Femmes et science: difficile intégration

Femmes et science: difficile intégration

Isabelle Burgun
(Agence Science-Presse) – Les photographies des finissants, affichées sur les murs des corridors du département de physique de l’Université de Montréal, témoignent d’une constance observée depuis quelques années. Un diplômé sur cinq est une femme. Est-ce un indice de la place que voudraient prendre les femmes en sciences et génie?

Femmes et Polytechnique

À l’École Polytechnique, 22 % des inscriptions proviennent de femmes. Au baccalauréat en génie biomédical, que l’École lançait cette année, 63 % de la première cohorte sont des femmes. «Les femmes représentent seulement 11 % des ingénieures», nuance toutefois Annie Touchette. La conseillère principale du service des communications et du recrutement à l’École Polytechnique constate aussi une certaine constance dans les choix féminins, la santé en tête.

Cette tendance lourde – la faible représentation des femmes en science — n’est cependant pas à l’amélioration. Depuis huit ans, les inscriptions en sciences et génie dans les universités québécoises reculent: elles seraient même passées de 17 % à 12 % entre 1999 et 2007. «On se rend compte qu’on a toujours du mal à aller chercher les filles et à les garder en sciences et en génie. C’est peut-être le temps de passer à l’auto-évaluation de nos programmes: comment se fait-il que nous n’arrivons pas à les rejoindre?», se questionne Nadia Ghazzali, titulaire de la Chaire CRSNG-Industrielle Alliance pour les femmes en sciences et génie au Québec de l’Université Laval.

Victimes des stéréotypes

Dans un document préparé par Nadia Ghazzali, on peut y lire que subsiste encore une culture très «masculine» au sein du milieu du génie: «la grande conformité qui caractérise la culture présente dans le domaine du génie laisse peu de place aux contrastes que peuvent soulever les femmes, ce qui ajoute une difficulté supplémentaire à leur intégration.»

Parmi les autres facteurs qui peuvent décourager les femmes: des stéréotypes et des perceptions fausses alimentés par une méconnaissance du domaine. Puis, s’ajoute l’influence de l’environnement familial, du milieu scolaire et de la conciliation travail-famille.

«Le rôle de la famille et de l’école reste très important au moment des choix. Non seulement il faut que les parents encouragent les filles et les poussent à faire ce genre d’étude, mais il faut que les conseillers pédagogiques soient mieux informés sur les métiers possibles en génie. Il faut mieux leur faire connaître ces professions», pense-t-elle.

D’autant plus qu’ailleurs, la situation est différente. Revenant d’un séjour au Maroc où 50 % des étudiants des écoles d’ingénieurs sont des femmes, elle s’interroge: «Peut-être est-ce culturel? Là-bas, on les pousse à choisir des professions payantes et à faire tous les efforts pour y parvenir. Ces professions sont très valorisées.»

Ce que veulent les femmes

Si les femmes boudent les sciences, à qui la faute? Pas aux universités et aux autres milieux d’enseignement qui déploient de nombreux efforts pour donner le goût de la science aux femmes. Il existe au Québec deux Chaires de promotion de la science à l’intention des femmes — la Chaire Marianne-Mareschal de promotion du génie auprès des femmes et la Chaire CRSNG/Industrielle Alliance pour les femmes en sciences et en génie au Québec — et de nombreux programmes de sensibilisation : Les filles et les sciences, un duo électrisant!, Les Scientifines, Chapeau les filles! et le tout récent programme, IngénieurE, c’est possible!

Les carrières d’ingénieurs, de physiciens et de techniciens, plus récemment embrassées par les femmes, ne semblent pas les séduire malgré tous les efforts entrepris depuis près de 10 ans. «Bien que l’accès aux études scientifiques soit relativement en faveur des femmes, il demeure un problème d’intégration sur le marché du travail. C’est vrai particulièrement dans la progression vers des postes de gestion. Il est important que la société tout entière se mobilise pour faciliter cette intégration», tranche la jeune ingénieure en dynamique des structures à l’Agence spatiale canadienne, Marie-Josée Potvin, qui coordonne également le Comité des femmes en sciences, technologie et gestion de l’Agence spatiale canadienne. «Pour que les femmes se donnent des trucs et s’aident pour s’épanouir dans ce milieu encore très masculin», soutient-elle.

Autres références

Un aperçu sur les facteurs liés à la faible présence des femmes en sciences et en génie par Nadia Ghazzali de la Chaire CRSNG-Industrielle Alliance pour les femmes en sciences et génie au Québec, 2009

Chaire Marianne-Mareschal de promotion du génie auprès des femmes:

http://www.chairemm.polymtl.ca/nouveausite/index.php

Chaire CRSNG/Industrielle Alliance pour les femmes en sciences et en génie au Québec:

http://www.chaire-crsng-inal.fsg.ulaval.ca/

Les filles et les sciences, un duo électrisant!:

http://www.lesfillesetlessciences.ca/

Ingénieure, c’est possible :

http://www.oiq.qc.ca/etudiants/filles-de-genie/

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Les chasseurs d’extra-terrestres

Les chasseurs d’extraterrestres

Dossier Extraterrestre

Agence Science-Presse – Pascal Lapointe

Ralph Pudritz est physicien à l’Université McMaster, en Ontario, et il croit aux extraterrestres. De même que son collègue biophysicien Paul C. Higgs. De même que la biologiste Jenn Macalady, de Pennsylvanie, spécialiste des génomes bactériens. De même que l’astronome Richard Greenberg, à l’Université de l’Arizona. Et son collègue de l’Université de Montréal Robert Lamontagne. Et François Raulin, de l’Université de Paris, spécialiste des lunes de Saturne. Et beaucoup, beaucoup d’autres.

On est bien loin du cliché du scientifique ostracisé parce qu’il prononce le mot « extraterrestre ». Au contraire, non seulement ce mot a-t-il une discipline bien à lui, l’astrobiologie, mais en plus, note Robert Lamontagne, « c’est devenu sexy ». Si vous faites une recherche sur des bactéries primitives vivant dans un environnement inhospitalier, c’est plus vendeur de les lier à la possibilité de vie sur d’autres planètes, que de vous contenter de parler des « extrémophiles de cavernes sulfuriques ».

En astronomie, le développement le plus spectaculaire, c’est la chasse aux planètes tournant autour d’étoiles autres que notre Soleil. Depuis 1995, on en a détecté plus de 200 et la « planète extra-solaire » Gliese 581 dont la détection a été annoncée récemment est non seulement la plus petite de l’histoire — « seulement » cinq fois la masse de la Terre — mais surtout, la première qui soit théoriquement habitable, parce qu’elle n’est ni trop près de son étoile, ni trop loin.

« C’est une percée incroyable, réagit Ralph Pudritz, qui dirige à McMaster le seul programme de recherche en astrobiologie au Canada. « Cela veut dire que la recherche d’une signature d’eau autour de cette planète va devenir très importante ».

Or, une telle recherche sera extrêmement difficile, compte tenu des distances —21 années-lumière, la distance entre Gliese 581 et nous, ça n’a l’air de rien, mais ça nécessite 14 zéros si on le calcule en kilomètres ! — et elle exigera la contribution d’astrophysiciens, de chimistes, d’ingénieurs… Ce qui est précisément la raison d’être de l’astrobiologie : rassembler des chercheurs de disciplines très éloignées.

Ce type d’interdisciplinarité « était juste un rêve, il y a 20 ans, poursuit Pudritz. Mais il pourrait désormais être un exemple pour d’autres disciplines. Je ne pense pas que c’est juste l’astrobiologie, je pense que c’est la direction vers laquelle la science s’en va au 21e siècle ». Quelques universités américaines entretiennent également des programmes d’astrobiologie et leur modèle à tous est l’Institut d’astrobiologie de la NASA, fondé en 1995.

Les chemins détournés de l’astrobiologie

Ces scientifiques n’ont pas grand-chose à voir avec les héros de la télé qui, comme les agents du FBI dans les X-Files, n’ont qu’à ouvrir un frigo pour trouver les restes d’un extra-terrestre ! L’astrobiologie doit en effet emprunter des chemins détournés :

– des ingénieurs planchent sur des dispositifs visant à rendre les télescopes de plus en plus sensibles, ce qui explique qu’on ait pu détecter cette « petite » planète ; au cours des prochaines années, il y a tout à parier que la liste va s’allonger ;
– des astrophysiciens expérimentent des méthodes qui permettraient d’analyser les infimes signatures de ces planètes, dans l’espoir d’y trouver des traces d’oxygène ou de vapeur d’eau ;
-des biologistes se passionnent pour les « extrémophiles », ces bactéries qu’on ne cesse de découvrir, depuis les années 1970, dans les environnements où, auparavant, on n’aurait pas cru la vie possible : près des volcans sous-marins, sous les glaces de l’Antarctique… ou dans les réacteurs nucléaires !
-des chimistes et des « astrochimistes » découvrent des acides aminés, qui sont les « briques » préalables à la vie, dans les nuages de gaz qui préfigurent les futures étoiles, dans les disques de matière qui, autour de certaines étoiles, préfigurent les futures planètes, et dans les météorites : dès 1982, la météorite Murchison a révélé la présence de huit des 20 acides aminés qui constituent la base de tout être vivant ;

Paradoxalement, la recherche qui fait le plus parler d’elle est la moins fructueuse : l’écoute de signaux radio au moyen de radio-télescopes, comme dans le film Contact (avec Jodie Foster). On n’a toujours pas capté la Star Académie de la Grande Ourse et plusieurs des mêmes scientifiques qui croient qu’on va tôt ou tard trouver de la vie, doutent qu’on puisse trouver de la vie intelligente : sur Terre, il a fallu 5 milliards d’années avant que l’intelligence n’apparaisse, et bien malin qui pourrait dire combien de temps elle va durer, au rythme où elle magane sa planète…

Les retombées de la quête d’extraterrestres

Justement. Si cette nouvelle planète se révèle vraiment habitable, ne pourrions-nous pas aller la maganer elle aussi, ce qui donnerait un répit à la nôtre ? On n’en est pas encore là : 21 années-lumière, avec les technologies actuelles, cela nécessiterait un voyage de plusieurs milliers d’années !

En attendant, les retombées de l’astrobiologie se trouvent bien davantage sur Terre que dans le cosmos : « même si on ne trouvait rien ailleurs », philosophe Robert Lamontagne, qui donne un cours d’astrobiologie à l’Université de Montréal, « on aurait beaucoup mieux compris la vie sur Terre. » En étudiant les bactéries les plus exotiques et les acides aminés dans les nuages interstellaires, on expérimente des méthodes d’investigation qui servent à la génétique et à la chimie organique, disciplines qui, à leur tour, ont des retombées en médecine et dans le secteur industriel. Et ça lève peu à peu le voile sur les origines de la vie…

Lien pour le mot Nasa

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