas dans l’air du temps. L’ingénieur de carrière n’a pas de remords. Il vivait en phase avec son temps, sa génération. Il écrit avec ce regard et ses livres sont importants pour comprendre cette différence entre hier et aujourd’hui.

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LOVE in 3 D, L’Amour en 3 Dimensions

Colin McGregor est un prisonnier de Cowansville. Depuis plus de 3 ans, ce journaliste anglophone tient une chronique régulière dans le magazine Reflet de Société. Une chronique très appréciée par sa façon originale de nous conter une histoire carcérale et les anecdotes du système pénitencier.

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4 Réponses

  1. L’effet curieux de la libération des moeurs contemporaines… Mais comme des articles au Devoir le montre, le gars risque peut-être, forcé par les projugés et idées des autres, de ‘retourner dans le placard’ quand il deviendra un ainé, et surtout si il finit dans une ‘maison de vieux’ ou CHLSD,m ou de quoi…

    J’ai lu des articles dessus, c,est un phénomèmene triste… les ainés gays sont victimes d’ostracisme d,autres ‘vieux’… Ca me surprend pas…

    C’est un peu apparenté au phénomène qui touche des pays plus récemment industrialisés comme le Japon ou la Corée du Nord… de nos jours, il est pas surprenant de voir le tauc de divorces grimper en flêches chez ce qu’on appellent les babyboomers ici et plus vieux…

    libéralisation de moeurs (marriages arrengés encore de nos jours des fois… ou usage de ‘marieurs’), plus la culture du travail à tout pris VS vie familiale, ca donne des époux qui sont des fois presques littéralement étranger à l’un l’autre lorsque les enfants sont grands, retraite arrive… Et les femmes en ont assez des fois, elles veulent la liberté.

    Ca arrive ici en occident aussi, mais moins radical.

  2. Le retour au placard pour les aînés. Je n’avais pas entendu parler de cela. Mais effectivement ça doit être une réalité beaucoup plus courante qu’on pourrait le penser.

  3. Il y avait des articles dans Le Devoir là-dessus, et j,avais vu des trucs sur le web.. c’est une triste réalité.

    Certains disent que nos idées sont de pierre après trente ans, alors un ainé….

    Enfin, cynique comme formule, mais…

  4. Il est vrai que le changement naturel de nos positions et de nos idées deviennentt moins évidentes avec l’arrivée de la quarantaine. C’est pourquoi il faut souvent passer par une importante crise pour qu’il y ait un besoin de changement.

    L’homme se complait dans sa routine. Pour changer, il faut qu’il soit face à un divorce, une perte d’emploi ou quelque chose d’important qui l’oblige à ce changement.

    C’est une des raisons pour lesquelles je ne travaille qu’avec des ados et de jeunes adultes. Parce qu’on peut arriver à un changement significatif plus facilement. La crise suicidaire qui est un autre de mes implications est aussi une occasion de créer ces changements.

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