Cyanobactéries : comment les détecter en moins de 24 heures

Cyanobactéries : comment les détecter en moins de 24 heures
Denise Proulx – Agence Science-Presse

À l’heure de la frénésie qui parcourt le Québec au sujet des cyanobactéries, une entreprise montréalaise, BIOphage PHARMA, offre la possibilité de mesurer la contamination de l’eau en moins de 24 heures. Un autre avantage non négligeable de cet analyseur de toxicité est qu’il élimine l’utilisation des animaux de laboratoire. Actuellement, c’est la rapidité de la mort de dizaines de souris qui détermine l’intensité de la contamination.

Le biocapteur permet la détection de cyanobactéries via un signal qui contrôle les flux de courants électriques. La méthode de mesure est simple à utiliser par le personnel des municipalités ou des Directions de Santé publique. Il s’agit de brancher au biocapteur PDS-16 —de la taille d’un ordinateur portable— un plateau de la taille d’un lecteur MP3. Ce plateau est divisé en huit ou 16 puits, au fond desquels se trouve une micro-électrode en or, un métal conducteur d’électricité. L’utilisateur remplit chacun des puits d’échantillons d’eau pris en différents endroits et y ajoute des cellules de mammifères en bonne santé, produites en laboratoire, pour mimer l’effet d’un élément toxique sur la vie humaine ou animale.

S’il y a des toxines, les cellules meurent et le courant circule entre les électrodes. Mais s’il n’y a aucun élément toxique, les cellules bloquent le passage du courant entre les électrodes, parce qu’elles jouent le rôle d’un isolant avec leurs membranes: on mesure alors cette augmentation de la résistance du courant. Si le blocage de courant est partiel, la toxicité est faible et peut même être acceptable, dépendamment des normes en vigueur.

Le type de test rendu possible par le biocapteur dépasse le cas des cyanobactéries. Il peut détecter toutes les toxines pouvant se retrouver dans l’eau, notamment celles engendrées par les pesticides, par les métaux lourds ou par les nanoparticules. «Ce biocapteur permet de détecter la toxicité de ce qui est actuellement connu ou de faire avancer des découvertes dans le milieu scientifique», précise Dr Béatrice Allain, directrice Recherche et Développement chez BIOphage PHARMA. De plus, le biocapteur peut effectuer un autre type d’essai ne nécessitant même pas la présence de cellules de mammifères: ce peut être pour évaluer la qualité de l’eau potable ou encore les jus et le lait. Enfin, il précise le degré de résistance de ces bactéries aux antibiotiques.

Consciente de l’inquiétude vive des citoyens aux prises avec un délai d’attente de sept jours, Mme Allain tend la main: «à court terme, les municipalités et les directions de Santé Publique peuvent également s’adresser à nous pour faire faire des tests de toxicité dans nos laboratoires», dit-elle.

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Sainte-Justine a 100 ans (1907-2007)

SAINTE-JUSTINE A 100 ANS (1907-2007)

Bien plus qu’un hôpital pour enfants : une fenêtre sur l’histoire moderne du Québec

Luc Dupont                                            Dossier    Francophonie

Chaque mardi, au début du siècle à Montréal, à la rubrique des faits divers du journal La Patrie, il n’était pas rare de lire que trois, cinq ou six enfants – parfois même davantage – avaient dû être hospitalisés pour causes de brûlures graves sur tout ou une partie du corps.

Mais comment expliquer ce fait ? L’historienne Denyse Baillargeon raconte  » que les enfants étaient beaucoup moins surveillés par les parents à cette époque ; de même parce que le lundi était généralement jour de lessive dans les maisonnées, et qu’en y manipulant de pleine cuves d’eau très chaude, eh bien souvent, ce qui devait arriver… arrivait !  »

À tel point que lorsqu’on fait le tour des raisons qui mènent à l’hospitalisation des enfants à l’Hôpital Sainte-Justine dans les années 1920 et 1930, les brûlures et les fractures viennent en bonne place.

Professeure agrégée au département d’histoire de l’Université de Montréal, Madame Baillargeon en sait un bout sur le sujet puisqu’elle publie ces jours-ci, au Éditions du Boréal, un magnifique ouvrage relatant le centenaire, en cette année même, de l’Hôpital Sainte-Justine : Naître, vivre, grandir. Sainte-Justine, 1907-2007.

 
 

 

Les femmes fortes de Sainte-Justine

 

En feuilletant ce livre à l’iconographie très riche, on se rend compte, et rapidement, que l’histoire de cette institution hospitalière en est d’abord une de femmes. En fait, c’est l’histoire d’un noyau de grandes bourgeoises francophones qui inscrivent alors quelque chose d’unique dans les annales de l’histoire de la médecine canadienne en fondant et en dirigeant pendant près de 60 ans, de 1907 à 1963, une institution hospitalière.

C’est à Sainte-Justine qu’oeuvre au départ, Irma Levasseur (1877-1964), la première femme-médecin francophone de l’histoire québécoise. C’est elle qui sera la grande instigatrice de la création de Sainte-Justine, lorsqu’à son retour de St-Paul du Minnesota où elle avait été formée en médecine, elle plaide auprès de la grande bourgeoise qu’était Justine Lacoste-Beaubien (1877-1967) pour que le milieu francophone se dote d’un premier hôpital pour enfants.

 
 

 

Une fenêtre ouverte sur l’histoire sanitaire du Québec

 

 » Travailler à enrayer l’effroyable mortalité infantile qui, chaque année, décime d’une façon alarmante la population de notre ville « , voilà l’un des principaux buts de Sainte-Justine. C’est qu’à Montréal entre 1880 et 1920, un enfant sur quatre décède avant l’âge de 1 an ; pire encore, plus d’un bambin sur trois disparaît avant l’âge de cinq ans en raison d’un manque flagrant d’hygiène, une conséquence directe de l’industrialisation et de l’urbanisation massives de l’époque. C’est dans ce contexte que naissent les premiers hôpitaux destinés aux enfants.

 
 

 

Une fascination pour la modernité

 

Au cours de sa recherche sur l’histoire de l’Hôpital Sainte-Justine, l’auteure Denyse Baillargeon découvre à quel point les dirigeantes de Sainte-Justine, dès les premières années, sont stimulées par l’idée de modernité. Une fascination qui se maintient par la suite.  » Dès les années 1910 et 1920, raconte-t-elle, l’institution obtient son affiliation à la faculté de médecine de l’Université de Montréal et aux organismes de reconnaissance des hôpitaux, notamment au très prestigieux American College of Surgeon.  »

Durant les années 1930, les dames de Sainte-Justine initient ce qu’elles appellent le  » plan de quatre ans « . Ce plan consiste en une rétention volontaire de salaire (l’équivalent d’une rémunération différée) chez les médecins pour qu’ils aillent quelques années plus tard acquérir aux États-Unis et en Europe les précieuses spécialisations en pédiatrie. Selon Denyse Baillargeon,  » le plan de 4 ans montre très bien que Sainte-Justine prend de l’avance dans les années 1930 sur la réalité du médecin spécialiste qui ne va légalement prendre forme au Québec qu’à partir de 1944, au moment où le Collège royal des médecins du Canada en décide ainsi.  »

 » Difficile à préciser à quoi l’on peut attribuer cet attrait pour la modernité à Sainte-Justine, laisse tomber l’historienne après un temps de réflexion. Je suis amenée à penser que c’est vraisemblablement venu en réponse au fait que ces administratrices étaient conscientes qu’elles étaient des femmes évoluant dans un monde d’hommes, et qu’elles voulaient être prises au sérieux. C’était peut-être leur façon de dire : ‘Nous sommes des femmes, mais nous sommes – aussi – modernes !’  »

Lorsqu’il emménage en 1957 sur son site actuel de Côte Sainte-Catherine, Sainte-Justine participe de l’ère des grands hôpitaux modernes, passant alors de 300 à 800 lits.  » C’est vraiment dans la période 1930-1970 que l’on voit apparaître la pédiatrie moderne, poursuit l’historienne.  » C’est également durant ces années-là – et les antibiotiques y sont pour quelque chose – que les femmes vont se tourner en masse vers l’hôpital pour accoucher ; alors que 15 % seulement des femmes accouchent à l’hôpital dans le premier tiers du 20e siècle, elles seront 60 % en 1945 et 95 % en 1955. Un retournement complet en quelques décennies.

 
 

 

Vers un centre mère-enfant ultra-spécialisé

 

Sans la création du département d’obstétrique en 1928, Sainte-Justine n’aurait pu évoluer en ce centre mère-enfant si prestigieux et si distinctif qu’il est devenu aujourd’hui.  » Une date à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire de l’institution « , note l’historienne.

Grâce à ce tournant pris au début de son histoire ou presque, Sainte-Justine, se retrouve en excellente position quand les nouveaux paradigmes de soins pédiatriques apparaissent à partir des années 1960 et 1970 : l’importance de tenir compte de la mère quand on traite l’enfant, le suivi et le concept des grossesses à risques, les prématurés, la transformation du fœtus en patient, bref tout ce qui compose la néonatalogie d’aujourd’hui.

La création en 1973 du Centre de recherche de Sainte-Justine fera le reste, les scientifiques montréalais projetant l’institution, que Justine Lacoste-Beaubien avait voulu tellement moderne, sur la scène internationale. L’hôpital y joue d’ailleurs aujourd’hui un important rôle, en étant notamment à la tête d’un Réseau mère-enfant déployé dans toute la francophonie.

 
 

 

La continuité féminine

 

En 1966, à 89 ans, un an avant sa mort, Justine Lacoste-Beaubien laisse le conseil d’administration qu’elle dirigeait depuis près de 60 ans. Mais l’  » esprit  » de Justine ne quitte pas pour autant les murs de l’institution de la Côte Sainte-Catherine… car des descendants de sa famille prennent aussitôt le relais ! Ainsi entre 1966 et 1980, le CA est présidée par Marcelle Hémond-Lacoste, sa nièce par alliance. Puis entre 1985 et 1994, ce sera au tour d’une seconde Justine Lacoste, une petite nièce de la première, de prendre les commandes ! L’histoire de Ste-Justine est bel et bien une histoire de femmes et une affaire de famille. Et on attend toujours… la suivante.

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