CAP libre: apprendre par sa volonté

CAP libre: Apprentissage par volonté

Gabriel Alexandre Gosselin Dossier Décrochage et École à la maison

Je prépare en ce moment un dossier sur l’école à la maison pour le numéro de septembre de Reflet de Société. Dans la foulée de mes entrevues, j’ai rencontré Colin Perreault et Miriam Heap-Lalonde, deux jeunes Québécois qui ont lancé en octobre 2008 le Centre d’apprentissage libre (CAP libre). Le centre est surtout fréquenté par des décrocheurs et quelques jeunes vivant l’école à la maison. Basé sur la philosophie d’une démarche d’apprentissage propre à chacun, l’organisme se façonne petit à petit.

CAP libre: tout nouveau, tout frais

Les premiers pas dans le local de CAP libre, coin Beaubien — Saint-Laurent à Montréal, semble nous faire pénétrer dans l’univers d’une maison de jeunes. Le coup d’œil à l’intérieur donne sur un plancher de béton où sofas, petit poste d’ordinateur, plantes vertes et tables de jeu meublent le décor. Nous somme en avril 2009 et CAP libre est encore à la recherche de son identité. «Il faut qu’on fasse une rencontre avec les jeunes cette semaine. Parfois, ils passent trop de temps à jouer et ça peut déranger ceux qui essaient d’apprendre.»

La démocratie est de mise à CAP libre. Une décision comme celle-là n’est pas prise uniquement par Colin et Miriam. En pleine entrevue, ils se consultent d’ailleurs sur la démarche à entreprendre concernant les heures de divertissement: «Il va falloir faire quelque chose, ça me dérange moi-même par moment», lance Miriam. «Je crois qu’il serait bon de les consulter tous ensemble pour arriver à une solution commune», de relayer Colin.

L’éducation libre: selon sa volonté et ses objectifs

Quand un jeune décrocheur ou un enfant qui reçoit l’éducation à domicile débarque au CAP libre, il n’est pas question de lui imposer quelque activité ou apprentissage que ce soit. C’est le jeune lui-même qui doit se fixer des objectifs: «Nous, on n’est pas là pour lui dire quoi faire pour son éducation, on est là pour l’aider à encadrer la méthode d’apprentissage qu’il choisira», explique Colin.

De cette façon, CAP libre s’inspire beaucoup de ce qu’on appelle au Québec l’«éducation alternative», connue au États-Unis comme le freeschooling. Pour Miriam et Colin, il n’est que question de compréhension de l’autre: «on associe facilement les décrocheurs à des problèmes sévères. Nous, on les voit plus comme des personnes qui vont bien progresser, mais autrement que dans le système.» À partir de cette idée, les parents qui donnent l’école à la maison se sont intéressés au projet. «Vu notre implication dans le monde militant, ça nous a permis d’établir des contacts avec cette communauté», explique Colin. CAP libre représente pour ces familles une des nombreuses façons de sociabiliser ailleurs qu’à la maison.

Les examens n’ont pas nécessairement préséance au CAP libre. C’est le jeune qui décide s’il veut se faire évaluer. «On fonctionne surtout par projet. On a des ateliers de menuiserie, d’arts plastiques et de tout ce qui peut concerner le projet d’un jeune», précise Colin.

CAP libre: respect des différences

À CAP libre se côtoient décrocheurs et enfants qui reçoivent l’école à la maison. «C’est un sujet de fascination pour les deux groupes. Les décrocheurs, qui ont souvent des problèmes à s’entendre avec leur école, n’en reviennent tout simplement pas de voir d’autres jeunes qui n’y sont jamais allés. De leur bord, les jeunes qui reçoivent l’école à la maison sont souvent des enfants. C’est l’âge et l’attitude de nos décrocheurs qui attirent leur attention», explique Colin.

Une situation qui fait le bonheur des deux initiateurs du projet: «c’est exactement ce qu’on vise, une cohabitation entre personnes de différents milieux, avec des backgrounds différents», soulignent-ils.

Un centre d’apprentissage… qui apprend

Si Colin et Miriam disent prôner l’éducation libre pour les utilisateurs de leur centre, eux aussi sont adeptes de la pratique. En pleine première année de roulement, ils reconnaissent se trouver parfois dans des situations inconnues. C’est dans ces moments qu’ils doivent appliquer leur politique, soit celle d’apprendre par soi-même: «On ne dit pas que c’est facile tout le temps. Jusqu’à maintenant, cette première année n’est pas de tout repos. Les jeunes décrocheurs qui débarquent ici ne reviennent pas toujours, on vit avec une certaine insécurité aussi.»

Une insécurité qu’ils avouent faire vivre aux jeunes premiers utilisateurs de leur service. Mais pour eux, le défi se trouve là: «on ne veut pas que le centre se définisse selon nous deux. On veut que les jeunes qui viennent nous aident à le définir, selon leurs besoins. Qu’on s’améliore selon eux, pas selon nous!»

Pour contacter CAP libre: (514)222-0549 ou sur le site Internet de CAP libre

Vos commentaires sur CAP libre

Autres textes sur le Décrochage:

Multiples facettes du décrochage

Le décrochage, histoire de sexe?

Décrochage, musique et Sans Pression

CAP libre: éducation alternative pour jeunes décrocheurs

Comment vivre avec la dyslexie?

Grandir loin de toute scolarisation

École à la maison, caravane étudiante

Réussir à l’école malgré un trouble de l’apprentissage

Kistcisakik: le village sans école

Écoles musulmanes à Montréal

Choisir l’école à la maison

Apprentissages clandestins

Éducation désaccordée

Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous  par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

Merci de votre soutien.

PUBLICITÉ

Spectacle Hip Hop Breakdance, Graffiti, DJ et rap

orgue-classique-hip-hop-breakdance-graffiti-dj-rappeurs Le Choc des Cultures – Le Hip-Hop rencontre le classique
Spectacle original mettant en vedette: organistes classiques, break-dancers, rappers, DJ et graffiteurs.
L’église Saint-Nom-de-Jésus expose une centaine de toiles peints par des artistes. Plus de cinquante artistes complices présentent « Le Choc des Cultures ». 25$

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par Internet: http://www.editionstnt.com/Video.html
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

Mots clés Technorati : ,,,,,,,,,

.

Vos commentaires sur CAP libre

La Maison de Jeunes Kekpart: un engagement citoyen

La Maison de Jeunes Kekpart: un engagement citoyen

Dossier Prostitution, Communautaire et Sexualité

Benjamin Boullier

Soucieuse de la réalité des adolescents de Longueuil, la Maison de jeunes Kekpart entre dans l’âge adulte. Ses 27 ans d’expérience permettent de soutenir des milliers de jeunes en leur offrant un statut de citoyen actif et responsable. Par la prévention, la Maison Kekpart veut contrer les problèmes de la prochaine génération: consommation, taxage, prostitution juvénile, gang de rue, décrochage scolaire et détresse psychologique.

Kekpart où ça a commencécommunautaire jocelyne cazin jeunes

La croissance démographique de Longueuil et le manque de structures pour les jeunes au début des années 1980, ont été les éléments déclencheurs de la  création de cet organisme pas comme les autres. Tout droit sorti de l’imagination et de la passion de sa fondatrice, Hélène Rainville, le projet passe du sous-sol d’un CLSC de Longueuil au quartier du Carillon. Désormais située dans la seconde zone la plus défavorisée de la rive-sud, la Maison est immergée au cœur des problèmes qu’elle entend atténuer.

Richard Desjardins, éducateur spécialisé qui a travaillé en Haïti, en République Dominicaine et en milieu carcéral avec des condamnés à vie, est engagé comme directeur. Plutôt du genre à fuir la routine, il est toujours en poste après 18 ans. Il n’a jamais songé fuir la maison de jeunes Kekpart. «Ici tu ne t’ennuies pas, les journées sont toutes différentes et chargées.»

La prévention comme outil de travail

Monsieur Desjardins nourrit de grands espoirs: «En réadaptation on peut enregistrer 1% de réussite, alors qu’en prévention c’est 99%», explique-t-il en soulignant la différence entre son travail actuel et l’époque où il travaillait avec des prisonniers. Le ton est donné, l’action est de mise et le résultat doit être au rendez-vous. De nombreux projets verront donc le jour, chacun pour aider les jeunes à résoudre leurs problèmes et pour en faire des citoyens responsables.

Le dernier né, le Centre de Formation des Arts de la Scène Desjardins, est la preuve vivante de la foi de l’équipe Kekpart. Après deux ans de démarches administratives, de recherche de financement et une bonne dose de passion, la Maison s’agrandit. Elle se dote de studios et d’équipements à en faire pâlir les idoles artistiques de nos jeunes.

Visite de la Maison de jeunes Kekpart

salle rona jeunes communautaireLa visite commence par l’accueillant salon permettant, en toute autonomie, de jouer aux jeux-vidéo, d’écouter de la musique, de visionner la télé ou tout simplement d’être ensemble à l’abri.

Dans la cuisine, les jeunes peuvent apprendre la préparation de repas et ainsi comprendre les bases de la vie autonome. A la salle d’informatique, on peut à sa guise travailler ou flâner sur internet.

La maison est équipée de matériel plus pointu permettant de pratiquer des activités culturelles. Salle de montage vidéo, de conférence, d’exposition, cinq studios de musique et un d’enregistrement sont à la disposition des jeunes pour apprendre ou approfondir leurs talents.

Cet agrandissement permet aujourd’hui à Kekpart de faire vivre 21 employés dont 5 anciens jeunes participants. De plus, 6 000 jeunes participent chaque année à un projet (écoute, repas communautaires, pratique de sport ou de musique, suivi psychologique).

Kekpart entre décrochage scolaire et responsabilisation de la personne

Le centre propose également un projet novateur en prévention du décrochage scolaire. La Relève émane d’un constat simple: pour qu’un jeune échappe au décrochage et à l’exclusion sociale, il faut l’intégrer dans un projet motivant et favoriser son intérêt à s’instruire.

La base du projet est un contrat signé entre le jeune, son école et la Maison Kekpart. En s’engageant à être assidu en cours et à compléter son année scolaire, le jeune accède à un stage de trois mois en art de la scène, en techniques sonores ou en vidéo. «Ces activités accrocheuses donnent de l’espoir aux jeunes et leur démontrent qu’ils peuvent devenir quelqu’un souligne Jocelyne Cazin, marraine de l’organisme depuis 2003.

Des projets pour raccrocher

Après des écarts de conduite, Alex, alias Lexzibé du groupe Xplicite, intègre ce programme via l’école Jacques Rousseau de Longueuil. Ce rappeur de 17 ans a désormais des projets plein la tête. Il se montre assidu en classe. «Si tu manques l’école, on peut t’enlever une journée de stage», résume-t-il. Lorsqu’on est passionné par son projet comme lui, on ne souhaite pas que cela arrive!

Durant les trois mois de son immersion, Alex a ainsi appris le travail en studio d’enregistrement, participé à la création d’un court métrage et travaillé avec des professionnels reconnus tels DJ Eklipse, Sans Pression, Caya ou encore Pop Star.

Une intervention qui inspire

Le stage achevé, il ne quitte pas Kekpart, sa «deuxième maison», comme il aime l’appeler. Il prépare, en collaboration avec l’organisme, une compilation ainsi qu’une tournée d’une dizaine de villes en Montérégie.

Pour son avenir, Alex envisage maintenant fréquenter le CEGEP en Technique de son, une fois son secondaire terminé. Ses relations avec ses parents se sont améliorées et il a trouvé sa voie: il travaillera dans les studios et dans le Hip Hop.

Avec ses programmes originaux et un équipement à la hauteur de ses ambitions, cet organisme a su devenir un lieu dynamique remplissant ses missions. «Espérons que la Maison de Jeunes Kekpart fera des petits au Québec» ajoute Jocelyne Cazin. C’est tout le bien que nous lui souhaitons.

Reflet de Société, Vol.17, No 2, Février/Mars 2009, p.26-27

Kekpart en Kek’ chiffres :

1 salle de spectacle (disponible à la location)

1 salle de conférence (disponible à la location)

1 salle d’exposition (disponible à la location)

5 studios de pratique pour groupes de musique (disponibles à la location)

1 studio d’enregistrement (disponible à la location)

1 salle de montage vidéo

1 salon pour les jeunes

1 salle d’ordinateur

7 plans de soutien :

Projet Komma : dépendances alcool et drogues

Projet Focus : taxage, victimes et bourreaux

Projet Mordicus : détresses psychologiques

Projet Sans P ni E : prostitution juvénile

Projet L’École j’l’apprend et Projet La Relève : décrochage scolaire

Projet Adrénaline : gang

VOS COMMENTAIRES SUR LA MAISON DE JEUNES KEKPART

Dossier Prostitution 

autres textes sur sexualité

pour ou contre l’avortement?

Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous  par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

Merci de votre soutien.

PUBLICITÉ

apres-la-pluie-le-beau-temps-recueil-de-textes-a-mediter-croissance-personnelle Après la pluie… Le beau temps. Recueil de textes à méditer. Chaque texte révèle un message, une émotion. Un même texte peut prendre un couleur différente selon notre état d’âme.

Le livre est disponible au coût de 9,95$.

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par Internet: http://www.editionstnt.com/Livres.html
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

Mots clés Technorati : ,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,

.

VOS COMMENTAIRES SUR LA MAISON DE JEUNES KEKPART