Le coeur selon la science

Le cœur selon la science

Sylvain Sarrazin

(Agence Science-Presse) – Ah, l’amour… on en parle parfois avec une petite gêne. Mais, à en croire certains scientifiques, c’est également une question de… gènes. Les plus récentes recherches «coup de cœur» sur ce mystère universel.

Recherche génétique

Le clin d’œil discret ou le petit compliment bien placé ont désormais un sérieux rival dans la gamme des outils de séduction. Son nom — MHC — est certes moins sexy. Mais il est efficace. Le Major Histocompatibility Complex est une région du génome humain agissant comme une tour de guet immunitaire, détectant infections et autres indésirables microscopiques. Or, d’après des recherches menées en Europe et aux États-Unis, un individu en quête de sa douce moitié serait aussi influencé par son MHC!

Les contraires s’attirent

Les résultats de leurs études étonnent! En effet, plus le patrimoine génétique des tourtereaux serait différent, plus grande serait la probabilité qu’ils se désirent. La raison? Le choix d’un conjoint muni de gènes complémentaires sur le plan immunitaire permettrait de transmettre aux enfants du couple une gamme plus large de récepteurs. Bref, un bouclier contre les infections plus large et plus efficace.

Difficile cependant de s’échanger une analyse de son MHC comme on se glisserait un numéro de téléphone (même si des entreprises américaines proposent ce nouveau service matrimonial!). C’est pourquoi chaque individu a la faculté d’émettre et de détecter des molécules odorantes — les phéromones — marquées de ce sceau génétique. Des chercheurs suédois de l’Université d’Uppsala sont arrivés aux mêmes conclusions : qui ne se ressemblent (génétiquement) s’assemblent!

Génétique et séduction en Afrique et aux USA

Pour aller plus loin, l’ethnobiologiste Raphaëlle Chaix et son équipe ont passé au crible le patrimoine génétique de couples issus de populations ciblées du Nigeria et des États-Unis. Mais, comme toujours, l’amour n’est pas si facile à dompter. Dans le premier cas, le MHC n’a pas vraiment joué les entremetteurs, tandis qu’il apparaît comme un élément crucial et systématique dans le second.

«Chez les Yorubas, en Afrique, nous avons remarqué que les membres du couple étaient plus similaires génétiquement, tant au niveau du génome entier qu’au niveau du MHC. Dans cette population, ce sont davantage les facteurs sociaux, comme les mariages entre cousins, qui déterminent le choix du conjoint», remarque la chercheuse. Par conséquent, si les barrières sociales sont peu rigides quant au choix du conjoint, l’importance du facteur MHC est donc mise en évidence.

À la lumière des travaux menés par d’autres scientifiques, il apparaît en effet que le rôle joué par la génétique n’est qu’une étincelle qui met le feu aux passions. Bref, vous avez le même indicatif, mais d’autres éléments décisifs, comme l’aspect physique, le vécu de l’individu ou son comportement viendront compléter le numéro gagnant.

Pilule d’amour

Pour ceux qui auraient encore foi en Cupidon, voici de quoi les faire fléchir. Larry Young, chercheur à l’université américaine d’Emory, croit en la possibilité de confectionner une pilule qui, dotée de l’hormone appropriée, pourrait provoquer une réaction chimique et stimuler les émotions amoureuses. Bref, un véritable élixir d’amour en capsule.

«Il y a une grande différence entre être amoureux et tomber amoureux, précise cependant Ariel Fenster, professeur de chimie à l’Université McGill. Quand on est avec un conjoint pendant longtemps, on a un sentiment de satisfaction, associé au niveau d’ocytocine.» Cette molécule agirait sur le sentiment d’attachement.  Donc, l’effet de cette fameuse pilule sur le taux d’ocytocine serait plutôt comparable à celui d’un antidépresseur. Une vraie roue de secours pour couples en panne.

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Les non-événements non scientifiques de 2008

Les non-événements non scientifiques de 2008

Pascal Lapointe

(Agence-Science-Presse) – Les événements marquants de l’année? Le LHC, la première photo d’une planète extra-solaire, les cellules souches reprogrammées… Mais de telles listes sont trompeuses, parce que la science n’est pas faite de découvertes spectaculaires. Elle avance lentement. Quelles furent les tendances lourdes de 2008, qui vont indubitablement nous accompagner — ou nous hanter — en 2009?

1. L’élection de Barack Obama

Que cela plaise ou non, quand les États-Unis éternuent, le reste de la planète se mouche. Impossible dire, à ce moment-ci, si la formation d’une équipe scientifique solide autour du futur président se traduira, comme promis, par des investissements massifs dans les énergies alternatives et une approche moins «confrontante» face aux faits… qui contredisent les croyances. Mais le simple fait d’avoir procédé à ces nominations est le signe d’un virage positif par rapport à l’attitude anti-science des huit dernières années.

2. Biocarburants: l’avenir n’est plus ce qu’il était

Les scientifiques ont beau avoir accumulé les avertissements, depuis 11 ans, à propos des risques de tout mettre dans le panier de l’éthanol, ce n’est que récemment que les craintes se sont cristallisées: en plus des études qui ont reconfirmé que la production d’éthanol à base de maïs augmenterait les émissions de gaz à effet de serre— plutôt que les réduire —, la crise alimentaire est venue porter le coup fatal. Désormais, les biocarburants de deuxième génération ont la cote: ceux produits à base de bois mort par exemple, et qui n’impliquent donc pas de priver de nourriture des millions de gens pour faire pousser de l’essence.

3. CO2: le Pôle Nord fond

On a beau dire depuis des années que le Grand Nord sera la première région affectée par le réchauffement climatique… le Grand Nord, c’est loin, et ça ne passionne pas les foules. Deux menaces ont par contre donné froid dans le dos cette année: d’une part, l’annonce que, pendant quelques semaines, la glace là-bas avait suffisamment fondu pour qu’un passage maritime soit ouvert — ce que plusieurs années plus tôt annonçaient les plus pessimistes — et d’autre part, les fuites de méthane qui, si leur multiplication se confirme, pourraient être un facteur accélérant des catastrophes futures.

4. Un chiffre: 350

Résultat du point précédent. Les scientifiques, qui prétendaient que les objectifs de réduction des gaz à effet de serre étaient trop modestes, ont gagné en crédibilité — certains se retrouvent même, désormais, au sein de l’équipe Obama. La ligne rouge traditionnelle — dépasser 450 parties par million de CO2 dans l’atmosphère serait catastrophique — a commencé à s’estomper en faveur d’une autre, plus inquiétante: c’est peut-être 350 parties par million qu’il n’aurait pas fallu dépasser (nous sommes actuellement à 386) et il faut tout faire pour redescendre vers ce chiffre magique. «Le délai de réponse du climat est certainement plus rapide que la durée de vie des perturbations atmosphériques causées par le CO2», a résumé le climatologue James Hansen cette année. Autrement dit: ce que nous envoyons là-haut y restera longtemps… mais la «réaction» de la Terre, elle, n’attendra peut-être pas aussi longtemps qu’on le croyait…

5. Comment la science peut résoudre la crise financière

Le peut-elle? En tout cas, depuis l’automne, les propos de ceux qui cherchent des solutions à la crise financière — repenser le capitalisme, repenser la société de consommation, simplicité volontaire, etc. — ont aussi eu une résonance scientifique: adopter un mode de vie plus «vert» pour, justement, moins consommer; abandonner le dogme d’une croissance perpétuelle, si cher aux économistes (et aux politiciens), dogme incompatible avec une planète aux ressources limitées; et tant qu’à se lancer dans des travaux d’infrastructure massifs pour relancer l’industrie, visons les parcs d’éolien et les technologies d’économies d’énergies.

6. La vie artificielle

«Le premier génome artificiel» se retrouverait-il dans autant de revues de l’année 2008 s’il avait été l’œuvre d’un scientifique moins «marketing» que Craig Venter? Désavantage: une simple étape parmi d’autres avant la création d’une «vraie» vie artificielle a ainsi obtenu une attention démesurée. Avantage: tous les éthiciens de la planète surveillent maintenant de près Craig Venter, et seront prêts lorsqu’il annoncera, en 2009, l’étape suivante…

7. Bientôt dans une pharmacie près de chez vous…

Le premier décodage du génome humain, en 2001, avait pris plus d’une décennie et coûté 300 millions $. En octobre 2007, une équipe chinoise annonçait y être parvenue pour un million $ (et c’était la percée de l’année, l’an dernier). Cette année, une compagnie californienne a annoncé l’avoir fait pour 100 000 $, puis une autre, pour 60 000 $. Qui dit mieux?

8. Listériose, E. coli, biphényles polychlorés, salmonelle, mélamine…

Difficile de dire si c’est vraiment une des «tendances» de l’année: chaque année semble nous apporter son lot de peurs alimentaires! Mais la listériose dans le jambon au Canada et la mélamine dans les aliments pour animaux et les jouets chinois ont eu un point commun: faire prendre conscience que le risque zéro n’existe pas, particulièrement dans notre époque de mondialisation et de production en série. Améliorer les mécanismes de surveillance est une chose, croire que de meilleurs mécanismes de surveillance puissent éradiquer 100% des bactéries en est une autre.

9. Cosmos: l’avenir est en Chine.

Ou en Inde. La NASA, elle, a semblé plus perdue que jamais, alors que l’Inde envoyait sa première sonde sur la Lune, que des Chinois marchaient pour la première fois dans l’espace, et qu’on évoquait même la possibilité que d’autres astronautes chinois ne marchent sur la Lune dans 10 ans, avant que des Américains n’y retournent. Au moins, la NASA a eu Phoenix sur Mars pour se consoler.

10. Science 2.0

Des scientifiques qui expérimentent des «carnets de laboratoire» sous la forme de blogues, d’autres qui créent des wikis en génétique, qui découvrent ces nouveaux outils pour la classe, le mot «congrès 2.0» qui commence à circuler, et l’accélération du mouvement d’accès gratuit (ou accès libre) à la recherche scientifique… On ne sait pas où on va, mais on y va!

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Les partis politiques, les élections et la science

Les partis politiques, les élections et la science

 

Pascal Lapointe — Agence Science-Presse

N’eut été des changements climatiques, la science aurait été complètement absente de la campagne électorale. Des recherches sur les gènes jusqu’à celles sur le vieillissement en passant par la culture scientifique des citoyens, les nanotechnologies ou les bactéries résistantes, certains des enjeux les plus lourds de conséquences pour les générations futures ont complètement échappé aux écrans radars.

Par exemple, des mots comme « cellules souches », « clonage » ou « reproduction assistée », n’apparaissent dans aucun des cinq programmes des partis politiques. Même « gènes » et « génétique », pourtant des vedettes, ne reviennent que trois fois, uniquement lorsqu’il est question de promettre un étiquetage des OGM (deux fois dans le programme du NPD et une fois dans celui des Verts). Le décodage du génome humain, les bases de données génétiques et les risques qu’elles posent pour la confidentialité, le brevetage des gènes et bien d’autres sujets, sont donc balayés sous le tapis.

C’est jusqu’à l’adjectif « scientifique » qui n’apparaît nulle part dans les deux plus courts documents mis en ligne (Bloc et Verts), et une seule fois dans les 48 pages de la plate-forme du NPD, lorsque ce parti y promet davantage de recherches scientifiques… pour asseoir la souveraineté canadienne dans l’Arctique. Du côté conservateur, dans les 33 pages du programme publié le 7 octobre, les mots « science » ou « scientifique » ne reviennent qu’en trois endroits, dont un concerne, là aussi, la souveraineté canadienne dans l’Arctique.

Le programme libéral se démarque : « crédit d’impôt à la recherche scientifique », subvention à la recherche interdisciplinaire; le mot « recherche » revient 36 fois en 88 pages, quoique généralement assorti du mot « développement », comme dans « recherche-développement ». Cela s’ajoute aux promesses partagées par tous ses adversaires : réduction des gaz à effet de serre (les conservateurs sont les moins ambitieux des cinq), investissements dans des technologies « vertes » pour la production d’énergie (tous les partis s’en mêlent), les transports ou la maison, amélioration de la qualité de l’eau et de l’air, etc.

Et c’est dans le Plan vert des libéraux qu’on retrouve cette phrase qui semble taillée sur mesure pour flatter les scientifiques : « nos investissements en recherche-développement vont faire en sorte que les politiques publiques soient toujours influencées par la recherche et les sciences ».

Sur le rôle particulier des scientifiques, le Bloc québécois va toutefois plus loin encore, dans sa réponse à l’une des 10 questions posées aux cinq partis par l’Agence Science-Presse : « que les scientifiques soient à l’emploi de n’importe quelle institution ou entreprise, ils devraient pouvoir exposer librement les conclusions de leurs recherches, afin d’orienter de nouvelles politiques et/ou d’adapter celles qui sont en place à de nouvelles réalités ».

Si le NPD et le Parti libéral ont accusé réception de ces 10 questions, envoyées le 23 septembre aux cinq partis, seul le Bloc y a répondu. On peut lire la version complète ici. http://jevotepourlascience.blogspot.com/2008/03/questions-les-rponses-du-bloc-qubcois.html

Ces 10 questions à teneur scientifique l’entraînent parfois en territoire inexploré : « les cellules souches offrent un potentiel énorme pour aider à mieux comprendre le développement humain et traiter des maladies dégénératives ». Mais la politique reprend vite le dessus : « il est toutefois très important de rappeler la compétence constitutionnelle du Québec en matière de santé, de réglementation et d’encadrement de la pratique médicale et de la recherche à l’intérieur des établissements du réseau québécois de santé ».

Au final, même si l’item « science et technologie » n’est pas un élément négligeable des dépenses gouvernementales (9,2 milliards $ dans le budget 2007-2008), les doléances des scientifiques auront eu peu d’échos pendant la campagne. Les quelques sorties publiques, comme celle du climatologue Andrew Weaver, de l’Université de Victoria, un des coauteurs du rapport du GIEC (le groupe d’étude des Nations Unies sur les changements climatiques), qui a dénoncé les coupes dans la recherche, n’ont eu droit qu’à quelques entrefilets. Si jadis, on disait que les élections ne se gagnent pas avec des prières, aujourd’hui, elles ne se gagnent pas avec de la science!

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