Travailleuse du sexe Connais pas

Travailleuse du sexe? Connais pas!

Trisha Baptie         Dossier Prostitution et Sexualité.

J’ai été prostituée plus de 15 ans et je n’ai jamais rencontré une seule «travailleuse du sexe». Pour moi, cette expression vient du film Pretty Woman… et des gens qui endossent et exploitent la chosification des femmes. Je connais des prostituées – j’en ai été une – et nos raisons d’être là étaient claires: la pauvreté, le racisme, l’oppression de classe, le sexisme et les violences subies dans l’enfance.

À l’époque, je vous aurais dit que la prostitution était un geste de pouvoir, de libération… Il me fallait penser ça.  Comment aurais-je pu me regarder dans le miroir autrement? Pourtant, ça m’arrachait le coeur de voir arriver chaque nouvelle fille. Et pas une prostituée ne veut voir sa fille entrer dans cette industrie mangeuse d’âme.

Je suis contre ce prétendu «travail du sexe», parce qu’il affecte non seulement les femmes qui y sont, mais toutes les femmes et notre rapport au monde. Au Canada comme partout, des femmes, presque toutes pauvres et «racisées», sont amenées à cette industrie par la coercition, la violence et la tromperie. C’est parce que je veux la liberté pour toutes les femmes que je suis contre l’industrie qui nous vend comme jouets de masturbation.

On dit souvent: «Il faut bien qu’une femme paye ses comptes.» Qu’on nous donne plutôt de l’instruction, des possibilités, de la dignité et un revenu convenable garanti! Si on collectait réellement les pensions alimentaires? Si on assurait les ressources nécessaires aux jeunes qui grandissent dans les centres d’accueil et en sortent? Il y a de meilleures façons d’aider les femmes que les baiser.

Mes amies qui sont encore dans la rue savent ce que je fais, et elles m’appuient pour que personne d’autre n’adopte cette vie. Elles travaillent à se protéger du danger immédiat. Moi, à titre de militante, je veux voir les hommes arrêtés avant qu’ils achètent des femmes.

Des viols payés

J’essaie aussi de dissiper l’illusion que cette forme de violence contre les femmes reflète leur propre choix. Je veux réorienter la conversation, comprendre pourquoi notre société trouve correct que des hommes achètent des femmes? Pourquoi donc défendre la notion que les hommes ont besoin d’un accès sexuel illimité aux corps des femmes pour y éjaculer quand bon leur semble? Si on accepte ça, la société est forcée de leur offrir en tout temps une catégorie de femmes pour satisfaire cette volonté.

Des longues recherches ont démontré que 90 % des femmes prostituées veulent en sortir et mon expérience du milieu valide ce chiffre. C’est de viols payés dont on parle. Contestons cette forme de patriarcat et de misogynie. «La plus vieille profession du monde» est en fait sa plus vieille oppression.

Propres à être violentées

«Réduction des méfaits», dites-vous? On ne peut pas rendre la prostitution «plus sécuritaire»; c’est une violence en soi, un viol où l’argent ne fait qu’apaiser la conscience des hommes. Et puis, pourquoi est-ce seulement aux femmes qu’on impose des contrôles de santé? Pour que nous soyons «propres» à être violentées par les hommes? Pourquoi ne pas les  contrôler, eux, si on veut vraiment protéger les femmes?

Pourquoi institutionnaliser ce que l’humanité a de pire? Notre culture impose aux femmes de baiser sur demande, de s’arracher les poils, de subir des chirurgies plastiques… Cela m’attriste de voir à quel point notre société force les filles et les femmes à jouer les prostituées.

Quant au soi-disant «libre choix» de se faire baiser plusieurs fois par jour par des hommes anonymes, mon expérience est toute autre. Partout où il y a prostitution, il y a trafic sexuel, crime organisé, drogues et autres activités criminelles et aucun pays n’arrive à les désenchevêtrer. Alors, pourquoi laisser une minuscule minorité de gens nous imposer leur individualisme quand nous savons que toute la société en souffrira? Que ce seront surtout les femmes pauvres et les femmes de couleur qui verront leurs droits humains bafoués afin de maintenir pour les hommes l’offre du sexe sur demande?

Reflet de Société, Vol. 17, No. 4, Juin/Juillet 2009, p. 32

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Jean-François Lisée de L’actualité et la légalisation de la prostitution.

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Extasy, cocaine et cannabis sur Internet: les jeunes trompes

Extasy, cocaine et cannabis sur Internet: les jeunes trompés

François Richard Dossiers Alcool et drogue, Politique et Toxicomanie

La Stratégie nationale antidrogue du gouvernement canadien serait devenue inefficace depuis l’arrivée au pouvoir des Conservateurs à Ottawa. Stephen Harper s’est prononcé contre la réduction des méfaits comme approche centrale de la lutte aux toxicomanies. Les bienfaits de cette approche sont pourtant reconnus par l’Organisation mondiale de la santé, ainsi que par la majorité des intervenants et des chercheurs du milieu. Les Conservateurs sont plutôt portés vers une approche de dénonciation sans distinction de toute consommation de drogue.

Outil de prévention inefficace

Le dernier exemple en date est le site xperimentations.ca. Cet outil de prévention destiné aux adolescents présente un avatar appelé Max, que l’utilisateur est amené à droguer. Sur fond sinistre avec musique dissonante, l’internaute voit Max dépérir rapidement après avoir consommé de la cocaïne ou du cannabis. Le discours du narrateur est sans nuance: la drogue est horrible, immédiatement et en tout temps.

Leprésident du GRIP dénonce

Le président du Groupe de recherche et d’intervention psychosociale (GRIP) et professeur adjoint à l’école de psychoéducation de l’Université de Montréal, Jean-Sébastien Fallu, publie une lettre ouverte dénonçant le site xperimentations.ca et la Stratégie antidrogue conservatrice. Le texte, présenté au bas de ce billet, est signé par plus d’une centaine d’intervenants et de chercheurs du milieu. Son auteur s’est entretenu avec Reflet de Société.

Pour les élections, pas pour la science

Selon Jean-Sébastien Fallu, xperimentations.ca ‘ne respecte pas les principes de base en prévention. La consommation de drogue y est dépeinte comme toujours négative. Les jeunes ne croient pas à ce message.’ L’inadéquation entre les connaissances scientifiques et ce genre d’initiatives s’expliquerait par la politique, selon Jean-Sébastien Fallu. ‘Le gouvernement conservateur nie la science pour faire plaisir à son électorat. Les gens veulent un message de type ‘la drogue c’est mal’. Il y a du vrai là-dedans, mais ça ne fonctionne pas. Ça répond à une motivation électorale.’

Philippe Couillard est d’accord

Le professeur dit avoir constaté un changement d’approche radical lors du passage du pouvoir des Libéraux aux Conservateurs. Le meilleur exemple en est selon lui la mise au rancart du document ‘ Drogues: Savoir plus, risquer moins’, ouvrage préfacé par l’ancien ministre de la Santé du Québec, Philippe Couillard. ‘C’est un bon document de prévention. Il dit toutefois des choses contraires à la philosophie conservatrice, soit que la drogue a toujours fait partie de la société. Maintenant, ces livres dorment dans un entrepôt, 1 millions de fonds publics gaspillés. Nous n’avons eu aucune explication de Santé Canada.’

Auto-censure pour de l’argent

Le président du GRIP craint que l’approche conservatrice influence négativement la recherche scientifique sur les drogues et l’intervention au cours des prochaines années. ‘Faut-il partager leur philosophie et leur approche pour être financé? Je ne peux pas le dire avec certitude, mais il semble que oui. Les responsables d’un dossier feront souvent de l’auto-censure. Ils voilent de l’information en sachant ce qui est attendu d’eux ‘en haut ».

Nous publions la lettre ouverte ici.

Santé Canada et le CCLAT jettent nos taxes par les fenêtres!

Après avoir mis au rancart 500 000 exemplaires du livre « Drogues : Savoir Plus, Risquer moins » achetés par le gouvernement au coût d’environ 1 million de dollars, pour des raisons idéologiques, et après avoir conçu et diffusé des publicités inefficaces ou même nuisibles au sujet des drogues, toujours par idéologie, voilà que Santé Canada récidive avec, cette fois-ci, la servitude et la complicité désolantes du Centre canadien de lutte à l’alcoolisme et à la toxicomanie (CCLAT). Tel qu’appréhendé, la fameuse campagne de prévention sur Internet réalisée par le CCLAT et qui est en partie financée par la Stratégie canadienne antidrogue, a récemment été mise en ligne sur le site xperimentations.ca et est contraire aux meilleures pratiques de prévention reconnues comme étant efficaces auprès des adolescents.

Drogue et enfants de 10 ans

Nous savons que la recherche scientifique est en constante évolution et n’est jamais définitive, mais s’il y a une connaissance qui est très solidement documentée par des décennies de recherche en prévention des toxicomanies auprès des adolescents, c’est bien que les approches centrées uniquement sur les risques, les exagérant, tentant de faire peur à l’aide de messages sensationnalistes, déconnectés de la réalité et manquant de crédibilité sont au mieux inefficaces et souvent nuisibles. De plus, présenter des informations sur les substances à de très jeunes adolescents est généralement contre indiqué, particulièrement pour des substances auxquelles ces jeunes ne sont pas encore exposés, parce que cela peut piquer leur curiosité et les pousser à expérimenter des drogues. Pourtant, le site s’adresse à des jeunes de 10 ans et plus et présente une information plus que tendancieuse.

Fonds publics gaspillés

Le projet du CCLAT constitue donc sans équivoque un énorme gaspillage de fonds publics. Quelle étude-pilote d’évaluation le CCLAT a-t-il d’ailleurs réalisée avant de diffuser une telle campagne de prévention web à l’ensemble du Canada ? Quels sont les références reconnues en recherche qui peuvent valider et justifier une telle approche de prévention et un tel message ? En ces temps de récession économique et d’accessibilité restreinte de soins de santé, ces sommes pourraient incontestablement être mieux investies ! Reste à voir ce que fera le CCLAT du reste des 10M$ sur 5 ans qu’il a reçus de Santé Canada. Un réalignement est clairement nécessaire !

La liste complète des signataires est disponible ici.

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Maison du Pharillon: thérapies dans l’amour fraternel pour jeunes toxicomanes

Maison du Pharillon

Thérapies dans l’amour fraternel pour jeunes toxicomanes

Valérie Carrier       Dossier Toxicomanie

Mercredi soir, je suis allée à la soirée portes ouvertes hebdomadaire de la Maison du Pharillon. Il s’agit en fait d’un lieu de thérapie pour jeunes toxicomanes qui veulent s’en sortir. Je connaissais l’organisme par son fondateur, Christian Beaulieu, un prêtre qui donne des enseignements dynamiques auprès des jeunes et qui a les yeux brillants comme personne! J’avais aussi déjà rencontré quelques jeunes sortis du Pharillon, mais la Maison étant à Montréal et moi habitant très loin, je n’avais encore jamais l’occasion d’y aller. Mercredi soir, j’y ai vécu une soirée très intense.

Soirées du mercredi

Dans ces soirées du mercredi, il y a un partage, qui prend la forme d’un témoignage. En général, c’est un des jeunes qui prend la parole, mais cette semaine, c’était une soirée spéciale, d’après ce qu’on m’a dit. C’est le père de l’un de ces anciens toxicomanes qui a partagé son expérience avec tous. Il a parlé de tous les problèmes que son fils avait pu lui causer, de tout le mal qu’il avait fait, de la souffrance qu’il lui avait fait endurer. Son fils était dans la salle, il écoutait et ajoutait parfois quelque chose. Le père a invité jeunes et parents qui voulaient à partager aussi leur expérience, dans tous les cas semblable à la sienne. La rencontre a ainsi donné lieu a d’incroyables témoignages.

Apprendre à s’en sortir

Pour moi, c’était d’incroyables témoignages. Eux, c’était leur vie. Mais pour qu’ils soient capables d’en parler ainsi, pour que les jeunes soient capables de parler avec sérénité de tout ce qu’ils ont fait de mal, il a fallu qu’ils passent par un grand apprentissage. Et pourtant, certains d’entre eux ne sont pas là depuis très longtemps. Ils apprennent à s’en sortir.

De la discussion de mercredi, il est ressorti que la plus grande aide que les parents ont pu apporter à leurs fils, c’est d’avoir cessé de les aider; c’est alors que ces jeunes ont dû cesser de prendre pour acquis leur nourriture et chercher de l’aide pour changer de vie. Tous étaient d’accord sur ce point.

Résultats

C’était la première fois que j’allais dans une maison de thérapie, la première fois que j’assistais à une rencontre de jeunes en cheminement pour quitter leur dépendance; je ne peux donc pas comparer. Ce qu’on m’a dit de l’approche de cette maison, c’est qu’elle implique un côté spirituel et un côté social, alors que la majorité n’abordent qu’un ou l’autre. Ce que j’en sais, c’est qu’elle est basée sur l’amour fraternel. Et ce que j’en vois, c’est que ça fonctionne: ces gars s’en sortent!

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couverture  livre jean-simon copie Poésie urbaine. Je me raconte. Jean-Simon Brisebois. Depuis 1997 Jean-Simon s’est découvert un goût pour l’écriture. Après avoir publié une trilogie poétique aux Éditions TNT(Entité en 2008, L’âme de l’ange en 2007 et Renaissance en 2006), plusieurs de ses lecteurs étaient curieux de savoir lesquels de ces textes parlaient le plus de lui. Il revient donc en force avec Je me raconte, un court récit autobiographique. Laissez-vous guider dans le monde particulier de ce jeune auteur!  7$

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Entrevue avec la criminologue Line Beauchesne : bémols à la légalisation des drogues

Entrevue avec la criminologue Line Beauchesne : bémols à la légalisation des drogues

Entrevue réalisée par Charles Messier. Volume 15 no 6, août 2007                        

 Dossier ToxicomanieProstitution et Sexualité.

Question: Êtes-vous favorable à une légalisation de toutes les drogues?

Réponse: Oui. Il faut cependant faire attention, parce que chaque fois que je dis ça, on a l’impression que je veux légaliser le crack, alors que ce n’est pas le cas. Quand on a légalisé de nouveau l’alcool en 1933, on n’a pas légalisé l’alcool frelaté. Je ne veux pas légaliser toutes les drogues accessibles sur le marché noir! De toute façon, des drogues comme le crack, personne n’en voudrait une fois les autres drogues légalisées.

Q: Cependant, ne serait-il pas dangereux que, du jour au lendemain, toutes les drogues soient accessibles?

R: Je veux légaliser toutes les drogues, mais une à la fois, en commençant par le cannabis, parce qu’on a beaucoup à apprendre avant de légaliser les autres.

Q: En légalisant les drogues, existerait-il le danger qu’elles soient plus accessibles et que n’importe qui, n’importe quand, puisse s’en procurer?

R: Non, les drogues seraient moins accessibles, parce qu’actuellement, si tu veux en avoir, c’est très facile. Dans un milieu légal, il y a des lieux, des règles, des modes de distribution précis qui restreignent l’accessibilité. Aussi, dans un modèle de promotion de la santé, à un moment donné, la consommation plafonne, parce que les gens font de meilleurs choix grâce aux politiques de distribution et de prévention.

Q: Où le gouvernement prendrait-il l’argent pour promouvoir la santé?

R: Je voudrais que tous les profits rapportés par la vente de drogue soient réinvestis dans la santé, dans la prévention. La légalisation ne serait donc pas un moyen pour les gouvernements de faire de l’argent comme avec le jeu actuellement. L’argent investi en ce moment dans la répression des vendeurs et des consommateurs devrait également être transféré dans la promotion de la santé et la prévention des usages problématiques de drogues.

Q: Avez-vous un exemple d’une méthode de prévention dans un marché légal?

R: Ce que je voudrais, c’est un modèle de taxation comme pour l’alcool. Par exemple, une tisane de coca serait très peu taxée, les produits injectables pourraient uniquement être distribués en pharmacies et sous contrôle médical pour les personnes qui en ont besoin. Bref, la taxe ajoutée devrait être un signe de la concentration du produit et de son potentiel de risque, ce qui serait un modèle pédagogique pour la clientèle. Il faudrait aussi éviter que les taxes augmentent trop les prix et que se développe un marché noir, comme c’est arrivé pour le tabac.

Q: Pourquoi la consommation dans un marché légal serait-elle moins risquée en matière de santé publique que dans un marché illégal?

R: Sur le marché noir, les produits ne sont pas contrôlés, ce qui fait que la dose peut être différente d’une fois à une autre. C’est comme si on commandait une bière dans un bar sans savoir si elle est à 5 % d’alcool, à 25 %, à 50 % ou même si c’est de la bière… Donc, on ne peut pas contrôler la quantité qu’on peut consommer, ni la qualité du produit.

Q: Y a-t-il d’autres facteurs qui influenceraient une meilleure façon de consommer?

R: Effectivement, dans le marché noir, les consommateurs se réunissent dans un lieu et décident que l’activité principale ce soir-là, c’est la consommation. Également, les consommateurs sont dans des milieux plus à risque, parce qu’ils se tiennent proche des sources d’approvisionnement et n’apprennent pas à gérer la consommation, contrairement à ce qui se produit dans un marché légal où il existe une politique de promotion de la santé.

Q: Ne croyez-vous pas qu’il y aurait davantage de consommateurs prêts à s’endetter pour payer leur dose quotidienne?

R: Il y aurait moins de conséquences financières négatives pour les consommateurs, mais pas parce que la drogue serait moins chère. Dans le marché noir, quand on est dépendant et qu’on n’a pas d’argent, le vendeur ne passe pas chez le notaire pour réclamer son dû. C’est ton dealer qui t’avance l’argent. La première semaine, ça va être 100 $, la deuxième 200 $. Puis, si un jour tu ne peux pas payer, quelqu’un va venir te régler ton compte. Donc, on est plus à risque d’avoir des problèmes financiers quand on est sur le marché noir que sur le marché légal. En plus, on risque d’être en contact avec d’autres drogues qui coûtent plus cher et dont le potentiel de dangerosité peut être plus élevé.

Q: Y a-t-il des drogues dont on devient dépendant dès la première utilisation ? Si oui, dans un marché légal, un consommateur ne pourrait-il pas être encouragé à essayer des drogues dures desquelles il deviendrait tout de suite accro?

R: La dépendance spontanée, ça n’existe pas. Il y a des drogues plus pharmacodépendantes et il y a des modes de consommation qui le sont également davantage. Par exemple, si vous vous injectez de la caféine et que vous buvez une tasse de café, l’injection de caféine a une plus forte pharmacodépendance, c’est-à-dire que votre corps risque de redemander le produit, contrairement à la tasse de café.

Q: Même chose pour les drogues dures?

R: Il n’y a pas de drogues douces et de drogues dures. Il y a des usages durs et d’autres qui sont doux, comme l’injection par rapport à la tisane. La dépendance physique, c’est la partie spectaculaire, mais pas très importante de la dépendance. La cocaïne ne crée pas de dépendance physique, mais souvent des dépendances psychologiques. Par exemple, celui qui est dépendant au jeu n’a pas de dépendance physique, tout comme celui qui est dépendant de l’amour. Mais la dépendance n’en est pas moindre. En fait, le plus difficile à traiter est le deuil de la dépendance psychologique.

Q: Légaliser les drogues n’encouragerait-il pas les jeunes à consommer en plus bas âge?

R: Un marché noir sollicite beaucoup plus les jeunes qu’un marché légal. Dans un marché noir, il y a de petits vendeurs qui sont habitués à des revenus de la vente, puis qui sollicitent les jeunes pour maintenir ces revenus et trouver de nouveaux clients. Dans un marché légal, il y a des limitations d’âge qui peuvent être faites.

Q: Pouvez-vous donner l’exemple d’un pays où les drogues sont légales comme vous souhaiteriez que ce le soit au Canada?

R: Il n’y a aucun pays où les drogues sont légales. On pense souvent que c’est le cas aux Pays-Bas, mais leur politique consiste à tolérer certains modes d’approvisionnement, par exemple dans ce qu’on appelle les « coffee shops », pour empêcher les consommateurs de se diriger vers un marché noir et de fréquenter des personnes qui offriraient toutes sortes d’autres produits. Pour renforcer la prévention, également. La stratégie fonctionne, puisque moins de cannabis est consommé aux Pays-Bas qu’aux États-Unis par personne.

Dossier Prostitution et Sexualité.

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operation-graffiti-hip-hop-graffiteur-graff Opération Graffiti. Toute l’histoire de la création du Café-Graffiti. La relation avec les jeunes. Ce qu’ils ont vécu dans le projet. Ce qu’ils ont fait vivre aux intervenants. Toutes les anecdotes d’un projet qui fait encore parler de lui. Une façon intéressante et originale de soutenir le Café-Graffiti dans sa mission d’aide et de soutien aux jeunes. 19,95$.

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Amos WA; réalité souterraine

Amos WA; réalité souterraine

Volume 15 no3, février 2007

Dans son numéro d’août/septembre 2005, Reflet de Société présentait une jeune vidéaste, Sonia Langlois, qui venait d’accoucher de son premier documentaire, AmosWA. Réalité souterraine.

Le film, qui touche la consommation de drogues de jeunes d’Abitibi, a suscité maintes réactions. Reflet de Société publiait dans le numéro d’octobre/novembre 2005 la perception de Dany Faucher, travailleur de rue à Amos, entourant le documentaire. Bien que le jugeant utile, M. Faucher considère AmosWA peu nuancé. Il met en garde ceux qui visionneront le documentaire: les jeunes ne consomment pas tous de la même manière que les vedettes du film. Il faut faire attention à la généralisation. AmosWA, bien utilisé, peut être un outil de départ afin de discuter consommation avec ses enfants, ses élèves.

Sonia vient d’apprendre que son documentaire est maintenant disponible partout au Canada. L’Office National du Film a décidé d’en être le distributeur. Pour ceux qui veulent avoir une petite idée de la consommation de certains jeunes en région, il est possible de commander un exemplaire à l’ONF au 1-800-267-7710 ou au www.onf.ca.

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funbusy-poesie-urbaine-recueil-textesChantal Lee a vécu la violence physique, les abus sexuels et l’enfer de la drogue, mais elle en a triomphé. Malgré la maladie qui l’afflige, elle partage par sa poésie son amour de la vie et son optimisme à toute épreuve. Un livre rayonnant, à l’image de son auteure.

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Rats génétiquement toxicomanes

Rats génétiquement toxicomanes

Des chercheurs de l’Université de Cambridge ont découvert chez certains rats une prédisposition à la toxicomanie. Certains rongeurs se seraient montrés, après une seule exposition, plus impulsifs et plus avides de réingurgiter des drogues. Ces rats présentaient un nombre moins grand de récepteurs de dopamine dans les zones du cerveau où des drogues comme la cocaïne et l’héroïne déclenchent leur action chimique. Cette découverte pourrait mener à l’identification d’un ou de plusieurs gènes responsables du nombre insuffisant de récepteurs lequel conduit à une vulnérabilité face à l’utilisation de drogues chez les êtres humains. La génétique n’est pas la seule cause de la dépendance aux drogues chez les humains, mais l’étude de ces gènes pourrait permettre de mieux comprendre les cas de rechutes et d’améliorer les traitements.

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Marie s’en sort

Marie s’en sort
juin 2007

Le 30 décembre, Raymond Viger a eu un échange avec Marie sur le site Internet de Reflet de Société. La première partie a été publié dans le numéro de février (vol. 15, n° 3). Elle avait alors partagé son désir de cesser de consommer des drogues et se posait de nombreuses questions à propos de l’impact de sa consommation sur son avenir. Cette correspondance ayant intéressé plusieurs lecteurs, voici le dernier échange, qui montre que Marie va beaucoup mieux, ainsi qu’un témoignage d’un jeune dans une situation similaire.

Marie

Salut Raymond,
Je viens de relire tous nos échanges sur ma renaissance à l’égard de la drogue. J’ai relu tout ce que j’avais écrit et ce que vous m’aviez répondu. Ça m’a vraiment fait du bien de revoir tout ça. Ça m’a fait réfléchir. Je me suis rendu compte que je suis en train de m’en sortir. J’ai fait un bon bout de chemin et j’en suis vraiment fière.

La vie change, tout change. Les amis(es), le monde entier. Que ce soit du bon ou du mauvais côté. Parfois, quand on change, certains le prennent mal. Aujourd’hui, je me suis vraiment rendu compte à quel point je devais vous remercier pour tout ce que vous me dites, tout ce que vous faites pour m’aider. C’est comme une thérapie, mais sur Internet.

La vie nous appartient. On ne doit pas la vivre pour les autres, mais pour nous.
Marie

Réponse de Raymond Viger

Salut Marie,
L’avantage de l’écriture est de pouvoir se relire, de voir le chemin parcouru, de se remémorer les idées qui nous sont offertes, de relire les passages qui nous font du bien. On peut y revenir quand on veut.

Lorsqu’on évolue, certaines personnes ne sont pas toujours heureuses de nous voir changer. Ce qui compte, ce sont les choix que l’on fait pour soi-même. Si les autres le prennent mal, c’est peut-être qu’ils ont des choses à voir là-dedans. Ils doivent accepter ta nouvelle vie.

C’est vrai que tu as beaucoup progressé depuis le début de l’année. Je t’en félicite. Tu as fait de grandes prises de conscience, tu es fière du chemin parcouru, tu as du plaisir avec tes ami(e)s et tu veux vivre ta vie. Continue dans cette voie. J’ai confiance en toi.
Raymond

Réaction de Jean-Michel

Je viens de lire l’article de Marie publié en février 2007. J’ai 16 ans et je suis en centre d’accueil. Après 8 ans de consommation de drogue, j’ai décidé de me prendre en main et d’arrêter. Merci de prendre le temps de lire mon message.

J’ai commencé à fuguer avant l’âge de 9 ans pour faire un peu comme mon frère plus vieux. J’ai commencé pour le fun. Le jour de ma fête, je lui ai volé de la drogue (speed, cocaïne, pot). Au début, c’était bien plaisant. Mais après quelques années (à 12 ans), ç’a changé. À ce moment-là, un joint ne me faisait plus grand-chose. Je relaxais et je n’étais plus avec mes amis. Tout ce que j’avais pour me défouler, c’était la musique et l’écriture. J’ai été cocaïnomane pendant presque 8 ans avant de décider de m’en sortir.

Tout ce que la drogue m’a apporté, ce sont des problèmes. La drogue est une délivrance, une grosse délivrance. Mais tu le vois juste sur le buzz. Après, c’est 2 fois pire. Tu veux en avoir d’autre et plus encore. Être accro, ce n’est pas une partie de plaisir. N’hésitez pas à demander de l’aide si vous avez le même problème que j’ai eu. Que ce soit en consul-tant vos parents, de la famille, vos amis ou même des ressources communautaires. C’est le meilleur choix que vous pouvez faire. En 3 semaines, j’ai repris un train de vie normal. C’est sûr que je pense encore à consommer, mais je me suis trouvé des moyens pour y penser le moins possible.

Se droguer ne fait pas du mal juste à vous, mais aussi à tout votre entourage: parents, amis, petite amie… Tout ce que ça prend pour s’en sortir, c’est la volonté et de l’appui. Arrêter de consommer, ce n’est peut-être pas si facile, mais il ne faut pas lâcher. Parce que si tu lâches, la plupart du temps, tu retombes plus fort et ça fait encore plus mal.

Cherchez de l’aide et vous allez vous en sortir comme je le fais en ce moment. Maintenant, je me sens plus libre.
Jean-Michel, Montérégie

Autres textes sur Alcool et drogue 

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Educateurs en péril

Educateurs en péril

Alain Martel, travailleur de rue, Montérégie 

Ça brasse dans les écoles. Ce n’est pas une trop grosse nouvelle, me direz-vous, mais je suis surpris de la tournure des événements.

Depuis que je travaille, j’ai rencontré plein de gens avec qui j’ai développé de bons liens professionnels. Parfois, ces liens se sont développés encore plus. Une amitié un peu bizarre, parce qu’on ne s’appelle pas pour sortir, pour prendre un café ou pour se présenter nos conjoints ou conjointes. Ça demeure au niveau professionnel, mais avec un intérêt supplémentaire envers les humains que nous sommes.

À chaque rencontre, à chaque appel, à chaque occasion que le métier amène, il y aura toujours un temps où l’on s’inquiète de l’autre, où l’on s’intéresse à ses émotions et ses sentiments. On partage tout ça avec passion et simplicité. Il y a déjà eu quelques larmes et quelques étreintes parce que nous avions réussi à aider quelqu’un, ou encore parce que nous avions échoué.

Il en est ainsi de ma relation avec Charles. C’est un nom fictif pour ne pas mettre mon ami dans le trouble. Charles travaille dans une école. Il s’occupe de jeunes qui ont ou pensent avoir des problèmes de consommation de drogues. Ce qui m’unit à Charles, ce sont toutes les histoires d’horreur qu’il a entendues depuis maintenant 16 ans. Il continue d’en entendre presque à chaque jour. Des jeunes qui ont été violés et qui consomment afin de passer une autre journée sans mourir, des jeunes abandonnés par le monde adulte, des jeunes plein d’histoires plus tristes les unes que les autres. Il vit quotidiennement les élans de jeunes qui veulent être entendus et prennent la voie de la toxicomanie, mais aussi de la violence, des fugues, des tentatives de suicide.

Ça faisait longtemps, presque quatre ans, que je n’avais pas parlé à Charles. Puisque je suis sorti du travail de rue, puisqu’il a pris un congé sabbatique; pour des raisons aussi bonnes les unes que les autres. Et voilà qu’un matin, j’ai un message sur mon répondeur. Et là, je pars dans le monde des souvenirs. La voix de Charles me rappelle certaines aventures que nous avions vécues. Par exemple, il suivait une jeune fille de 16 ans qui consommait par injection. Il me l’avait référée. C’était la première fois que nous travaillions ensemble. En utilisant plusieurs stratégies, mais aussi parce qu’il avait accepté de contourner certaines règles de son école, nous avons réussi à aider cette jeune fille qui ne consomme plus depuis ce temps.

Charles et moi sommes très heureux de nous revoir. On se donne des nouvelles, on se met à jour. Il me raconte: «depuis quelques années, la situation a bien changé. Depuis que les négociations sont plus médiatisées, c’est encore plus difficile. On dirait que la direction le prend personnel. Elle coupe dans un paquet de services aux étudiants. Elle ne nous supporte plus. Un ami professeur s’est fait attaquer par des élèves, il s’est fait battre et on lui conteste son droit à la CSST, en refusant d’admettre l’événement. Je me sens tellement isolé. On me commande de suivre des élèves qui ne sont plus à l’école. On augmente ma charge de travail. Je subis l’intimidation des étudiants et de la direction. Personne ne veut ou ne peut s’allier à nous sous peine de représailles. On se croirait dans un mauvais film de série B. Je suis désespéré. La semaine dernière, j’ai vomi dans le stationnement de l’école. Je suis tanné, écrasé. Je serais mieux de travailler dans une usine à mettre des couvercles en métal sur les boîtes de petits pois. Ça serait plate mais, au moins, je pourrais entrer chez moi sans avoir besoin de cachets pour dormir.»

Pour dire la vérité, Charles est la combinaison de trois personnes du milieu scolaire avec qui j’ai parlé la semaine dernière. Ce que je décris, comme relation, est exact. Ce qui me dérange dans leurs histoires, c’est que le conflit sacrifie des êtres humains qui avaient une passion, une volonté de faire les choses en sachant qu’ils pouvaient faire une différence dans la vie de quelques-uns.

L’état actuel du système d’éducation tue les passions à petit feu. Certains sont épuisés. La fragilité de leur santé mentale est visible. Il y aura peut-être des gens qui mourront de ça. Autant physiquement que psychologiquement. Le milieu scolaire développera des employés amers qui rendront les étudiants amers et on aura une vie amère. Vous pensez que j’exagère? Mais si vous avez une chance de vous faire raconter la vie dans les écoles depuis septembre, prenez le temps de bien entendre et comprendre ce que l’on vous raconte. On a le réflexe de penser qu’ils se plaignent le ventre plein. Prêtons-leur une oreille. Merci de me lire. Merci de me publier.

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