Vivre au Québec en étant séropositif

VIH

Portrait de la maladie en 2015

Le VIH est-il toujours d’actualité? Est-ce une maladie comme les autres? La question divise, mais pour Gary Lacasse, directeur de la Maison Plein Cœur (organisme d’aide aux personnes séropositives), la réponse est nette et franche: «Il y a une banalisation du VIH. On a l’impression que ce n’est pas grave, que c’est une maladie comme les autres.»

Delphine Caubet      Dossiers Sida VIH MTS Aids .

sida-tue-encore-vih-mtsIl est vrai que les conditions de vie des personnes séropositives se sont nettement améliorées depuis les années 1980. Il n’empêche, depuis 2011 c’est plus de 3 000 nouveaux cas de VIH par an au Canada. Le Québec se situant dans le trio de tête avec un taux supérieur à la moyenne nationale.

Les cibles

Si vous êtes une femme ou une personne considérée comme non à risque (qui n’est pas gay, n’utilise pas de drogues injectables ou ne se prostitue pas), peu de chance d’avoir entendu parler du VIH au cours des dernières années.

«Il n’y a plus de grandes campagnes de prévention», comme le disent Gary Lacasse et le Dr Réjean Thomas (Président de la clinique L’Actuel, spécialisée auprès des patients séropositifs).

«Car une campagne ne fonctionne que si le public est bien ciblé. Les campagnes nationales n’ont que peu d’effets» explique René Légaré, porte-parole à la COCQ sida.

Le Ministère de la Santé et des Services sociaux fait régulièrement une campagne de prévention des ITS auprès des jeunes dans un contexte où les cours d’éducation sexuelle ont été supprimés…

L’autre grande population touchée par les campagnes non gouvernementales est les HARSAH: hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes.

Gay 911

«Il y a une urgence auprès de la communauté homosexuelle», s’exclame le Dr Thomas. Ces derniers sont la cible de bien des campagnes et à raison. D’après CATIE (organisme d’informations canadien sur le VIH et l’hépatite C), 58,5% des nouveaux cas de VIH dans la province sont des HARSAH.

Autre constatation: 25% d’entre eux ignorent être séropositif. Des hommes qui peuvent avoir des rapports sexuels avec d’autres personnes dites non à risques… et qui ne seront peu ou pas sensibilisées par des campagnes.

Pour rejoindre au maximum les hommes homosexuels, la COCQ-sida s’adapte à la drague 2.0. «Car 50% à 60% des nouveaux cas que nous voyons ont été contracté lors de rencontres via les réseaux sociaux», explique le Dr Thomas.

Rencontre Gay Québec, Gay 411… Autant de sites internet où la COCQ-sida fait de la prévention. «Et je suis toujours surpris de la popularité que peuvent avoir des sujets qu’on pense acquis, tels que la fellation par exemple», explique René Légaré. Si les sites de rencontres homosexuels laissent la COCQ-sida donner de l’information, d’autres sites hétérosexuels s’y sont opposés.

Santé sexuelleséropositif prévention vih québec

Ces démystifications sur la maladie, qu’on pense acquise, ne sont pas juste le fait de la communauté homosexuelle. «On a un besoin en santé sexuelle dans notre société», explique Geneviève Némouthé coordinatrice à la COCQ-sida.

Si le taux de VIH est stable depuis plusieurs années, il y a en revanche une recrudescence de la chlamydia et de la syphilis.

Si la COCQ-sida travaille un projet de prévention en santé sexuelle pour les femmes, il faut surtout apprendre à discuter avec ses partenaires. Homme, femme, homosexuel, hétérosexuel… peu importe. Il faut apprendre à connaître son partenaire et ses expériences passées. «La sexualité est le moteur de nos sociétés. C’est probablement le sport national de l’humanité. Sans sexe, il n’y a pas d’avenir», conclut Geneviève.

L’autre réalité

Des conversations sans tabous. Un idéal à atteindre. Mais une autre réalité dans la prévention d’ITS est le barebacking: des personnes qui contracteraient volontairement le VIH.

«Ils pensent que les personnes séropositives sont mieux traitées que les autres. Qu’ils ont plus de services. Alors ils vont dans des soirées et cherchent à avoir des rapports à risque», s’insurge Benoit, séropositif lui-même.

Cette pratique est une réalité avec certains lieux et sites internet qui se spécialisent dans ces rencontres, mais il ne faut pas généraliser. Les statistiques sur le VIH le prouvent, à quoi la COCQ-sida conclu qu’il n’y a pas de «crise du VIH au Québec.»

Dépistage

L’un des enjeux en 2015 est le dépistage. «Car si toute la population se fait dépister et suit le traitement adéquat, le virus disparaitrait d’ici quelques années», explique le Dr Thomas. L’un des moyens serait le dépistage automatiquement lors d’hospitalisation. «Avec toujours l’option de refuser, nuance le président de la clinique L’Actuel. Mais pour ça, il faut une vraie volonté politique.»

Cette idée suscite des remous et la COCQ-sida est plus mitigée sur le dépistage massif. «Car il faut de l’accompagnement. On ne peut pas juste dire à une personne qu’elle est séropositive. Il faut que ce soit une démarche personnelle, sans panique», précise René Légaré.

Depuis 2014, la Colombie-Britannique offre tous les 5 ans un dépistage de routine à sa population. Mais certaines initiatives ont choqué l’opinion publique, comme lorsqu’ont été offerts des repas gratuits aux itinérants de Vancouver contre un dépistage.

Système à 2 vitesse

Au Québec, il est possible de se faire dépister gratuitement dans les services de santé, mais il faut plusieurs semaines avant de recevoir les résultats. La COCQ-sida vérifie régulièrement l’offre de service et il leur arrive d’avoir des surprises comme lors du non-remplacement d’une infirmière ITSS pendant un congé de maternité.

Pour une réponse rapide, il faut passer par des cliniques privées, dont les résultats varient entre 30 minutes à 3 jours. Un service payant pour les populations dites non à risque.

Dans la lutte contre le VIH, il faut aussi démystifier la maladie et vaincre la peur du dépistage. Comme le souligne le Dr Thomas: «Il faut lutter contre les préjugés. Il y a encore une peur des clichés des années 1980.» La COCQ-sida et la Maison ¸Plein Cœur acquiescent, l’autre enjeu de 2015 est les conditions de vie des personnes séropositives.

Ailleurs au pays

Au Canada, le profil du VIH est très diversifié. Si au Québec, la maladie touche essentiellement les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH), au Manitoba elle concerne à plus de 60% les hétérosexuels. Quant au Saskatchewan, plus de 76% des personnes séropositives l’auraient contractée via des drogues injectables.

 

Au Canada, les trois provinces dépassant la moyenne nationale sont: la Colombie-Britannique, le Québec et l’Ontario.

 

Avancées médicales

Depuis plusieurs années, les rapports de force entre les équipes médicales et le virus tendent à s’inverser. Plusieurs avancées significatives ont été faites en la matière. En février 2015, une équipe de chercheurs a annoncé avoir testé un vaccin sur des singes. Ces animaux n’ont présenté aucune infection pendant les 8 mois suivant et tout laisse à penser que cela pourrait se poursuivre sur plusieurs années.

Régulièrement, des informations encourageantes paressent dans les médias. Un bébé a notamment était guéri du virus. Les avancées sont majeures et certains parlent de quelques années avant la réalisation d’un vaccin pour les humains.  Dans un même temps, de nouvelles souches immunisées aux médicaments apparaissent.

VOS COMMENTAIRES SUR Être séropositif au Québec

Autres Textes sur la Sexualité:

Autres textes sur MTS-Sida

L’amour en 3 dimensions.

l-amour-en-3-dimensions-roman-cheminement-humoristique-croissance-personnelleLa relation à soi, aux autres et à notre environnement

Roman de cheminement humoristique. Pour dédramatiser les évènements qui nous ont bouleversés. Pour mieux comprendre notre relation envers soi, notre entourage et notre environnement. Peut être lu pour le plaisir d’un roman ou dans un objectif de croissance personnelle.

L’histoire est une source d’inspiration pour découvrir, d’une façon attrayante et amusante, une nouvelle relation avec soi-même et son environnement. Bonne lecture et bon voyage au pays de Tom.

Pour commander par Internet:

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009 FREE
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Autres livres pouvant vous intéresser:

Pour voir le catalogue complet des livres des Éditions TNT.

VOS COMMENTAIRES SUR Être séropositif au Québec

VIH-Sida: les problématiques de la prévention

VIH-Sida: les problématiques de la prévention

Robin Drevet

Dossiers MTS-Sida, SexualitéHomosexualité et Toxicomanie , Site d’injections supervisées

Après avoir abordé dans le volume 17 numéro 1 de novembre dernier la question du lien entre homosexualité et VIH, Reflet de Société profite de la journée mondiale de lutte contre le Sida pour vous offrir un dossier en trois volets sur l’impact du VIH au Québec: éducation et prévention, traitement des séropositifs et site d’injections supervisées.

Nous avons rencontré différentes personnes concernées par ce sujet: le médecin et fondateur de la clinique l’Actuel, Réjean Thomas, spécialisé dans la santé sexuelle, le coordinateur en communication de la Coalition des Organismes Communautaires Québécois de lutte contre le Sida (COCQ-Sida), René Légaré et l’avis de personnes du ministère de la Santé et des Affaires sociales du Québec. De plus de jeunes homosexuels se sont confiés à nous.

L’éducation et la prévention sont les deux outils dont disposent les pouvoirs publics et les organismes qui veulent lutter contre l’expansion de l’épidémie du sida. Encore faut-il comprendre l’ampleur et l’impact du VIH dans la province.

Situation du VIH au Québec

Selon divers rapports du ministère de la Santé et d’associations de luttes contre le sida, l’épidémie du VIH au Québec s’est étendue. On compte environ 500 nouvelles infections en 2008. La population touchée étant pour 79% des hommes dont 52% contaminés suite à une relation sexuelle avec un autre homme et 12% en consommant des drogues par injection.

Ces chiffres peuvent être trompeurs. Ils ne prennent pas compte des personnes qui ne se savent pas infectées. «On considère que un tiers des personnes infectées par le virus ne sont pas au courant de leur statut sérologique», explique le docteur Réjean Thomas. Après cet ajustement, on peut considérer qu’il y a eu 700 infections en 2008.

Durant les mois d’octobre et novembre, la clinique l’Actuel a mis en place une campagne de publicité offrant un test de dépistage gratuit pour les hommes gais : «en un mois et demi, nous avons effectué plus de 500 tests, ce qui veut donc qu’il existe un réel besoin», assure M. Thomas.

Quelle est la réponse des pouvoirs publics à ce besoin?

La prévention du VIH

Le ministère de la Santé Publique et des Affaires Sociales a mis en place une campagne annuelle de prévention lors de la journée mondiale de lutte contre le Sida qui a lieu chaque année le 1er décembre. Cette campagne existe depuis environ 20 ans. Ces dernières années, elle cible les populations à risques, soit les consommateurs de drogues par injection et les Hommes Ayant des Relations Sexuelles avec d’Autres Hommes (HARSAH).

La campagne de prévention 2008 cible les HARSAH. Intitulée «Juger Propage le SIDA», elle explique que les actes homophobes entraînent une baisse de l’estime de soi et une plus grande difficulté à s’accepter et se sentir bien tel qu’on est. Or, M. René Légaré confirme, «l’estime de soi joue un rôle très important dans la probabilité d’avoir ou non des comportements à risque».

En effet des études ont démontré que les personnes qui se sentent dévalorisés ont tendance à ne pas respecter leurs propre corps et donc à le mettre en danger plus facilement, de même que le corps de leur partenaire.

Mais notre jugement venant principalement de notre éducation, quelle place les pouvoirs publics réservent-ils à la question de l’éducation?

Une jeunesse de plus en plus exposée au Sida

Jusqu’en 2003, un jeune recevait un cours d’éducation sexuelle par un professionnel de la santé comme un sexologue par exemple. Ces cours permettaient aux jeunes de démystifier les relations amoureuses et de les sensibiliser sur les différentes orientations sexuelles existantes, sans oublier de les informer sur les différentes Infection Transmissible Sexuellement et par le Sang (ITSS) et les comportements à risque.

Cette démarche d’accompagnement a été supprimée pour être remplacée par un programme réparti sur toute la scolarité et pouvant être assuré par n’importe quel professeur. Monsieur Légaré fait d’ailleurs remarquer : «on ne voit pas un professeur de mathématique parlant de sexe avec ses élèves, et les professeurs de biologie vont souvent seulement aborder la sexualité sous un angle purement technique, évoquant donc peu l’homosexualité.»

La prévention du Sida manque de budget

Le gouvernement met en place des campagnes de prévention depuis 20 ans. Seulement, le budget alloué à la lutte contre le Sida n’a pas augmenté depuis des années alors que les besoins ont connu une croissance exponentielle. C’est ce qu’a voulu montrer le COCQ-Sida en rebaptisant cette année la Journée mondiale de lutte «Journée mondiale du photocopieur.» «Depuis 20 ans, le ministère consacre le même budget à la lutte contre le Sida alors que notre combat se porte vers un public plus large, vers de plus en plus de maladies que dans les années 80», dit René Légaré.

Évoquant les subventions que son organisme touche pour faire des campagnes de prévention il s’exclame : «Je dispose de 80 000 dollars pour un an à répartir entre des campagnes auprès des hommes gais, des femmes, des immigrants et des utilisateurs de drogues par injection.» Les besoins sont de plus en plus lourds, surtout ces dernières années, où on voit le retour de maladies qui avaient presque disparues: la syphilis (300 cas en 2008, 18.6% de plus qu’en 2007), la chlamydia (14 400 cas, 6.5% de plus), la gonorrhée (1 626 cas, 13.5% de plus). Et pour ce qui est du Sida, on peut estimer entre 500 et 1 400 nouveaux cas en 2008.

ITSS: La responsabilité de tous

Bien sur, chacun est responsable de son corps et de ses actions et donc des risques qu’il prend et que l’on fait prendre à son partenaire. Mais les pouvoirs publics ont en charge l’éducation et la sensibilisation. Or, cette mission ne semble pas être remplie pleinement lorsqu’on voit la recrudescence des ITSS dans la jeunesse québécoise démontrée par les chiffres ci-dessus.

Alors, il faudrait rappeler aux responsables de l’éducation de nos jeunes (parents, professeurs…) que si on veut changer ces faits inquiétants, il faudrait savoir aussi se mobiliser comme lorsqu’on a voulu supprimer les cours d’éducation religieuse et morale.

On a les moyens et les ressources de changer les choses en ce qui concerne cette pandémie alors c’est à nous de donner l’exemple, de prendre en main les générations futures en les informant, en les déculpabilisant car l’estime de soi joue un rôle très important dans la gestion des comportements à risques.

——————–

HARSAH

HARSAH: Homme ayant des relations sexuelles avec un autre homme. Concept inventé pour pouvoir toucher les hommes qui n’assument pas leur penchant homosexuel. Ce sont souvent des hommes mariés avec enfants. Cette population est très présente en région et les comportements qu’ils adoptent peuvent avoir des répercussions fortes sur leur famille. Le problème qu’il y a eu avec ce terme est qu’il a éclipsé le terme gai et donc, d’un point de vue marketing, certains homosexuels ne se sentent plus concernés.

——————–

Réponse sur un article paru:

Dans le numéro précédent, nous avions publié un article sur le lien systématique fait entre la communauté homosexuelle et le VIH. La polémique venait d’une publicité de la clinique l’Actuel proposant des tests VIH gratuits pour les hommes gais. Nous avons rencontré le fondateur de la clinique, le docteur Réjean Thomas, qui nous a répondu: «cette publicité avait pour but de choquer et de faire parler, ce qui a fonctionné. Le besoin est réel mais les gens ne s’en rendent pas compte. Il fallait donc un message-choc pour interpeller les hommes gais qui se font rarement dépister.» Cette campagne de publicité est justifiée mais, sans explication adéquate, elle peut avoir des conséquences néfastes (renforcement des préjugés, baisse d’estime de soi pour les jeunes homosexuels, augmentation des comportements à risques pour les hommes non-gais, etc.)

À lire aussi: Le Sida tue encore

Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous  par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

Merci de votre soutien.

Autres textes sur Alcool et drogue 

autres textes sur sexualité

PUBLICITÉ

reflet-de-societe-magazine-drogue-prostitution-suicide-alcool-gang-de-rue-gambling Internet-o-thon pour soutenir le magazine communautaire Reflet de Société édité par le Journal de la Rue. C’est le temps de vous abonner pour montrer votre soutien à votre revue sur l’actualité communautaire et sociale. Toute contribution supplémentaire pour soutenir notre cause est la bienvenue.

Par téléphone: (514) 256-9000, ext.: 1-877-256-9009
Par Internet: http://www.refletdesociete.com/Abonnement.html
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

Mots clés Technorati : ,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,

Le SIDA tue encore

Le SIDA tue encore
Annie Mathieu, vol.16 no.2 déc.-janvier 2008

Le sida est disparu depuis l’arrivée de la trithérapie, croient les Québécois. Conséquence: exit le condom et bonjour les comportements sexuels à risque. Reflet de Société a rencontré le docteur Réjean Thomas, président de la Clinique médicale l’Actuel, qui soigne les patients atteints du VIH et de MTS depuis 1984.

Le sida n’est pas un sujet vendeur. Sauf le 1er décembre, journée mondiale contre le sida. Les images d’enfants du tiers-monde atteints de la maladie confirmeront un préjugé vieux comme le virus: le sida, c’est la maladie «des autres».

«Les gens ont l’impression que c’est une maladie africaine parce que la plupart des reportages sont faits dans les pays du tiers-monde, affirme d’entrée de jeu le docteur Thomas. À cause de l’accès à la trithérapie, on pense le problème réglé. C’est faux. On est dans une période de négation collective face au sida.» Une attitude qui se traduit par le peu d’intérêt des médias et qui rend la prévention, déjà difficile, presque impossible.

«Aucun message ne peut prévenir la maladie, croit le docteur. L’important, c’est d’être régulier, provocateur, drôle et surtout, répéter les messages. C’est ce qu’on fait avec le tabagisme par exemple et qu’on ne fait pas avec le sida», déplore-t-il.

Ce qu’il reproche à la journée mondiale de lutte contre le sida? On en parle trop et qu’à un seul moment de l’année. Un avis partagé par ses patients qui détestent le 1er décembre. «Je dis souvent aux élèves « si votre prof est atteint du cancer, il va recevoir des mots, des fleurs, il va être entouré ». Un sidéen, lui, sera seul dans sa chambre et personne ne le saura.»

Des campagnes insignifiantes

S’il considère que les médias n’ont pas toujours abordé le sida de manière intelligente, Réjean Thomas croit tout de même qu’ils ont joué un rôle plus important que les campagnes de prévention: «Les médias ont sauvé plus de vies que les campagnes gouvernementales de santé publique ou de prévention. Ce que je vois, c’est nul. Il n’y en a pas assez. Je les trouve insignifiantes.»

Le sida n’est pas un enjeu social important au Québec, estime le docteur. «Ç’a l’a été mais ce ne l’est plus depuis que la maladie n’est plus mortelle et qu’il y a des traitements. On vit, explique-t-il, une épidémie hallucinante de maladies transmises sexuellement qui touche tous les groupes d’âges, les hommes autant que les femmes. Un jeune de 18 ans à qui tu annonces sa séropositivité, ça ne reste pas drôle. Il va prendre des médicaments toute sa vie. Que va-t-il va faire? Sa carrière? Va-t-il pouvoir voyager? L’inquiétude face à sa maladie, la mort, aux relations sexuelles, tomber amoureux; sa vie ne sera plus jamais comme avant. Ce n’est pas juste de mourir qui est grave!» insiste-t-il.

«Un sidéen en 2007 est plus fautif qu’un sidéen des années 80 qui pouvait plaider l’ignorance. On lui pardonnait. Aujourd’hui, on se dit que les victimes auraient dû être plus vigilantes. Je me demande s’il n’y a pas plus de préjugés qu’avant», questionne Réjean Thomas, convaincu que les malades se sentent plus coupables en 2007.

Des préjugés tenaces

«Ils souffrent aussi d’une grande détresse. On leur dit d’en parler à un ami très proche parce que tout seul, c’est difficile, explique-t-il. J’ai tellement peur qu’ils en parlent trop! Je sais qu’ils souffriront des préjugés ! J’ai des patients qui ont perdu des jobs!»

La discrimination à l’égard des ces populations marginalisées est toujours très présente, croit M. Thomas. «Par exemple, il y a eu cet été une épidémie de rougeole chez les enfants. Il y a eu, quoi, 4-5 cas ? Donc pour 5 cas de rougeole on sort tout l’arsenal de santé publique au Québec et pendant ce temps-là, il y a 500 cas de syphilis chez les homosexuels. Qu’est ce qu’on a fait ? On a mis des mini posters dans les saunas. Comme si les jeunes de la rue, les toxicos, les homos, c’était vraiment des parias!»

Au diable la prévention

Les adolescents sont une nouvelle génération «très à risque», explique Réjean Thomas. «Parce que la trithérapie est arrivée, on a arrêté, dans les écoles, les cours de formation personnelle et sociale où l’on parlait du sida et des MTS.» Résultat ? Une augmentation de syphilis, de gonorrhée et de VIH au Québec.

Le grand coupable: le condom, de plus en plus oublié par les partenaires sexuels. «Dans les années 1990, explique Réjean Thomas, quand un patient disait « j’ai pas mis de condom », c’était un aveu grave. Plus aujourd’hui.» Les films pornos, source appréciée des jeunes pour parfaire leur éducation sexuelle, sont en partie responsable de la baisse de popularité de l’enveloppe de caoutchouc. Peu à peu, la protection disparaît des films XXX. «Je ne suis pas sociologue ni anthropologue mais il se passe quelque chose !» s’inquiète le docteur.

Il faut ramener le condom comme une norme, prescrit-il. Il suffit de faire des campagnes et marteler que le sida est une maladie qui se prévient. «Des pays pauvres ont réussi, pourquoi pas nous?» Le Québec a démissionné, déplore le docteur Thomas.

L’étape du dépistage est aussi bâclée, voire ignorée: «Il y a au moins 25% des gens qui sont séropositifs et qui ne le savent pas. C’est énorme !» s’insurge-t-il. Les urgences reçoivent encore des cas de sidéens non diagnostiqués en phase terminale. «Il n’y a pas de raison, en 2007, de mourir du sida !» répète le docteur qui considère inadmissible pour des personnes de 30 ans et plus de ne jamais s’être soumis à un test de dépistage.

Encore faut-il que des médecins puissent y veiller. «La relève médicale est loin d’être garantie dans le domaine du sida et des MTS, selon Réjean Thomas. Il n’y a pas beaucoup de jeunes médecins qui s’y intéressent. Le milieu médical a les mêmes préjugés envers le sida et les MTS que la société en général. C’est le défi dans 10 ans, explique-t-il, puisque les sidéens d’aujourd’hui ne meurent plus de la maladie.» Une augmentation de malades inversement proportionnel au nombre de médecins disposés à les traiter. Un enjeu qui devrait inquiéter les autorités médicales, selon le président de la Clinique Actuel.

Sent-il le besoin de se réinventer pour intéresser la population et ses confrères à la maladie? «Je ne suis pas un artiste qui a un produit à vendre! Je suis là avant tout pour soigner les malades!» Il affirme ne parler du sida que lorsque qu’on l’interroge à ce sujet. Et parce qu’il sent un devoir moral de le faire, consent-il.

Devoir qu’il prend au sérieux. Le docteur Thomas a établi son diagnostic: le Québec souffre d’indifférence face au sida. Heureusement, la maladie n’est pas incurable.

Encadré

Le sida chiffré

Dans le monde

  • 39,5 millions de personnes vivent présentement avec le VIH/sida dans le monde
  • 17,7 millions sont des femmes
  • 2,3 millions sont des enfants de moins de 15 ans
  • Il y avait 4,3 millions de nouveaux sidéens en 2006
  • 2,9 millions de personnes sont mortes du sida en 2006

L’ONU tire cette observation de statistiques récentes: «Les taux d’infection ont diminué dans certains pays en 2005, mais la tendance globale reflète toujours une augmentation de la transmission.»
Source: Rapport ONUSIDA/OMS, 21 novembre 2006.

Au Québec

  • En 2005, 3158 Québécois sidéens étaient répertoriés
  • Un peu plus de la moitié d’entre eux étaient des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH)
  • 20% était des usagers de drogues injectées (UDI)
  • 77% était des hommes
  • En 2005, le Québec a recelé autant de nouveaux sidéens qu’en 2002. Par contre, le nombre de HARSAH infectés a augmenté, contrairement au nombre d’UDI infectés qui a diminué
  • 67% des cas diagnostiqués étaient à Montréal, 9% à Québec et 7% en Montérégie.
  • En 2005, le taux de mortalité associé au sida était 5 fois inférieur à celui de 1995. Les traitements plus efficaces aujourd’hui permettent de prolonger la vie des sidéens.

Source: Portrait des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) au Québec – Année 2005 (et projections 2006), ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

FUCK le sida tue !

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de la publicité «Fuck le sida tue» qui a été boudée par les médias ?

Des jeunes m’ont entendu à la radio et ont trouvé effrayant d’apprendre qu’il est difficile de parler du sida. Ils ont proposé à la Clinique ce concept de publicité et nous avons eu envie de l’utiliser. Je connaissais ceux à qui appartenait le grand espace publicitaire du boulevard Saint-Laurent [coin Sherbrooke]. Ils nous ont donné gratuitement le mur pour deux mois pour que l’on puisse mettre la publicité. La Ville de Montréal a refusé.

Pourquoi la Ville a-t-elle refusé ?

Elle a dit que c’était à cause du français. [Rires] «Fuck», ce n’est pas un mot français…C’était une raison, un prétexte. Nous avons essayé de le traduire mais ça ne s’apprêtait pas. L’objectif visé, c’était d’interpeller les jeunes qui passent sur Saint-Laurent.

Est-ce que vous vous êtes battus ?

Oui, mais il n’y avait rien à faire. On a pris des publicités dans les magazines et une page complète dans le Devoir. Ç’a a fait parler autant. C’était l’objectif.

Est-ce que vous le referiez autrement?

Autrement? Non. C’est sûr qu’on avait une publicité provocatrice. En même temps, ce n’était pas nous qui l’avions inventée. À mon âge, j’essaie toujours d’être proche du terrain mais je vieillis aussi [rires]. Puisque ça venait des jeunes, que ça parlait aux jeunes, on l’avait pris tel quel et on avait trouvé ça intéressant.

PS Une autre publicité sur le Sida commandé par la Clinique L’actuel fait jaser.

Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

Merci de votre soutien.

autres textes sur sexualité

PUBLICITÉ

l-amour-en-3-dimensions-roman-cheminement-humoristique-croissance-personnelle L’amour en 3 dimensions. Roman de cheminement humoristique. Pour dédramatiser les événements qui nous ont bouleversés. Pour mieux comprendre notre relation envers soi, notre entourage et notre environnement. Peut être lu pour le plaisir d’un roman ou dans un objectif de croissance personnelle.

Le livre est disponible au coût de 19,95$.

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par Internet: http://www.editionstnt.com/Livres.html
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.