La Gaspésie en peinture avec Louis-Philippe Bernatchez

Sauver du temps aux prisonniers

Le peintre Louis-Philippe Bernatchez

Regard bleu perçant, veste en cuir et dents en colliers. Louis-Philippe Noël passe les portes du Café Graffiti, son accent gaspésien envahit la salle. L’homme, âgé de 73 ans, est artiste et a eu une existence mouvementée. Aujourd’hui, s’il rédige son autobiographie c’est pour offrir son message.

Delphine Caubet    Dossier PrisonCroissance personnelleCulture

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Entrer une légende

Louis-Philippe est entré pour la première fois en prison à 17 ans. Il en sortira définitivement le 16 avril 1969, à 9 heures, à l’âge de 28 ans. Aujourd’hui avec le recul et l’âge, il veut passer un message à ceux qui sont «en dedans»: «Profitez du temps pour vous améliorer. La raison en dedans c’est toi.»

Pénitencier

Louis-Philippe a toujours eu un rapport conflictuel avec l’autorité. Que ce soit l’école ou la police. À 17 ans, après une bagarre, il est envoyé pour la première fois en prison. Pendant les 3 jours où il est incarcéré, le jeune homme est heureux: sa mère lui rend visite et lui apporte des cigarettes. «À l’extérieur je n’avais rien, et là, on m’apportait des cigarettes.»

Pendant les années suivantes, il va faire de nombreux allers-retours en prison. Progressivement les peines s’accumulent et augmentent. De 3 jours à 1 mois. De 1 mois à 2 mois. Puis finalement de 2 ans et 8 ans. Cette dernière peine lui est value pour un coffre-fort.

À l’intérieur, on lui dit qu’en prison «tu n’as pas de droit, que des privilèges. Ici, on dompte les lions et on plie l’acier.» Le ton est donné. Alors, pour éviter d’avoir plus de temps, les détenus jouent au «bon gars». Mais, il n’y a rien de sincère précise Louis-Philippe.

Pendant sa peine de 2 ans (pour avoir battu un policier), il apprend que le pénitencier est obligé d’accepter si un détenu veut étudier. Chose qu’il mettra en œuvre pendant les 8 années de sa dernière sentence, au pénitencier de St-Vincent-de-Paul. Avant celle-ci, il était dans le bois, recherché avec des amis armés qui s’étaient évadés de prison. À ce moment-là, l’artiste peintre à un déclic. Il veut reprendre sa vie en main.

Éducation

peinture gaspésie tourisme péninsule gaspésienne roland noel«Au pénitencier j’ai étudié jusqu’en 11ème année.» «Certains à mes côtés se pendaient, moi je voulais m’en sortir. Je voulais contredire le juge qui m’avait dit de pourrir en prison.»

Par correspondance, Louis-Philippe suit des cours. «C’était gratuit avec l’Éducation nationale.» Ses cours seront divers, notamment un de lettrage d’enseignes où il obtint 99.4%. «C’est parce que j’avais le temps», s’amuse-t-il. L’artiste fait son chemin et n’hésite pas à tenter de nouvelles choses: Louis-Philippe va suivre par correspondance des cours de la Famous Artists School. Il aura notamment comme professeur Norman Rockwell, célèbre illustrateur américain.

En 1967, Louis-Philippe pense à sa réhabilitation, et il demande à être transféré à Dorchester, au Nouveau-Brunswick. 2 raisons le motivent. La première, suivre un cours de lettrage d’enseignes. De quoi avoir un métier à sa sortie. La seconde, apprendre l’anglais. L’homme qui avait toujours été en conflit avec l’autorité suit désormais des cours d’anglais offerts par l’armée. Le changement est progressif, mais réel. Le rebelle s’instruit.

Ces changements, le personnel du pénitencier les remarque, et on lui propose une libération conditionnelle. Mais l’artiste n’est pas encore prêt, il continue à peaufiner sa sortie. «Je leur ai dit que je leur ferai signe le moment venu.» Chose qu’il a faite.

Louis-Philippe a d’abord obtenu une bourse d’études. Le ministre de l’Éducation du Québec fait une visite à Dorchester, et Louis-Philippe en profite pour lui offrir un tableau. Quelques semaines plus tard, il fait une demande de bourse et il est accepté.

Prochaine étape: l’admission à l’université. Encore une fois, les évènements se déroulent sans accroc. «J’ai rencontré le recteur de l’université et il était prêt à m’admettre immédiatement dans son établissement. Je lui ai dit de me faire une lettre de preuve.»

Dernier point pour sortir, trouver un travail. Louis-Philippe se rend dans une boutique d’enseignes et montre son porte-folio au patron. «C’était un bon gars.» Un ancien militaire qui avait été fait prisonnier de guerre. Tous les astres sont alignés, Louis-Philippe peut demander sa conditionnelle. «Le vendredi mon dossier est étudié et accepté. Le lundi, je sors de prison et le mardi je commençais à travailler.»

La vie après la prison

Bien que préparé pour sa sortie, Louis-Philippe reconnaît que ça a été difficile. Lui est toujours au Nouveau-Brunswick, alors que ses amis et sa famille sont au Québec. Mais l’homme est décidé à changer de vie, et tous les jours il travaille pour payer le loyer et l’université. «À l’époque, je gagnais 50$ par semaine.» Mais le travail en lettrage d’enseignes est aléatoire. Alors, il monte un atelier mobile pour se déplacer dans les petits villages, «là où les grandes industries n’allaient pas.»

C’est un fait, Louis-Philippe Bernatchz a changé de vie. Il a étudié, travaillé, voyagé… Avec une règle d’or, oublier les «amis» du pénitencier. «Un jour j’en ai croisé un à Montréal. Il voulait que je me joigne à lui sur un coup. Je lui ai donné un faux rendez-vous, et le soir même j’ai pris le train. J’avais peur de le recroiser.»

Aujourd’hui, Louis-Philippe veut aider ceux qui sont en prison. «Si je peux sauver ne serait-ce qu’une minute à l’intérieur, c’est déjà bien.» Car, d’après lui, le système pénal ne fait rien pour aider les détenus. C’est à eux de prendre avantage de ce qui est à leur disposition: du temps. «La seule raison en dedans, c’est toi», conclut-il.

Louis-Philippe Bernatchez est un artiste peintre de plus de 50 ans d’expérience. Ses médiums sont multiples: la peinture à l’huile, l’acrylique, la sérigraphie,… autant de variété qu’il peut enseigner.

Louis-Philippe débute la peinture à 20 ans en prison. D’abord comme un passe-temps, puis une passion qui lui permettra de gagner sa vie. Le Gaspésien peint particulièrement du surréalisme, «car le réalisme c’est pas assez intense et l’abstrait on n’y comprend rien.»

Actuellement, Louis-Philippe rédige son autobiographie pour offrir son message aux prisonniers: «Profitez du temps qui vous est donné!»

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Bistro Le Ste-Cath expose Fabienne Nozerand

Présentation de Fabienne Nozerand

L’art à travers le monde

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Fabienne Nozerand artiste peintre bistro le Ste-Cath hochelaga-Maisonneuve est de Montréal

Fabienne Nozerand se présente.

La vie…comme une fable que chacun se raconte.

Mon travail de peintre s’inspire de ma perception et ma compréhension du monde, de ce que j’ai pu observer ou vivre en direct depuis mon enfance. Fille de militaire, j’ai vécu mes premières années aux quatre coins de la France puis en Allemagne, de  9 ans à ma majorité. J’ai toujours conservé le goût du voyage; aujourd’hui, je partage mon temps entre les Laurentides au Québec et le Sud de la France.

J’estime que tous les humains sont intimement liés entre eux et à l’instar de Dostoïesvki, je pense que « chacun est responsable de tout devant tous.» L’empreinte du sourire d’une parisienne subsiste tout frais dans ma mémoire comme le demeurent les gestes attentifs d’un médecin de Chicoutimi au chevet d’une malade. Toutefois, je conserve tout aussi intacts les attentats de la Bande à Bader en 1974 à Karlsruhe dont j’ai été témoin de près et ceux liés à la mouvance musulmane à Paris en 1986. Tout cela fait partie de moi qui, à mon tour, fait partie du monde.

De Maniwaki à Berlin, d’Aix-en-Provence à Saint-Adolphe-d’Howard, je m’imprègne de tout ce que je vois et ressens pour exprimer mon univers à la fois simple et complexe, monochrome et coloré, zen et baroque. Malgré la présence d’influences plurielles, je reste fidèle à ce que je suis, lucide et candide tout à la fois.

Ma peinture résolument contemporaine est figurative; elle met en scène des personnages, surtout des femmes, la plupart du temps en présence d’animaux, dans un espace pictural où symbolisme et esthétisme se répondent. Mes fonds sont plutôt abstraits, mon espace, aérien alors que le tumulte de mes couleurs reflète l’intensité de mon émotion.

Chacun voit dans mes tableaux une fable qu’il s’approprie tout aussitôt. Ma peinture évoque pour l’un une histoire et pour l’autre, une tout autre version.  L’imagination et le non-dit sont présents dans mes toiles et laissent le spectateur libre de coller la trame de son choix à l’image que je lui offre.

Après avoir exposé  à la Maison de la culture Mercier dans le cadre du Festival Âges et culture en juin dernier, Fabienne Nozerand présente deux de ses toiles au Bistro le Ste-Cath situé au 4264 Ste-Catherine est.
Galerie de Fabienne Nozerand. Aussi disponible cartes de voeux, affiche et t-shirt de ses oeuvres.

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Histoire du nouveau Bistro le Ste Cath

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Échangeur Turcot: un graffiteur et son combat en aérosol

Échangeur Turcot: Arpi le graffiteur et son combat en aérosol

François Richard         Dossier GraffitiVille de Montréal

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L’échangeur Turcot, un imposant tronçon d’autoroute sur pylônes du sud-ouest de Montréal, sera démoli au cours des prochaines années et remplacé par une autoroute au niveau du sol. Le peintre et graffiteur Arpi, qui a décoré la structure de béton d’un grand nombre de ses œuvres au cours des dernières années, utilise désormais son art pour sensibiliser la population aux impacts négatifs du projet sur la vie des gens habitant les quartiers environnants.

Sous l’échangeur Turcot, de vastes espaces ceinturés de colonnes de béton, de structures ferroviaires, d’entrepôts et d’usines plus ou moins abandonnées  sont laissés à la créativité des nombreux graffiteurs qui y exercent leur art. Arpi a fréquenté le lieu au cours des six dernières années pour y peindre. «C’est un endroit qui offre une grande visibilité pour un graffiteur. La structure est immense et il y passe des milliers de voitures par jour.» L’artiste a décidé, au cours des derniers mois, de prendre du recul et s’est mis à utiliser l’autoroute surélevée comme modèle pour ses peintures sur toile plutôt que comme surface sur laquelle peindre. «Avec un ami, nous cherchions un sujet, afin de réaliser une exposition thématique. Je connaissais bien les pylônes de l’échangeur Turcot pour y avoir souvent peint.»

La démolition de l’échangeur Turcot: les artistes et les citoyens touchés

Le caractère public et inutilisé des pylônes qui soutiennent l’échangeur en font selon lui un lieu idéal pour les artistes de la peinture en aérosol. «Moralement, les gens sont à l’aise d’y peindre, puisque le site n’appartient à personne en particulier. Même les employés de la voirie qui passent près de nous lorsque nous peignons nous laissent généralement faire.»    

En faisant des recherches afin de préparer l’exposition, Arpi prend conscience de l’ampleur du projet de démolition de la structure sur le quartier et ses habitants. «Les rues seront coupées les unes des autres, il y aura de la poussière et des gens seront expropriés. En raison des structures au sol, le quartier sera moins accessible qu’avant. Je ne comprends pas que quelqu’un puisse encore vouloir habiter là.» 

Solidarité avec les résidants

Au cours de sa réflexion, le peintre assiste à une soirée d’information organisée par des opposants au projet et prend partie en faveur de ces derniers. Il décide alors d’entrer en contact avec les militants du Comité des citoyens du village des tanneries, un groupe de résidants du quartier Saint-Henri qui sera affecté par les travaux.

Son plan? Utiliser l’exposition qu’il prépare sur l’échangeur Turcot afin de médiatiser les impacts sociaux et environnementaux du projet. La résidante du village des tanneries et militante Jody Negley a sauté sur l’occasion. «Nous étions ravis que quelqu’un ait saisi l’opportunité offerte par la beauté de la structure. Les gens n’associent l’échangeur Turcot qu’à la pollution et aux voitures. En travaillant avec des artistes, nous pouvons sensibiliser plus de gens à notre cause, des gens plus intéressés par l’art que par l’air.»

L’art comme moteur de médiatisation

Les opposants au projet ont donc commencé à visiter l’exposition, qui s’est déroulée au cours du mois de décembre 2008, afin de voir ses œuvres. «Ça médiatise la cause. Il faut que tous les moyens soient utilisés, autant l’art que les médias», juge Arpi. L’artiste de 25 ans a pris part à des rassemblements de militants afin d’y présenter ses toiles et d’échanger avec les citoyens sur un sujet qu’il a maintenant à cœur. «C’est une question qui me touche. Surtout le gaspillage d’argent public et les problèmes environnementaux que ça implique.»

Désillusion politique

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Bien qu’il compte poursuivre son travail de sensibilisation, Arpi se fait peu d’illusions quant aux chances de succès des opposants. Le fait que les plans du  gouvernement aient été rendu publics avant même le début des audiences environnementales lui laisse un goût amer en bouche. «Je suis désillusionné par la façon d’agir du gouvernement dans ce dossier. Tout est décidé d’avance. Il n’y a pas de démocratie.»

Le site pourrait selon lui être développé de façon beaucoup plus profitable pour les gens qui habitent les environs. «Au début du vingtième siècle, il y avait un lac dans ces parages, et des marécages. Il y a plein de possibilités de l’utiliser autrement, pour les cyclistes et les piétons.» Devant le peu de chances que le projet d’autoroute arrêté par le gouvernement québécois soit modifié en profondeur, Arpi se permet tout de même d’espérer que des fragments de l’ancienne structure soient préservés. «Ça serait bien de conserver au moins quelques pylônes debout, en guise de rappel, une espèce de galerie d’art extérieure.» Si les impacts sociaux et environnementaux du projet ne peuvent être évités, les dommages artistiques n’ont pas à être, eux aussi, très élevés.

Encadré: Le projet de démolition de l’échangeur Turcot

Inauguré en 1967, l’échangeur Turcot relie les autoroutes 15, 20 et 720, facilite l’accès au pont Champlain et est le principal lien routier entre le centre-ville de Montréal et l’Aéroport International Pierre-Elliot-Trudeau. La structure sur pylônes, haute de 18 à 30 mètres, enjambe l’ancienne gare de triage Turcot, le canal Lachine, ainsi que plusieurs rues du sud-ouest de Montréal. Le débit de circulation y est de 280 000 véhicules par jour.

Le ministère des Transports du Québec compte remplacer l’échangeur par des tronçons routiers au sol, suivant sensiblement le même tracé que la structure actuelle et permettant le passage du même nombre de véhicules. Les travaux doivent s’échelonner de 2009 à 2016 et coûter 1,5 milliard de dollars.   

La démolition de l’échangeur est rendue nécessaire par l’effritement du béton de la structure. En 2007 seulement, 500 réparations, au coût de 12 millions de dollars, ont dû être effectuées afin de garantir la sécurité des automobilistes. 

Des opposants au projet

De nombreux opposants au projet se sont réunis sous la bannière de Mobilisation Turcot, une association de groupes, élus et citoyens du sud-ouest de Montréal. Ils disent craindre l’expropriation de 150 à 160 logements dans la foulée des travaux, ce qui obligerait jusqu’à 400 personnes à devoir se reloger, selon la militante Jody Negley.

Les membres de Mobilisation Turcot souhaitent que le projet gouvernemental soit revu de fond en comble. Ils exigent une diminution importante du débit de circulation automobile dans le secteur, plutôt que le maintien des capacités de la structure actuelle.

La suite de ce reportage demain, sur le blogue du Journal de la Rue/Reflet de Société

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Le graffiteur et peintre Arpi met son art au service d’une lutte citoyenne

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François Richard                     Dossier Graffiti

Avant de mettre son art au service des Montréalais affectés par la démolition de l’échangeur Turcot, le peintre et graffiteur Arpi a marqué de sa signature autobus, trains et édifices aux quatre coins de l’Amérique du Nord. Portrait d’un graffiteur invétéré devenu artiste professionnel.

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L’implication d’Arpi dans la lutte contre la démolition de l’échangeur Turcot est le résultat d’un processus entamé il y a trois ans par le jeune artiste qui est passé durant cette période, non sans quelques difficultés, de graffiteur délinquant à artiste professionnel. Pietr Sijpkes, le propriétaire des Neufs Sœurs, édifice de Pointe-Saint-Charles où Arpi présente habituellement ses expositions, a constaté cette transformation. «Son style et le message qu’il communique ont beaucoup évolué depuis trois ans. À l’instar d’autres jeunes artistes, Arpi investit les endroits représentant les aspects sales du développement économique: les gares de triage, les usines désaffectées. Il est en quelque sorte le canari dans la mine du développement de nos villes.»

Un graffiti de par le monde

Le principal intéressé avait une vision plus terre-à-terre de son art lorsqu’il a commencé à faire des graffitis au début de son adolescence, il y a une douzaine d’années. «J’aimais l’idée que les gens connaissent mon nom sans me connaître, d’avoir une reconnaissance de la rue.» Cette reconnaissance finira par s’étendre à l’ensemble de l’Amérique du Nord, alors qu’Arpi appose sa griffe sur des trains de marchandises qui circulent aux quatre coins du continent. En consultant des sites Internet dédiés aux passionnés des trains, Arpi aperçoit son nom sur des wagons qui ont été photographiés dans des villes aussi éloignées de Montréal qu’Atlanta ou Chicago.  «Ces trains se rendent jusqu’à la frontière du Guatemala et du Mexique», souligne-t-il avec un brin de fierté.

Graffiteur délinquant

Tout au long de son adolescence, le graffiti prend sans cesse plus de place dans la vie d’Arpi. Il décide d’ailleurs d’abandonner ses études en graphisme, dans un cégep de Montréal, afin de tenter sa chance dans le design de skateboard, dans l’Ouest canadien. De retour au Québec après quelques mois d’aventures, Arpi vivote entre les petits boulots et la délinquance. «Je peignais à l’époque sur plus de 300 trains par année, je volais ma nourriture et je sautais les tourniquets dans le métro», raconte-t-il. Il aura finalement des ennuis avec la justice. «Je me préparais à repartir en voyage, mais j’ai été arrêté par la police après avoir fait un graffiti. Je n’avais donc plus le droit de quitter le pays.»

Le graffiteur trouve alors un emploi de sensibilisation et d’alternative au vandalisme auprès des jeunes du quartier Hochelaga-Maisonneuve, dans le cadre du projet «Y’ a quelqu’un l’autre bord du mur». Le graffiteur passe durant quelques mois ses journées à transmettre aux jeunes l’importance de respecter la propriété d’autrui et à réaliser des œuvres d’art avec eux. Un jour, il passe devant le Café Graffiti et décide d’y entrer pour voir les toiles qui y sont exposées.

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L’association entre Arpi et l’équipe du Café Graffiti s’est avérée fructueuse. Le graffiteur a profité du matériel et des installations mis à sa disposition pour  apprivoiser un nouveau médium: la peinture sur toile. Bien qu’il réalise toutes ses toiles avec de la peinture en aérosol, «il ne s’agit plus de graffitis, insiste-t-il. Le graffiti n’est pas un type d’œuvre en particulier, mais le fait de peindre sur une surface qui n’est pas destinée au travail artistique.»

Durant ses premiers mois au Café Graffiti, Arpi met sur toile un univers qu’il connaît bien, celui des trains. «J’ai grandi près d’une gare de triage en banlieue de Montréal. Mon premier graffiti a été réalisé sur un train», explique-t-il. La vente de certaines de ces toiles lui permet d’acheter du matériel pour en réaliser d’autres. Les commandes et les expositions suivent… La clientèle du Café Graffiti, puis la sienne, lui permettent éventuellement de vivre de son art. Si la majeure partie de son travail est constituée d’œuvres réalisées sur demande, Arpi consacre tout de même beaucoup de temps à ses propres créations.

Loin de se sentir restreint par le cadre dorénavant plus officiel de son travail, la peinture sur toile permet à l’artiste de s’extérioriser d’une façon nouvelle et satisfaisante. «Les toiles légales me permettent d’être plus extraverti dans mon travail que les œuvres illégales que je réalisais dans le passé. J’ai plus de temps pour les réaliser, je n’ai plus besoin de me cacher.» Arpi pratique en effet maintenant son art en public lorsque le climat le permet. «L’été, je peins sur la rue Sainte-Catherine. Les gens s’arrêtent et échangent avec moi à propos de mon travail. Malgré la vision négative qu’ont les gens du médium que j’utilise, le feedback que je reçois de ces échanges est positif.»

Le graffiti au service de nos valeurs

Depuis qu’il a commencé à peindre, Arpi a utilisé son art pour exprimer ses valeurs. Ces dernières, comme lui, se transforment avec le temps. Il insiste sur le fait que son travail représente qui il est. Il se dit fier de contribuer à des combats comme celui de l’échangeur Turcot, tout en restant prudent quant à l’impact qu’il peut avoir. «C’est quand même juste de la peinture. Ce n’est pas ce dont les gens ont le plus besoin. Personne ne va habiter dans une de mes toiles.» Arpi souhaite tout de même poursuivre ses apprentissages par le biais de la peinture et maximiser, entre autres par le travail en plein air, le nombre de bonnes relations qu’il noue avec les gens qui croisent sa route. «La vie nous retourne ce qu’on lui a donné», conclut-il.

Encadré: Échangeur Turcot, lieu prisé des graffiteurs

L’échangeur Turcot est un lieu très prisé des graffiteurs montréalais. Les artistes de l’aérosol apprécient les immenses structures de béton «vierges» (pas encore peintes) des lieux, en plus de son aspect abandonné, qui leur permet d’œuvrer sans tourner la tête à tout instant par peur des policiers. Le fait que le lieu soit fréquenté par un grand nombre de graffiteurs en attire toujours de nouveaux qui souhaitent que leur travail soit admiré avant tout par des gens qui partagent leur passion.

Le site serait très fréquenté depuis le milieu de la décennie 2000. Il constitue pour les graffiteurs un prolongement du T-A Wall, un ensemble de pylônes sous l’autoroute Ville-Marie dans le centre-ville de Montréal qui, victime de son succès, serait dorénavant saturé au point que ceux qui souhaitent y laisser leur marque doivent d’abord apposer une couche de fond sur le béton. 

Un morceau de Turcot en souvenir

Le site de l’échangeur Turcot connaît le même sort alors que les surfaces qu’il offre aux graffiteurs sont de plus en plus recouvertes d’œuvres de qualité très diverses. Les meilleures d’entre-elles peuvent toutefois être conservées. Le béton de la structure autoroutière est en effet tellement friable qu’il est possible d’en détacher de larges fragments et de ramener à la maison les œuvres le recouvrant. Pour les nostalgiques d’un lieu appelé à disparaître…

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Il peint comme un singe

Il peint comme un singe

(Agence Science-Presse) – Kanzi, un singe bonobo qui vit dans un refuge pour grands singes situé aux États-Unis, est aussi un grand artiste: il vient de vendre une de ses peintures 1500$. En fait, sur 16 peintures récemment en vente lors d’une exposition à DesMoines (Iowa), 13 ont été vendues dans les deux premiers jours (il s’agit de peintures faites tantôt avec les doigts, tantôt avec des pinceaux, et que les évaluateurs classent, allez savoir pourquoi, dans «l’art abstrait»). Mais Kanzi a du chemin à faire pour égaler son maître: le regretté Congo, un chimpanzé, a vendu trois de ses peintures pour la somme record de 25 000$.

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Nathalie Bondil

Nathalie Bondil

Ces entrevues sont tirées de Debrouill’Art, numéro hors-série du magazine Les Débrouillards.

Propos recueillis par Julie Parent

Q. : Pourquoi plusieurs artistes, comme le peintre Van Gogh, ont vécu très pauvrement toute leur vie alors que leurs œuvres valent aujourd’hui très cher ?

R. : Les tableaux du Hollandais Vincent Van Gogh étaient très avant-gardistes, peut-être trop pour son temps. Par exemple, il utilisait des couleurs qui nous apparaissent aujourd’hui très fortes, très vives. À son époque, on trouvait que c’était des couleurs criardes, dérangeantes, violentes. Van Gogh avait aussi une façon de peindre très personnelle, avec beaucoup de caractère. Mais c’était perçu comme une manière de peindre complètement folle. Les gens n’étaient pas prêts pour cela.Il faut laisser le temps passer avant de comprendre les œuvres des artistes. Ce sont des visionnaires. Ils ne voient pas ce qu’il y a maintenant, mais ce qu’il va y avoir plus tard. C’est comme s’ils avaient une boule de cristal. Et parfois, comme dans le cas de Van Gogh, c’est dérangeant.

Il y a aussi le fait que Van Gogh est mort très tôt ; il s’est suicidé à 37 ans. S’il avait vécu plus longtemps, il aurait peut-être été compris de son vivant, comme le peintre Claude Monet. Ce grand peintre impressionniste a fait scandale au début de sa carrière avec son tableau Impression, soleil levant (1872). Mais quand il mourut, à l’âge de 86 ans, c’était un peintre reconnu.
Nathalie Bondil a la chance de connaître toutes les œuvres du Musée des beaux-arts de Montréal. En tant que conservatrice en chef, c’est elle qui supervise l’acquisition des œuvres, leur installation dans les salles d’exposition et leur restauration quand elles sont altérées. Bref, elle est le cœur du musée !

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