La justice et les premières nations

Pouvoir judiciaire des autochtones

Les comités de justice

Notre système judiciaire classe les personnes par catégorie: victimes et agresseurs. Mais bien souvent, la réalité n’est pas aussi simple. Si l’on observe le passé des contrevenants, des troubles peuvent s’ajouter. Les agresseurs ont pu être des victimes, et la victime d’aujourd’hui peut être l’agresseur de demain. Autant de mélange et de marasme dans une société qui aime l’ordre et le rangement.

Delphine Caubet dossiers CriminalitéAutochtoneJustice.

Ministère justice collaboration autochtone indiens réservesMais pour les autochtones, la justice prend un autre sens. Alors doucement, certaines communautés tentent de travailler avec les instances officielles pour adapter la justice à leur réalité.

La conception de la justice entre autochtones et allochtones est différente, comme l’explique Mylène Jaccoud, professeure au département de criminologie de l’Université de Montréal.

Au Québec, on a une justice punitive, avec une approche contradictoire, basée sur le modèle défense/accusation, et «ça n’a pas de sens», ajoute la professeure.
Au contraire, les autochtones mettent l’accent sur la responsabilisation et la guérison. Il est difficile de généraliser pour l’ensemble des communautés, certaines ayant une conception de la justice plus intransigeante que d’autres. Mais un point commun émerge: nombre d’entre elles émettent le souhait d’assister le système judiciaire.

Vision de la justice

Les comités de justice sont conçus en complément du système judiciaire traditionnel. Ils ne le remplacent pas. Car punir un crime n’est pas suffisant, il faut observer le contrevenant comme une personne, et comprendre comment il a pu en arriver là.

Maurice Bowen, animateur au Centre d’amitié autochtone de Montréal, donne l’exemple d’un homme passant devant les tribunaux pour agression. Sa famille n’était pas présente, et lui-même n’avait pas conscience du pourquoi de ses actes. Grâce au rapport Gladue (rapport destiné à éclairer la cour sur l’individu et son passé), il a été dévoilé que le contrevenant fut victime d’agressions sexuelles par le passé. Une simple détention ne résoudrait donc pas son problème.

Philosophie

Les comités de justice ont une approche réparatrice, et la discussion avec la victime et le prévenu y est très importante. Le contrevenant doit accepter la responsabilité de ses actes et réparer ses méfaits.

Pendant les séances, la victime et le contrevenant émettent des solutions et besoins pour résoudre ce conflit. Le comité de justice fait par la suite des recommandations au juge quant à la sanction à donner.
L’idée est de déjudiciariser les autochtones pour les infractions mineures ou d’accompagner le système judiciaire et le prévenu lorsque l’incarcération est inévitable. Les sanctions substitutives font partie des mesures que peuvent recommander les comités de justice.

Infractions

Mais tous les contrevenants ne peuvent pas éviter la détention. Pour les infractions mineures (moins de 5 000$, vol…) l’autochtone est guidé vers la déjudiciarisation. Le juge abandonne les accusations contre des mesures de rechange.

Mais lors de crimes sévères, les comités de justice font des recommandations, tandis que l’avocat du contrevenant peut demander un rapport Gladue pour éclairer la situation de son client, particulièrement s’il a de lourds antécédents.

Cris

Chez les Cris, les comités de justice sont répandus. Actuellement, 9 communautés ont des comités. Donald Nicholls, directeur du Département des services juridique et correctionnel du Grand conseil Cri, explique que la communauté choisit les membres qui représentent le mieux ses valeurs et ses normes pour siéger au conseil, où des formations leur sont offertes. Après quoi, ils peuvent travailler sur des cas de leur communauté.
Les comités de justice veillent à ce que la cour tienne compte de l’Histoire des autochtones. Par le passé, les Cris ont connu des problèmes de violence domestique. Mais d’après Donald Nicholls, grâce aux comités de justice et le panel de services qu’ils offrent, ils arrivent à résoudre eux-mêmes ces problèmes.

Travail d’équipe

D’après Jacques Prégent, du Bureau des affaires autochtones du Québec au Ministère de la Justice, toutes les communautés pourraient développer des comités de justice. Mais en pratique moins de la moitié l’ont fait. Environ 20 communautés sur 54, sans représentation homogène selon les peuples.

Les Innus, par exemple, n’ont pas mis en place de tels comités. Car il faut une volonté de la communauté, explique Jacques Prégent. Peu de ressources sont disponibles, et il faut de bons candidats sur place pour les mettre sur pied. Si tout le monde peut faire partie de ces comités, ils ne doivent en aucun cas devenir politiques.
En plus de candidats, les comités de justice ont besoin de fonds. Comme l’explique Lyne St-Louis, directrice de Taïga Vision (organisme d’aide et de soutien aux communautés autochtones), le fédéral n’a pas augmenté le financement depuis plusieurs années. Donc, même si de nouveaux comités voudraient se former, ils n’obtiendraient que peu ou pas de financement du gouvernement fédéral.

Dernier point pouvant expliquer que moins de la moitié des communautés aient des comités de justice: l’ordre des priorités.

Pour les Innus qui n’ont pas de comité, «ils ont d’autres préoccupations, explique Lyne St-Louis, ils ont des inquiétudes par rapport à leur territoire. Et peut-être qu’à l’époque, ils avaient mal compris de quoi il s’agissait.»

Sur les 2 dernières années, Jacques Prégent fait un constat positif des comités de justice. À quoi il conclut que «c’est un défi pour tout le monde.»

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Inuits: les jeunes étudient à Montréal

Changer sa communauté

Portraits de jeunes Inuits

Par une belle journée d’automne, ça rentre et ça sort dans tous les sens au Cégep Marie-Victorin à Montréal. Dans l’un des bâtiments, des jeunes femmes sortent en trombe des salles de classe tout en plaisantant et discutant. Je tends l’oreille pour comprendre ce qu’il se dit, mais la langue m’échappe complètement. À tel point que je suis incapable d’en reconnaître l’origine. Je me dirige vers mon lieu de rendez-vous, et l’un d’entre eux est là à m’attendre.

Delphine Caubet dossiers ÉducationAutochtone.

Cégep Marie-Victorin étude Inuits

Un peu mal à l’aise, il me serre la main et échange quelques mots en inuktitut avec un ami. Lui, c’est Daniel et on va passer l’après-midi ensemble avec 3 de ses collègues pour comprendre la réalité d’un jeune du Nunavik qui a quitté sa communauté pour étudier.

On m’avait prévenue: la culture inuite est une culture de taiseux, et qui plus est mon accent français n’aide pas à la communication. Mais Daniel et Igulik, l’une de ses acolytes, sont bien entourés par 3 membres de la commission scolaire Kativik (commission scolaire du Nunavik administrée pour et par les Inuits).

Profil

Daniel est au Cégep Marie-Victorin depuis août 2013 où il a terminé son année d’intégration-adaptation. Âgé de 22 ans, s’il est encore indécis sur le cursus qu’il choisira, il est bien décidé à terminer le Cégep. Avec un léger rire, il m’explique que d’après lui, «on n’est pas tout seul dans l’univers». S’il ne finira pas nécessairement explorateur de l’espace, le jeune homme a un clair penchant pour les sciences. Dans un mélange de français et d’anglais, il me raconte avec humour comment il travaille sa troisième langue, le français, grâce à des séries télévisées telles que Les parents, qu’il adore.

À côté de lui se trouve Igulik. Jeune femme de 23 ans plutôt timide, elle a un objectif clair: terminer sa technique d’éducation à l’enfance et peut-être rester à Montréal. Il faut dire qu’elle a été à bonne école; sa mère étant directrice de garderie à Kangiqsualujjuaq, Igulik a déjà travaillé auprès de ce jeune public et sait qu’elle aime ça. L’éducation, la famille a ça dans le sang!

C’est à ce moment qu’arrivent en trombe Anita et Jeannie. Micro tempête à langue bien pendue, Anita et Jeannie se refusent dans un premier temps à faire l’entrevue. Une pause de 10 minutes et une cigarette plus tard, elles reviennent d’elles-mêmes auprès de Daniel et Igulik.

Contrairement à leurs camarades, Anita et Jeannie sont très bavardes: «On doit même les faire taire en classe», plaisante Marie-Hélène, conseillère aux élèves.

Si l’un de ces jeunes devait incarner la volonté, ce serait Jeannie. À seulement 17 ans, elle dit être venue à Marie-Victorin pour accomplir des choses et être différente. Il faut dire que malgré son jeune âge, Jeannie en met plein les yeux. «Moi, je mets sur mon CV qu’elle a été mon élève», s’amuse Jacques, conseiller aux élèves.

Il faut dire que la jeune femme a remporté 2 prix pendant l’expo-sciences pancanadienne 2014 pour la construction d’un système de luminothérapie. Rien que ça. Lorsque je lui demande comment lui est venue l’idée, sa réponse est simple: «J’ai demandé à mon professeur ce qui me ferait gagner, et il m’a dit un système de luminothérapie.» C’est dit, c’est fait.

Grâce à quoi, elle est partie un mois en Israël faire un stage d’archéologie supervisé par des scientifiques. La jeune femme originaire de Salluit s’est retrouvée dans la chaleur d’une zone de guerre à dater des os en laboratoire. Les clichés sur les Inuits en prennent un coup.
À sa gauche se trouve Anita. Du haut de ses 19 ans, elle semble la plus mature du groupe. Et pour cause, j’apprends quelques minutes plus tard qu’elle a un enfant de 2 ans et qu’elle étudie pour être éducatrice spécialisée en protection de la jeunesse.

Anita, jeune femme au caractère bien trempé, a établi un plan pour son avenir: prochainement son conjoint ramènera son enfant à Kangiqsualujjuaq pour qu’il soit élevé par sa mère le temps qu’elle termine ses études. Après quoi, elle les rejoindra et fera changer les choses dans sa communauté. Tout un plan.

Vie étudiante

Nunavik quitter communauté

Étudier à Montréal n’est pas nouveau pour Anita. La jeune mère avait déjà fait une première tentative, mais avait arrêté. «C’était trop dur», explique-t-elle. Si le retard scolaire n’aide pas, l’éloignement de leur communauté finit par en décourager certains.

Mais une fois sur place, dans les résidences du Cégep, chacun doit trouver son équilibre. Daniel est monsieur sociabilité, et depuis plus d’un an à Montréal, il s’est fait des amis de différentes cultures. En tant que jeune homme d’une vingtaine d’années, il plaisante sur les soirées qu’il a passées au centre -ville avec ses amis, où après avoir manqué la fermeture du métro, ils ont dû attendre jusque 6h du matin pour pouvoir rentrer. Raconté sur le ton plaisanterie, le jeune homme apprécie cette liberté, même si elle entraîne des difficultés.

Pendant cet après-midi, Daniel répète plusieurs fois avec humour et fatalisme que le plus dur pour lui est de se lever le matin. À Marie-Victorin, on doit être à l’heure en cours, et il n’y a plus de parents pour aider avec les petites choses du quotidien.

Igulik, qui a essentiellement des amis Inuits, mise sur la solidarité entre membres. Et pour cuisiner, rien de mieux que de le faire entre copines! Les repas sont généralement basiques (les spaghettis en sont un élément clé), et il faut gérer le porte-monnaie.

Lorsque je leur demande ce qu’ils souhaiteraient voir améliorer, ils convergent tous vers un point: la nourriture traditionnelle! Trois de nos quatres jeunes acolytes souhaitent rester à Montréal après leurs études, mais le country food leur manque cruellement. Mais point positif qui leur remonte le moral: les prix! C’est leur réponse spontanée quant aux avantages de la métropole.

Espoir

Daniel, Igulik, Jeannie et Anita sont l’avenir de leur communauté, chacun dans la voie qu’ils choisiront. Leurs conseillers au Cégep, Marie-Hélène et Jacques, parlent de cette quinzaine de jeunes chaque année comme la crème de la crème.

Leur retard scolaire et les difficultés linguistiques sont parmi les plus gros handicaps qu’ils doivent surmonter, mais certains d’entre eux s’accrochent. Et pour ceux qui décrochent, ils bénéficient de cette expérience sur le plan personnel et professionnel pour trouver du travail dans leur communauté.
D’après leurs intervenants, environ 80% d’entre eux repartiraient dans leur village, et seule une faible minorité resterait à Montréal.

Marie-Hélène ponctue cet après-midi en m’expliquant que la plupart de ces jeunes sont là pour aider leur communauté. À noter que ces pionniers sont bien souvent des pionnières avec une large majorité féminine. Une chose est certaine, ce n’est pas la volonté et la résilience qui manque à ces jeunes gens.

D’ici quelques années, peut-être pourra-t-on retrouver Daniel Adams tête dirigeante en recherche de vie extraterrestre, Igulik Emudluk reprendre la garderie de sa mère à Kangiqsualujjuaq au côté de sa petite sœur qui lui manque tant. Non loin de là se trouverait Anita Annanack qui élèverait son fils tout en aidant les jeunes les plus récalcitrants à accepter une main tendue. La jeune femme s’est d’ailleurs taillée une bonne réputation dans ce domaine. Enfin, Jeannie Kakayuk après l’archéologie en Israël poursuivrait ses aventures scientifiques. Et qui sait, peut-être sera-t-elle la complice de Daniel dans ses recherches spatiales.

Vous noterez que je laisse mon imagination s’emballer quant à l’avenir de ces 4 jeunes Inuits, mais après tout, ils ont réussi le plus difficile en venant étudier à Marie-Victorin. Alors pourquoi ne pas leur donner le temps de ces quelques lignes un avenir extraordinaire à l’image du parcours qu’ils ont déjà effectué.

Le retard scolaire au Nunavik

Michel Pruneau est conseiller pédagogique responsable du programme d’exploration et d’intégration pour la commission scolaire Kativik au Cégep Marie-Victorin.

Selon lui, le retard scolaire des Inuits s’expliquerait par la culture et la tradition orale de ces peuples. La réalité scolaire est un phénomène nouveau pour eux, et elle n’occupe pas la même place dans leur esprit. L’école n’est simplement pas en haut des priorités. S’ajoute à cela une culture qui donne à l’enfant sa propre sagesse et qui lui impose peu de choses.

Généralement, les jeunes Inuits ont d’excellentes capacités en anglais (voire meilleures que dans le reste du Québec), mais le français est la discipline qu’ils leur fait le plus défaut. Avant d’entrer au Cégep, la plupart d’entre eux font une année de précollégial (ou préCégep) pour se mettre à niveau. Ceux allant au Cégep Marie-Victorin font une année d’exploration et d’intégration avant de commencer le programme de leur choix.

Marie-Victorin accueille entre 10 et 15 nouveaux Inuits chaque année.

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Les 100 ans de Maillardville: berceau de la francophonie dans l’Ouest Canadien et le Village international de la francophonie 2010 lors des Jeux Olympiques de Vancouver

Les 100 ans de Maillardville

Raymond Viger              Dossier Francophonie, Jeux Olympiques, Vancouver

Maillardville, berceau de la francophonie dans l’Ouest Canadien et le Village international de la francophonie 2010 lors des Jeux Olympiques de Vancouver

logo_village Maillardville est aujourd’hui un quartier de la ville de Coquitlam, en banlieu de Vancouver. Maillardville a été le berceau de la Francophonie en Colombie-Britannique.

L’année 2009 est une année toute particulière pour Maillardville. D’une part, c’est le centenaire de la fondation de Maillardville. D’autre part, Maillardville sera le Village international de la francophonie pour les Jeux Olympiques de Vancouver en 2010.

Fête et musique à Maillardville

C’est donc dire que Maillardville passe l’année 2009 à fêter ses 100 ans tout en se préparant pour les Jeux Olympiques de 2010. Si vous planifiez un voyage dans l’Ouest du Canada pour les 18 prochains mois, Maillardville doit se retrouver sur votre itinéraire.

Maillardville, c’est aussi le Festival du Bois, le Festival de musique de Maillardville, les 7 et 8 mars 2009. Une célébration culturelle francophone. Vous ne serez pas surpris d’apprendre que La Bottine souriante fera partie du Festival de musique de Maillardville.

J’ai bien apprécié de découvrir l’histoire de la création de Maillardville. Je vous ai laissé le lien pour voir le texte original de la recherche de Jean Riou. Pour ceux qui le trouverait un peu long à lire, je me suis amusé à vous en faire une petite synthèse. Il est intéressant d’y voir la relation de travail entre les ouvriers Canadiens-français et les propriétaires anglophones, la présence de l’Église, du syndicat et l’arrivée des Caisses populaires dans la communauté de Maillardville.

L’histoire de la fondation de Maillardville

L’histoire de Maillardville a débuté lorsque la Canadian Western Lumber Co. Ltd a des difficultés avec sa main d’oeuvre, composé en partie de blancs turbulents venus de l’Europe centrale et d’asiatiques qui servent de cibles au racisme de l’époque.

Des Canadiens-français pour la Canadian Western Lumber

La Canadian Western Lumber décide de se tourner vers les Canadiens-Français, réputés pour avoir une grande expérience dans le travail du bois et dans le métier dur de bûcheron. Pour avoir une main d’oeuvre stable et régulière, la Canadian Western Lumber décide d’avoir une communauté canadienne-française proche regroupée autour d’une église.

Théodore Théroux, ainsi que le Père William O’Boyle se chargent du recrutement des ouvriers canadiens-français et leur famille. La compagnie s’engage de fournir gratuitement le bois pour construire l’église, le presbytère et l’école. Ces trois édifices devant être exempts des taxes foncières car la compagnie garantit à ses futurs employés de conserver leur langue et la pratique de leur religion.

Les Canadiens-Français pour acheter un âcre de terrain par famille et la Canadian Western Lumber s’engage à fournir le bois pour que chaque famille puisse se construire sa propre maison.

Notre-Dame de Lourdes, première paroisse de Maillardville

Le 27 septembre 1909, un train du Canadien Pacifique quitte Montréal en direction de la gare de Fraser Mills. Sous la direction du Père Edmond Maillard, curé fondateur de la paroisse Notre-Dame de Lourdes, le village prend forme.

La vie communautaire se développe rapidement. Une fanfare est formée. Des soirées de bingo sont organisées ainsi que des bazars. C’est en 1912 que la nouvelle communauté prend le nom de Maillardville, en l’honneur du Père Edmond Maillard, premier curé de la paroisse.

Maillardville VS Coquitlam; un débat politique

La communauté de Maillardville aurait pu devenir un village officiellement incorporé pour faciliter son expansion et l’épanouissement d’un village de langue française en Colombie britannique. Mais le gouvernement de Colombie-Britannique et le District de Coquitlam n’ont pas le goût d’avoir un village francophone. Maillardville demeura donc une partie de Coquitlam.

Les Canadiens-Français de Maillardville s’impliquent très activement dans leurs communauté. Un chef de police, Emery Paré, est nommé. D’autres se joignent à la brigade de pompiers, participent aux assemblées municipales et à la commission scolaire. Des organismes sociaux sont fondés, dont, le 16 mai 1917, la Congrégation des Dames de Ste-Anne.

Une fois la guerre 1914-1918 finie, la demande pour le bois baisse. Les relations de travail se détériorent. Les accidents de travail sont nombreux et le refus de faire un travail dangereux mène immédiatement au renvoi.

Le syndicat arrive à Maillardville

A partir des années 1927-28, le standard de vie baisse à Maillardville. Quatre coupures de salaire en l’espace de 20 mois ajoutées à plusieurs licenciements provoquent l’exaspération des travailleurs. Les Canadiens-français de Maillardville décident de joindre le syndicat Lumber Workers Industrial Union. Jusqu’à l’été 1931, le travail d’organisation se fait clandestinement.

Le 16 septembre 1931 les travailleurs votent la grève. Un comité de grève est formé : Harold Pritchet, un Canadien-français en est le président. Il deviendra, plus tard, le premier président du futur syndicat International Woodworkers of América (IWA).

La grève va durer trois mois et sera marquée par des altercations avec les forces policières et les grévistes. Les femmes sont même matraquées par la police. Le curé de l’époque, le Père Teck, essaie de faire retourner les ouvriers au travail. Il fait un sermon sur les dangers du communisme et la vengeance radicale et demande une prière pour la fin de la grève. Le Père Teck refusera l’absolution au confessionnal si les ouvriers grévistes ne rendent pas leur carte de membre du syndicat.

Caisse populaire de Maillardville; le centre nerveux de la communauté

La Deuxième guerre mondiale permet de redonner vie à Maillardville. Le 6 avril 1946, une demande d’incorporation pour former une Caisse populaire est signée sous le nom de Caisse Populaire de Notre-Dame de Lourdes. Ce nom sera changé quelques années plus tard pour celui de Caisse Populaire de Maillardville afin d’unir la communauté partagée entre deux paroisses. Tant sur le plan financier que communautaire, la Caisse Populaire de Maillardville est une réussite.

Depuis sa fondation, la Caisse Populaire agit comme centre nerveux de sa communauté. Elle devient même un point d’union pour la communauté divisée en deux paroisses. Après des expansions rapides et trois édifices, la Caisse Populaire de Maillardville est devenue rapidement l’une des plus importantes institutions de Maillardville.

Grève scolaire pour des écoles catholiques

En 1951, une grève scolaire s’organise par la Commission scolaire catholique des deux Paroisses de Maillardville, avec l’autorisation de Monseigneur l’Archevêque de Vancouver. Les Canadiens-français payent des taxes scolaires et foncières pour l’éducation publique laique et ils doivent se cotiser pour soutenir le financement de leurs écoles catholiques. Les Canadiens-français ne peuvent même pas utiliser les autobus scolaires de la municipalité!

Cette grève qui durera une année fait l’effet d’une bombe dans le pays d’autant plus que les grévistes sont de langue française dans cette province de langue anglaise.

Écoles église de Maillardville saisie par la municipalité de Coquitlam

En 1954, la municipalité de Coquitlam de revenir sur la promesse de 1909 d’exempter de taxes foncières l’église et les deux écoles catholiques de Maillardville. La Municipalité de Coquitlam exige les arriérés des taxes. Les écoles et l’église seront saisis en 1956 par la municipalité. Maillardville devra payer les arriérés de taxes de 1909 à 1956 pour récupérer son église. Les écoles catholiques auront gagné officiellement leur exemption. Malgré tout, l’enseignement du français ne deviendra officiel qu’en 1969.

Maillardville participe aussi à la vie communautaire de langue française sur le plan provincial. Ayant participé à la fondation de la Fédération Canadienne-Française de la Colombie-Britannique en 1945, Maillardville continue à participer au développement de cet organisme.

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Les Jeux olympiques de Vancouver veulent-ils discréditer le graffiti?

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Éducation francophone dans l’Ouest du Canada

Éducation francophone en milieu anglophone. École Gabrielle Roy.

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Société francophone de Maillardville, bastion de la francophonie en Colombie-Britannique

La qualité du français dans la blogosphère

Meeting francophone. Le français est-il une maladie en voie d’extinction?

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Mondialisation: économie et communauté

Mondialisation: économie et communauté

(Agence Science-Presse) – La science économique, telle qu’elle a évoluée au 20e siècle, est jugée coupable de bien des maux. Avec son insistance sur l’individualisme et la liberté absolue de poursuivre ses intérêts personnels, « elle mine la communauté », conclut Stephen A. Marglin dans The Dismal Science. How Thinking Like an Economist Undermines Community (Harvard University Press, 2008). Et elle est obscurcie par une idéologie où les tensions entre l’individu et la communauté « sont remplacés par une série de pseudo-lois universelles sur la nature humaine ».

Marglin, un économiste de Harvard, n’est pas le premier à écrire que de « penser comme un économiste est mauvais pour la santé de la planète », mais ses constats sont plus modernes que celles d’un Thomas Malthus, qui s’était posé les mêmes questions morales en… 1832. À titre d’exemple, Marglin voit le futur des études économiques comme étant peu brillant, parce que les étudiants doivent éviter ce genre d’interrogations s’ils veulent avoir des chances d’avancer dans leur carrière. Et les problèmes ne font qu’empirer : « la mondialisation rendra les communautés nationales aussi obsolètes que les communautés locales l’ont été par le marché ».

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Quand les maths se mêlent de politique

Quand les maths se mêlent de politique

(Agence Science-Presse) – Comment les opinions politiques des gens évoluent-elles au fil du temps? De la même manière que les… atomes alignent leurs champs magnétiques. C’est du moins la théorie «mathématique» du comportement humain que propose André Martins, de l’Université de Sao Paulo, au Brésil. S’il a raison, avec le temps, on pourrait en arriver à prédire, non pas la façon dont vos opinions évolueront tout au long de votre vie, mais au moins celle dont le spectre des opinions politiques d’une communauté pourrait se «réenligner», comme une série d’atomes où l’orientation de chacun finit par être déterminée par l’orientation de ses voisins. Un peu tiré par les cheveux, mais quand les maths se mêlent de politique…

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La création collective: une expérience valorisante et stimulante

La création collective: une expérience valorisante et stimulante
Écrit par Sonia Lavergne, www.tdv.qc.ca, Vol 13-4

L’expérience du théâtre, pour les participants, est souvent très marquante. C’est souvent la première fois de leur vie que ces gens se font applaudir. Il s’agit donc d’un outil important pour aider les participants à acquérir une meilleure estime de soi. Ils éprouvent une grande fierté de jouer devant un public, dont leurs proches et leurs familles.

Une soirée remplie d’émotions

Si on demande à un participant quelle est la meilleure pièce qui a été présentée jusque-là par le théâtre de COMSEP? Il vous nommera sans contredit la première dans laquelle il a joué. Cette première expérience étant marquante et surtout va-lorisante, elle s’imprègne dans leur mémoire et dans celle de leurs proches.

Plusieurs étapes d’apprentissage…

Le comité participe à un processus d’écriture collective de la pièce qui sera jouée. Différentes techniques comme l’improvisation, la tenue individuelle d’un cahier de bord… sont autant de moyens qui permettront aux participants d’élaborer les idées qui seront mises à contribution dans la pièce de théâtre. Un écrivain public procédera, à partir des cahiers de bord des participants, à l’écriture finale de la pièce.

Une fois la pièce écrite, plusieurs rôles seront à combler (comédiens, équipe technique, décors…) autant par des personnes en processus d’alphabétisation que par des bénévoles et des travailleurs de l’organisme. L’apprentissage se fera en fonction des besoins et des particularités de chaque participant. Par exemple, une personne avec des difficultés importantes en matière de lecture et d’écriture pourra apprendre son texte grâce à l’aide de cassettes audio.

Le Centre d’organisation mauricien de services et d’éducation populaire (COMSEP) œuvre depuis près de vingt ans à améliorer les conditions de vie des personnes à faible revenu de Trois-Rivières. L’organisme intervient à plusieurs niveaux pour permettre aux personnes en situation de pauvreté d’acquérir un peu plus de pouvoir sur leur vie: alphabétisation, éducation populaire, cuisines collectives, comptoir vestimentaire, création d’entreprises d’économie sociale, etc.

Les participants sont invités à s’inscrire à différents comités comme celui du théâtre populaire. Le théâtre est utilisé pour favoriser l’expression orale et écrite, le développement d’un sentiment de fierté et de confiance en eux ainsi que la conscientisation des participants et du public.

À chaque année, la pièce est jouée dans le cadre des activités entourant la Journée internationale des femmes, le 8 mars, organisée par l’organisme. La pièce devient donc un outil pour passer des messages à caractère plus féministe et ce, tout en s’amusant. Le théâtre permet de sensibiliser des personnes qui ne seraient pas rejointes par l’organisme, si ce n’était par la présentation de cette pièce.

https://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/05/la-kinomanie-la-fievre-du-cinema-amateur/

https://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/05/lexemple-des-arts-participatifs/

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Le combat des citoyens pour leur école

Le combat des citoyens pour leur école
Écrit par Valérie Lupien, La Gazette populaire, Vol 13-4

ecole

En 1994, des parents soucieux du bien-être de leurs touts petits envahissent l’école primaire de la municipalité de Batiscan. La Commission scolaire souhaite transférer les élèves dans une autre institution scolaire, dans le village voisin. Gagnant leur bataille et ayant réussi à garder leur petite école bien en vie, les Batiscanais sont loin de se douter que l’histoire se répéterait dix ans plus tard. Depuis le 24 janvier dernier, des parents se mobilisent encore avec un seul objectif en tête: offrir à leurs enfants une école entière.

«La Commission scolaire Chemin-du-Roy a comme priorité de faire de l’école de Batiscan une école de cycle», explique Nancy Gauthier, membre du comité de sauvegarde de l’École Ste-Marie. Pratiquant actuellement l’enseignement selon les classes multiprogrammes, qui regroupent deux niveaux d’un même cycle, l’école du village n’entre plus dans les priorités de la Commission scolaire. Cette forme d’enseignement se pratique à Batiscan depuis plus de vingt ans. Avec le remaniement proposé par les instances scolaires, les élèves de la première à la quatrième année seraient donc, à partir d’août prochain, déplacés vers l’école primaire de la municipalité de Champlain alors que les classes de cinquième et de sixième année demeureraient à Batiscan. «Comme il ne restera que deux classes à notre école, ce sera beaucoup plus facile de la fermer dans quelques années», mentionne madame Gauthier indignée par les actions mises de l’avant qui fragilisent grandement le développement de la communauté batiscanaise.

Les enfants: des acteurs sociaux
Conférence de presse, pétition, vigile, ne sont que quelques actions entreprises par le comité de sauvegarde plus que jamais déterminé à conserver un milieu éducatif pour leurs enfants. «Il faut penser à long terme et au développement de la communauté!», affirme Maxime Brien résident de Batiscan et également membre du comité de sauvegarde de l’école. Les jeunes familles auront moins l’intérêt de s’installer dans la municipalité s’il n’y a pas d’école pour accueillir leurs bambins. «Les enfants sont des acteurs actifs de la communauté et leur intégration au milieu est importante afin de garder la ruralité bien vivante!», lance Nancy Gauthier en ajoutant: «les petits s’impliquent constamment grâce à l’école, avec le milieu communautaire, ont un grand sentiment d’appartenance et le fait de les déraciner à un impact très important».

Du point de vue scolaire
C’est pour des raisons indiscutablement valables que les parents de la Municipalité de Batiscan se lèvent. Toutefois, les commissions scolaires n’agissent pas ainsi sans raison et considèrent chaque fois, l’ensemble de la problématique. «Le plus important pour nous, c’est d’offrir les meilleurs services qui soient pour l’ensemble des élèves qui fréquente nos établissements», explique Jean-Yves Laforêt, président de la Commission scolaire de l’énergie à Shawinigan. Pour ce dernier, moins il y a d’étudiants dans un milieu plus il devient compliqué de le desservir adéquatement. «La fermeture d’une école, ça ne se fait jamais sans douleur, mais il faut savoir que ce n’est pas toujours une question d’argent», explique le président. Pour l’école de Batiscan comme pour certaines écoles sur le territoire de la Commission scolaire de l’énergie, le remaniement offert demande des gymnastiques incroyables et doit être pour le mieux pour toutes les parties.

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Graffiti Hip Hop de la scène de Montréal

operation-graffiti-hip-hop-graffiteur-graff Opération Graffiti. Toute l’histoire de la création du Café-Graffiti. La relation avec les jeunes. Ce qu’ils ont vécu dans le projet. Ce qu’ils ont fait vivre aux intervenants. Toutes les anecdotes d’un projet qui fait encore parler de lui. Une façon intéressante et originale de soutenir le Café-Graffiti dans sa mission d’aide et de soutien aux jeunes. 19,95$.

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Donner aux autres, apprendre sur soi

Donner aux autres, apprendre sur soi
Vol 15-1, octobre 2006

benevolat francois

7 personnes ont donné de leur temps à Reflet de Société afin de partager leur vision du bénévolat. Ils sont de tous âges, viennent de différents horizons. De plusieurs façons, ils s’impliquent bénévolement dans leur communauté. Pour certains, cet engagement représente une étape importante de leur croissance personnelle. Selon eux, l’implication bénévole est loin d’être une corvée. C’est un mode de vie.

Être citoyen

Être bénévole ouvre à la vie en société

Christine: C’est une façon de faire partie d’une communauté, d’y trouver une place. J’ai appris également à travailler en équipe.

Raymond: Il y a toujours eu en moi un besoin de m’impliquer dans les différents milieux que je côtoie. C’est une façon d’être citoyen et de connaître les gens qui m’entourent. Le bénévolat a toujours fait partie de tout ce que j’ai fait. C’est la façon de vivre ma vie et de prendre ma place dans la société.

Alain: Faire du bénévolat une fois de temps en temps, ça ne fait pas de mal. Moi, j’organise plein d’événements dans mon quartier; je suis bon là-dedans et j’aime ça.

Stéphane: Ce que j’aime dans le fait de faire du bénévolat pour un organisme, c’est que je rends service à plein de monde en même temps.

Christian: J’ai une volonté d’aider. Je suis un aidant naturel, je n’ai aucune formation. Le but, c’est d’encourager les gens à accomplir des trucs positifs et de socialiser ensemble.

Donner un sens à la vie.

Le bénévolat offre à certains de l’espoir, de la force ou même une identité.

Danielle: Le bénévolat m’a sauvé la vie. Je ne me trouvais pas de place dans ma famille ni même avec mes amis. L’implication bénévole m’a permis de me créer une identité et de trouver mes forces. J’ai toujours pensé que je n’étais pas intelligente. Mon implication m’a permis de comprendre que j’étais quelqu’un de bien.

Raymond: Cela a redonné un sens à ma vie. J’ai fait 2 tentatives de suicide. À la suite de mes différentes thérapies, j’ai senti un besoin de m’impliquer. J’ai eu envie de donner aux jeunes ce que j’avais reçu. Quand j’aide les autres, c’est une façon de m’aider en même temps.

Une implication payante.

Le marché du travail et le bénévolat peuvent être facilement liés.

Stéphane: Je me suis même trouvé un travail grâce au bénévolat. J’ai réalisé que j’aimais faire des courses en voiture, ce que je faisais bénévolement. J’ai finalement réussi à gagner ma vie comme cela pendant trois mois.

Danielle: J’ai mis mon implication bénévole dans mon CV. C’est une expérience qu vaut son pesant d’or.

François: Moi, je suis policier. Selon mes supérieurs, grâce à mon implication bénévole, je suis plus patient, plus sociable avec les gens.

autres textes sur le  suicide:

http://raymondviger.wordpress.com/2007/01/06/dvd-pour-la-promotion-du-benevolat/

https://journaldelarue.wordpress.com/2006/11/09/le-benevolat-un-tremplin-pour-le-travail/

https://journaldelarue.wordpress.com/2006/12/19/les-prisonniers-de-linstitut-leclerc-remercient-leurs-benevoles/

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CD Rap music Hip Hop de la scène de Montréal

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Bourreaux et victimes à l’école

Bourreaux et victimes à l’école

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Enfants-soldats

Kabala, Sierra Leone – Sunkarie a 16 ans. À la fin de la guerre, elle avait 12 ans. Lorsque les rebelles ont attaqué son village, ils l’ont pris avec sa mère. «Ma mère était enceinte. Ils lui ont ouvert le ventre brutalement pour connaître le sexe de l’enfant. J’ai vu ma mère mourir.» Elle a sept ou huit ans à l’époque. Elle vit encore sous le choc aujourd’hui. «Je vais toujours me souvenir de la mort de ma mère. La plupart du temps, quand je me rappelle comment je l’ai perdue, je pleure. Quand j’ai besoin d’aide, que je vis des moments tristes, je me sens seule. Je n’ai pas de famille», raconte-t-elle avant de rajouter que son frère a été tué pendant la guerre, que son père est mort et que sa belle-mère a perdu son bras à la suite à des bombardements.

Dominic Desmarais, Enfants-soldats, International

Sunkarie est devenue une enfant-esclave. Elle accomplissait les tâches que les rebelles lui assignaient, explique-t-elle laconiquement, avare d’explications. Difficile de savoir si elle a oublié cet épisode de sa vie ou si elle évite le sujet. Un regard sur son oreille gauche suffit pour comprendre qu’elle a vécu l’enfer. L’ouverture est bouchée par son lobe, recousu au centre de l’oreille. Elle a été poignardée. Sur les jambes, également, comme en témoignent ses vilaines cicatrices. Ses réponses sont brèves.

Trois ans passent avant qu’elle ne s’évade des rebelles. Malchanceuse, elle tombe entre les mains des soldats du gouvernement. Le cauchemar de Sunkarie se prolongera une autre année. «Les rebelles et les soldats du gouvernement, c’est du pareil au même», dit-elle à la dérobée. L’adolescente s’adresse à l’un de ses professeurs en créole, qui joue à l’interprète et au journaliste. Peu troublé par l’histoire de son élève, mille fois entendue, il la pousse à s’ouvrir. Sunkarie s’est portée volontaire, parmi la trentaine de jeunes filles de sa classe, pour témoigner de son vécu. Ses rares sourires sont provoqués par la gêne. Elle détourne rarement le regard de son interprète. Parfois, elle répond en anglais. Mais toujours cet air honteux.

L’école de la réintégration

Depuis octobre, la jeune fille est prise en charge par un centre de réintégration pour jeunes victimes de la guerre. Opéré par la Croix-Rouge, qui a quatre autres projets similaires à travers le pays, le centre de Kabala aide 150 jeunes de 10 à 18 ans. Comme Sunkarie, ils ont un passé douloureux. Mères-enfants que personne ne supporte, jeunes dont les parents ont tout perdu pendant la guerre et n’ont pas les moyens de les envoyer à l’école, victimes de la guerre (traumatismes), abusés sexuellement, enfants-soldats, enfants abandonnés pendant la guerre…

Le centre mélange enfants-soldats et autres victimes, filles et garçons. La Croix-Rouge évite toute stigmatisation. «À travers ces centres, on veut leur redonner une structure, un mode de vie normal. Beaucoup de ces enfants n’ont pas connu d’encadrement, une autorité plus ou moins présente», explique Philippe Stoll, agent de communication de l’organisme international. Philippe a délaissé le journalisme pour l’aide humanitaire. Il vit l’aventure d’une autre manière.

Les enfants sont divisés en fonction de leur âge. Les plus jeunes, les 10-13 ans, s’adaptent à leur nouvelle vie d’étudiant. Une première pour la grande majorité. «On leur donne une structure scolaire, dans le but qu’ils puissent, après un an, réintégrer le système régulier», raconte Philippe, convivial. Ils ont tout à apprendre, la guerre les ayant fait fuir des bancs d’école.

Les plus âgés, les 14-18 ans, reçoivent une éducation de base et apprennent un métier. Couture, cuisine, charpenterie, construction, agriculture, coiffure. Leur pratique profite au centre. La récolte du groupe en agriculture est utilisée par le groupe en cuisine pour faire le repas du midi. Les tables et les chaises sont fabriquées et réparées par les charpentiers. De nouveaux bâtiments servant de classes ont été construits par le groupe en construction. Sunkarie, elle, a choisi la couture. En sortant du centre, elle souhaite ouvrir un petit commerce. De quoi lui permettre, pense-t-elle, de gagner sa vie dans son village.

«L’idée, c’est que les gens qui ont appris un métier travaillent dans leur communauté. Qu’ils apprennent ensuite leur métier à des apprentis. De renégats, ils deviennent utiles et aident leur communauté», dit Philippe Stoll.

Le défi du recrutement

En ces temps difficiles, on se bouscule aux portes du centre de la Croix-Rouge. L’école est un mirage pour des milliers de jeunes de la province. Les enfants affectés par la guerre sont la norme. «Récemment, 715 personnes ont demandé une place. Plus de 80% étaient vulnérables. Mais le programme peut seulement supporter 150 enfants à la fois», raconte Amadu, le responsable du centre de réintégration de Kabala. Pour lui, est vulnérable tout enfant dont le passé correspond aux critères de sélection du centre. Ces filles déjà mères, ces anciens enfants-soldats, ces jeunes estropiés de la guerre, ces esclaves, ces filles-épouses de militaires…

Amadu et son équipe rencontrent un à un les enfants qui s’inscrivent. Ils passent des journées entières à écouter des histoires d’horreur. Comment choisir 150 enfants sur 715? «C’est tout un défi. Une décision difficile pour nous tous», affirme Amadu, à la fois sincère et lucide. «Pendant l’entrevue, on laisse le jeune parler de lui. Ce qu’il a vécu pendant la guerre. Certaines histoires sont si pathétiques qu’on a pas le choix de les prendre.» Comme l’histoire de Sunkarie, par exemple.

La fin des enfants soldats

Diplômé en agriculture, jadis enseignant au secondaire, Amadu ramène son stress à la maison. Son travail de responsable l’occupe à la semaine longue. Il a en mémoire les histoires de ses bénéficiaires, comme il appelle les jeunes du centre. Aujourd’hui, il a un poids de plus. La deuxième année du centre n’est pas encore achevée qu’il se demande comment éviter la fin du programme.

La quarantaine, l’homme cache mal sa lassitude. Sa fatigue l’emporte sur son enthousiasme. Les regards horrifiés par cette violence qui a volé la vie à des dizaines de milliers d’enfants se sont déplacés au gré des autres tragédies. La guerre est terminée depuis 2002. Quatre longues années suffisantes aux yeux des donateurs pour rétablir un pays et réhabiliter cinq millions de personnes. «On ne peut plus parler d’enfants-soldats aujourd’hui. La guerre est terminée depuis quatre ans, résume le superviseur, cynique. On veut cibler les jeunes. Ils n’ont rien à faire. Les enfants de la rue, la prochaine guerre, c’est eux qui la feront.»

Amadu craint l’abandon du programme par la Croix-Rouge d’ici un ou deux ans. «Je vais probablement regarder ailleurs pour trouver des fonds. Nous sommes chanceux d’avoir les bâtiments scolaires.» L’avenir du centre le hante. Les investisseurs ne courent pas les rues, dans son coin de pays.

Discrimination pour les femmes

Sur les 150 bénéficiaires de 2006, 112 sont des filles. «Traditionnellement, la femme ici est dépouillée de ses droits. Elle ne va pas à l’école. Ou sinon elle abandonne à mi-parcours. Elle tombe enceinte. Pas de mari. Pas de travail. Elle est seule. À la fin de la guerre, le programme de réintégration ne concernait que les hommes soldats. Ils ont oublié qu’il y avait des femmes soldats. Plusieurs garçons ont reçu tous les fonds. Alors, il y a plus de femmes vulnérables. Elles n’ont jamais participé au programme de réintégration. Maintenant c’est leur tour», explique Amadu.

Produit grâce à la contribution de l’Agence canadienne de développement international (ACDI)

Autres textes sur les enfants-soldats:

Enfants-soldats; Reflet de Société à la Sierra Leone

Enfant soldat et Cause: de la guerre à la rue

Enfants soldats: les anges de la guerre

Les enfants de la rue en Amérique Centrale

Traumatismes de guerre

Chaudrons et AK-47 à 13 ans

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