Les médias, la drogue de l’an 2000

Les médias, la drogue de l’an 2000

Par La belle au bois dormant

Je n’écoute plus la télévision ni la radio. Malgré tout, on est bourré d’informations. Les médias nous montrent un accident, des images-choc de la scène et ils te disent qu’il y a quatre morts. Ils ne sont même pas capables de nommer les personnes, mais il y a eu un accident. Ça donne quoi? S’ils prenaient le temps d’identifier les gens, ceux qui les connaissent pourraient au moins être informés de ce qui vient d’arriver. Mais non. Juste un accident, point à la ligne.

Je ne lis pas les journaux, je n’écoute pas la radio, mais malgré moi, les nouvelles me bombardent. Comment ça se fait que je sais tout cela? Ça entre dans une oreille, les informations s’infiltrent. Les bonnes affaires que les gens font, on n’en entend jamais parler. Ça l’air que les nouvelles, c’est ça. C’est une drogue, les nouvelles. C’est vrai.

Je connais du monde qui écoute LCN heure après heure. C’est un enregistrement, qui recommence tout le temps. Une boucle sans fin qui reprend la suite des événements. Ça fait même des chicanes dans leur vie de couple. D’habitude, on est deux dans un couple. Mais ici, pas moyen de zapper, de changer de canal. Elle en avait mal au cœur. Moi qui essaye de me sauver de tout cela, ça me rattrape. Je ne suis pas contre les nouvelles, j’y vois moins d’intérêt. J’aime être au courant, mais pas de n’importe quoi, n’importe comment.

Que ce soit la radio dans l’automobile ou au travail ou encore à la maison (on est quatre!), il y en a toujours un qui veut écouter les nouvelles. On te répond que c’est important, qu’il faut être informé. Mais informé de quoi? Je vais au dépanneur, c’est écrit gros comme ça que tel ministre a dépensé d’une façon honteuse l’argent des contribuables Dans 2 mois, on en entendra plus parler. Il y a tellement de scandales, de millions de dollars d’impliqués. En bout de ligne as-tu déjà entendu parler d’un ministre qui va en prison? Toi, tu fraudes le chômage de 18$ et tu as toute la cavalerie sur le dos!

Je ne connaissais rien de la politique. La première paye que j’ai eue, je ne comprenais pas pourquoi quelqu’un pigeait sur mon chèque. Tu apprends ça assez vite. Aujourd’hui, je trouve ça normal que le gouvernement prélève des impôts, il y a du monde qui en a besoin. Mais quand c’est du monde croche qui abuse du système, qu’il soit premier ministre ou chômeur, tu abuses du système. On dirait que c’est moins grave quand c’est des gens haut placés. On crie au loup, mais personne mord. Mais, si ça vient à mes oreilles, tu peux t’imaginer que ça doit être assez gros comme scandale et que ça doit faire longtemps que ça se passe! On nous bombarde avec tellement d’informations à répétition, que tout ça va tomber aux oubliettes comme le reste.

Je ne comprends pas qu’on reste tous les bras pendants. On dirait que plus rien n’est grave. Ce que je trouve dur à accepter, c’est que ceux qui ont le pouvoir de faire quelque chose ont l’air de rien faire. J’imagine que la population en général doit se sentir comme moi.

Les vieux dictons comme «l’union fait la force», ça ne s’applique plus. J’aurais dû venir au monde en 1800 quelque chose. Je ne suis pas née dans le bon temps. Parce que dans ces années-là, quand ta maison passait au feu, tout le monde se passait un seau d’eau pour t’aider à l’éteindre. Aujourd’hui, quand ta maison brûle, tout le monde arrête pour regarder le feu brûler et te voir embarquer dans l’autobus rouge.

Notre société a tellement évoluée, tellement changée, que je me demande si tout ça est réel et véridique. Les politiciens dépensent tellement en voyage de toute sorte, mais on n’a pas d’argent pour réparer nos systèmes d’aqueduc. Pas grave, on remonte les impôts et on va tous encore payer.

Je me souviens de la mort d’Émile Genest. Deux jours avant sa mort, un média l’avait déjà déclaré mort. Ça a fait scandale. Un journal annonce sa mort. La radio lit la nouvelle de ce journal. Le lendemain, ils font la même gaffe! Ils ont été mal à l’aise la 3e journée d’annoncer sa vraie mort.

Il faut, à mon humble avis, se questionner sur le rôle que les médias ont. Parfois, je me questionne à savoir s’ils sont là pour nous informer ou pour mieux m’endormir. Les médias sont devenus le nouvel opium du peuple. En sommes-nous rendu à faire des nouvelles avec des banalités? Est-ce toujours d’intérêt public? Dans certains cas, sont-elles trop indécentes? Si les nouvelles nous agressent, c’est à nous de réagir et de se réajuster. Si vous avez des idées à me lancer, j’ai bien hâte de vous lire.

Le silence des ados ou l’indifférence des médias

Viol médiatique

Fuck, les médias tuent

Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous  par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

Merci de votre soutien.

PUBLICITÉ

Gambling et Jeu compulsif

La réalité sur les jeux de hasard, un outil de discussion pour les jeunes

gambling-jeu-compulsif-gambler-joueur-pathologique-poker-casinoDVD Gambling. 20$ + 5$ (taxes et frais de transport)

DVD de sensibilisation rassemblant témoignages et interventions de Biz, de Loco Locass, de l’ancienne croupière Éléonore Mainguy, du joueur devenu paraplégique Did Bélizaire et de plusieurs joueurs compulsifs. Le moyen idéal de s’éveiller aux conséquences de la dépendance au jeu.

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009.

Par Internet: http://www.editionstnt.com/Video.html

Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc, H1V 1X4.

Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

 

Claude Poirier, l’homme derrière les nouvelles

Claude Poirier, l’homme derrière les nouvelles

La Belle au Bois Dormant

Été 1975, j’ai douze ans. Ma famille vit un drame épouvantable. Ma petite sœur, treize ans, vient de décéder, victime d’un horrible meurtre. C’est ma première rencontre avec Claude Poirier.

27 ans ont passé. Je ne l’ai jamais revu depuis. Le matin, j’écoute son émission où il fait une capsule d’information. Il a toujours été présent dans mes pensées.

Une journée d’automne, je le rencontre par hasard. Il sort d’un magasin. Ma première réaction spontanée est de l’interpeller: «M. Claude Poirier». Il répond simplement: «Oui». Je perds mon assurance, je ne sais plus quoi dire ou quoi faire. Il me demande gentiment ce que je voulais. Surprise totale, je m’entends dire que j’aimerais faire une entrevue avec lui! Moi qui ne suis pas journaliste, qui écrit seulement avec mon cœur et qui ne cherche jamais la “bébitte” noire chez les gens!

Je lui explique que je travaille au Journal de la Rue, un journal qui, par sa mission, vient en aide aux jeunes qui ont des problèmes divers et que j’ai une chronique peu conventionnelle. Ça ne sera pas une entrevue comme il peut avoir l’habitude de faire. Claude Poirier m’offre sa carte pour prendre un rendez-vous lorsque je serai prête. Déchirée entre la fierté et l’inquiétude, je rencontre mon rédacteur en chef et lui raconte ce qui m’arrive. Je ne sais pas pourquoi, mais Raymond Viger est toujours optimiste face à ma capacité d’offrir un papier d’une sensibilité et d’une franchise propres à mon style. Il trouve que c’est une bonne idée et une belle expérience pour moi de faire une entrevue. Ma première entrevue!  Avec son encouragement et la curiosité aidant, je garde les coordonnées de Claude Poirier.

La torture mentale commence. Presque trois mois s’écoulent avant que je n’ose appeler ce monsieur si populaire qui ne donne aucune entrevue. Difficile de l’oublier, il est partout; à la radio, à la télé, je vois sa “bette” presque tous les jour. Une journée, je l’appelle et lui demande un rendez-vous. En attendant son rappel, j’appelle ma maman  pour lui raconter mon histoire. Elle me demande pourquoi je veux le passer en entrevue. Je lui réponds qu’il a toujours l’air fâché contre Jean-René Dufort, qu’il a toujours l’air sérieux et enragé lorsqu’il fait les nouvelles. Je me suis fait remettre à ma place par ma mère. Elle me dit d’abord que c’est un homme profondément humain qui a un grand cœur et à la bonne place à part ça. Elle me raconte, qu’au moment où ma petite sœur a été retrouvée sans vie, elle était dans son auto. Fidèle à son habitude d’être le premier arrivé sur les lieux du crime, Claude Poirier est venu chercher ma mère, il l’a fait sortir gentiment et a pris grand soin d’elle, avec beaucoup de compassion. Ma mère était durement atteinte par la mort de sa toute petite jeune fille. Claude Poirier l’a prise dans ses bras pour lui annoncer la nouvelle. Il l’a gardé un long moment dans ses bras, essayant de la consoler et de calmer son cœur de mère déchiré avant de la remettre aux soins des ambulanciers.

Au début de l’entrevue, je voulais savoir s’il garde souvenir de ce qu’il voit, jour après jour, depuis presque 40 ans de métier. Il a dû en voir des choses horribles, des moment où le cœur veut te sortir de la poitrine, un métier qu’il exerce dans une ville où presque tous les jours il arrive des choses atroces, autant aux personnes âgées qu’aux enfants, aux gens sans histoire qui, du jour au lendemain, se retrouvent avec une  blessure irréparable au cœur. Je lui demande s’il se souvient de notre blessure à nous, celle de la disparition tragique de ma petite sœur. Eh bien, sans hésitation, ce monsieur Poirier me répond que oui. Il se souvient de ma mère, assise dans sa voiture lorsqu’ils ont trouvé ma petite sœur. Il a eu la gentillesse de ne pas me raconter certains détails. Avec humilité, il m’a seulement dit que cela avait été difficile pour tous les gens présents.

Cet instant de relation  me permet de vous certifier qu’il n’a pas un cœur de pierre. Il n’y a pas longtemps on lui a offert de faire carrière en politique. Il a refusé. Il ne veut pas dire des mots ou des discours qui ne sont pas de lui. Lorsqu’il commente une nouvelle, on lui propose un sujet mais tout ce qu’il dit au petit écran vient de ses tripes, il dit ce qu’il pense, que cela fasse l’affaire ou non des autres n’a aucune importance. Il croit en ce qu’il dit et personne ne peut lui faire dire autre chose que ce qu’il pense. Il ne lit pas les nouvelles, il les commente et cela demande une explication claire et précise.

Moi qui pensais qu’après avoir vu autant de meurtres, de misère, de souffrance et de violence, on pouvait s’y habituer. Pourtant non, cela continue de le toucher. Il réussit à départager les choses. Ce n’est pas une machine, il a des sentiments nobles. Quand il a l’air enragé, c’est qu’il est choqué de ce qu’il voit et entend, il se donne le droit de partager cette émotion avec son public. C’est un homme qui aime son métier, intègre, qui ne camoufle rien et qui n’est pas achetable.

Il a souvent une expression sarcastique quand il parle des jeunes; les jeunes-incompris-de-la-société. Ce n’est pas plus pardonnable qu’un jeune assassine ses parents que de voir des parents battre à mort leurs enfants. Ça le choque aussi de voir des jeunes briser les biens publics, faire du vandalisme, car il trouve qu’ils ne réfléchissent pas assez aux conséquences de leurs gestes.

J’ai été privilégié d’avoir cette entrevue avec cet homme et je le remercie.

Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous  par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

Merci de votre soutien.

PUBLICITÉ

poesie-urbaine-jean-simon-brisebois-art-de-la-rue Poésie urbaine. Renaissance. Depuis 1997, Jean-Simon Brisebois s’est découvert une passion pour écriture. Il s’implique activement dans divers projets communautaires dans Hochelega-Maisonneuve.
Renaissance est un recueil de pensées et de poèmes parlant autant de son amour de la vie que d’espoir. 4,95$

Disponible par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par Internet: http://www.editionstnt.com/Livres.html
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.