Diversité identitaire et sexuelle et les enfants transgenres

Enfants transgenres

Diversité identitaire et sexuelle

Notre société est réglée sur un mode binaire. On est gentil ou méchant. C’est noir ou blanc. On est un homme ou une femme. Mais pour certains enfants, la chose est plus compliquée. Ils aimeraient être une nuance de gris, parfois proche du blanc, d’autres fois du noir. Et pour certains, être un mélange de couleurs indéfinissables.

Ces enfants ne rentrent pas dans la catégorie de leur genre (homme – femme) habituel. Ils sont appelés transgenres, et dans notre société catégorisée, ils tentent de se forger leur propre identité. Regard sur ces jeunes qui dépassent leur sexe pour se construire leur genre.

Delphine Caubet       Dossiers HomosexualitéSexualité

Mat a 16 ans. Au quotidien, il aime créer un flou autour de son genre. Tantôt plus masculin, tantôt plus féminin. Cette confusion autour de son genre lui offre une plus grande liberté et surtout, diminue la pression sociale. Il ne répond plus aux attentes et aux clichés sociétaux, auxquels il devrait se conformer en tant que garçon ou fille. Mat est androgyne. Le français étant ce qu’il est, nous utiliserons le pronom «il» pour qualifier Mat.

Le sexe n’est pas le genre

À la naissance, les enfants sont identifiés en fonction de leurs organes génitaux et les parents les habillent en conséquence. Une fille portera des robes et un garçon des pantalons. Les jouets seront également achetés en fonction. Mais certains enfants dits transgenres se sentent à l’étroit dans ces modèles. D’après le docteur Shuvo Ghosh, pédiatre du développement à l’Hôpital de Montréal pour enfants, ces jeunes développent une identité ou un genre atypique.

Paradoxalement, auprès des enfants de son service, le Dr Ghosh voit essentiellement de jeunes garçons. «Car la moitié féminine est mieux acceptée comme garçon manqué. C’est pas la petite fille qui joue au soldat qui va arriver dans ma clinique. Mais un garçon de 4 ans, qui a une « obsession » des princesses, sera amené ici pour qu’on sache ce que nous pouvons faire pour lui.» Selon le Dr Ghosh, il y a davantage d’interdictions chez les garçons. En bas âge, une fille peut porter des pantalons et jouer aux soldats, mais l’inverse est interdit. En revanche, à l’adolescence, le docteur constate qu’autant de garçons que de filles viennent le consulter.

Akiko Asano, la mère de Mat, parle du genre de son enfant: «À 3 ans, mon enfant a fait sa première transition sociale.» «Un jour, je lui ai dit « tu es un bon garçon » et il m’a répondu que non, qu’il était une fille. Il avait la conviction totale d’être une fille.» Akiko parle d’un enfant plein de frustration et de colère, «mais depuis qu’on a fait la transition sociale, il est devenu très calme.» « Avant, c’était comme si mon enfant voulait dire qu’il existait et que personne ne l’écoutait.» Par transition sociale, Akiko Asano entend reconnaître son enfant tel qu’il le souhaite et surtout, le laisser s’habiller et jouer avec ce qu’il veut.

Tous les enfants dits transgenres ne sont pas aussi catégoriques que Mat. Pour certains, il peut s’agir d’une simple variation du genre. C’est-à-dire, qu’ils dépassent les clichés, par des goûts ou comportements, qui normalement ne devraient pas être associés à leur sexe.

Accepter sa différence?

Depuis une dizaine d’années, la société accepterait mieux les variances de genre, selon le Dr Ghosh. Mais le vrai changement est de parler de ces jeunes, même si cela crée de la controverse.

Ce qui est étrange, d’après le Dr Ghosh, c’est qu’une frange de la population est très conservatrice sur ce sujet-là, alors qu’elle ne l’est pas nécessairement dans la vie courante. « Peut-être qu’ils ne sont pas confortables avec le sujet, car cela leur pose des questionnements personnels. Je ne sais pas.» Mais aujourd’hui, les personnes transgenres sont de plus en plus démystifiées. Ce sont des personnes concrètes que l’on côtoie tous les jours.

Pour le Dr Ghosh, il est important de travailler l’estime de soi avec ces jeunes. Car, les préjugés et les regards des autres les atteignent. Alors, le docteur parle longuement avec les familles pour les aider à trouver des ressources permettant à l’enfant de socialiser avec son entourage, autant avec des enfants que des adultes.

Réticences

Si les parents de Mat ont toujours été ouverts à la différence de leur enfant, leur entourage, en revanche, a été plus réticent. «Nous avons perdu beaucoup d’amis et au niveau familial, il existe des frictions.» Au primaire, pour que Mat soit reconnu comme une fille, Akiko et son conjoint ont engagé un psychologue pour expliquer et aider les enseignants à intégrer leur enfant. Mat voulait qu’on s’adresse à lui au féminin.

Aujourd’hui, à 16 ans, Mat a changé 4 fois d’école, même si sa mère précise que la première fois n’avait aucun rapport avec son genre. Pour les 3 changements d’écoles au secondaire, «c’était à cause de leur ignorance. Ils ne pouvaient pas supporter l’anxiété de mon enfant.»

Depuis, Mat a fait une seconde transition et se considère comme androgyne. Il se plait à créer un flou autour de son genre et demande à ce qu’on utilise le pronom neutre en anglais ou le masculin en français. Une façon pour lui de diminuer l’anxiété de l’adolescence.

Diminuer les hormones

«Chez les enfants transgenres, la puberté est très inquiétante» explique le Dr Ghosh, car «c’est le choc de la réalité.» Pour les jeunes qui poursuivraient leur variance à l’adolescence (et donc, persisteraient avec le temps), cette nouvelle étape de la vie peut s’avérer très stressante. Elle s’accompagne de changements physiques qui peuvent troubler le jeune s’il n’est pas en accord avec son corps.

Pour qu’ils aient plus de temps de réflexion et diminuer l’anxiété, certains d’entre eux prennent des bloqueurs hormonaux. Comme Mat, qui les utilise depuis ses 11 ans. Ces bloqueurs ne stoppent pas complètement la puberté. Ils la ralentissent. Naturellement, cela prendrait 2 à 3 ans, explique le Dr Ghosh, mais avec ces médicaments elle durerait 4 ou 5 ans. Ainsi, le jeune dispose de plus de temps pour réfléchir à son avenir et à ses options. Certains peuvent se diriger vers un changement de sexe physique, d’autres au contraire voir plus au jour le jour, comme Mat.

Il n’existe pas de schéma sur l’avenir des enfants transgenres. Ceux avec une simple variance peuvent grandir en accord avec leur genre et sexe, d’autres choisir de cultiver le mystère, comme Mat. Enfin, d’autres peuvent changer de sexe pour être plus en accord avec leur genre. Ils deviendront alors ce que l’on appelle des transsexuels. En somme, il existe autant d’avenirs possibles qu’il y a d’enfants.

Le coming out?

Avec l’adolescence vient aussi la période des premiers amours. «Et c’est compliqué» rit Akiko. Car à moins de deux personnes transgenres, le jeune s’interroge. Doit-il se dévoiler ou être plus subtil? Mais alors, l’autre ne sait pas «ce que j’ai dans les culottes» plaisante la mère de Mat. Pour Akiko, il est important que son enfant ait des endroits où il se sente en sécurité, et où il pourra tomber amoureux. Cela peut-être des camps de jour, des camps d’été, des retraites,… Des lieux où il pourra exprimer son genre sans crainte des regards.

Lorsque de nouveaux parents arrivent avec leur enfant, une question revient souvent au Dr Ghosh: l’enfant est-il gay? Et sa réponse est toujours la même: «À 4 ans ou même 8 ans, l’orientation sexuelle n’est pas impliquée. On ne peut pas en discuter à cet âge-là.» En revanche, à l’adolescence, le docteur commence à en parler progressivement.

Pas de consensus

La difficulté dans notre société binaire est de vouloir enfermer des personnes dans des cases. Une personne avec un sexe masculin, de genre féminin et aimant les hommes. Est-ce un homosexuel? Un hétérosexuel? Et pour ceux qui préfèrent les transsexuels?

Dans son bureau, le Dr Ghosh voit des enfants de tous horizons. «Entre 2 à 3 nouveaux par semaine.» Étant le seul médecin du Québec à s’occuper d’enfants transgenres, il reçoit des patients de toute la province. Et contrairement aux idées reçues, il a proportionnellement autant d’enfants transgrenres à la campagne qu’à Montréal.

Peu d’études ont été faites sur le questionnement du genre, mais selon le Dr Ghosh environ 5% à 10% de la population se poserait des questions, et seul 1% à 2% présenterait une vraie variance. Enfin, seuls 40% à 50% de ces derniers changeraient de sexe. Soit au maximum 1% de la population. Un chiffre non négligeable à l’échelle nationale.

L’origine de cette variance n’est pas claire. Si tant est qu’il faille une origine. Pour le Dr Ghosh, les transgenres ont toujours existé: «Le phénomène est là depuis 2, 3 ou 4 mille ans. Depuis l’histoire de l’humanité. Mais ce n’est pas un sujet acceptable à discuter ouvertement. Même si maintenant, c’est davantage autorisé d’en parler.» Une autre des théories serait qu’aujourd’hui, les parents auraient moins tendance à enfermer leur enfant dans un genre. Ce qui les laisserait libres d’être ce qu’ils veulent, sans contrainte. L’avantage de cette hypothèse est de ne pas voir ce phénomène comme une dégénérescence de la société, précise le Dr Ghosh. «Les choix sont plus individuels, plus naturels et surtout moins anxiogènes, car la personne est ce qu’elle veut.»

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