Congrès scientifiques virtuels

Congrès scientifiques virtuels

Pascal Lapointe

(Agence Science-Presse) – On commence à évaluer l’impact des blogues et des wikis sur la science, mais on ne s’est pas encore intéressé à l’impact que pourraient avoir les nouveaux outils d’Internet sur les congrès scientifiques. Les avantages d’un congrès «en ligne» semblent pourtant évidents: moins de pollution, moins de conflits d’horaire… et le droit de cogner des clous.

Les expériences menées jusqu’ici ont été marginales, mais plus pour longtemps, selon un éditorial paru dans Nature cet automne: «le nombre toujours croissant de ces rencontres scientifiques est préoccupant. Bien sûr, le rythme de la science s’accélère. Mais la prolifération des rencontres est parfois influencée par le désir qu’ont des chercheurs de grossir leur CV ou par le prestige qu’apporte un tel événement à une institution».

Twitter et conférence

Même la revue Fortune en parlait cette année sous le terme de «Conférence 2.0», en donnant en exemple une entrevue «désastreuse» avec le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, sur la scène du Festival interactif South by Southwest, tenu au Texas en mars. Les questions posées par l’animatrice avaient paru insipides à plusieurs spectateurs, qui s’étaient mis à commenter en direct, via Twitter — un mélange de micro-blogue et de messagerie instantanée — et la frustration dans la salle grimpait, à mesure que les uns lisaient sur Twitter les commentaires des autres.

Faut-il y voir un exemple de plus de la «prise de parole» et de la «prise de contrôle», ces deux mamelles de l’Internet 2.0? Il est certain que si un auditoire peut partager ses pensées en temps réel, on vient de jeter par terre le modèle «je-parle-vous-écoutez» des congrès…

Redéfinir la conférence

«Lorsque le panel a commencé à s’étirer, raconte un des interlocuteurs dans l’article de Fortune, vous pouviez voir les portables s’ouvrir et Twitter arriver». Les panélistes, réalisant qu’ils n’apportaient pas à l’audience ce qu’elle attendait, ont réorienté le tir.

L’expérience des «non-conférences» s’inscrit dans cette logique de la «Conférence 2.0»: dans une «non-conférence», les projecteurs sont tournés vers la salle, plutôt que vers un panel.

Mais une conférence virtuelle, ou mi-virtuelle mi «-réelle» serait plus audacieuse encore, puisque la «salle» en question serait élargie aux quatre coins d’Internet. David McClure, organisateur d’événements chez O’Reilly Media — qui organise entre autres le Foo Camp, cité comme un modèle de conférence 2.0 — n’y voit nullement une menace: «vous avez plus de réactions et vous pouvez mener une session plus intéressante.»

Conférence avec le monde entier

Comment ça pourrait fonctionner? Parmi les quelques rares trucs — le concept est encore embryonnaire! —, on mentionne la nécessité d’avoir des petits groupes (les plus gros congrès internationaux devront attendre), de laisser au public la possibilité de réviser le programme avant (ou de voter), d’élargir le temps nécessaire au réseautage entre les sessions… et d’évidemment prévoir un wifi gratuit! Ou encore, pour réduire les déplacements en avion, pourquoi ne pas rassembler les gens en plus d’un endroit?

S’ils ont besoin d’un prétexte, la crise financière en devient un: on économise les billets d’avion et on réduit son empreinte carbone. «Les congrès scientifiques sont nécessaires et jouent encore un rôle important», conclut Nature en éditorial. La technologie ne peut pas toujours remplacer les contacts personnels. Mais les organisateurs de congrès pourraient y réfléchir à deux fois, «avant de lancer leurs prochains appels à des contributions.»

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Les non-événements non scientifiques de 2008

Les non-événements non scientifiques de 2008

Pascal Lapointe

(Agence-Science-Presse) – Les événements marquants de l’année? Le LHC, la première photo d’une planète extra-solaire, les cellules souches reprogrammées… Mais de telles listes sont trompeuses, parce que la science n’est pas faite de découvertes spectaculaires. Elle avance lentement. Quelles furent les tendances lourdes de 2008, qui vont indubitablement nous accompagner — ou nous hanter — en 2009?

1. L’élection de Barack Obama

Que cela plaise ou non, quand les États-Unis éternuent, le reste de la planète se mouche. Impossible dire, à ce moment-ci, si la formation d’une équipe scientifique solide autour du futur président se traduira, comme promis, par des investissements massifs dans les énergies alternatives et une approche moins «confrontante» face aux faits… qui contredisent les croyances. Mais le simple fait d’avoir procédé à ces nominations est le signe d’un virage positif par rapport à l’attitude anti-science des huit dernières années.

2. Biocarburants: l’avenir n’est plus ce qu’il était

Les scientifiques ont beau avoir accumulé les avertissements, depuis 11 ans, à propos des risques de tout mettre dans le panier de l’éthanol, ce n’est que récemment que les craintes se sont cristallisées: en plus des études qui ont reconfirmé que la production d’éthanol à base de maïs augmenterait les émissions de gaz à effet de serre— plutôt que les réduire —, la crise alimentaire est venue porter le coup fatal. Désormais, les biocarburants de deuxième génération ont la cote: ceux produits à base de bois mort par exemple, et qui n’impliquent donc pas de priver de nourriture des millions de gens pour faire pousser de l’essence.

3. CO2: le Pôle Nord fond

On a beau dire depuis des années que le Grand Nord sera la première région affectée par le réchauffement climatique… le Grand Nord, c’est loin, et ça ne passionne pas les foules. Deux menaces ont par contre donné froid dans le dos cette année: d’une part, l’annonce que, pendant quelques semaines, la glace là-bas avait suffisamment fondu pour qu’un passage maritime soit ouvert — ce que plusieurs années plus tôt annonçaient les plus pessimistes — et d’autre part, les fuites de méthane qui, si leur multiplication se confirme, pourraient être un facteur accélérant des catastrophes futures.

4. Un chiffre: 350

Résultat du point précédent. Les scientifiques, qui prétendaient que les objectifs de réduction des gaz à effet de serre étaient trop modestes, ont gagné en crédibilité — certains se retrouvent même, désormais, au sein de l’équipe Obama. La ligne rouge traditionnelle — dépasser 450 parties par million de CO2 dans l’atmosphère serait catastrophique — a commencé à s’estomper en faveur d’une autre, plus inquiétante: c’est peut-être 350 parties par million qu’il n’aurait pas fallu dépasser (nous sommes actuellement à 386) et il faut tout faire pour redescendre vers ce chiffre magique. «Le délai de réponse du climat est certainement plus rapide que la durée de vie des perturbations atmosphériques causées par le CO2», a résumé le climatologue James Hansen cette année. Autrement dit: ce que nous envoyons là-haut y restera longtemps… mais la «réaction» de la Terre, elle, n’attendra peut-être pas aussi longtemps qu’on le croyait…

5. Comment la science peut résoudre la crise financière

Le peut-elle? En tout cas, depuis l’automne, les propos de ceux qui cherchent des solutions à la crise financière — repenser le capitalisme, repenser la société de consommation, simplicité volontaire, etc. — ont aussi eu une résonance scientifique: adopter un mode de vie plus «vert» pour, justement, moins consommer; abandonner le dogme d’une croissance perpétuelle, si cher aux économistes (et aux politiciens), dogme incompatible avec une planète aux ressources limitées; et tant qu’à se lancer dans des travaux d’infrastructure massifs pour relancer l’industrie, visons les parcs d’éolien et les technologies d’économies d’énergies.

6. La vie artificielle

«Le premier génome artificiel» se retrouverait-il dans autant de revues de l’année 2008 s’il avait été l’œuvre d’un scientifique moins «marketing» que Craig Venter? Désavantage: une simple étape parmi d’autres avant la création d’une «vraie» vie artificielle a ainsi obtenu une attention démesurée. Avantage: tous les éthiciens de la planète surveillent maintenant de près Craig Venter, et seront prêts lorsqu’il annoncera, en 2009, l’étape suivante…

7. Bientôt dans une pharmacie près de chez vous…

Le premier décodage du génome humain, en 2001, avait pris plus d’une décennie et coûté 300 millions $. En octobre 2007, une équipe chinoise annonçait y être parvenue pour un million $ (et c’était la percée de l’année, l’an dernier). Cette année, une compagnie californienne a annoncé l’avoir fait pour 100 000 $, puis une autre, pour 60 000 $. Qui dit mieux?

8. Listériose, E. coli, biphényles polychlorés, salmonelle, mélamine…

Difficile de dire si c’est vraiment une des «tendances» de l’année: chaque année semble nous apporter son lot de peurs alimentaires! Mais la listériose dans le jambon au Canada et la mélamine dans les aliments pour animaux et les jouets chinois ont eu un point commun: faire prendre conscience que le risque zéro n’existe pas, particulièrement dans notre époque de mondialisation et de production en série. Améliorer les mécanismes de surveillance est une chose, croire que de meilleurs mécanismes de surveillance puissent éradiquer 100% des bactéries en est une autre.

9. Cosmos: l’avenir est en Chine.

Ou en Inde. La NASA, elle, a semblé plus perdue que jamais, alors que l’Inde envoyait sa première sonde sur la Lune, que des Chinois marchaient pour la première fois dans l’espace, et qu’on évoquait même la possibilité que d’autres astronautes chinois ne marchent sur la Lune dans 10 ans, avant que des Américains n’y retournent. Au moins, la NASA a eu Phoenix sur Mars pour se consoler.

10. Science 2.0

Des scientifiques qui expérimentent des «carnets de laboratoire» sous la forme de blogues, d’autres qui créent des wikis en génétique, qui découvrent ces nouveaux outils pour la classe, le mot «congrès 2.0» qui commence à circuler, et l’accélération du mouvement d’accès gratuit (ou accès libre) à la recherche scientifique… On ne sait pas où on va, mais on y va!

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