Marie s’en sort

Marie s’en sort
juin 2007

Le 30 décembre, Raymond Viger a eu un échange avec Marie sur le site Internet de Reflet de Société. La première partie a été publié dans le numéro de février (vol. 15, n° 3). Elle avait alors partagé son désir de cesser de consommer des drogues et se posait de nombreuses questions à propos de l’impact de sa consommation sur son avenir. Cette correspondance ayant intéressé plusieurs lecteurs, voici le dernier échange, qui montre que Marie va beaucoup mieux, ainsi qu’un témoignage d’un jeune dans une situation similaire.

Marie

Salut Raymond,
Je viens de relire tous nos échanges sur ma renaissance à l’égard de la drogue. J’ai relu tout ce que j’avais écrit et ce que vous m’aviez répondu. Ça m’a vraiment fait du bien de revoir tout ça. Ça m’a fait réfléchir. Je me suis rendu compte que je suis en train de m’en sortir. J’ai fait un bon bout de chemin et j’en suis vraiment fière.

La vie change, tout change. Les amis(es), le monde entier. Que ce soit du bon ou du mauvais côté. Parfois, quand on change, certains le prennent mal. Aujourd’hui, je me suis vraiment rendu compte à quel point je devais vous remercier pour tout ce que vous me dites, tout ce que vous faites pour m’aider. C’est comme une thérapie, mais sur Internet.

La vie nous appartient. On ne doit pas la vivre pour les autres, mais pour nous.
Marie

Réponse de Raymond Viger

Salut Marie,
L’avantage de l’écriture est de pouvoir se relire, de voir le chemin parcouru, de se remémorer les idées qui nous sont offertes, de relire les passages qui nous font du bien. On peut y revenir quand on veut.

Lorsqu’on évolue, certaines personnes ne sont pas toujours heureuses de nous voir changer. Ce qui compte, ce sont les choix que l’on fait pour soi-même. Si les autres le prennent mal, c’est peut-être qu’ils ont des choses à voir là-dedans. Ils doivent accepter ta nouvelle vie.

C’est vrai que tu as beaucoup progressé depuis le début de l’année. Je t’en félicite. Tu as fait de grandes prises de conscience, tu es fière du chemin parcouru, tu as du plaisir avec tes ami(e)s et tu veux vivre ta vie. Continue dans cette voie. J’ai confiance en toi.
Raymond

Réaction de Jean-Michel

Je viens de lire l’article de Marie publié en février 2007. J’ai 16 ans et je suis en centre d’accueil. Après 8 ans de consommation de drogue, j’ai décidé de me prendre en main et d’arrêter. Merci de prendre le temps de lire mon message.

J’ai commencé à fuguer avant l’âge de 9 ans pour faire un peu comme mon frère plus vieux. J’ai commencé pour le fun. Le jour de ma fête, je lui ai volé de la drogue (speed, cocaïne, pot). Au début, c’était bien plaisant. Mais après quelques années (à 12 ans), ç’a changé. À ce moment-là, un joint ne me faisait plus grand-chose. Je relaxais et je n’étais plus avec mes amis. Tout ce que j’avais pour me défouler, c’était la musique et l’écriture. J’ai été cocaïnomane pendant presque 8 ans avant de décider de m’en sortir.

Tout ce que la drogue m’a apporté, ce sont des problèmes. La drogue est une délivrance, une grosse délivrance. Mais tu le vois juste sur le buzz. Après, c’est 2 fois pire. Tu veux en avoir d’autre et plus encore. Être accro, ce n’est pas une partie de plaisir. N’hésitez pas à demander de l’aide si vous avez le même problème que j’ai eu. Que ce soit en consul-tant vos parents, de la famille, vos amis ou même des ressources communautaires. C’est le meilleur choix que vous pouvez faire. En 3 semaines, j’ai repris un train de vie normal. C’est sûr que je pense encore à consommer, mais je me suis trouvé des moyens pour y penser le moins possible.

Se droguer ne fait pas du mal juste à vous, mais aussi à tout votre entourage: parents, amis, petite amie… Tout ce que ça prend pour s’en sortir, c’est la volonté et de l’appui. Arrêter de consommer, ce n’est peut-être pas si facile, mais il ne faut pas lâcher. Parce que si tu lâches, la plupart du temps, tu retombes plus fort et ça fait encore plus mal.

Cherchez de l’aide et vous allez vous en sortir comme je le fais en ce moment. Maintenant, je me sens plus libre.
Jean-Michel, Montérégie

Autres textes sur Alcool et drogue 

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Que sont devenus les bébés du crack?

Que sont devenus les bébés du crack ?(Agence Science-Presse) –

Au cours des années ’80, sont nés plusieurs bébés de mères cocaïnomanes et de nombreuses études scientifiques les condamnaient alors à une vie de souffrance, de carences et d’anormalité. Vingt ans plus tard, de nouvelles études menées auprès de ces enfants devenus adultes ne confirment pas les spéculations dramatiques qui avaient été faites. Les chercheurs confirment que la cocaïne augmente les risques de fausse couche et les naissances de petit poids mais les déficits dont ont pu souffrir certains de ces jeunes ne sont pas dus au crack mais à la négligence, la pauvreté et la malnutrition. En fait, les médecins affirment que la stigmatisation qu’ont pu subir les enfants du crack leur ont causé plus de mal que l’exposition à la drogue elle-même.

Maintenant, une nouvelle crainte monte, celle des  » bébés du meth « . Mais cette fois, les médecins semblent avoir appris leur leçon. Un groupe de 96 spécialistes de la santé font circuler une déclaration. Les étiquettes telles que  » ice babies  » et  » meth babies  » manquent de preuves scientifiques et ne devraient plus être utilisées.

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couverture  livre jean-simon copie Poésie urbaine. Je me raconte. Jean-Simon Brisebois. Depuis 1997 Jean-Simon s’est découvert un goût pour l’écriture. Après avoir publié une trilogie poétique aux Éditions TNT(Entité en 2008, L’âme de l’ange en 2007 et Renaissance en 2006), plusieurs de ses lecteurs étaient curieux de savoir lesquels de ces textes parlaient le plus de lui. Il revient donc en force avec Je me raconte, un court récit autobiographique. Laissez-vous guider dans le monde particulier de ce jeune auteur!  7$

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Les dettes de drogue

Les dettes de drogue
Écrit par Myshell Caron, Texte fourni par le journal de rue ‘’Le rejoint’’ Matane, Vol 13-4

Mon copain avait une très forte dépendance à la drogue. Vous ne pouvez imaginer les problèmes que ça pu engendrer.

Régulièrement, il consommait de la mari, mais, à l’occasion, il arrivait qu’il se laisse influencer par certaines personnes qui l’incitent à prendre des champignons magiques ou même de la coke.

Un soir, il est avec ses copains et décide de faire la fête. Tout se déroule bien jusqu’à ce que quelqu’un arrive avec des champignons magiques. Il décide d’en faire. Un, deux, trois, puis quatre jours s’écoulent. Il ne décroche pas et entre au travail allumé.
Pire encore, il décide de prendre de la coke. Après s’être ruiné et endetté pour 900$ de coke, il m’a laissé sans nouvelles pendant plusieurs jours. Quand les gars sont venus lui réclamer son dû, il n’avait pas de quoi les payer. Il s’est souvenu que j’existais. Comme ça faisait une bonne vingtaine de fois que je le sortais de son merdier, je me suis dit qu’il se sortirait de celui-là seul. Juste avec mon appui et mes encouragements.

Cela ne lui suffisait pas. Il a passé par toutes les étapes. Croyez-moi. Pleurs. Insultes. Pitié. Colère. Menaces. Les pushers le menaçaient de lui casser les deux jambes. Je l’ai réconforté et je lui ai promis que je serais toujours derrière lui, quoi qu’il arrive. Il s’est sorti de cette impasse seul mais avec mon réconfort et ma présence. Il a payé seul son dû. Depuis, il ne consomme plus.

Aujourd’hui, nous sommes encore ensemble. Ça fait trois ans et je suis très fière d’avoir tenu mon bout. Depuis qu’il a cessé de consommer, nous sommes très heureux. Ce que j’ai appris de cette histoire, c’est qu’il faut toujours supporter ceux qu’on aime mais sans régler les choses à leur place. Nous sommes toujours plus forts quand on se relève soi-même d’une embûche.

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quand-un-homme-accouche-roman-cheminementQuand un homme accouche. Roman de cheminement. Le personnage principal accouche de son enfant intérieur qui devient son ami et son thérapeute tout au long du roman. Ce livre est le premier d’une trilogie qui a été reprise dans L’amour en 3 Dimensions. 9,95$

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Ma renaissance face à la drogue

Ma renaissance face à la drogue

Lucie Thiboutôt vol.13.6 Août 2005

J’ai pris les grands moyens. J’étais devenue un robot vivant pour sa drogue. Je suis allée chercher du renfort au Manoir Aylmer. Une grande joie m’habite depuis quelque temps. Tout ce bonheur grâce à un endroit où je réside, le Manoir Aylmer, à Beaulac-Garthby. Voici un bref résumé de mon vécu.

Je suis une mère de 37 ans, divorcée depuis 5 ans. J’ai 2 magnifiques enfants âgés de 12 et 14 ans que j’aime profondément. Je suis devenue dépressive à la suite de mon divorce, il y a quelques années. Je suis tombée dans l’enfer de la drogue dure. Quotidiennement, je m’injectais de la cocaïne. À plusieurs reprises, j’ai été prise de convulsions. J’ai fait 2 arrêts cardio-respiratoires, une overdose. J’étais devenue affreuse: un robot ne vivant que pour sa drogue. Je ne mangeais plus. Je pesais 93 livres. Pour payer ma drogue, je volais dans des chantiers de construction avec mon ex-chum.

Perdue dans ce trou noir, je ne voyais plus le jour. Je combattais mes envies, en oubliant mes adorables enfants et tous ceux que j’aime. J’ai blessé mes proches. Mes enfants m’ont vu me dégrader. Pire, je les ai négligés. Je ne voyais plus mon garçon, hébergé par son père. Ma fille, qui habitait avec moi, passait ses nuits seule. Elle vivait dans l’insécurité, me voyait m’enlaidir, droguée.

Jusqu’au jour où j’ai fait une crise dans la salle de bain. Mon chum m’a vue. En me brassant pour me réanimer, il m’a fracturé une côte. Il criait après moi. Ma fille se trouvait dans le salon. Elle aurait pu me retrouver… morte. J’ai réalisé que c’était devenu grave. J’en ai eu assez de vivre entre la vie et la mort. Alors j’ai pris les grands moyens. Je suis allée chercher du renfort à long terme.

Le Manoir Aylmer a sauvé ma vie. Maintenant, je renais grâce aux intervenants et à mes efforts. Après tant de difficultés, j’ai surmonté plusieurs épreuves qui m’ont fait grandir. J’ai mis une croix sur ma relation avec mon ex, une personne que j’aimais beaucoup. J’ai minimisé notre relation, associée à la drogue, aux vols. J’ai appris à ne plus accorder d’importance à mon ex-mari qui cherche à me contrôler en utilisant nos enfants et ma dépendance à la drogue. Je suis devenue plus patiente quand mon ex-mari refuse que je vois mes enfants.

Épatante

Maintenant, je suis sur le bon chemin, belle et saine. Une nouvelle personne aimable qui s’aime. Oui, enfin, je renais. Je me suis retrouvée et je me trouve épatante. J’aime la vie. Mes pensées sont aujourd’hui positives. Je crois à une vie nouvelle en harmonie avec moi-même.

Je suis fière. Je me comprends, je m’accepte et m’apprécie comme je suis, car mes comportements sont améliorés. J’accepte mes défauts, j’apprécie mes qualités. Je ne me presse plus, je vis un jour à la fois. J’ai des désirs, bien sûr, mais sans trop me hâter de les accomplir. C’est bien assez pour mon impatience!

J’ai plein d’amour pour ceux que j’aime et pour un prochain amour. Je crois aux nouvelles amies qui seront positives pour moi. Je suis consciente des efforts qu’il me faudra donner pour le reste de ma vie. Je m’éloigne de ma ville, de tout ce qui est négatif. Une nouvelle vie, c’est merveilleux!

Je suis reconnaissante au Manoir Aylmer et à ses intervenants, car sans eux et mes efforts, je ne serais pas rendue sur ce bon chemin. Je ne veux pas changer de route: c’est le chemin du bonheur. À tous ceux qui veulent se sortir de cet enfer, je leur souhaite de tout mon coeur de suivre le même chemin que moi.

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apres-la-pluie-le-beau-temps-recueil-de-textes-a-mediter-croissance-personnelle Après la pluie… Le beau temps. Recueil de textes à méditer. Chaque texte révèle un message, une émotion. Un même texte peut prendre un couleur différente selon notre état d’âme.

Le livre est disponible au coût de 9,95$.

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De la campagne à la ville: pot, cocaine et Hépatite C

De la campagne à la ville: pot, cocaine et Hépatite C

Témoignage de Pikajo   Dossier Drogue, alcool et toxicomanie

Je suis née à la campagne, j’étais pour ainsi dire une petite fille modèle, je ne dérangeais pas beaucoup, je ne parlais pas fort…Quand on est la dernière d’une famille de cinq, avec un tempérament comme le mien, on devient vite invisible. Lorsqu’on est déménagés en «ville», j’avais 11 ans, j’étais très naïve et surtout très gênée.

Je me suis quand même fait de nouveaux amis. Surtout une, qui était, paraît-il, comme moi avant notre rencontre. Alors, avec ma nouvelle chum et sa sœur, un peu plus vieille, on a exploré le pot et le hasch. Naturellement, on est devenues toutes les deux des adolescentes rebelles et très curieuses envers tout ce qui était défendu.

Début de la toxicomanie

Rendue à la polyvalente, je fumais pratiquement tous les jours. Ça n’allait pas fort à l’école et j’étais presque toujours absente.  La plupart du temps, ma famille ne savait pas où j’étais ni ce que je faisais.

C’est sûr que durant mes années d’adolescence, dans le monde que je côtoyais, il m’est arrivé plusieurs mésaventures: être initiée par des motards, être violée à l’âge de 13 ans…  Toutes ces choses, je les ai vécues en les confiant seulement à ma meilleure et fidèle amie.

Premier amour

À 16 ans, je suis tombée amoureuse d’un type très sérieux, plus vieux de quelques années. Comme il travaillait, nous sommes allés vivre ensemble. Mes parents croyaient que mes problèmes étaient du passé et moi aussi. Je travaillais et je jouais aux quilles le samedi. Aux yeux de mes proches, sans vivre le bonheur parfait, j’étais entrée dans le moule. Cependant, j’étouffais dans cette situation…  À 19 ans, j’ai plié bagage et c’est là que ça c’est gâté…

Amour et toxicomanie

Dans un bar clandestin, j’ai connu un homme dans la trentaine, toxicomane, alcoolique et très violent. Avec lui, j’ai appris à me shooter à la cocaïne. La première fois, je ne vous cacherai pas que j’ai adoré ça. Mais, après?  Naturellement, travailler au salaire minimum et se shooter, ça ne fonctionne pas longtemps sans avoir de dettes.

Après quelques années, beaucoup de déboires judiciaires et amoureux, j’ai réussi à me libérer de lui et j’avais arrêté de consommer de la drogue. Mais, j’ai vite recommencé à sortir seule et à me piquer. Je suis allée vivre avec mon vendeur (c’était pratique). Ça n’a duré qu’un mois et demi.

Dans un bar, j’ai fait la connaissance d’un alcoolique abstinent, il m’a dit que si j’étais mal prise, je pouvais l’appeler. L’air de rien, il m’a aussi dit: «Tu vaux mieux que ça.» Sur le coup, je m’en foutais.

Prostitution et toxicomanie

Quelques jours plus tard, j’étais chez mon nouveau dealer et j’y avais passé la nuit à me piquer. Je crois bien qu’il essayait de me pousser à me prostituer pour lui. Pendant un moment d’inattention de la part de mon dealer, je ne sais pas pourquoi moi-même, j’ai appelé ce type, l’ex-alcoolo. Il est venu me chercher à 8 heures du matin sans me demander d’explication. Je suis restée avec lui et je n’ai fait qu’une rechute en 15 ans avec la coke.

Hépatite C

Malheureusement, on ne mène pas ce genre de vie sans que cela laisse des séquelles physiques. En 1996, j’ai appris que j’avais l’hépatite C. J’ai été prise en main par un excellent médecin.

La morale de cette histoire: le pot inoffensif?  pas pour tout le monde. Je crois pour ma part qu’il l’est de moins en moins.

Je vous lègue mes écrits car c’est tout ce que j’ai. Mais attention! je rebondis et je crois que je suis prête à demander de l’aide avant d’avoir 40 ans. Entre-temps, je me suis remplie de livres de psychologie et ça me redonne confiance. J’ai aussi découvert que j’avais des talents cachés. Et surtout, je lis Le Journal de La Rue et ça me fait du bien. Merci!

Mes auteurs: Dan Millman, Lise Bourbeau, Anthony Robbins et plusieurs autres. Une petite pensée: L’amitié commence dans le plaisir et continue aussi dans la joie et non dans la souffrance.

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CD Rap music Hip Hop de la scène de Montréal

cd-rap-music-rappeur-musique-hip-hop-l-queb CD de musique Soul, R n B., Hip Hop. Rappeur et rap music de Bu The Knowledgist, L’Queb, HD, Marilyn, Ol1KU. 9,95$

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Les filles dans les gangs de rue

Spectacle du Bistro le Ste-Cath (l’ancien Bistro In Vivo) dans Hochelaga-Maisonneuve

Les filles dans les gangs de rue

Marie-Hélène Proulx        Dossier Gang de rueProstitution et Sexualité.

Pas facile de rencontrer une jeune fille qui a participé à la vie d’une gang de rue! Non seulement sont-elles rares mais les centres doivent respecter les lois sur la protection de la jeunesse qui visent à préserver leur anonymat jusqu’à l’âge de 18 ans. Malgré tout, j’ai la chance aujourd’hui de rencontrer Océane (nom fictif), qui m’impressionne par son calme. Dans ce lieu où l’on veille sur elle, Océane manifeste un grand besoin de confier son expérience et espère que cela permettra à d’autres jeunes filles de bien se protéger.

Les gens qui l’entourent semblent reconnaître ses forces. La directrice m’a même avoué l’admirer «pour le chemin qu’elle a fait». Malgré tout, on ne peut s’empêcher de remarquer l’épaisseur des murs qui la protègent. Mais pourquoi toutes ces lois et ces précautions? D’un côté, il faut éviter les représailles, de l’autre, éviter de dévoiler trop brutalement un passé de violence et de prostitution qui peut être difficile à assumer pour une jeune fille de 15 ans.

Marie-Hélène Proulx: Comment la gang de rue t’a approchée?

Océane: Lorsque j’avais treize ans, mon père est entré en prison. Ma mère s’est fait un nouveau chum qui m’a fourni de la cocaïne. Ensuite, j’ai rencontré un garçon qui faisait partie d’une gang de rue. Il avait 17 ans, il prenait soin de moi et me fournissait de la drogue.

J’ai commencé à passer de la drogue pour lui et sa gang à l’école. Au début, c’était facile. Je me foutais des conséquences. Je pense que j’aimais ça le trouble. Je me suis mise à consommer toujours plus. Deux mois après avoir connu mon chum, j’ai dû quitter l’école parce que ça n’allait plus du tout.

MHP: Et avec ta mère, comment cela se passait?

O: Avant, elle me voyait comme une petite fille modèle. Même si ce n’était pas facile pour nous, j’étudiais et je passais dans toutes les matières à l’école. Puis elle a trouvé de la drogue dans ma chambre. On a commencé à se chicaner. Un intervenant est venu pour nous réconcilier mais cela n’a pas marché. J’ai commencé à faire des fugues.

MHP: Comment la gang de rue t’a-elle accueillie?

O: Au début, j’étais la petite préférée. Il y avait beaucoup de garçons. J’avais besoin d’une présence masculine. Et puis, ces gars-là savent se donner un air intéressant. On n’exigeait rien en retour. J’ai su montrer que j’étais une dure.

J’allais battre les filles qui ne payaient pas leur drogue. Sur le coup, je considérais que ces filles-là le méritait. Pourtant j’haïs ça la violence. Je me battais parce qu’on me le demandait. Je me droguais pour en être capable.

Je me sentais obligée de le faire parce qu’on me le disait. Je savais que dans un gang de rue, c’est très important d’être fidèle au groupe, pour que les autres sachent que tu ne les trahis pas. Parfois, il y a même des gars qui sont obligés de tuer pour la gang.

MHP: De quoi vivais-tu?

O: Il y en a qui se contente de vendre de la drogue. Moi, je consommais trop pour cela. Mon chum m’a proposé de me prostituer. Il me répétait aussi qu’il m’aimait quand même. J’ai cru que cela pourrait être un travail comme un autre. Et puis, je ne faisais cela qu’avec des gars du gang de rue. Ils étaient jeunes. Cela me paraissait bien moins pire qu’avec des vieux.

MHP: Qu’est-ce qui t’a fait changer d’idée?

O: Je me faisais de moins en moins respecter. Dans un gang de rue, c’est la règle. Au début, il ne faut pas toucher aux nouvelles blondes, que ce soit pour les battre ou pour coucher avec. Ils agissent comme cela le temps que la fille sente qu’elle doit rendre ce qu’elle a reçu.

Je devais parfois coucher avec trois ou quatre gars à la fois et ils ne faisaient pas toujours attention pour les maladies. Si je voulais arrêter, ils me battaient. Ils n’auraient pas dû me traiter comme ça. Après tout, j’étais une prostituée, pas une pute…

MHP: C’est quoi la différence entre une prostituée et une pute?

O: Une prostituée, c’est organisé, elle a un appartement et elle fait partie d’une gang de rue alors qu’une pute c’est dans la rue et ça le fait avec n’importe qui. Avec le temps j’ai réalisé que c’est peut-être la même chose, au fond…

MHP: Comment t’en es-tu sortie?

O: Les Centres jeunesse m’ont pris en charge à cause de mes problèmes de drogue à 14 ans. Je crois que c’est la meilleure chose qui pouvait m’arriver, même si des amis de mon chum m’ont fait des menaces. Cela ne m’a pas empêchée de quitter le Centre pour aller les retrouver.

MHP: Comment s’est passé ton retour?

O: En revenant, j’ai commencé à m’occuper d’organiser la prostitution, dans un réseau de filles à part. Les garçons nous fournissaient encore des filles mais moi aussi, j’ai trouvé des fugueuses auxquelles j’ai proposé mon aide. Elles ne voulaient pas se retrouver toutes seules.

MHP: Lorsque les filles s’organisent entre elles pour la prostitution, est-ce que les choses se passent différemment?

O: Oui, on prend soin les unes des autres, on est moins violentes. Plutôt que de battre les filles, je leur donnais moins d’argent si elles ne travaillaient pas bien. Je crois que des gangs de rue composés de filles comme ça, il y en aura de plus en plus, parce qu’elles ont besoin de groupes où elles se sentent reconnues et où on fait attention à elles.

MHP: Et pourquoi as-tu décidé de partir alors?

O: Au début, je pensais que j’étais entourée de gens qui m’aimaient, mais finalement ce n’était que des rencontres. Je crois que si mon chum m’avait vraiment aimée, il ne m’aurait pas demandé de me prostituer. Un jour, je me suis battue avec une fille de mon gang et je suis partie.

MHP: Quels sont maintenant tes projets?

O: J’ai repris l’école. J’aimerais devenir intervenante en toxicomanie et je voudrais avoir ma maison en Amérique du Sud. Il faudra que je travaille fort … Je trouve ça difficile parce qu’à l’école je suis seule avec mon secret. Autour de moi, il y a des jeunes qui font les durs avec leur look de gangster et qui ne savent même pas ce que ça signifie et où cela peut les mener. S’ils savaient…

Merci Océane, pour tous ces secrets que tu acceptes de nous offrir.  Il ne me reste plus qu’à te souhaiter que, le temps faisant son œuvre, tu pourras de nouveau te balader librement dans les rues de Montréal ou d’un pays lointain sans ne plus jamais craindre de représailles.

COMMENTAIRES SUR FILLES DANS GANGS DE RUE.

Introduction Histoire des gangs de rue

Autres textes sur Gang de rue

PS Rajouté le 28 février 2009:

Michel Dorais, sociologue vient de publier un livre sur les filles dans les gangs de rue avec l’Université McGill: Gangs and girls. Il avait déjà publié le livre: Jeunes filles sous influence: prostitution juvénile et gangs de rue.

Autres textes sur Prostitution et Sexualité.

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Gambling et Jeu compulsif

La réalité sur les jeux de hasard, un outil de discussion pour les jeunes

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DVD de sensibilisation rassemblant témoignages et interventions de Biz, de Loco Locass, de l’ancienne croupière Éléonore Mainguy, du joueur devenu paraplégique Did Bélizaire et de plusieurs joueurs compulsifs. Le moyen idéal de s’éveiller aux conséquences de la dépendance au jeu.

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009.

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