Champignon atomique, Hiroshima, Nagasaki et équipement militaire

Champignon atomique, Hiroshima, Nagasaki et équipement militaire 

Sylvain Sarrazin – Agence Science-Presse

Triste anniversaire… Les 6 et 9 août 1945, les États-Unis procédaient au bombardement nucléaire d’Hiroshima et de Nagasaki. Si cette explosion et son champignon atomique ont marqué l’imaginaire de la communauté internationale, les troupes américaines ont eu, de leur côté, du fil à retordre avec un autre type de champignon dont la vocation a bien évolué depuis…

Champignon et matériel militaire

Les îles Salomon, un archipel situé au sud-ouest du Pacifique, avaient réservé une bien mauvaise surprise aux militaires, qui y avaient installé une base opérationnelle durant la Seconde Guerre mondiale. À leur grand dam, les Américains assistaient à la dégradation fulgurante de leur matériel. Des tentes et des vêtements principalement. Déjà aux prises avec l’armée japonaise, les militaires devaient dès lors se battre avec un autre ennemi… invisible celui-là. Son nom? Trichoderma reesei, un champignon plutôt singulier. « Il s’agit d’une espèce microscopique filamenteuse, rien à voir avec un champignon de Paris! », plaisante Bernard Henrissat, qui dirige l’équipe de glycogénomique à l’Université de la Méditerranée de Marseille. « Initialement, les Américains ont voulu savoir pourquoi leur matériel se détériorait si rapidement », rappelle-t-il.

C’est ainsi que l’ennuyeux champignon fut expédié à Natick, dans le Massachusetts, où il tomba entre les mains et sous les microscopes du professeur Elwyn Reese. Publications et résultats se multiplièrent dès 1950. Le scientifique découvrit peu à peu la raison de cette voracité inhabituelle : le champignon possède une batterie d’enzymes, des cellulases aux propriétés très performantes dans la dégradation des végétaux.

« Pour vivre, ce champignon a besoin, comme tout être vivant, de nourriture. Parmi celles qu’il est capable de manger, on retrouve la cellulose. Or, il s’agit de la principale composante du coton, matière employée pour fabriquer les tentes. Votre blue-jean serait également susceptible de pourrir », explique M. Henrissat. Ce qui fait du Trichoderma Reesei un véritable organisme anti-américain!

Industrie pharmaceutique, enzymes et pétrole

Pourtant, une soixantaine d’années plus tard, celui qui a incommodé l’Oncle Sam pourrait bien lui rendre un fier service. D’une part, il est devenu au fil du temps un spécimen de choix pour la production de protéines recombinantes dans l’industrie pharmaceutique en permettant par exemple, grâce à l’introduction de ses gènes dans l’organisme, d’améliorer l’efficacité d’un médicament. « C’est un champignon qui se prête très bien aux modifications génétiques », évoque M. Henrissat. D’autre part, le Trichoderma Reesei s’avère être l’une des éventuelles clés de sortie de l’ère pétrolière. Celui qui était une curiosité de la nature s’est muté en grand classique pour l’obtention de biocarburant, procédé nécessitant un producteur important d’enzymes. Grâce à sa capacité à transformer la cellulose de la paroi végétale en sucres simples, il est devenu le fer de lance de la production de bioéthanol de seconde génération. Ce dernier est généré à partir des débris végétaux de l’agriculture, comme la paille de blé.

Or, l’équipe menée par M. Henrissat vient de démontrer que seul un petit nombre de gènes est responsable de l’activité enzymatique du champignon. Les recherches portent désormais sur les améliorations génétiques qui permettront d’en faire un champion dans le domaine.

Empêcheur de guerroyer en rond hier, nouvel espoir pour sustenter les Hummers aujourd’hui, le Trichoderma reesie, à défaut de dévorer les vestes, a retourné la sienne vis-à-vis de l’Amérique…

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Baleines à bosses, petits rorquals et cétacés en péril

Baleines à bosses, petits rorquals et cétacés en péril

Isabelle Burgun

 

(Agence Science-Presse) – L’appétit des baleines revient annuellement sur la table de la Commission baleinière internationale. Accusés par le Japon notamment d’être responsables du déclin des stocks mondiaux de poissons, ces cétacés sont au cœur d’enjeux politiques. Assistera-t-on au retour de la chasse à la baleine?

 » Les gens voient ça de manière simpliste : un prédateur = baisse des prises de poissons. Dans la réalité, ce n’est pas aussi évident à prouver surtout que la présence des baleines peut être aussi bénéfique pour le maintien de certaines espèces « , explique Lyne Morissette, boursière postdoctorale à l’Arizona State University et travaillant en collaboration avec l’Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER).

La chercheuse donnait récemment une conférence au Musée-UQAR sur  » L’étude des écosystèmes au service des enjeux politiques mondiaux: l’exemple de la chasse à la baleine « . Elle collabore au projet Whales eat fish des chercheurs Leah Gerber de l’Arizona State University et Kristin Kaschner de l’Université de St. Andrews en Grande Bretagne.

Actuellement, les baleines sont protégées par le moratoire signé en 1986 qui interdit la chasse commerciale. Pourtant, près de 935 cétacés — 850 petits rorquals, 50 rorquals communs et 50 baleines à bosses — font l’objet de la  » chasse scientifique  » du Japon, dans le cadre d’un programme visant à les étudier (JARPA). L’Islande et la Norvège pratiquent encore la chasse à la baleine, ainsi que les autochtones de différentes régions.

Le retour de la chasse à la baleine?

 

Dans ses travaux de recherche, Lyne Morissette explore les impacts possibles — à l’aide de simulations informatiques — d’une importante pêche commise par ces cétacés.  » Il n’y a, pour l’instant, aucun effet d’une chasse intensive des baleines sur la biomasse « , soutient la chercheuse.

Pourtant, la problématique baleines versus pêcherie revient régulièrement dans les discussions visant à réhabiliter la chasse à la baleine. Elle est même le point central de discussion de la Commission baleinière internationale (IWC) pour établir les quotas de la chasse scientifique.

Un argument contestable, pense Lyne Morissette, car jusqu’à présent il n’y avait jamais eu d’étude sur le sujet.  » Cet argument [du déclin des poissons dû aux baleines] n’est pas basé sur des connaissances scientifiques. Pour la plupart des chercheurs, c’est une aberration évidente, ce qui explique le manque d’argent alloué jusqu’à présent pour le démontrer « , affirme la chercheuse.

Pourtant le Japon, favorable au retour de la chasse à la baleine, s’est fait des alliés. Des pays de la côte nord de l’Afrique (Mali), les îles Salomon (Océanie) ou encore l’île de la Dominique (Pacifique), appuient aujourd’hui le retour de cette chasse.

 » Il existe trois zones de conflits politiques dans des zones de reproduction des baleines. Pourtant durant la période de reproduction, elles ne s’alimentent pas « , tranche la Rimouskoise qui avoue avoir dû se plonger dans des eaux inconnues, celles de la politique internationale. Elle participera en juin prochain à la Commission baleinière internationale — la 60e édition se déroule du 23 au 27 juin à Santiago au Chili — plus exactement à la rencontre préliminaire du comité scientifique où elle présentera les avancées de son projet.  

 
 

Référence

International Whaling Commission (IWC): http://www.iwcoffice.org/

Petite biographie de Lyne Morissette:    http://www.fisheries.ubc.ca/students/lmorissette/

Examining the Impacts of Whales on Commercial Fisheries

, projet de recherche du Lenfest Ocean Program (July 2007 – April 2009) de Leah Gerber, Lyne Morissette et Kristin Kaschner :

http://www.lenfestocean.org/Gerber.Whales.summary.pdf

Le site Baleines en direct: http://www.baleinesendirect.net/index.html

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