Cinq idees reçues sur l’évolution

Cinq idées reçues sur l’évolution

Julie Picard et Pascal Lapointe

(Agence Science-Presse) – Le créationnisme est tenace, et sous sa version moderne, appelée «dessein intelligent», plusieurs personnes jugent bien tentant d’y croire. Comment répliquer à ces arguments quand on n’est pas soi-même scientifique? Cyrille Barrette, biologiste à l’Université Laval, et qui a eu «l’honneur» de participer à des débats avec des créationnistes, nous fournit quelques pistes.

1. Religion et science sont incompatibles

Pour les créationnistes purs et durs, c’est un être supérieur qui a créé la Terre et les êtres humains sous leur forme actuelle, la preuve… c’est écrit dans la Bible!

Cyrille Barrette — Dit comme ça, c’est sûr que la science est incompatible avec la religion. Mais ça ne l’est pas si l’on considère ces textes sacrés comme des métaphores. Si l’on veut les utiliser au pied de la lettre, là, il y a une incompatibilité totale avec tout ce que la science nous enseigne.

2. La vie est tellement bien «fabriquée» que seul un Créateur peut être responsable. 

Certains insectes glissent sur l’eau alors que d’autres font des bonds incroyables. Et les oiseaux volent. Ces différences ne peuvent être dues au hasard.

CB – Premièrement, les biologistes sont tous d’accord pour dire que la vie n’est pas juste le produit du hasard. La sélection naturelle intervient aussi pour produire les adaptations. Ensuite, dire que c’est le Créateur qui a fait ceci ou cela, c’est un argument d’ignorance. C’est ce qu’on appelle «le Dieu bouche-trou»: il y a des trous dans nos connaissances — par exemple, on n’arrive pas à expliquer une adaptation en particulier — alors on fait une capitulation de la raison: on dit «c’est Dieu qui a fait ça».

3. Si nous avons évolué des singes, comment se fait-il qu’il y ait encore des singes?

CB – C’est une question difficile si on la prend telle quelle. Parce que posée de cette façon, cette question suppose que l’existence des singes avait un objectif; que l’objectif de l’évolution, ou de la vie, aurait été l’émergence de l’humain; donc, pour que l’humain émerge, il fallait qu’il y ait des singes avant, et puis avant les singes, des mammifères, et puis avant eux, des amphibiens, etc. Dans cette vision, c’est comme si chacune des étapes avait une mission à remplir: paver une partie du chemin qui devait mener éventuellement à l’humain, grande vedette de l’évolution.

Mais dans cette optique, on pourrait aussi se poser la même question pour les poissons: pourquoi sont-ils encore là? Ils ont donné naissance aux amphibiens, donc leur job n’est-elle pas terminée? Or, ce n’est pas du tout comme ça que ça se passe. Une espèce n’a pas pour «mission» de permettre l’émergence d’une autre espèce.

4. L’évolution est juste une théorie

CB – D’abord, il faut se défaire du sous-entendu péjoratif «c’est juste une théorie». Parce que dans le langage courant, on peut avoir toutes sortes de théories; on peut par exemple en avoir une pour expliquer pourquoi le Canadien a perdu hier soir. Mais c’est plutôt une opinion ou une spéculation. En science, ce qu’on appelle «théorie» est quelque chose de beaucoup plus solide. C’est une proposition qui explique un grand nombre de phénomènes, qui a été mise à l’épreuve, qui a résisté pendant des années aux objections. En ce sens, on peut dire que l’héliocentrisme — le Soleil au centre et la Terre qui tourne autour — est une théorie, mais c’est une théorie qui a tellement été testée que, finalement, on considère ces phénomènes comme des faits. Ce n’est pas «juste une théorie».

L’évolution est un fait qu’on peut observer: les espèces peuvent changer dans le temps et toutes les espèces ont des ancêtres, c’est-à-dire qu’elles ont émergé à partir d’ancêtres qui les ont précédés. Ce sont des faits qu’on peut observer.

5. Créationnisme et immoralité, même combat

Croire en l’évolution peut mener à la désintégration de la société, affirment certains créationnistes. Sachant qu’il doit se battre pour sa survie, l’homme devient de plus en plus égoïste et égocentrique. Tout ce qui compte, c’est que ses caractères génétiques passent à la postérité.

CB – Non seulement ça n’a aucun rapport, mais en plus, Darwin lui-même, dans ses écrits, s’est opposé catégoriquement à l’idée que ses explications biologiques puissent servir de modèles explicatifs pour les affaires humaines, la vie en société, la loi de la jungle, et tout ça. Darwin nous dit, «oui c’est ce qui se passe dans la nature, mais l’humain est autre chose que ça». L’humain est capable de transcender ça: c’est ce qu’on appelle la culture et la civilisation.

Pour écouter l’entrevue complète avec Cyrille Barrette :

www.sciencepresse.qc.ca/balado/jvpls050209.mp3

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Spore: jeu vidéo d’évolution biologique

Spore: jeu vidéo d’évolution biologique

Amélie Daoust-Boisvert

(Agence Science-Presse) – Il est derrière la franchise de jeu d’ordinateur la plus vendue de tous les temps. Après cent millions de copies de cet univers où le joueur invente à son avatar virtuel une maison, un emploi, des amis et des amours, Will Wright lançait dernièrement un jeu qui se targue de fusionner génétique et évolution avec une expérience ludique. De The Sims à Spore, divertissement électronique et science se conjuguent-ils au présent… ou à l’imparfait?

Quatre joueurs testent Spore

L’Agence Science Presse a observé la perception du jeu chez différents joueurs. Jonathan est un artiste: la biologie et autres chimies remontent au secondaire. Son ami, Jonathan, est informaticien: ses notions de biologie lui viennent du cégep. Alors que Valérie détient un bac en écologie et est aujourd’hui naturaliste et animatrice scientifique, Mélanie détient une maîtrise en écologie et comportement animal.

Un premier choix confronte les joueurs: herbivore ou carnivore. Leurs animaux-cellules se promènent et grossissent en mangeant – et en évitant d’être dévorés – dans un océan grouillant. «Ça commence mal… ils représentent mal la cellule», dit Valérie d’emblée. Des unicellulaires avec des yeux et une bouche ne convainquent pas la biologiste. Le premier stade de Spore se rapproche plus exactement des protozoaires, les animaux multicellulaires minuscules. Amusés, ils poursuivent et les voilà qui atteignent le deuxième niveau: la terre ferme.

Evolution à la carte

Jonathan trouve que l’évolution entre l’eau et le plancher des vaches s’est fait à une vitesse fulgurante. En effet, tout stade entre l’unicellulaire et le carnivore terrestre est éliminé. Pour «évoluer», la bibitte créée par chacun des joueurs ramasse de nouveaux caractères – pattes, nez, plumes – dans des carcasses et en obtenant des points ADN – en charmant une autre espèce, par exemple. Lors de l’accouplement, l’animal se retrouve dans un atelier où selon les points et les caractères accumulés, il peut changer d’apparence. Nos deux biologistes, Mélanie et Valérie, expliquent qu’«il n’y a aucune pression de sélection. Qu’on soit gros ou petit, rouge ou vert fluo, ça ne vaut pas la peine, il n’y a pas de différence. Et, d’une fois à l’autre, la bibitte peut passer de petite poule à T-Rex si on le veut!» «Les carnivores, même si l’on met leurs yeux en avant, ça ne change rien, alors que ça a des raisons évolutives», poursuit Mélanie. Bref, tout est sélectionné par la fantaisie du joueur, et le hasard, moteur de l’évolution, est évacué.

Réserve des scientifiques et des joueurs

Will Wright connaît les réserves des scientifiques sur la représentation de l’évolution dans Spore. Pourtant, il affirme qu’«au début de la conception, les travaux de biologistes comme Richard Dawkins et Edward Wilson m’ont stimulé». En entrevue au New York Times peut avant la sortie officielle du jeu, il expliquait qu’il voulait montrer les grandes lignes de l’évolution, mais pas faire attendre le joueur «des millions d’années pour que quelque chose se passe». «J’ai rencontré plusieurs scientifiques, leur a-t-il confié, mais tu découvres beaucoup de choses et dois décider quels 20 % serait cool et amusants dans un jeu.»

Après quelques heures devant leurs écrans, ce n’était pas tant les différents détails que la vision d’ensemble qui titillait les cobayes de ce test. «Ça montre une évolution dirigée vers le cerveau. Ça renforce la fausse croyance que l’évolution est dirigée et qu’elle tend vers une forme supérieure, l’humain», a résumé Valérie. «Tout Québécois qui a complété son secondaire possède les bases suffisantes pour comprendre que ça ne fonctionne pas», a complété Jonathan, dont la bibitte devenue un féroce carnivore se tenait prête à diriger une civilisation.

Science et informatique

La science de l’évolution a profité du jeu et de l’informatique qui lui ont permis de créer des simulations cruciales. Aujourd’hui, les jeux veulent s’inspirer de la science. Même sur Facebook, on peut afficher sur son profil une petite application, Evarium, où des unicellulaires stylisés en forme de fleurs se reproduisent et évoluent. C’est le chercheur Ralph Haygood, de l’Université de Duke, qui en a eu l’idée.

Si Spore n’est même pas une vague métaphore de l’évolution, il apparaît de source sûre qu’une certaine biologiste fort critique s’y amuse malgré tout depuis plusieurs semaines…

Exergue: Au commencement était une météorite qui s’écrasa dans l’océan d’une planète propice à la vie, raconte Spore. Dès lors, la vie sous forme unicellulaire apparaît.

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