Steven s’éteint avec ses rêves

Steven s’éteint avec ses rêves
Raymond Viger, Volume 14.4

Un jeune rappeur Hip Hop de 20 ans est retrouvé assasiné dans son appartement. Facile de s’imaginer que la culture Hip Hop est reliée à la violence, aux gangs de rue et aux activités criminelles.

Il ne l’a pas eu facile. À 12 ans, il emménage dans Hochelaga-Maisonneuve. Parce qu’il est le petit nouveau et parce qu’il est premier de classe, il se fait battre tous les jours. Il apprend à encaisser, mais surtout à se défendre et à répliquer. Steven, un grand sensible, a appris à se cacher sous le visage d’un tough, d’un vrai de vrai.

À 17 ans, c’est la recherche d’un père encore inconnu. Steven le retrouve. Son père refuse de le reconnaître. Une expérience traumatisante pour un enfant. Steven dérape vers la drogue et connaît rapidement la prison.

Steven fait la rencontre de Dub D, le producteur d’un petit label Hip Hop: Achipé Achopé. Pendant une année entière, Dub D lui fait pratiquer le rap, l’enregistre, l’encourage. Steven est une révélation. Sa première toune, Criminel de l’Est, se démarque de tout ce qui s’était déjà fait dans le Hip Hop. Pendant toute l’année 2005, Steven se consacre à son art, développe son talent. Il enregistre trois compilations en CD et DVD avec Dub D.

Le 18 décembre 2005, un mari violent veut revoir son ex. Il sonne sur n’importe quelle sonnette du bloc appartement pour se faire ouvrir la porte de l’entrée. Par un mauvais hasard, il sonne à l’appartement de Steven. La porte de son appartement s’ouvre au moment où un homme, aveuglé par la violence, frappe énergiquement dans la porte d’à côté pour que son ex lui ouvre. Quatre jours avant d’avoir ses 21 ans, Steven est retrouvé mort dans son appartement, battu à coups de marteau, de barre de métal et poignardé. Steven est décédé tout simplement parce qu’il a ouvert la porte à l’ex de sa voisine…

Rien à voir avec les gangs de rue. Rien à voir avec la drogue. Rien à voir avec de mauvaises fréquentations. Juste un jeune qui, depuis un an, avait découvert sa nouvelle vocation, et qui s’est retrouvé au mauvais endroit, au mauvais moment.

Son producteur, Dub D, est toujours sous le choc. Comme s’il venait de perdre son enfant. Il demeure devant son studio, incapable d’enregistrer et de continuer son travail. Plus rien ne l’intéresse, plus rien ne le motive.

Pour s’aider à vivre son deuil, il décide de nous rencontrer pour exprimer ce qu’il a sur le coeur. Il veut rendre un dernier hommage à son ami, son protégé. Face aux nombreux talents issus de la culture Hip Hop, Montréal possède peu de ressources pour ces jeunes. Dub D voudrait être riche et leur offrir du travail, des équipements pour enregistrer, des occasions pour qu’ils prennent leur place.

Alors que plusieurs associent la culture Hip Hop à la violence et la relie aux gangs de rue, un jeune rappeur prometteur s’éteint.

Textes sur gang de rue, et le hip hop.