Ordonnance de non-publication pour le recours collectif contre Loto-Québec

Ordonnance de non-publication pour le recours collectif contre Loto-Québec

Geneviève Boivin          Dossiers Loto-Québec et Gambling et jeu compulsif.

Le 27 octobre 2008, le juge Gratien Duchesne, qui entend le recours collectif contre Loto-Québec, a rendu une décision qui brime la liberté d’expression et bafoue le principe fondamental de notre système de justice qui est de nature publique et ouvert à tous. L’ordonnance se lit comme suit :

Le tribunal émet une ordonnance:

Il est interdit de diffuser ou autrement communiquer, en tout ou en partie, les débats sauf sur autorisation spéciale du tribunal. L’ordonnance ne s’adresse pas à la presse écrite ou parlée, ni aux procureurs (es) au dossier.

Ordonnance de non-publication incompréhensible

Reflet de Société a sondé quelques avocats. À l’unanimité, ils ne comprennent pas le sens de l’ordonnance. Pour l’un d’entre eux, il s’agit d’un huis-clos, rien de moins. Le juge Duchesne n’a émis aucun commentaire, aucune justification. Il n’a pas rappelé Reflet de Société pour expliquer sa décision. Par sa décision, il empêche toute personne présente à la cour de parler de ce qu’elle a vu ou entendu. Une décision qui va à contresens des propos du juge Banford qui, le 6 mai 2002, autorisait le recours collectif.

À cette époque, Me Brochu proposait de publier la décision d’autoriser le recours collectif dans les quotidiens de Montréal et de Québec, afin que toute personne désirant se joindre au groupe en prenne connaissance. Le juge Banford, devant l’ampleur de l’information reçue, a décidé de publier la décision à la grandeur de la province.

Le juge Bandford et l’information sur le recours collectif

Si le juge Bandford n’a pas voulu contraindre Loto-Québec à publier cette décision sur son site web, il ne se voyait pas empêcher quiconque d’en relayer l’information. «Cela ne restreint toutefois pas l’usage du web, sur une base volontaire, pour diffuser quelques informations que ce soit découlant du jugement qui, lui, est de nature publique», écrivait-il dans son jugement.

Le juge Banford avait à l’esprit l’isolement qui caractérise les gens aux prises avec la maladie de jeu pathologique. «Il s’agit de personnes qui vivent en retrait de la société, qui cachent leur situation et leurs habitudes de jeu à leur entourage et dont la condition médicale fait l’objet de confidentialité», ajoutait-il pour expliquer cette large diffusion.

Jeu pathologique: l’éducation, c’est la prévention!

Cette décision, de rendre l’information la plus accessible possible, va de pair avec la position du Ministère de la santé publique et même de la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ), au sujet du jeu pathologique, à savoir qu’il faut sensibiliser et éduquer la population générale sur cette problématique.

En 2004, lors d’un colloque sur les jeux de hasard et d’argent, le président de la RACJ y allait de ce commentaire: «Le développement d’une attitude responsable face au jeu repose sur l’éducation des jeunes, la sensibilisation des parents et l’implication de l’industrie.»

L’ordonnance émise par le juge Gratien Duchesne a pour conséquence qu’un seul média, le Soleil de Québec, couvre les audiences et ce, une fois aux deux semaines. Pour une cause au rayonnement mondial, il en est fait peu d’écho par ici.

Reflet de Société, Vol.17, No 2, Février/Mars 2009, p.31

Ressources pour le jeu compulsif:

Gamblers Anonymes et Gam-Anon (514) 484-6664 ou 1-800-484-6664
Narcotiques Anonymes
(514) 249-0555 ou 1-800-463-0162
Nar-Anon
(514) 725-9284
Alcooliques Anonymes
(514) 376-9230

Autres textes sur Gambling et jeu compulsif

Le jeu compulsif chez les jeunes

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Alain Dubois contre Loto-Québec: Fidèle à la cause

Alain Dubois contre Loto-Québec: Fidèle à la cause

Geneviève Boivin          Dossiers Loto-Québec et Gambling et jeu compulsif

alain_dubois_chambly_IMG_6890 Depuis plusieurs années, Alain Dubois s’investit dans la cause du jeu compulsif. Au Québec, il a été un des premiers à développer des outils d’information sur le jeu, accessibles à tous, et à dénoncer publiquement les agissements de Loto-Québec dans les différents médias de la province. Alors qu’un important recours collectif contre la société d’État s’est amorcé en septembre, il se questionne plus que jamais sur l’honnêteté de Loto-Québec et sur la promotion de la culture du jeu.

Alain Dubois s’intéresse à la cause des joueurs pathologiques

À la fin des années 1990, il y avait peu de recherches sur le jeu compulsif. Aucun site Internet québécois n’en discutait ouvertement.

Intéressé par le sujet, Alain Dubois s’implique. D’abord sur le site web du syndicat d’un centre public de réadaptation pour alcooliques, toxicomanes et joueurs compulsifs.

Loto-Québec met des bâtons dans les roues

M. Dubois voulait concevoir un outil qui rassemblerait l’ensemble des acteurs impliqués dans le domaine (joueurs, chercheurs, spécialistes, etc.). Jugeant que plusieurs des éléments contenus dans le site (critique de chercheurs subventionnés par Loto-Québec, aide bénévole en ligne…) étaient incompatibles avec des activités syndicales, le centre est rapidement intervenu pour mettre fin à cette initiative novatrice.

Alain Dubois répond par les armes… du web!

Il en faudra plus pour freiner l’élan de M. Dubois. En 2002, il fonde jeu-compulsif.info. Vient ensuite la création de la coalition de citoyens préoccupés par le manque d’éthique de Loto-Québec, EmJEU.com. «Je restais très critique face à Loto-Québec et j’ai ressenti le besoin de prendre la parole publiquement. EmJEU m’a permis de le faire.»

Aujourd’hui, Alain Dubois est devenu un «expert» sur le jeu compulsif. Il a fait des centaines d’interventions médiatiques depuis le début de son implication.

Loto-Québec et la promotion du jeu

La promotion du jeu de hasard et des appareils de loterie vidéo (ALV) par l’État n’est un secret pour personne. Mais sait-on à quel point ces machines sont dangereuses pour les gens et comment Loto-Québec a de l’emprise sur le jeu? Selon Alain Dubois, le problème est présent à plusieurs niveaux.

Depuis la légalisation des jeux de hasard, le gouvernement du Québec a pris le contrôle de tout ce qui entoure l’industrie, y compris les appareils de loterie vidéo et autres machines à sous.

Loto-Québec, une société d’État honnête?

Sur 1 milliard 300 millions de profil annuel que génère le jeu au Québec, 800 millions proviennent des ALV. «La majorité des revenus de Loto-Québec viennent de citoyens qui éprouvent un problème de dépendance», affirme M. Dubois. Selon lui, Loto-Québec a même développé un moyen d’augmenter les profits des ALV. «Ils ont augmenté le taux de retour des machines qui est maintenant de 92%. Plus le taux de retour est élevé, plus Loto-Québec fait de l’argent, tout en augmentant, du même coup, le danger des appareils.» Les gens ont donc l’impression de gagner plus puisque la machine leur redonne de l’argent plus souvent mais en bout de ligne, cela les fait dépenser davantage.

Après toutes ces années d’implication, Alain Dubois ne croit plus à l’honnêteté de la société d’État. Surtout lorsqu’il est question d’études sur le «gambling» puisqu’elles sont souvent financées par Loto-Québec. La prévention, faite par l’industrie, comporte d’énormes lacunes. «Les campagnes de prévention faites par Loto-Québec ne sont pas efficaces», estime l’intervenant qui ajoute que la société d’État a les compétences pour créer de bonnes campagnes mais ne le fait tout simplement pas.

Brochu contre Loto-Québec: une cause à impact mondial

Le recours collectif contre Loto-Québec est une première. Selon M. Dubois, si Me Jean Brochu et son recours obtenaient gain de cause, l’industrie du jeu serait ébranlée partout dans le monde. «C’est un recours qui est surveillé internationalement. Advenant qu’il gagne, cela aurait des impacts importants, c’est une cause sans précédent.»

Le procès est loin d’être gagné. «Il s’agit ici d’un combat comme celui de David contre Goliath. Nous avons, d’un côté, Loto-Québec avec tout son argent et, de l’autre, une équipe qui a des moyens plus limités. De plus, même si le recours gagne, Loto-Québec ira certainement en appel.»

S’informer sur le recours collectif: ordonnance de non-publication

Le débat public sur le jeu, amorcé par des gens comme Alain Dubois depuis maintenant plusieurs années, s’accentue depuis le début du recours collectif. Même si M. Dubois ne prend pas part au recours, il a tenté de s’impliquer en offrant à la population un site Internet complet sur ce procès historique. L’information que l’on pouvait y trouver était beaucoup plus complète que ce qui est publié dans le peu de médias qui couvre le sujet. Malheureusement, à la fin octobre, le juge Gratien Duchesne a émis une ordonnance forçant l’auteur du http://recourscollectifbrochu.info à retirer les comptes rendus de son site. Désormais, seuls les médias parlés et écrits peuvent couvrir les audiences.

Ressources pour le jeu compulsif:

Gamblers Anonymes et Gam-Anon (514) 484-6664 ou 1-800-484-6664
Narcotiques Anonymes
(514) 249-0555 ou 1-800-463-0162
Nar-Anon
(514) 725-9284
Alcooliques Anonymes
(514) 376-9230

Textes sur le Gambling et jeu compulsif:

Témoignage d’un joueur compulsif

Comment fidéliser un gambler?

DVD prévention gambling et jeu compulsif

Être le conjoint d’un gambler

Le prix à payer pour devenir un gambler

La Sérénité pour un joueur compulsif

Biz Locolocass et le gambling

Éléonore Mainguy, ex-croupière du Casino

Did Tafari Bélizaire, casino, jeu compulsif et suicide

Jeux de cartes entre amis

Statistiques du pile ou face

Responsabilité de Loto-Québec

Reflet de Société, Vol.17, No 2, Février/Mars 2009, p.30-31

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Quand une croupière s’en va-t-en guerre; histoire d’Éléonore Mainguy

Gambling et jeu compulsif

Quand une croupière s’en va-t-en guerre; histoire d’Éléonore Mainguy

Par Patrick Alleyn vol.13.6 Août 2005

Dossier Gamblers AnonymesGambling et jeu compulsif

Loto-Québec a retiré le contrôle du jeu des mains du crime organisé. Pourtant, la descente aux enfers des joueurs compulsifs s’aggrave. L’ex-croupière Éléonore Mainguy lève le voile sur les stratégies douteuses de Loto-Québec.

Historiquement, le gouvernement a créé Loto-Québec pour supprimer la mainmise des groupes criminalisés sur les jeux de hasard. Le gouvernement de l’époque réagissait à la loterie du maire de Montréal, Jean Drapeau, qui commençait à faire de l’argent pour financer Terre des hommes (Expo 1967) et le métro. Il y avait de l’argent à faire, pas question de laisser les municipalités en prendre le contrôle. Mais notre société amorçait un dérapage qui nous fera perdre la maîtrise de la gestion du jeu. Même si peu de machines ont été saisies, on évalue que les groupes criminalisés avaient placé un maximum de 25 000 machines de jeu au Québec, Serge Chevalier, sociologue à la Direction de santé publique de Montréal. Loto-Québec les a remplacées par 14 000 appareils de loterie-vidéo dans les bars et 6 000 machines à sous dans les casinos. Mais gare aux apparences: Loto-Québec a augmenté l’accessibilité et le rendement du jeu.

Lorsque les machines sont devenues légales et disponibles partout, plusieurs catégories de personnes sont devenues des joueurs compulsifs alors qu’elles ne l’auraient jamais été avec les machines du crime. Selon des sources qui ont requis l’anonymat, les revenus d’une machine illégale tournaient autour de 40 000$ par année. Selon le rapport annuel 2004 de Loto-Québec, les appareils de loterie vidéo rapportent en moyenne 78 979$ chacune. Le double du crime organisé!

Loto-Québec a créé un département de marketing pour nous vendre l’illusion et le rêve. Publicité, promotion du jeu, techniques de fidélisation des joueurs, contrôle de l’environnement pour garder le joueur le plus longtemps possible, voyages organisés pour les groupes, spectacles, pressions sur les détaillants pour qu’ils atteignent des quotas de vente de loteries (s’ils veulent, par exemple, une machine pour valider les billets de certains tirages), accessibilité démesurée du jeu partout où l’on va… Tout est mis en œuvre pour répondre à la gourmandise du ministère des Finances.

Nous ne sommes plus à vouloir tasser les groupes criminalisés. Nous sommes à vouloir gagner le plus grand bénéfice possible. Loto-Québec, une société d’État, est devenue une grosse machine qui s’emballe et dont nous avons perdu les rênes. Cela fait contraste avec le crime organisé. Avez-vous déjà vu une pub de criminels pour attirer les joueurs? Loto-Québec ne s’en gêne pas…

Des chercheurs nous montrent des chiffres qui devraient nous alarmer. Des joueurs partagent leur calvaire dans les méandres des jeux gérés par Loto-Québec. De nouveaux témoins se lèvent et révèlent un côté obscur de Loto-Québec. Des gens entraînés pour détrousser des joueurs craquent et témoignent. Des employés de cette «vénérable» institution dénoncent leur employeur. Éléonore Mainguy a été croupière pendant près de quatre années au Casino de Charlevoix. Elle partage avec nous la sombre réalité des casinos mis en place par notre gouvernement. «J’ai été entraînée à identifier les besoins du joueur pour le mettre en confiance, lui donner l’illusion qu’il contrôle le jeu. A-t-il besoin que je lui parle? Que je passe les cartes plus lentement? Quand je change l’argent, est-ce qu’il a besoin de petites coupures pour jouer plus longtemps ou de grosses pour s’emballer?… », relate Éléonore Mainguy.

«Il y avait un lexique de mots que nous ne pouvions pas utiliser: “je vous reviendrai plus tard — je ne peux pas — je ne sais pas…”. Tout devait être fait instantanément pour satisfaire le joueur. C’était une prise en charge complète de ses besoins», explique la jeune femme de 25 ans.

Complice du joueur

Mme Mainguy travaillait à Charlevoix, une petite communauté où tout le monde se connaît et se parle. «J’ai eu à participer aux menteries que les joueurs contaient à leur famille. À l’épicerie, quand je croisais la femme d’un de nos bons joueurs, je restais vague sur mes réponses ou je devais carrément être complice du joueur: “non madame, je ne me rappelle pas avoir vu votre mari… Je ne saurais vous dire s’il a perdu…” On nous entraîne à être des “dignes’’ représentants du Casino 24 heures sur 24.»

«Cette illusion que nous vendons, nous la subissons nous-mêmes dans nos vies et notre quotidien.» Cette représentation va beaucoup plus loin que de simples sourires, décrit Mme Mainguy. Les employés doivent subir la violence des joueurs sans broncher et sans faire réagir les joueurs. «À force de se faire traiter de “petite garce” ou de “petite cr…”, ça finit par te peser sur les épaules, dit-elle. Un joueur régulier passe par toutes sortes d’émotions que nous devons subir sans nous plaindre, sans pouvoir mettre nos limites. Des joueurs deviennent agressifs, frustrés, envahis par des émotions intenses et extrêmes. Nous ne pouvions pas leur dire de se calmer. Il nous fallait subir ces agressions avec le sourire, même quand le joueur est malheureux et dépasse ses limites de jeu — des agressions verbales, psychologiques, presque physiques à l’occasion.»

«Les barmaids dans les clubs ont la responsabilité de refuser de servir de l’alcool à quelqu’un qui dépasse ses limites. Au Casino, en aucun temps, un croupier peut suggérer d’arrêter de jouer!», dénonce Mme Mainguy. Juste avant le suicide S’il y a intervention, elle ne se fera qu’à la toute dernière limite, juste avant que le joueur craque, raconte-t-elle. «À la limite de la dépression et de la folie, on laisse le joueur s’en retourner.» À Montréal, par exemple, certains se sont suicidés dans le stationnement du casino, d’autres ont marché jusqu’au pont Jacques-Cartier, situé tout près.

«Des croupiers auront été les dernières personnes à parler à ces gens avant leur suicide. Sachant le désarroi et la détresse qui habitent une personne dans les instants précédant son suicide, même inconsciemment, cette énergie peut devenir un boulet à traîner pour le personnel du casino», se rappelle l’ex-croupière, encore troublée par son expérience.

Ligne 1-800 bidon

Face à tout cela, avec un service à la clientèle qui se veut hors pair pour faciliter le jeu, on peut supposer que le Casino traite aux petits oignons ses employés se trouvant aux premières lignes. «Non, tranche la jeune femme, il n’existe pas vraiment de service d’aide aux employés, sauf une ligne 1-800 bidon. Même si j’ai travaillé près de 4 ans au Casino, je n’avais pas le droit de l’utiliser, car j’étais considérée comme une employée occasionnelle. Seulement ceux qui ont un statut de temps plein et régulier y avaient droit.»

«Nous avions des cours conçus par des psychologues pour reconnaître les pulsions des joueurs, afin de profiter d’eux, mais rien pour nous aider à passer à travers tout le stress que nous vivions.»

«Quand un joueur a tout perdu à ta table, il te fait sentir coupable. Loto-Québec fait de même: tout est comptabilisé et tu es toujours espionné. Si tu donnes plus de gain à ta table que la moyenne, tes patrons te font sentir que ce n’est pas normal. “Une chance que tu ne paies pas comme ça tous les jours!”, te disent-ils. Si, comme le prétend Loto-Québec, le jeu est un hasard, pourquoi nous culpabiliser quand des joueurs gagnent? Ils savent que le facteur humain peut être contrôlé et ils mettent tout en place pour y arriver.» Aux casinos, il n’y a aucune horloge: on fait perdre aux joueurs la notion du temps…

Croupiers compulsifs

Mme Mainguy a observé que plusieurs croupiers développent eux aussi des problèmes de jeux. «En tant qu’employé de Loto-Québec, tu n’as pas le droit de jouer au Québec. C’est pourquoi nous retrouvons des employés qui s’installent des tables de jeux chez eux.» «D’autres ont des problèmes d’alcool ou encore de cocaïne. Beaucoup pleurent et ont des signes physiques du stress que nous subissons. La durée de vie des croupiers avant de craquer est de 3 à 4 ans en moyenne.» En bout de ligne, tout le monde y perd et nous sommes tous victimes: le joueur, sa famille et son entourage, le croupier. La société aura plus tard à ramasser les pots cassés.

L’argent amassé par Loto-Québec n’est qu’illusion, croit l’ancienne croupière. Aurons-nous les moyens de payer les effets pervers de cet argent pompé sur le dos des joueurs, des familles et des employés de Loto-Québec? demande-t-elle.

Milliards de profits et 20 millions pour le jeu compulsif…

Sur les milliards et milliards de profits, est-ce responsable de redistribuer seulement 20 millions par année en intervention et en prévention auprès des joueurs compulsifs? Éléonore Mainguy partage un de ses rêves. «Je refuse d’endosser les patterns préétablis par nos gouvernements sous prétexte qu’ils existent depuis déjà longtemps», affirme-t-elle. Oui, on est là pour changer ce monde qui se ternit au rythme des aberrations de notre système.»

«Loto-Québec doit arrêter de faire l’autruche et de miser sur la faiblesse des gens. Qu’ils s’assument et qu’ils arrêtent de mentir à la population!», conclut la jeune femme, déterminée à poursuivre son combat sur toutes les tribunes.

NDLR: Pour contacter Éléonore Mainguy.

L’adresse que nous avions publié pour rejoindre Éléonore Mainguy n’est plus en activation. Nous avons une autre adresse pour la rejoindre. Nous attendons son autorisation pour la publier. En attendant, vous pouvez nous envoyer vos demandes et nous lui acheminerons: journal@journaldelarue.ca

autres textes sur le suicide:

Textes sur le Gambling 

Autres textes sur Alcool et drogue 

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Gambling et Jeu compulsif

La réalité sur les jeux de hasard, un outil de discussion pour les jeunes

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DVD de sensibilisation rassemblant témoignages et interventions de Biz, de Loco Locass, de l’ancienne croupière Éléonore Mainguy, du joueur devenu paraplégique Did Bélizaire et de plusieurs joueurs compulsifs. Le moyen idéal de s’éveiller aux conséquences de la dépendance au jeu.

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009.

Par Internet: http://www.editionstnt.com/Video.html

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Quand le jeu devient excessif

Gambling et jeu compulsif

Quand le jeu devient excessif

Dossier Gambling et jeu compulsifGamblers anonymes

Diane Pelletier, vol 14 no 6, août 2006

Françoise, une veuve de 60 ans, a eu recours aux services de La Maison Jean Lapointe. Sa situation financière était peu reluisante, et elle se demandait comment elle parviendrait à subvenir à ses besoins les plus pressants. Elle avait dépensé tous ses placements au jeu et accumulé des dettes dont le total dépassait les 50 000$. Elle n’était même pas en mesure d’assumer les taxes et les autres frais d’entretien de sa maison.

Sa santé était devenue précaire: douleur intense et chronique au niveau des jambes, perte de poids à cause de troubles digestifs et d’une mauvaise alimentation, palpitations… Ignorant ses problèmes de jeu, son médecin avait diagnostiqué une dépression majeure. Même ses deux enfants ignoraient l’obsession qui lui rongeait le cœur. Comme la plupart des joueurs, elle protégeait jalousement le secret qui était en train de la détruire.

Comment devient-on un joueur compulsif?

Rien ne prédisposait Françoise à devenir une joueuse problématique. D’ailleurs, les jeux de hasard et d’argent ne faisaient pas partie des activités familiales. Mariée pendant 35 ans et mère de deux enfants, elle devint veuve à 57 ans. Après le décès de son conjoint, sa situation financière ne lui causait aucun souci. Elle demeurait dans la maison familiale totalement payée, n’avait aucune dette, recevait une pension de conjoint et avait un REÉR bien garni.

Le jeu s’est installé insidieusement dans sa vie. Au début, elle achetait occasionnellement des billets de loterie et, à quelques reprises, elle avait accompagné une voisine à une soirée de bingo. Après le décès de son conjoint, elle éprouvait beaucoup de solitude. Elle a donc commencé à faire du bénévolat dans un centre pour personnes âgées et les accompagnait occasionnellement au Casino.

Les machines à sous et le jeu compulsif

Lors de ses premières expériences avec les machines à sous, la chance lui sourit et un billet de 5$ introduit dans une machine au hasard lui procura un gain rapide de 500$. L’excitation de ce premier gain et les félicitations de ses amis, qui la trouvaient «chanceuse», avaient suscité chez elle un sentiment de bien-être qui l’avait réconfortée.

Pour combler une solitude qu’elle supportait difficilement, elle accompagnait maintenant sa voisine au bingo deux à trois fois par semaine. Elle se disait «chanceuse», et le jeu prenait de plus en plus de place dans sa vie. Avant de rentrer à la maison après une soirée au bingo, elle ne manquait pas une occasion de s’arrêter au dépanneur du coin pour acheter quelques «gratteux». Son passe-temps lui coûtait maintenant entre 150$ et 200$ par semaine.

Casino et machines à sous

Elle préférait le Casino et ses machines à sous. Ces appareils sont vite devenus une obsession qu’elle ne pouvait plus contrôler. Le problème s’est aggravé rapidement: elle pouvait passer la journée, même parfois la nuit complète devant les machines à sous, sans même s’arrêter pour manger!

Si le jeu a pris autant de place dans sa vie, c’est que Françoise disposait de trop de temps et ne savait pas comment le meubler. Elle n’avait pas su trouver de loisirs constructifs pour combler le vide laissé par le départ de son mari. Celui-ci avaient eu des problèmes de santé qui avaient occupés presque tout le temps de Françoise. Et puis ses deux enfants, qui étaient maintenant sa seule famille, habitaient loin de chez elle.

Dépression et jeu compulsif

Lorsqu’elle jouait, Françoise avait l’impression de s’évader et d’oublier le poids de sa solitude. En outre, le jeu était devenu un remède contre sa douleur physique; lorsqu’elle jouait, elle était moins consciente de ses douleurs articulaires et autres maux. Finalement, le jeu lui permettait de socialiser et de se divertir, tout en lui procurant une excitation que l’idée de gagner décuplait.

Juste avant de consulter, elle avait commencé à jouer seule, soi-disant afin de mieux se concentrer. Elle vivait maintenant des périodes de dépression qui la plongeaient dans un désespoir sans fond.

Finalement, elle devint secrète, évitant les situations de confrontation, et mentant à sa famille et ses amis. Pire, elle, une femme si fière qui entretenait sa maison impeccablement et s’occupait bien de sa personne, s’était mise à négliger ce qui jadis était si important.

Afin de se procurer de l’argent pour «se refaire», elle empruntait auprès de ses amis et déposait même des enveloppes vides au guichet automatique, pour ensuite retirer le montant du dépôt. Ses comptes d’électricité et de téléphone étaient en souffrance depuis plusieurs mois. En bout de piste, sa personnalité et son attitude face à la vie avaient drôlement changé: elle était devenue irritable, anxieuse, stressée et dépressive. Elle pleurait souvent et ne ressentait plus aucun plaisir dans la vie. Un soir, elle avait même pensé au suicide à la suite d’une perte de 800$.

Rétablissement du joueur compulsif

Au bout de son rouleau, Françoise a entrepris une thérapie à La Maison Jean Lapointe. Elle a depuis recouvré la santé et le goût de vivre. Elle mène maintenant une vie sereine et s’abstient de jouer. Elle assiste régulièrement aux réunions de Gamblers Anonymes et elle est même de-venue l’une de leurs bénévoles assidues.

Ce nouveau groupe d’amis a remplacé le jeu et même si le sentiment de solitude réapparaît parfois, elle sait qu’elle n’est plus seule et qu’elle peut recevoir du support. Malgré sa fragilité, elle se surprend à penser que le pire est derrière elle et que cette embellie est là pour durer.

Le traitement du jeu compulsif à La Maison Jean Lapointe

La Maison Jean Lapointe offre un ensemble de services pour les personnes qui vivent des difficultés liées au jeu. Son programme de traitement vise à mener les joueurs problématiques à s’abstenir de jouer et à retrouver leur équilibre personnel. Ce programme est gratuit et subventionné en totalité par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. Une personne peut effectuer un stage externe ou interne, ou se prévaloir de services sur une base individuelle.

La Maison dispose également d’un programme d’aide à la famille et offre des services budgétaires et de fiducie. Les délais d’admission sont courts et une réponse est fournie rapidement, selon les besoins exprimés. Tous les services sont gratuits et dispensés par une équipe de conseillers spécialisés.

Activités de sensibilisation au jeu compulsif

En plus des services de traitement, La Maison Jean Lapointe a mis en place un programme de sensibilisation aux risques associés aux jeux de hasard et d’argent. Elle offre gracieusement des ateliers d’une durée de 45 à 90 minutes sur cette problématique. Ces ateliers traitent des mythes et réalités des diverses formes de jeu, des signes de jeu pathologique et des ressources d’aide disponibles.

Ces activités s’adressent à tout public qui s’intéresse au jeu et à ses conséquences, notamment les enseignants et les élèves du secondaire, les parents, les personnes retraitées, les communautés ethnoculturelles et les employés des petites, moyennes et grandes entreprises.

La Maison Jean Lapointe : (514) 288-2611

Centres adolescents : (514) 381-1218

Textes sur le Gambling et jeu compulsif:

Témoignage d’un joueur compulsif

Comment fidéliser un gambler?

DVD prévention gambling et jeu compulsif

Être le conjoint d’un gambler

Le prix à payer pour devenir un gambler

La Sérénité pour un joueur compulsif

Biz Locolocass et le gambling

Éléonore Mainguy, ex-croupière du Casino

Did Tafari Bélizaire, casino, jeu compulsif et suicide

Jeux de cartes entre amis

Statistiques du pile ou face

Responsabilité de Loto-Québec

Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

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Quand le Casino mène au pont Jacques-Cartier

Gambling et jeu compulsif

Mise à jour: Décès de Did Tafari Bélizaire. Cliquez ici.

Did Tafari Bélizaire: du Casino au suicide

Dossier Gambling et jeu compulsif, Loto-QuébecSuicide.      Patrick Alleyn

Le 20 septembre 2003, à 6h du matin, des marins  découvrent un colosse de 6 pieds 7 pouces flottant dans les eaux du St-Laurent. Les pompiers repêchent l’homme avec une grue sur un bateau amphibie. Il nageait depuis une heure et demie, emporté par le courant. Il s’était jeté du haut du pont Jacques-Cartier après avoir tout perdu au Casino de Montréal.

À l’urgence de l’hôpital, il constate que ses jambes ne répondent plus. En tombant dans l’eau, sa colonne vertébrale s’est sectionnée, déchirant sa moelle épinière. Did Tafari Bélizaire raconte son histoire.

Je suis devenu paraplégique à cause du jeu compulsif. Je m’accroche à un espoir: donner des conférences pour faire la différence auprès d’autres joueurs. Savez-vous que 4 à 8% des adolescents ont développé une dépendance au jeu? Je veux parler aux jeunes, car ils sont notre avenir.

La confiance du joueur compulsif

À l’école secondaire, j’étais une vedette: ma grandeur attirait. J’étais le seul Noir de mon école à Ste-Foy. Mes prouesses au basket me mettaient sur un piédestal. Je crois que cet excès de confiance a développé en moi le goût du risque, quelque chose d’inconscient. Quand tu gagnes aux jeux, t’es le king.

Les bars et les machines à sous

À 18 ans, je commence à travailler dans les bars de Québec, comme portier. C’était facile, vu ma stature. Dans les moments calmes, pendant 10 ans, je glisse quelques billets dans les machines à sous.

Sensations fortes du gambler

En mars 2003, de retour d’Amsterdam, où j’ai travaillé comme garde du corps d’une famille perse, je me mets à jouer férocement. J’étais encore sur le high de la Hollande, en quête de sensations fortes.

En sept mois, je dépense autour de 8000$ dans les maudites machines. Manipulations, menteries, toute la famille y est passée. Et je passe les fois où j’ai vidé les comptes conjoints. J’ai même réduit mes achats de cocaïne pour jouer.

Jeu compulsif et les shylocks

Puis, j’emprunte 1000$ à des usuriers: 50$ par jour d’intérêts (1500$ par mois). Ils te laissent prendre du retard. Quand ils se sont mis à presser sur le champignon, j’ai pris 500$ dans la petite caisse de l’hôtel et je suis allé au casino, dans l’espoir de récupérer et rembourser. J’ai tout perdu.

Du Casino de Montréal au suicide

En sortant du Casino de Montréal, je me rends à pied sur le pont Jacques-Cartier. J’ai enjambé la barrière et me suis jeté en bas. Dans l’eau, je n’étais pas de bonne humeur: je n’étais pas mort. J’ai essayé de me caler.  Je n’y arrivais pas.

Les machines à sous de Loto-Québec

Deux ans après ma tentative de suicide, je m’explique encore mal comment on devient accro à ces appareils. C’est pas clair comment ça se passe. C’est peut-être un mal de vivre. Mais plein de gens ont des bibittes et ne deviennent pas joueurs compulsifs.

Les machines sont attrayantes: le bruit, les couleurs. Tu penses que tu comprends les probabilités. Mais rien de tout ça ne tient. La plus grande force de ces 14 000 machines sous le contrôle de Loto-Québec est leur gain élevé. L’illusion des machines est là. J’ai gagné souvent. Une fois, j’ai gagné trois fois le gros lot la même journée (maximum 500$). Je suis sorti sur le party pendant 22 heures…

Solutions pour tempérer les joueurs compulsifs

Le jeu ne doit pas être accessible au coin de la rue, dans un petit bar où tu retrouves tes chums. Loto-Québec devrait regrouper les machines de vidéopoker dans quelques points de service dans la ville, comme au casino.

Si, après avoir tout perdu, tu reviens chez toi à pied du casino, tu vas commencer à y penser. Quand la rage de jouer va te pogner, les 45 minutes de trajet d’autobus de Tétreaultville jusqu’à l’île Notre-Dame vont te calmer.

On ne peut pas abolir le jeu. Je suis d’accord avec les casinos gérés par l’État. Mais je pense que Loto-Québec devrait retirer les 14 000 vidéopokers des bars. Tu vas te chercher un pain et t’as une machine à sous juste là! Comment ça se fait que les bars ouvrent à 8h le matin? Avec les machines, on frappe sur le petit peuple. Pourquoi n’y a-t-il aucune machine à Westmount? Les machines, du temps où elles étaient clandestines étaient moins accessibles.

Loto-Québec redirige 22 millions sur ses 1,5 milliards de profits vers la prévention et la guérison du jeu pathologique. Des maisons de traitement sont devenues gratuites. Malgré tout, le problème est si grave que Québec devrait faire plus pour les joueurs excessifs. Le gouvernement devrait interdire la publicité sur le jeu, comme il le fait pour la cigarette. Tout ce marketing met le jeu à la mode et le banalise.

C’est vrai qu’il y a des présentoirs dans les bars, avec des dépliants de prévention. Moi, je sniffais ma coke avec, pour ne pas lâcher la machine. Entre ce présentoir qui t’offre une aide et le guichet automatique installé à portée de main, qu’est-ce qui intéresse le joueur, croyez-vous?

Critique de Loto-Québec

Je suis membre de la coalition EmJeu (Éthique pour modérer les jeux d’argent et de hasard), qui exerce des pressions sur Loto-Québec. Radios, télévisions, colloques, j’ai été aux mêmes tribunes que d’autres citoyens engagés dans la critique de la société d’État: Éléonore Mainguy, ex-croupière du casino de Charlevoix (Reflet de Société, août 2005) et Biz, du groupe Loco Locass, coréalisateur du documentaire La maudite machine (idem, avril 2005). J’ai aussi participé à deux vidéos de prévention pour les jeunes, avec l’Université McGill et avec le Journal de la Rue.

Pour convaincre les directeurs d’école de m’inviter à donner des conférences aux élèves, je leur dis: Monsieur le Directeur, saviez-vous que, selon le Centre d’étude sur le jeu et les comportements à risque de l’Université McGill, le jeu vient au premier rang des dépendances bien avant la drogue, l’alcool et la cigarette?

Je veux que les jeunes reconnaissent les pièges, qu’ils fassent des choses positives: sport, théâtre… qu’ils voient quand le jeu n’est plus un jeu, quand, par exemple, tu prends 2$ sur ton 5$ de lunch pour miser…

Pour se battre contre la publicité massive de Loto-Québec, on a une force, on a le contact direct avec les jeunes. La tendance à transformer le Québec en société du jeu est lourde. Mais, en fauteuil roulant, j’ai appris à avancer en me fixant de petits objectifs.

Vis-à-vis du jeu, un petit point d’interrogation est en train de se dessiner dans la société québécoise. Je veux faire la différence pour quelqu’un d’autre, pour les jeunes surtout.

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1095705_83196012 Ressources:

Pour le Québec: 1-866-APPELLE (277-3553). Site Internet. Les CLSC peuvent aussi vous aider.

La France: Infosuicide 01 45 39 40 00. SOS Suicide: 0 825 120 364   SOS Amitié: 0 820 066 056

La Belgique: Centre de prévention du suicide 0800 32 123.

La Suisse: Stop Suicide

Autres textes sur le Suicide:

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Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

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