«Dehors, sorcier!»

Terre des Débrouillards
Des projets de développement pour une planète solidaire

Chronique préparée par l’ Agence Science-Presse en collaboration avec le magazine Les Débrouillards

«Dehors, sorcier!»
Nicolas Castéran

Ils errent par milliers dans les rues de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. Pourchassés, battus, parfois tués: ce sont les «enfants-sorciers». On les accuse de porter malheur.

Responsables de tous les maux
Les parents de Ngandu sont morts. Alors qu’il vivait chez son oncle, celui-ci a perdu la vie dans un accident de train. Des voisins ont convaincu le reste de sa famille que Ngandu lui avait jeté un sort. «C’est un sorcier» ont-ils prétendu. On l’a maltraité et chassé de la maison.

Lui aussi orphelin, Munu a huit ans. Une de ses cousines a perdu son bébé. Elle a prétendu que c’était à cause de Munu. Lui aussi a fini à la rue.

Heureusement, ces deux garçons ont trouvé refuge à l’ORPER (Œuvre de reclassement et de protection des enfants de la rue), un organisme qui vient en aide aux enfants de la rue. À Kinshasa, de 20 000 à 25 000 enfants vivent seuls dans la rue. La majorité est accusée de sorcellerie, presque toujours par des membres de leur famille appartenant à une secte ou par des pasteurs.

Les infortunés «sorciers» sont souvent confiés à des gourous de sectes religieuses pour être exorcisés: on les prive de nourriture, on les oblige à boire d’étranges mixtures, on les ligote, on les enferme dans des cachots. Plusieurs enfants en meurent.

Pourquoi martyriser des enfants?
La population congolaise est parmi les plus pauvres du monde. Les guerres, le sida, le divorce et le chômage ont brisé de nombreuses vies. Devant tant de malheurs, on tente de trouver des coupables. Avec l’aide de gourous sans scrupules, on montre du doigt les plus faibles: les enfants.

Le phénomène des «enfants-sorciers» se rencontre également dans d’autres pays pauvres, comme l’Angola, le Bénin, le Cameroun, le Nigéria, et le Togo. Il est même présent dans certaines communautés africaines vivant en Europe.

Non, ce n’est pas ta faute
En république démocratique du Congo, l’organisme local ORPER tente de changer les choses. Une centaine d’enfants sont hébergés dans ses quatre foyers. Les jeunes y sont soignés et y apprennent à lire et à écrire. On leur montre aussi un métier. Il existe également deux centres d’accueil, où les enfants de la rue viennent prendre un repas, se faire soigner, passer une nuit, faire leur lessive ou parler avec un adulte bienveillant.

Une autre équipe tente de réinsérer les enfants dans leur famille. Pour cela, il faut beaucoup discuter. Il faut bien faire comprendre à la famille que les enfants ne sont pas responsables de ses malheurs. Ils sont plutôt d’innocentes victimes.

En 2006, l’ORPER a accueilli près d’un millier d’enfants dans ses centres.

Cet article est publié avec la collaboration de l’Agence canadienne de développement international (ACDI)

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De la guerre à la rue

De la guerre à la rue
Dominic Desmarais, Vol 15-1, octobre 2006

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Dossier Enfants soldats

CAUSE Canada, une ONG albertaine qui œuvre dans le développement, a déjà piloté un projet destiné aux enfants-soldats. De janvier 2000 à juillet 2001, 2274 enfants, victimes de la guerre et amputés, ont profité d’un programme de réintégration. Le tiers des participants était composé de filles. Faute de fonds, le projet a duré un an et demi. La directrice de CAUSE, Beverley Carrick, souhaitait un projet de cinq ans. La guerre est trop loin dans la mémoire des donateurs qui sont constamment sollicités pour soulager les nombreux maux de la planète. Pour obtenir du financement, les ONG doivent trouver d’autres projets plus attrayants.

Prince Cotay, directeur de CAUSE pour la Sierra Leone, constate que le vent a tourné. Depuis la fin de la guerre, les besoins ont changés. «Maintenant, il n’y a pas de besoin pour les enfants-soldats. On a un besoin urgent pour les enfants de la rue.» Plusieurs enfants-soldats ont glissé entre les mailles des programmes de réintégration. Ils n’ont reçu aucune aide. D’autres n’ont pas réussi à s’intégrer, après leur séjour au sein d’un centre de réhabilitation. «Ils ont perdu leur famille, leurs parents. Ils ne peuvent pas retourner chez eux. Ils ont été soldats, ils sont habitués de commander. Ils ne veulent pas retourner vivre sous l’autorité de leurs parents. Ils sont retournés vivre dans la rue», explique M. Cotay.

Plutôt que d’aider des jeunes en particulier comme les enfants-soldats, les nouveaux projets touchent la communauté. Avec le support d’Unicef Canada, CAUSE veut favoriser l’accès à l’éducation pour les enfants. Tous victimes de la perte de leur système d’éducation en raison de la guerre. Les écoles se reconstruisent, les enseignants sont formés. Un travail complémentaire au centre de la Croix-Rouge, qui envoie, après un an, ses plus jeunes sur les bancs d’école.

Pour épauler son projet de rétablissements des écoles, CAUSE s’apprête à mettre sur pied un programme pour sponsoriser l’éducation d’enfants. L’organisme espère rejoindre 5 000 enfants sur les 100 000 de la province. «Les parents doivent payer 50 000 à 60 000 léones par année (20$ US) pour envoyer un enfant à l’école. Certains parents n’ont pas ces moyens», raconte Prince Cotay.

«Le plus gros problème des victimes de la guerre, c’est que la plupart se sont appauvris. Ils n’ont aucune source de revenu. Pas de soins médicaux. Pas d’éducation. Avoir un toit est un autre problème important. Ils vivent au jour le jour. Ils ne peuvent pas penser à demain, car demain n’existe pas. Et plusieurs ont des femmes, des enfants. Avant la guerre, entre 70 et 80% des gens étaient pauvres. Avec la guerre, ça s’est empiré.» Le directeur de CAUSE possède une vaste expertise. Il a supervisé des projets concernant les enfants-soldats, les femmes, les amputés, l’éducation, la santé, les maladies sexuelles.

De la pauvreté à la guerre

Si la pauvreté est visible, la misère ne se sent pas. Philippe Stoll, de la Croix-Rouge, l’admet. «C’est calme en surface. Mais les gens explosent rapidement.» Comme cette fois où, expropriés de leurs terrains, des habitants s’en sont pris au ministre responsable du dossier. Ils l’ont torturé. Il a payé de sa vie sa décision.

Les signaux pour une autre guerre sont là. «Le sous-emploi, les abus aux droits de l’homme, l’accès à la propriété. Le gouvernement garde l’argent. C’est ce qui est arrivé il y a dix ans», fait savoir Daphne Olu Williams, de l’organisation FAWE (Forum for african women Educationalists). Assermentée commissaire pour les élections de 2007, cette femme énergique et bouillante n’a pas peur de ses opinions. Entre des directives à ses enfants, des conversations au téléphone qui ne dérougit pas, elle clame tout haut ce que les gens de la communauté internationale racontent sous le couvert de l’anonymat. Elle aussi remarque que les indicateurs qui ont mené à la guerre en 1991 sont aujourd’hui présents. Il ne manque plus qu’un leader, un rassembleur. Les ONG, elles, poursuivent leur travail. En espérant ainsi empêcher une autre boucherie.

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Les enfants de la rue en Amérique Centrale…

Les enfants de la rue en Amérique Centrale…

Par Mathieu Chagnon, Waterloo

Les mots «Mexique, Guatemala, Costa Rica, Honduras» projettent dans nos imaginaires, des destinations exotiques et des voyages. D’autres, ingénieurs ou administrateurs pensent aux nouveaux marchés, à de belles opportunités pour le commerce. D’autres encore, historiens, politologues ou économistes évoquent une zone d’influence américaine, éventuellement membre de l’ALENA. Peu d’entre nous, en entendant prononcer les noms de ces États, penseront aux enfants de la rue, ni même les dirigeants de ces pays. Les enfants de la rue représentent un fardeau pour l’Amérique Centrale. Il est plus facile de les ignorer!

D’où proviennent les enfants de la rue?

Les problèmes humains sont énormes en Amérique centrale. La pauvreté fait des ravages. Dans cette région, les enfants qui n’ont pas de famille se comptent par milliers. Ils affluent de la campagne après que leurs parents, incapables de pourvoir aux besoins de leur famille devenue trop nombreuse, ne puissent plus les nourrir.

Devenus de plus en plus nombreux, la plupart d’entre eux sont trop jeunes pour se débrouiller dans la société. Ils quêtent, volent ou vendent leur corps pour un repas chaud, une douche ou un lit propre. Vivant non pas au seuil de la pauvreté, mais bien au seuil de la mort, ils sont faciles à entraîner vers la violence. Ils sont les victimes privilégiées des touristes sexuels, des trafiquants d’organes, des policiers et des agents de sécurité ayant la gachette facile.

Les conditions de vie qui les attendent dans les villes sont misérables et, au dire de Bruce Harris, directeur exécutif de Casa-Alianza, une organisation indépendante, sans but lucratif, vouée à la réhabilitation et à la défense des enfants de la rue: «Les enfants de la rue sont les plus pauvres des pauvres sans même que ce soit de leur faute».

Un espoir

C’est dans ce contexte qu’œuvre Casa-Alianza. Fondée en 1981 au Guatemala, puis étendue par la suite au Honduras, au Mexique et au Nicaragua, Casa-Alianza prend en charge 9 000 enfants par année. La plupart d’entre eux sont devenus orphelins par la guerre civile, sont abusés ou rejetés par leurs familles vivant la pauvreté. Ils sont tous traumatisés par la société dans laquelle ils vivent. De même que «Covenant House», la fondation mère située aux États-Unis, Casa-Alianza procure des repas, des abris, des soins médicaux, une éducation de base et des formations techniques à ses protégés. Grâce à ses programmes, Casa-Alianza réussit à réinsérer environ 60% des enfants dans la société latino-américaine qui pourront avoir un travail de base et un revenu suffisant. C’est le plus grand organisme humanitaire autofinancé en Amérique centrale.

L’organisme réalise sa mission de protection et de développement par le biais de plusieurs dispensaires, dortoirs, écoles, hôpitaux de fortune. Les travailleurs y sont bénévoles et proviennent de partout à travers le monde, ils sont de tous niveaux de scolarité et de tous âges. Si les besoins en main-d’œuvre, matériel et financement sont grands, la nécessité d’une prise de conscience de la part des citoyens du monde l’est d’autant plus.

Les problèmes rencontrés

Casa-Alianza est aux prises avec des problèmes beaucoup plus graves que le manque matériel pour les enfants. Plusieurs réseaux criminels abusent des enfants de la rue. Les pédophiles et les mafias organisent la prostitution, sans compter les trafiquants d’organes. Les enquêtes menées par l’organisme révèlent des violations incroyables des droits humains. On croirait plus à une fiction policière qu’à la réalité.

Casa-Alianza poursuit les policiers, les gardes de sécurité et les touristes sexuels auteurs de violence contre les enfants. Au Honduras et au Guatemala, plus de mille assassinats de jeunes de moins de 21 ans ont été répertoriés par l’organisme dans les 45 derniers mois. En février dernier, plus de 18 enfants de la rue sont morts au Honduras. Les enfants sont anonymes, les morts ne sont pas rapportés aux autorités. Les gens là-bas sont dépassés par le problème. Il n’y a même pas de guerre en Amérique Centrale actuellement. Rien aux bulletins de nouvelles! En fait, elles sont étouffées pour ne pas nuire aux relations économiques de ces pays. Ces pays sont nos partenaires économiques.

Casa-Alianza est aussi impliquée dans une lutte à finir contre l’inaction des gouvernements du Guatemala et du Honduras. Plusieurs poursuites judiciaires ont été intentées contre ceux-ci. Pendant les procès, Bruce Harris a reçu des menaces de mort. On l’a sommé de démissionner, on a tiré sur sa maison au fusil-mitrailleur et on a tenté de lui faire perdre le contrôle de sa voiture.

En Amérique centrale, la cause des enfants de la rue est oubliée. Dans tout ce que je peux lire à ce sujet, les enfants de la rue sont considérés comme un fardeau pour la société. Je suis très délicat dans mes propos parce que les textes sur lesquels je m’appuie font état de cas d’enfants traités comme des déchets humains. Si l’information contenue dans ce texte vous semble irréelle, je vous invite à consulter ses sources sur le site : www.casa-alianza.org et à nous en faire vos commentaires.

De la guerre à la rue

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Enfant-soldat à la Croix-Rouge

Enfant-soldat à la Croix-Rouge 06-07-2006

Dominic Desmarais, Enfants-soldats, International

Grosse journée, hier. D’abord, j’ai emmené Alex, mon enfant-soldat, à la Croix-Rouge sierra-léonaise. Pour savoir s’il lui serait possible d’être choisi pour leur programme de réhabilitation. Il recevrait ainsi, pendant un an, un peu d’éducation, il apprendrait un petit métier, recevrait un repas par jour. De plus, il serait suivi par un enseignant, pour sa vie à l’extérieur du centre.

Je ne sais pas comment ça risque de tourner, pour Alex. Normalement, le programme est réservé aux moins de 18 ans. Alex pense en avoir 19… Aussi, le centre est à l’extérieur de Freetown. À une heure de route, environ. Alex devra s’y trouver un endroit où rester, s’il est choisi. Mais ça, ça peut toujours s’arranger.

Le programme pour l’an prochain n’est pas encore ouvert. Alex devra patienter jusqu’à septembre pour savoir si, finalement, la vie lui offrira cette opportunité. Car, l’idée, c’est ça: lui permettre de quitter la rue. On ne sait jamais, avec le centre de la Croix-Rouge.

Par exemple, j’ai rencontré une jeune femme, Sarah, qui y a passé un an. Elle s’est fait connaître, en raison non seulement de son histoire, mais également de son intelligence. Du même coup, elle a reçu une aide financière pour terminer ses études. Elle attend actuellement ses résultats afin de savoir si elle sera acceptée par l’université. Elle n’aurait jamais eu cette chance, sans le Centre.

Je ne sais pas ce qui arrivera à Alex. S’il aura une telle opportunité. S’il saura profiter de cette chance. Mais, si on n’essaie pas, alors je sais trop bien ce qui l’attend: la rue.

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Reflet de Société à la Sierra Leone

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Enfants-soldats

Reflet de Société à la Sierra Leone
Dominic Desmarais, Enfants-soldats, International

Sierra Leone, petit pays d’Afrique de l’Ouest d’environ 5 millions d’habitants, se remet d’une guerre civile impitoyable. De 1991 à 2002, le pays s’est entre-déchiré. Pas pour des raisons politiques ni religieuses. Le but de cette guerre fratricide: s’approprier les riches mines de diamants du pays.

Pendant plus de 10 ans, des rebelles, financés par le président John Taylor, du Libéria voisin, ont forcé des enfants à joindre leurs rangs. Soldats, transporteurs, esclaves sexuels. C’est à ces jeux que se sont adonné des milliers d’enfants sierra-léonais. Pour ceux qui refusaient: la mort ou l’amputation. Ces enfants, aujourd’hui adultes, sont traumatisés par ce qu’ils ont fait, ce qu’ils ont subi. Nombre d’entre eux doivent passer seuls à travers cette épreuve, la guerre ayant emporté leurs parents.

Depuis bientôt 5 ans, le pays panse ses plaies. La violence est disparue, mais la pauvreté progresse. Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) classe la Sierra Leone avant-dernière sur 177 pays au niveau du développement humain. Cet indice prend en compte l’espérance de vie, l’éducation et l’accès à une vie décente de la population.

Reflet de Société est allé à la Sierra Leone voir comment on réintègre ces enfants, victimes de la guerre. Dans ce numéro, deux témoignages d’enfants qui ont dû suivre les rebelles. Sarah, qui a reçu l’aide des organisations internationales pour retrouver sa place dans la société. Et Alex, comme de nombreux autres, qui apprend à se débrouiller seul. Bienvenue dans leur univers.

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