Dans l’assiette des aînés

Dans l’assiette des aînés

Delphine Naum

(Agence Science-Presse) – Jean ne mange presque plus de viande parce que son dentier lui fait mal. Lucille a de la difficulté à couper ses aliments à cause de son arthrite. Jean-Claude ne mange que du junk food depuis que sa femme est décédée parce qu’il n’a jamais su cuisiner. Madeleine mange comme un oiseau parce qu’elle n’aime pas ce qu’il y a au menu de son centre de soins de longue durée. Pierrette a perdu du poids, mais se dit que c’est normal à son âge. Ces exemples fictifs reflètent une situation bien réelle : au Canada, plus de 40 % des personnes âgées vivant dans la communauté seraient à risque de connaître des problèmes nutritionnels. En milieu de soins, les chiffres sont encore plus élevés.

De la solitude à la pauvreté en passant par la maladie et les problèmes de mobilité, les facteurs qui font des aînés un groupe à risque sur le plan nutritionnel sont nombreux. Ajoutons à cela l’ignorance de la population. « La bonne nutrition des aînés est pourtant un enjeu important, car il en va entre autres de leur maintien à domicile », avertit Nancy Presse, diététiste et doctorante à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

Manque d’information

Les aînés, de même que ceux qui les conseillent, ne sont pas toujours outillés pour conjuguer correctement vieillissement et alimentation. « Les pratiques alimentaires des personnes âgées sont peu encadrées », déplore la spécialiste. De fait, il manque cruellement de diététistes pour accomplir le boulot. Au Québec, on en compte environ 1,33 par 1000 lits en CHSLD. Et lorsque les médias traitent de nutrition, ils laissent souvent les aînés dans l’ombre. « À l’exception des produits contenant des fibres, les messages nutritionnels véhiculés par les médias et par la publicité sont principalement destinés aux adultes et aux jeunes familles », remarque-t-elle.

De nombreux mythes alimentaires concourent à miner la bonne nutrition des aînés. L’un des plus persistants dans la société et même dans certains milieux de soins concerne leur perte de poids qui serait chose normale. « C’est faux! insiste Nancy Presse. Une perte de poids peut être un indicateur de problèmes de santé sous-jacents, il ne faut donc pas la banaliser ».

Quand vieillir et manger ne font pas bon ménage

« La solitude, l’isolement social et le deuil sont des facteurs qui amènent les personnes âgées à moins bien s’alimenter, ce qui s’accompagne le plus souvent d’une diminution de l’apport de protéines, explique la diététiste. Certaines études ont montré que les aînés vivant seuls présentaient des apports nutritionnels inférieurs à ceux vivant en couple ou en famille. Plusieurs études démontrent aussi que le revenu est un indice de la qualité de l’alimentation.

En milieu de soins?

Les menus sont bien plus souvent fonction de l’équilibre budgétaire que de la variété. Avec un budget de quatre à six dollars par jour en moyenne dépensé par les centres d’hébergement pour personnes âgées pour nourrir chaque aîné au Québec, l’Ordre des diététistes du Québec doute que cela leur permette de bénéficier d’une offre alimentaire qui puisse satisfaire leurs besoins nutritionnels tout en tenant compte de leur condition de santé.

La dénutrition, un mal qui passe trop souvent inaperçu

Lorsque ce que l’on mange ne suffit plus à répondre aux besoins de l’organisme survient la dénutrition. Si l’on se fie aux études américaines et européennes, elle toucherait jusqu’à 15 % des personnes âgées vivant dans la communauté et jusqu’à 65 % des aînés hospitalisés ou vivant en centre d’hébergement.

Plusieurs travaux ont mis en lumière un fait potentiellement inquiétant : le personnel soignant est souvent aveugle à la dénutrition. Une étude menée auprès de 1017 aînés vivant en résidence a montré que la dénutrition n’était décelée que dans 43 % des cas. Même s’il existe de nombreux outils de détection éprouvés, on ne fait pas le dépistage systématique de la dénutrition au Québec. Or, si elle passe inaperçue, la dénutrition n’est pas soignée. En plus d’entraîner de nombreux changements dans l’organisme, la dénutrition affecte le système immunitaire. Chez les aînés, elle augmente de deux à six fois la morbidité infectieuse et multiplie par deux à quatre le risque de mortalité.

Devant ce portrait, Nancy Presse dessine un souhait : « Dans la population et chez les professionnels, il faudra prendre acte de l’importance des troubles nutritionnels et de leur dépistage chez les aînés. Cela impliquera d’augmenter les services d’aide à domicile et le nombre de diététistes dans les CLSC et les CHSLD du Québec. Par la prévention, on peut éviter de nombreux problèmes de santé découlant d’une mauvaise alimentation. »

Pour en savoir plus
Ferland, Guylaine, Alimentation et vieillissement, Presses de l’Université de Montréal, 2007
Mémoire de l’Ordre professionnel des diététistes du Québec :
Consultation publique sur les conditions de vie des personnes aînées : un enjeu de société, une responsabilité qui nous interpelle tous, 2007

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Fond des générations: un leurre

Fond des générations: un leurre

Pierre Péloquin

«C’est un budget pour l’avenir, pour assumer nos responsabilités envers les générations futures.» Ainsi parlait le ministre des Finances du Québec, Michel Audet, en déposant son budget pour l’année 2006.

Le ministre Audet a créé le Fonds des générations à cette occasion. Sa trouvaille, pour réduire notre dette, nous permettra d’accumuler 30 milliards d’ici 20 ans. Et comment compte-t-il s’y prendre? En demandant à Hydro-Québec de payer des droits sur l’eau utilisée dans la production d’électricité. Les producteurs privés d’électricité versent des droits sur l’eau au gouvernement. Pourquoi notre société d’État ne ferait pas de même? Et comment Hydro réussira à garnir à la fois le Fonds des générations et les coffres de l’État? En misant sur l’exportation d’électricité grâce aux prochains grands barrages et en améliorant son efficacité… Et, fort probablement, par une hausse des tarifs.

La pauvreté du Québec: un leurre?

Le discours omniprésent, en ce moment, est que le Québec est pauvre. Qu’il croule sous les dettes. 118 milliards $, voilà où nous en sommes. Tant les politiciens que les économistes, en passant par les gens d’affaires et les journalistes, nous martèlent de prévisions alarmantes. Ils jouent avec les sentiments de la population: il faut régler le problème de la dette pour le bien-être de nos enfants.

Pourtant, la dette, depuis 8 ans, est passée de 52% à 43% du produit intérieur brut (PIB). Cet indice mesure la richesse que nous produisons. Le PIB, c’est notre pouvoir d’achat. En moins de 10 ans, on a baissé la dette d’environ 10%. Par exemple, un individu qui a une dette de 5 000$ et un salaire de 10 000$, aura davantage de difficultés à rembourser qu’un autre qui doit 10 000$, mais dont le salaire s’élève à 25 000$. Ce dernier a une dette 2 fois plus grande que le premier. Mais son pouvoir d’achat est également plus grand. C’est la même chose pour le Québec. Notre dette augmente – 3 milliards par année -, mais notre richesse s’élève encore plus vite. Parce que notre économie, quoiqu’en di-sent nos élites politiques et économiques, roule bien.

De plus, jamais notre gouvernement avait si peu dépensé dans ses programmes, par rapport à son pouvoir d’achat. Les dépenses sont à leur plus bas depuis les 35 dernières années. Autre fait, les Québécois quittent les classes pauvres. Entre 1998 et 2003, 250 000 Québécois ont amélioré leur sort, quittant les bas-fonds salariaux. Le nombre de riches a également augmenté. La classe des 100 000$ et plus a presque doublé dans le même intervalle.

Et nous sommes pauvres? Non. C’est un mensonge concocté par les élites économiques et politiques. Il y a consensus entre les deux cliques dominantes, le politique et l’économique. Le politique reçoit une nouvelle source de revenus, l’économique accepte, parce qu’il n’aura pas à payer pour les services.

À qui profitera le Fonds des générations?

Les babyboomers sont à l’aube de leur retraite. C’est eux qui ont endetté l’État. Maintenant qu’ils prennent leur retraite, aux frais du contribuable, ils veulent désendetter. Pourquoi? Il va y avoir une baisse considérable du nombre de contribuables. Les statistiques sont claires à ce sujet. Alors les élites craignent pour leurs privilèges. S’il y a moins de travailleurs et que la dette provinciale augmente, qui paiera leurs retraites? Qui paiera pour leurs soins de santé, eux qui vont prendre de l’âge?

La dette est un enjeu uniquement pour les fonctionnaires qui ont une rente assurée par le gouvernement pour les 40 prochaines années. Ces gens ont profité de la Révolution tranquille pour obtenir ce que les générations suivantes n’auront pas: une retraite ou une rente assurée par l’État. C’est pour ça qu’ils veulent la rente naturelle (la taxe sur l’eau) d’Hydro-Québec. Parce qu’elle est plus fiable que les revenus de taxation et d’imposition en raison du bassin des contribuables qui va diminuer.

Que faire des revenus magiques d’Hydro?

Tranquillement, avec le temps, Hydro paie ses barrages comme certains ont terminé de payer leur maison. Avec le prix de l’électricité qui augmente, ça signifie que les surplus de ces barrages, dont l’hypothèque est payée, ne cesseront pas d’augmenter. On appelle ce revenu une rente. On gagne ce revenu sans travailler et sans investir. Surtout, cette forme de taxation, le Fonds des générations, n’a pas d’impacts sur le prix de l’électricité dans le futur. Si Hydro-Québec augmente ses tarifs, c’est uniquement parce que la société d’État veut augmenter ses profits.

Logiquement, cette source croissante de revenus faciles doit supporter les faibles du système de santé plutôt que les élites, qu’elles soient politiques ou économiques. Sécurisons le réseau des CHSLD et les services prioritaires des réseaux locaux. Tout l’enjeu est là. Les stratégies des élites, tant économiques que politiques, consistent à faire payer le peuple ordinaire pour les services de santé aux vieux et aux pauvres.

L’effet sera de dégager des budgets pour de nouveaux services et équipements en santé, principales victimes des resserrements budgétaires. Les élites, sans ce fardeau, pourront se concentrer sur leur tâche d’élite, qui consiste à créer la richesse et non à s’en emparer.

Le désengagement du gouvernement envers le communautaire

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